mercredi 2 mars 2022

Audioguide : dans le prix du ticket ?

Les musées doivent-ils préférer faire payer aux visiteurs l’audioguide en supplément ou l’intégrer au prix du ticket d’entrée?

Certains usagers n’ont pas toujours envie de l’utiliser. De plus, le nombre de langues dans lesquelles l’audioguide est disponible est, en général, limité.
Et si vous ne parlez qu’une autre langue non disponible, vous devrez payer également pour un service qui ne vous est pas rendu si le ticket d’entrée inclus l’usage de ce « guide sonore ».


la façade Art Nouveau du MIM : un ancien magasin Old England. 

Normalement…

Michel Draguet, le directeur général des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), reconnait que le prix de l’entrée à l’exposition Andres Serano (14,5 euros) est «cher pour une famille ou des particuliers» dans un entretien qu’il accorde à Jonas Legge pour La Libre du 3 septembre 2016.
Et d’ajouter  «Et n’oubliez pas que ces 14,5 euros comprenaient un audio guide».
Au journaliste qui lui rétorque que les visiteurs dans d’autres institutions peuvent louer l’audioguide à part pour 4 ou 5 euros et ainsi avoir le choix, le directeur déclare de façon étonnante : « Ce qui fait qu’on atteint les mêmes tarifs »… semblant oublier que l’on peut visiter une exposition sans ce soutien sonore et donc économiser ce coût de location.
Et d’expliquer : «Inclure l’audioguide dans le prix du ticket, cela me paraît aussi évident que de payer une place au cinéma et d’avoir le son et l’image».
En attendant, le directeur général a utilisé l’argument de l’audioguide pour justifier la cherté du ticket de son exposition.

… et des exceptions

Mais à toute situation, ses exceptions. Par exemple, lorsque l’usage de ce guide sonore s’avère indispensable à la visite.
Alors, il est utile que le prêt de l’audioguide soit comptabilisé dans le prix du ticket, car sinon des visiteurs pourraient ne pas prendre conscience de ce fait et donc ne pas louer l’audioguide pour, ensuite, le regretter amèrement durant la visite.
Le Musée des Instruments de Musique de Bruxelles (MIM) en est un exemple significatif.
L’usage de son audioguide a été pendant de nombreuses années inclus dans le prix du ticket et cela se justifiait. En effet, il était, et reste d’ailleurs, indispensable pour découvrir les sons des instruments exposés en vitrines. Sans l’écoute de ceux-ci, la visite n’a que peu de sens.
La directrice de cette institution, Alexandra De Poorter, elle-même, déclara à Isabelle Plumhans pour un article publié par L’Écho du 13 septembre 2017, qu’ils sont «essentiels».
D’ailleurs le slogan de cette institution était «Vous allez voir ce que vous allez entendre». Il fut retiré du site internet du MIM sans explication.
Lorsque de nouveaux audioguides sont mis en service en 2018, le musée rend, sans explication, tout d’un coup leur usage facultatif.
La location de ceux-ci coûtera désormais 2 € (en plus du ticket d’entrée qui a fortement augmenté, au cours des années qui précédèrent cette évolution). Ne s’agit-il pas donc d’une nouvelle augmentation, indirecte et discrète, de la tarification pour la majorité des visiteurs?
Mais le plus affligeant reste ce fait de rendre facultatif un service indispensable au bon déroulement de la visite.

Un beau bémol

Un bémol: heureusement qu’il existe souvent dans le personnel des institutions culturelles des individualités soucieuses d’un accueil honnête des usagers. Ce fut le cas au MIM. Le nouveau dépliant indique «+ € 2 audioguide». Suite à notre constat de la non information au public du caractère indispensable de cette location, le dépliant est modifié lors de sa réimpression par l’ajout de l’adjectif « conseillé » et devient donc «+ € 2 audioguide (conseillé)».
Un seul mot en plus, mais qui fait évoluer la donne. Voilà donc une petite amélioration pour tous, suite à une revendication d’usagers.

 

Un arrêté ministériel de Thomas Dermine, l’actuel Secrétaire d’état chargé notamment des musées  fédéraux, a fait évoluer la situation que nous contestions.

Victoire !

Il faut savoir que les musées fédéraux ne choisissent pas eux-mêmes leurs tarification. C’est le membre du gouvernement fédéral chargé de ces matières qui décide.
Ce 26 février 2022, Bruno Verbergt, le nouveau directeur ad interim des MRAH (dont le MIM fait partie), nous a confirmé l’évolution. C’est l’actuel Secrétaire d’état chargé notamment des musée fédéraux, Thomas Dermine, qui, par un arrêté ministériel, a fait évoluer la tarification dans le sens que nous demandions. Merci à lui ! Donc ceci prouve à nouveau que la société civile peut se faire entendre.
En effet, l’évolution de cette tarification exige, pour le MIM, le réintroduction dans le prix d’entrée de l’utilisation des guides multimédias:
https://www.mim.be/fr/infos-pratiques

Il est également intéressant de constater, sur cette page du site du MIM, l’indication suivante : « Vous pouvez prendre des photos dans les salles d'exposition mais sans flash ». Ce qui va dans le sens d’un autre combat que mène notre notre L.U.C., et nous y avons consacré récemment cet article:
http://la-luc.blogspot.com/2022/02/hotel-solvay-photos-interdites.html

 

Cette illustration de Serge Dehaes résume bien notre carte blanche publiée par La Libre le 12 septembre 2017.

 Annexe utile

Bernard Hennebert, actuel Président de la L.U.C., a publié dans La Libre du 12 septembre 2017 (pages 38 et 39) un « carte blanche » qui détaillait encore bien davantage cette problématique du Musées des Instruments de Musique de Bruxelles. La voici :

Le MIM ne connaît plus la musique !

Le Musée des Instruments de Musique est un très beau musée et l’un des plus fréquentés de Bruxelles depuis l’an 2000, année où il a installé un bon millier d’instruments  dans les bâtiments entièrement restaurés de l’ancien « Old England » typiquement Art-Nouveau, dominant le Mont des Arts et proche de la Place Royale.

Il avait alors choisi comme slogan « Vous allez voir ce que vous allez entendre » (celui-ci vient d’être retiré du site internet du MIM). Toute la scénographie avait été réalisée afin que le visiteur puisse écouter les innombrables instruments exposés, souvent peu connus et parfois très anciens.
Un système de casque à infrarouge permettait alors à chaque visiteur d'entendre lorsqu’il s’approchait d’une vitrine quelques extraits musicaux joués par l’instrument qu’il contemplait. En 2013, les casques à infrarouge ont été remplacés par un système d’audio-guides plus performant, permettant également de découvrir plein d’informations sur chaque instrument. De là, l’absence de cartels fort détaillés dans les vitrines.
Vu l’importance stratégique de cet audio-guide, il était donc logique que son usage ne soit pas facultatif et qu’il soit prêté à chaque visiteur, le prix du ticket incluant son utilisation.

AUDIOGUIDES RETIRÉS

Ce 21 août 2017, en pleine saison touristique (il n’est pas rare que le MIM ait une fréquentation quotidienne d’un millier de visiteurs), les audio-guides ont été retirés de la circulation.
Cette situation risque de perdurer : non renouvellement du contrat avec le fournisseur, ce qui a pour conséquence qu’il faut rédiger un nouvel appel d’offre; relations complexes du MIM avec les Musées Royaux d’Art et d’Histoire sous la tutelle desquels ils sont désormais; etc.

En fait, la visite n’a quasi plus aucun sens. Une institution respectueuse de ses usagers aurait fermé, le temps nécessaire pour retrouver une offre complète. Ce ne sera pas le cas.

On aurait au moins trouvé normal dès lors que le MIM propose soit l’entrée gratuite, soit une réduction significative sur le prix du ticket à 8 euros (qui, rappelons-le, est censé offrir l’utilisation gratuite de l’audio-guide). Ce ne sera pas possible à cause du manque d’autonomie de nos musées fédéraux puisque les modifications de tarification dépendent d’une décision ministérielle et ne peuvent se concrétiser qu’après la publication d’un arrêté au Moniteur!
Il est vrai aussi que les Musées Royaux d’Art et d’Histoire du Cinquantenaire situés loin du centre ville voient leurs collections permanentes désertées (certaines expos temporaires affichant heureusement quelques succès de fréquentations) et on peut comprendre qu’ils tiennent impérativement à ce que le MIM qui est un peu leur poule aux œufs d’or ne tarisse pas un tantinet ses rentrées pécuniaires.

MAIS LE TARIF PASSE DE 8 À 10 EUROS

En France, certains musées, lorsque des salles sont closes pour travaux, diminuent d’autant le prix du ticket. En Belgique, on n’a pas cette culture-là du respect du visiteur. Quand le Musée d’Art Moderne a été fermé, le ticket qui lui donnait accès ainsi qu’au Musée d’Art Ancien n’a pas été diminué de moitié pour ceux qui continuèrent de visiter uniquement ce dernier.

Mais le pire vient d’arriver au MIM ce 5 septembre 2017: la tarification est passée de 8 euros autrefois avec audio-guide à désormais 10 euros sans audio-guide. Puisque cette augmentation s’est faite sans audio-guide, on murmure dans les coulisses, avec insistance, que lorsque ceux-ci seront à nouveau disponibles, ils deviendront facultatifs (ce qui est peu pédagogique, vu la nature et l’historique de ce musée)… ce qui permettra d’obtenir deux euros supplémentaires.

CRITIQUES SUR LE LIVRE D’OR

En attendant, le livre d’or du MIM accumule les critiques :
- « Un très beau musée mais donnez-nous des audio guides! C’est très frustrant de ne pas pouvoir écouter le son de tous ces beaux instruments ».
- « La visite du musée perd 90% de sa valeur avec l’absence de l’écouteur ».
- « Pourquoi ne pas mettre des codes barre à scanner avec son smartphone (avec wifi) pour avoir accès aux sons? ». Etc.

MÉPRIS POUR LE PUBLIC

Ce nouvel exemple montre une fois de plus que nos musées fédéraux méprisent fort leurs publics. À un point tel qu’en France, on les traite parfois de surréalistes, ce qui ne ferait pas plaisir à juste titre à René Magritte. Ce nouvel épisode MIM vient compléter une série récente déjà fort longue :
- Interdiction pendant plusieurs années pour les « simples » visiteurs de dessiner et de prendre des notes au Musée Magritte Museum et dans les grandes expositions temporaires des MRBAB (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique);
- Obligation depuis janvier 2016 de payer l’entrée (5 euros) à l’accueil du Musée de l’Armée uniquement avec une carte bancaire (cette information ne figure même pas dans le nouveau dépliant);
- Toujours d’actualité malgré une pétition de près de 2.000 signatures, impossibilité pour la population active (plus de 50% de notre population) de fréquenter les Musées Meunier et Wiertz sans rogner sur ses jours de congés légaux puisque ces deux institutions sont fermées chaque week-end, en semaine pendant le temps de midi et les jours fériés. Etc.

Positivons, tirons enseignement. Puisse nos parlementaires fédéraux et le gouvernement se pencher rapidement sur la création d’un Code de bonne conduite en faveur des visiteurs.

B.H.

Sur la toile : https://www.lalibre.be/debats/opinions/2017/09/12/le-mim-a-retire-ses-audioguides-et-le-respect-du-visiteur-opinion-GTOAU27ARRAK3J27XQ3FIXQOLA/


jeudi 17 février 2022

Hôtel Solvay : Photos interdites

L’hôtel Solvay est considéré comme l’un des plus beaux immeubles érigés par l’architecte belge Art Nouveau, le baron Horta.

Il est situé au 224, avenue Louise à Bruxelles, à 50 mètres de l’étrange monument «Le Labyrinthe du Monde» de Jean-François Octave dédié à l’écrivaine Marguerite Yourcenar née le 8 juin 1903 dans l’immeuble qui s’élevait naguère juste sur le trottoir d’en face (là où s’ouvre désormais la galerie Bailli-Louise).

Cet hôtel est d’autant plus remarquable par le fait qu’il présente encore aujourd’hui dans un état de conservation exceptionnel ses meubles, peintures et multiples objets de décoration d’origine conçus ou commandés spécialement pour lui par le célèbre architecte.

Longtemps inaccessible au grand public, ce n’est que peu avant le début de la pandémie du Covid qu’il a rouvert ses portes plus régulièrement aux visites de 40 minutes destinées à ceux et celles qui ont la patience de réserver leur venue longtemps à l’avance.

Les responsables de ces visites sont attentifs à leur public. Par exemple, sur leur site, au moment où nous écrivons le présent article, ils indiquent à leurs futurs visiteurs, et ce avant qu’ils n’achètent leurs tickets, que : «Nous restaurons la façade Solvay. Vous réservez un billet à un moment où un échafaudage du chantier est placé pour refaire une beauté au bâtiment».

Une photo officielle de l’intérieur de l’Hôtel Solvay.


Néanmoins, nous leur avons adressé la triple plainte suivante, le 10 janvier 2022. Ils nous ont rapidement  répondu (dix-huit jours plus tard) et de façon circonstanciée.

Belle victoire de la L.U.C. au profit de tous les futurs visiteurs: le site de l’Hôtel Solvay préviendra désormais son public du fait qu’il ne pourra pas photographier au cours de sa visite.
Prévenu, et donc pas ou moins déçu sur place.

Voici donc nos échanges intégraux à propos des trois griefs que nous avons émis :


1 : Victoire ! Annoncer l’interdiction de photographier

- Questionnement de « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.):
« Dans le document électronique qui nous lie lors de l’achat de mon ticket manque un élément essentiel qui définit votre prestation économique, à savoir le fait qu’il est interdit de photographier (même sans flash) durant la visite.
Il ne s’agit pas ici de débattre du bien fondé (ou non) de cette interdiction mais uniquement de tenter de préserver le droit bien réel du public d’en être averti avant de se décider de participer à votre activité. En effet, notre Code civil indique clairement que le vendeur est tenu d'expliquer clairement ce à quoi il s’oblige et que tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur ».

- Réponse du service billetterie de Visit.Brussels :
« Il est certain que ce point peut décevoir les visiteurs. Nous en avons avisé l’Hôtel Solvay qui, depuis peu, communique l’information sur son site: https://hotelsolvay.be/tickets/
Nous envisageons aussi de sonder nos partenaires culturels afin de connaître des interdictions/empêchements de la sorte et de pouvoir les communiquer sur nos tickets ».

- Commentaire de la L.U.C. :
« Merci pour cette réaction concrète positive qui montre votre écoute et marque une évolution concrète. L’interdiction est désormais parfaitement indiquée, au bon endroit (impossible pour le futur acheteur d’un ticket de passer à côté) et en orange, elle tranche sur le fond noir : https://hotelsolvay.be/tickets/
Il serait intéressant qu’un jour Visit.bruxelles s’implique dans l’organisation d’un débat public sur ce fait de pouvoir ou non photographier (sans flash) dans les lieux culturels à Bruxelles.
En France, une charte a été établie et est appliquée après de longues négociations entre les parties prenantes. C'est «Tous photographes!» : https://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Documentation-administrative/Tous-photographes-%21-La-charte-des-bonnes-pratiques-dans-les-etablissements-patrimoniaux
À Bruxelles, on en est nulle part. Si on partait des travaux plutôt réussis de la France, et des premiers résultats concrets de son application?
Chez nos voisins, l'équivalent pour les musées de notre belge "Ligue des Usagers Culturels" se nomme «Louvre pour tous» (il ne dépend pas du musée du Louvre, c'est un groupe de citoyens très efficace). Il a participé activement à l'élaboration de cette charte, et voici son avis nuancé, et même assez critique :  http://www.louvrepourtous.fr/Charte-des-visiteurs-photographes,764.html..


 

2 : Être plus constructif à l’égard du public

- Questionnement de « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.):
« Je me permets, d’autre part, de vous signaler que le très long texte de vos conditions générales ne propose quasi que des éléments restrictifs et négatifs à l’égard de l’usager et quasi aucun élément constructif, un peu comme si le public ne disposait d’aucun droit.
Il me semble que pour valoriser votre image (notamment à un niveau international puisque l’aspect touristique de votre démarche est essentiel) vous pourriez réviser différents éléments de votre texte afin qu’il soit plus accueillant à l’égard de votre public ».

- Réponse du service billetterie de Visit.Brussels :
« Nos conditions générales ont été libellées par notre service juridique, ce qui restreint l’exercice à son caractère fondamentale. Pour ce point aussi, nous envisageons de suivre votre conseil ajoutant des éléments tels que « Vous êtes l’heureux détenteur d’un ticket qui vous donne droit à … » ».

- Commentaire de la L.U.C. :
« Quand il y a des interdictions, il y a souvent des raisons légitimes. Le public est reconnaissant lorsqu’on lui en explique le pourquoi, et sans lui mentir ou pratiquer la langue de bois.
Prenons un exemple extérieur à vos activités. Beaucoup reprochent à un musée bien connu que le « simple » visiteur ne peut pas y dessiner ou prendre des notes (même avec des crayons). Cette institution pourrait expliquer que si elle ne prend pas cette mesure, le prix du ticket augmenterait car son espace où il expose est relativement étroit et que ces deux activités ralentiraient le flot des visiteurs, d’où le risque de ne plus vendre assez de places pour équilibrer son budget.
Et prenons un exemple concernant l’Hôtel Solvay. Vos conditions générales sont tellement longues qu’il ne doit pas être compliqué d’y ajouter un wagon. Par exemple, votre public serait certainement très intéressé que vous lui expliquiez sans langue de bois pourquoi il ne peut pas immortaliser par des photos sans flash sa visite de cette extraordinaire demeure. Par exemple, parce qu’il s’agit de vendre à la sortie si possible davantage de catalogues ou de cartes postales (c’est l’argument qu’utilisait un syndicat de gardiens pour dénoncer l’interdiction de photographier au Musée Orsay)? Ou pour d’autres raisons… ».

3 : Supprimer une phrase léonine?

- Questionnement de « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.):
« Pourriez-vous supprimer dans votre texte la phrase suivante qui est léonine: « Ce billet ne sera ni remboursé, ni échangé ».
Je vous signale que, suite à une plainte analogue concernant le Botanique à Bruxelles, le 17 mars 2009, sa directrice générale Annie Valenti, a répondu positivement ».

- Réponse du service billetterie de Visit.Brussels :
« Si Annie Valenti a pu se permettre de vous répondre positivement, c’est parce qu’elle détient la décision finale de rembourser ou d’échanger le ticket. Etant une centrale de réservation de plusieurs acteurs culturels, nous ne détenons pas cette décision.
Cependant, il nous arrive de solliciter l’accord de nos partenaires pour rembourser ou, ce qui est plus fréquemment le cas vu la crise sanitaire, pour échanger les tickets ».

- Commentaire de la L.U.C. :
« S’il vous arrive de solliciter l’accord de vos partenaires pour rembourser, comme vous nous l’écrivez, c’est que ce n’est pas chose impossible. C’est la preuve même que votre phrase « Ce billet ne sera ni remboursé, ni échangé » est, dans certains cas, contraire à la réalité. Par cet fait même, sa mention, dans votre texte des conditions générales, est donc trompeuse à l’égard de l’ensemble du public.
Pourriez-vous en avertir les acteurs culturels avec lesquels vous traitez afin qu’ils vous donnent leur accord pour y mettre fin?
Ils y ont intérêt puisque, de toute façon, cette phrase est inapplicable et son objectif qui consiste à intimider l’usager peut ternir leur image.
Nous espérons que vous nous informerez des résultats de cette démarche que nous vous conseillons de mener ».

Mais… la façade de l’Hôtel Solvay mérite votre selfie … et ceci vous est permis!

Annexe:

À titre informatif, afin de permettre au lecteur de mieux se positionner par rapport à notre point 2 intitulé «Être plus constructif à l’égard du public », voici le texte des conditions générales utilisé par Visit.Brussels :

« Le présent document électronique, imprimé sur papier blanc, constitue le seul et unique Billet d'entrée à l'Évènement/visite guidée.
L'impression doit être parfaite, tous les éléments doivent être lisibles sans aucune confusion.
Dans le cas contraire, l'accès à l'Évènement/visite guidée sera refusé.
Le contrôle du Billet sera effectué à l'aide de lecteurs de code barre par l'Organisateur de l'Évènement/visite guidée, sous sa responsabilité, lors de l'entrée audit Événement/visite guidée.
L'Organisateur se réserve le droit de contrôler l'identité du client à l'entrée de l'Évènement/visite guidée.
Le client devra donc obligatoirement être muni d'une pièce d'identité officielle en cours de validité.
Chaque code-barres représente un seul Billet d’entrée.
Le Billet ne peut être scanné qu'une seule fois à la date indiquée sur ce dernier.
Si le même code-barres est présenté plusieurs fois, seul le premier Billet
scanné au contrôle donnera accès à l'Évènement/visite guidée.
Ainsi, seule la première personne présentant le Billet sera admise à accéder au lieu où se déroulera l'Évènement/visite guidée.
Cette personne est présumée être le porteur légitime du billet.
Toute tentative d'abus, de contrefaçon ou de fraude, sera susceptible de poursuite judiciaire.
Si la date inscrite sur le Billet ne correspond pas à la date du jour, l'accès sera refusé.
Ce Billet ne sera ni remboursé, ni échangé.
L’Organisateur peut refuser l'accès au lieu où se déroule l'Évènement/visite guidée s'il se rend compte que plusieurs impressions ou reproductions d'un Billet imprimable sont en circulation et qu'un accès au lieu de l'Évènement/visite guidée a déjà été accordé au porteur d'une impression ou d'une reproduction.
Si la personne détentrice d'un billet imprimable à domicile se voit refuser l'accès au lieu où se déroule l'Évènement/visite guidée, elle n'aura droit à aucun remboursement du prix payé.
Le Client assiste à l'Évènement/visite guidée sous sa propre responsabilité et
renonce à tout recours à l'encontre de VISITBRUSSELS.
VISITBRUSSELS n'est pas responsable en cas de retard ou changement d'horaire de l'Évènement/visite guidée. ».

vendredi 11 février 2022

Rembourser (ou pas) le ticket Jane Birkin?

Ici et là, le Covid a mené le monde politique à donner la possibilité à l’industrie culturelle de ne pas rembourser dans certains cas les tickets des spectacles. Lors d’un report, le public est obligé d’accepter la nouvelle date décidée de façon unilatérale, sauf s’il peut prouver qu’il lui est impossible d’assister au nouveau rendez-vous.
Et le respect de la vie privée du spectateur?

Dans un dossier de cinq pages où la parole n’est jamais donné aux usagers, «L’Espoir d’un lever de rideau», paru dans «La Libre Echo» du 5 février 2022, le journaliste Raphaël Meulders note : «Tant que le concert est reporté, le spectateur n’est pas remboursé».
Avant la pandémie, la règle économique prévoyait que le détenteur du ticket doit avoir le choix d’accepter la nouvelle date ou d’être remboursé, et rapidement.
Dans l’article, Coralie Berael, directrice de Forest-National de Bruxelles, explique : «Autrement, on serait en faillite. Mais on n’est pas vache non plus: si la personne se fait opérer ou se marie le jour où le spectacle peut finalement avoir lieu, on s’arrangera avec elle».

Il ne suffit pas d’expliquer ces raisons aux organisateurs. Il faut en apporter les preuves matérielles. Il y a donc là atteinte à la vie privée de la part d’une profession qui, par ailleurs, récriminait bien souvent lorsqu’il s’agissait de contrôler le pass et vérifier l’identité des spectateurs pour qu’ils puissent franchir les entrées de leurs salles.

Quant aux vaches, il en paisse notamment en Wallonie d’où des plaintes ont été envoyées à La Ligue des Usagers Culturels. Ainsi, ce couple dont un enfant participait à un spectacle. Il a organisé l’achat d’une dizaine de places pour les proches. La date du report ne permettait plus à ces parents d’être dans la salle car ils avaient organisé de longue date un week-end à l’étranger. Ils ont dû prouver l’achat des tickets de transport et la réservation de l’hôtel. Ils ont été remboursé pour leurs deux places. Ce ne fut pas le cas pour celles des autres personnes qui n’avaient pas nécessairement envie d’assister à cette activité culturelle sans la présence du « couple inviteur». Les tentatives de négociation avec l’organisateur furent vaines. De plus, devoir donner l’adresse de l’hôtel où on va séjourner nous semble dans ce cas pour le moins une entrée obligée dans la vie privée des clients.

Dans le dossier «L’Espoir d’un lever de rideau», une déclaration surprenante de Coralie Berael, la directrice du Forest-National de Bruxelles.

 Malade, mais pas de la Covid

«Mauvaise nouvelle pour les fans : le concert de Jane Birkin à Bruxelles est reporté, elle doit se reposer jusqu’à la fin de l’année» est le titre de l’article de Sudinfo publié sur le site Ciné-Télé-Revue, le 4 novembre 2021.
https://www.sudinfo.be/id425886/article/2021-11-04/mauvaise-nouvelle-pour-les-fans-le-concert-de-jane-birkin-bruxelles-est-reporte

L’AVC de la chanteuse date du 6 septembre 2021.
https://www.purepeople.com/article/jane-birkin-victime-d-un-leger-avc-un-proche-donne-des-nouvelles_a460984/1

Le concert de Jane Birkin au Cirque Royal de Bruxelles prévu pour le 8 décembre 2021 est donc reporté au mercredi 13 avril 2022 dans le même lieu.

Les tickets restent valables pour cette nouvelle date : «Si vous ne pouvez pas assister à la nouvelle date de l’événement pour des raisons personnelles, vous pouvez introduire une demande de remboursement sous certaines conditions et ce endéans les 30 jours à partir d’aujourd’hui».

Pour plus d’informations, cliquez ici
Je vous conseille de cliquer, car c’est là que se trouve le problème.
Constatez que lorsque vous aboutissez sur de site de Ticketmaster, vous tombez sur la page qui porte le titre suivant : «Que se passe-t-il si mon événement est annulé ou reporté en raison du Coronavirus COVID-19 ?».
Votre interlocuteur ne vous mentionne pas de façon explicite que, dans ce cas précis, l’artiste étant malade, et pas de la covid, le public peut choisir tout autre chose, et sans donner la preuve de quoi que ce soit : le remboursement plutôt que le report.

Dans le cas présent, le titre de cette page pour le moins trompeur. Voici ces instructions de Ticketmaster inapplicables au cas du concert de Jane Birkin :
«L'événement est reporté à une nouvelle date? Vos tickets restent valables pour la nouvelle date.
Les conséquences de la crise du coronavirus sont aussi une lourde épreuve pour le secteur de l'événementiel. Nathalie Muylle, Ministre de l'Emploi, de l'Économie et des Consommateurs, a donc pris un certain nombre de mesures pour aider le secteur à surmonter cette période difficile et a défini les règles de remboursement:
« Les organisateurs d'événements peuvent reporter les événements à une date ultérieure et ne doivent rembourser un client que si celui-ci peut prouver qu'il ne peut vraiment pas venir à la nouvelle date. Il s'agit de mesures exceptionnelles destinées à empêcher de nombreuses entreprises de faire faillite et à garantir que la fourniture future de services aux consommateurs ne soit pas compromise.
Je ne saurais trop insister sur le fait que ces mesures sont également dans l'intérêt des consommateurs. Sans mesures, cette situation entraînerait une lourde perte de revenus et pourrait placer de nombreuses organisations, des grands organisateurs de concerts aux petites compagnies de théâtre, en situation de grave difficulté financière.
Si vous ne pouvez pas assister à l'événement à la nouvelle date pour des raisons personnelles, vous pouvez introduire une demande de remboursement endéans les 30 jours. Dans ce cas, vous devez remplir le formulaire de demande de remboursement et nous fournir des pièces justificatives valides. Vous devez en effet démontrer pourquoi vous ne pouvez pas assister à la nouvelle date. Un mariage, une intervention médicale programmée ou des vacances prévues à l’avance sont des exemples de justifications qui peuvent être acceptées. Si des circonstances exceptionnelles surviennent après ces 30 jours et vous empêchent d'assister à l'événement, veuillez nous contacter via ce formulaire afin que nous puissions vérifier avec vous si vous remplissez les conditions d’un remboursement. Les circonstances couvertes par l'assurance annulation proposée (maladie, décès,…) ne sont pas incluses».

Le site de Ticketmaster introduit ainsi la confusion entre concerts reportés pour une raison liée Coronavirus COVID-19 et ceux postposés pour raison de maladie autre que celle de cette pandémie, comme l’AVC de Jane Birkin.

 
Deux extraits de la page sur la toile où sont renvoyés les spectateurs du concert de Jane Birkin, reporté pour cause de maladie (autre que la covid).

Nos quatre questions

Concernant ce dossier troublant, la Ligue des Usagers Culturels a posé par écrit quatre questions à Madame Eva De Bleeker, la Secrétaire d’État à la protection des consommateurs (qui a succédé à Madame Nathalie Muylle citée plus haut), le 9 novembre 2021. Les voici.

1: Si l’usager veut se faire rembourser son ticket car il n’a pas l’intention d’assister à la nouvelle date imposée unilatéralement par l’organisateur, il doit fournir des pièces justificatives «valides ». Il doit démontrer pourquoi il ne peut pas assister à la nouvelle date. « Un mariage, une intervention médicale programmée ou des vacances prévues à l’avance sont des exemples de justifications qui peuvent être acceptées ».
Il est écrit dans le texte publié par Ticketmaster « qui peuvent » et pas « qui doivent », ce qui ne protège pas l’usager.
D’autre part, ce texte est vague: « fournir des pièces justificatives valides ». Il est ouvert à de multiples interprétations.
Qui décide que la raison invoquée est valable ou pas?
Qui décide que les pièces justificatives sont valables ou pas?

2 : Cette réglementation détaillée de Ticketmaster, sous le titre « Que se passe-t-il si mon événement est annulé ou reporté en raison du Coronavirus COVID-19 ? » n’est pas reprise sur son site dans un autre article qui serait intitulé « Annulation pour problème de santé de l’artiste ». En ce qui concerne ce concert de Jane Birkin, le public n’a pas été informé de cette règle bien peu habituelle avant qu’il n’achète son ticket.
Pouvez-vous nous dire en fonction de quel article de loi cette réglementation peut-elle  s’appliquer?

3 : L’organisateur, en plus, fixe unilatéralement le fait que les demandes de remboursement doivent être faites par les usagers culturels endéans les 30 jours. Cet organisateur a-t-il le droit d’imposer ainsi autoritairement cette limite?
Si la réponse est oui, de quelle manière concrète toutes les personnes qui ont acheté un ticket seront averties à temps de cette échéance?

4: Ne considérez-vous pas que le fait de devoir donner des motifs du fait qu’on ne peut pas assister à la nouvelle date et apporter des preuves concrètes à l’organisateur pour le prouver peuvent constituer une atteinte à la vie privée de l’usager?
Est-ce normal que la législation fédérale le permette? Et si oui, jusqu’à quand?

Eva De Bleeker, la Secrétaire d’État à la protection des consommateurs (photographiée devant l’AB qui n’a rien à voir avec notre plainte), donne raison à La Ligue des Usagers Culturels. 
 

Si la cause est la COVID

Le 17 janvier 2022, nous recevons une première réponse détaillée mais elle n’envisage que le cas du report à cause de la Covid, ce qui ne correspond pas à notre demande d’information.
Mais il est intéressant néanmoins de découvrir quelles sont les règles précises très restrictives mise en place pour ce cas de figure exceptionnel et temporaire. Voici donc l’intégralité de cette réponse :

« Le texte cité s'applique aux événements qui ne peuvent plus être organisés en raison des mesures Corona.
L’arrêté ministériel relatif aux activités à caractère privé ou public, de nature culturelle, sociale, festive, folklorique, sportive et récréative dispose que le détenteur du titre d’accès a droit au remboursement lorsqu'il prouve qu'il est empêché d'assister à l'activité à la nouvelle date. Cette preuve peut être  apportée par tout moyen.
L’arrêté ministériel ne prévoit aucune exigence de forme particulière. Par conséquent, aucun document spécifique ne peut être demandé au détenteur du titre d’accès.
Néanmoins, le document fourni par le détenteur du titre d’accès doit véritablement former un élément de preuve. Il ne suffit pas de déclarer simplement que l’on n’est pas libre à la nouvelle date proposée.
Les preuves ne peuvent toutefois pas être limitées par l'organisateur. Toute preuve par laquelle le détenteur du billet prouve que, pour des raisons indépendantes de sa volonté, il ne peut être présent à la date de la nouvelle activité présentant les mêmes caractéristiques essentielles doit être acceptée par l’organisateur.
Il appartient donc à l'organisateur de faire preuve de bon sens; Il est inutile de décrire les preuves de manière plus spécifique, car on ne peut jamais prévoir toutes les situations possibles.
L’organisateur ne peut pas limiter les moyens de preuve.
L’organisateur est uniquement tenu d’accepter les preuves qui démontrent que, pour des raisons indépendantes de sa volonté, le détenteur du titre d’accès ne peut pas être présent à la date à laquelle a lieu la nouvelle activité ayant les mêmes caractéristiques essentielles.
Si, par exemple pour des raisons professionnelles ou pour d’autres raisons existant déjà avant que l’organisateur ne lui communique la date de l’activité de remplacement, le détenteur du titre d’accès n’est pas disponible à la date à laquelle l’activité de remplacement a lieu et peut en apporter la preuve (par ex. attestation de l’employeur, attestation de l’établissement scolaire, certificat médical, données de réservation d’un voyage déjà prévu, etc.), l’organisateur doit accepter cette preuve.
Dans tous les cas, une évaluation au cas par cas sera toujours nécessaire.
La décision finale appartient aux cours et tribunaux.

En tout cas, les consommateurs sont toujours informés par e-mail des nouvelles informations concernant l'événement pour lequel ils ont acheté des billets. La question est de savoir si le concert aurait pu être organisé dans le cadre des mesures Corona en application.

Comme déjà indiqué sur le site web du Service public fédéral Economie, il convient de prêter une attention particulière au délai dans lequel le titulaire du billet est tenu de faire connaître son indisponibilité à assister au nouvel événement. Ce délai doit être raisonnable. Dans ce cas, il s'agit de 30 jours. Imposer un délai très court après la notification de la nouvelle date de l'événement peut être considéré comme une pratique commerciale agressive (article VI.101, RME).
D'autre part, l'organisateur doit également être en mesure de revendre efficacement les billets qui se libèrent à nouveau. Diverses mesures ont été prises pour protéger les droits des consommateurs.
Les circonstances seront donc toujours évaluées au cas par cas et la décision finale appartient aux tribunaux ».

Concert Birkin : il y a bien droit à des remboursements

Dans un second courrier envoyé le 24 janvier 2022, la conseillère au service « Protection des consommateurs » répond à nos diverses questions et nous explique notamment que, pour ce concert de Jane Birkin remis pour cause de maladie, toute personne qui souhaite être remboursée, quelle qu’en soit la raison, doit l’être (et sans devoir expliquer pourquoi elle choisit cette solution-là plutôt que d’assister à la nouvelle « date » prévue) ou que la demande de remboursement par l’usager à l'organisateur doit simplement être faite dans un délai raisonnable après la notification de l’annulation.

Voici cette réponse détaillée :

« Le concert étant annulé pour cause de maladie de l'artiste, l'arrêté ministériel du 22 décembre 2021 relatif à l'annulation des activités privées et publiques à caractère culturel, social, festif, folklorique, sportif et récréatif ne peut être appliqué. Plus précisément, la disposition qui y est contenue concernant la "preuve d'empêchement" ne peut être appliquée ; il s'agit d'une réglementation spécifique qui a été introduite en cas d'annulation de l'événement pour des raisons liées au coronavirus.

Comme cet AM ne peut pas être appliqué ici, c'est le droit commun des contrats qui s'applique (cf. article 1108 du Code civil : les exigences pour la conclusion valable d'un contrat). Concrètement, cela signifie que le consommateur peut demander le remboursement de son argent en cas d'annulation : la prestation de l'entreprise est annulée ( annulation pour cause de maladie) et, par conséquent, également la prestation du consommateur (paiement).
 
Les règles strictes en matière de preuve ne doivent pas être imposées au consommateur. En outre, c'est l'organisateur qui annule l'événement : le fait que la société impose au consommateur des règles de preuve strictes pour que celui-ci soit remboursé peut être considéré comme une clause illicite absolument interdite (article VI.83, 9° et 30° du CDE).

En ce qui concerne le délai dans lequel un remboursement peut être demandé, il n'existe pas de législation spécifique. Bien entendu, un remboursement ne peut être demandé qu'à partir du moment où la société informe le détenteur du billet de l'annulation du concert pour cause de maladie de l'artiste. Le délai raisonnable de remboursement est conforme à l'obligation d'exécution de bonne foi (article 1134 du code civil). Dans ce cadre, on peut attendre du détenteur du billet qu'il soumette sa demande de remboursement à l'organisateur dans un délai raisonnable après la notification de l'annulation. La question de savoir si la demande de remboursement a été formulée dans un délai raisonnable ou non ne peut être jugée que par les tribunaux.

Pour un accord à l'amiable, le consommateur peut bien sûr faire appel au service du Médiation Pour le Consommateur (https://mediationconsommateur.be/fr)  ».

Et bravo à certains qui remboursent « normalement » !


Le métier musical est diversifié.
Nous avons demandé à un autre organisateur bruxellois important d’expliquer sa propre démarche en ce qui concerne les remboursements de places.

Le directeur du Botanique, Paul-Henri Wauters, nous écrit, le 18 février 2022 :

« Nous sommes sensibles à cette question et en tant qu'opérateur subventionné, et notre relation avec nos publics guide notre positionnement au delà de ce que certaines lois permettent aux organisateurs de concert. En clair:
1/ si un concert est annulé ( pour n'importe quel motif en ce compris les effets de la pandémie), chaque détenteur d'un billet reçoit un mail qui l'informe qu'il est immédiatement remboursé
2/ si un concert est reporté, nous lui indiquons que le billet reste valable, qu'il peut être échangé contre un autre billet d'une valeur équivalente et si la personne demande à être remboursée, elle est remboursée .
Il ne nous revient pas de juger ce que d'autres font à cet égard, nous tenons simplement cette ligne qui sous semble relevante dans le cadre de notre activité au Botanique et qui est certainement appréciée par notre public ».


jeudi 10 février 2022

Payer avant ou après, et combien on veut !

En Europe, une autre façon de payer (ou pas) dans un musée débute le 27 janvier 2022 à Genève.
Le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) met fin à ses tarifs d’entrée au profit d’un prix libre: «Paie ce qu’il te plaît!».
Dorénavant, c’est au public de déterminer le montant qu’il souhaite verser. Chaque visiteur a le choix entre payer ce qu’il souhaite au début ou à la fin de sa visite. Il recevra un billet indiquant le montant versé.
Cette approche relativement nouvelle en Europe continentale est assez répandue dans certains musées anglo-saxons.
Bien sûr, les sceptiques poseront diverses sous-questions. Le musée sait y répondre de façon fort intéressante : http://institutions.ville-geneve.ch/fileadmin/user_upload/mah/2015/Preparer_sa_visite/Questions_Site_DEF.pdf

À Genève, le Musée d’Art et d’Histoire

Qu’en pense notre Ligue des Usagers culturels?

En fait, c’est le retour de ce que nous nommons la « tirelire ». Nous la conseillons d’ailleurs depuis fort longtemps aux musées belges qui se plaignent de perdre de l’argent en pratiquant la «gratuité du premier dimanche du mois» (mais… ils n’en tiennent le plus souvent pas compte… et continuent donc de se plaindre de leur manque de financements).

Une étude faite à Gand montre que le public met plus d’argent dans la tirelire si elle est à la sortie plutôt qu’à l’entrée. C’est instructif. Bien sûr, si l’accueil est exécrable, cela ne sera pas le cas. Et donc, le visiteur est deux fois gagnant : il fait ce qu’il souhaite avant de sortir … et cette façon de faire va pousser les musées à bien l’accueillir.

La tirelire à la sortie est aussi un moyen concret (gratuit à mettre en place) pour mieux estimer pour les musées s’ils respectent bien leurs visiteurs. Que du positif donc, et c’est aussi une façon d’un peu mieux lutter contre la bureaucratie qui plane parfois dans certaines institutions.

L’étude gantoise indique un élément capital en plus. Le public n'est pas pingre en général. Certains paient même beaucoup. Bien souvent donc, cette façon de faire rapporte autant, si pas plus, que le total des rentrées dans les caisses avec les tarifications obligatoires habituelles.

Enfin, il y a en plus deux intérêts «citoyens». D'abord, tous les moins nantis ont ici accès à la culture. Et puis, fondamentalement, le visiteur n'est plus un client, mais devient un ami du musée qu’il soutient comme il le veut, un donateur.

Voilà un beau projet pour nos musées fédéraux?

Et si cette évolution du MAH de Genève donnait des idées à nos musées bruxellois?
N’oublions par que le13 décembre 2021, Thomas Dermine, le Secrétaire d’État chargé notamment des musées fédéraux, nous a répondu : « Quant à la gratuité le premier mercredi du mois, je soutiens les musées qui la pratiquent mais n’entends pas l’imposer aux autres. En effet, il me semble nécessaire de laisser une autonomie sur ce point aux Directions. Les tarifs sont les seules marges de manœuvre dont elles disposent budgétairement dès lors que le niveau des dotations leur est imposé. Je suis, cela dit, plutôt favorable à des tarifs différenciés permettant à chacun d’aller au musée qu’à des mesures générales de gratuité qui profitent également aux visiteurs les plus aisés et qui augmentent le besoin de fonds publics nécessaires pour assurer le fonctionnement des Institutions. Je suis toutefois évidemment intéressé par votre projet de texte et le lirai avec beaucoup d’intérêt. C’est un débat difficile mais je partage évidemment l’idée que le prix est un des leviers permettant d’élargir le public des musées ».

Beaucoup de nos musées ont suspendu ou abandonné cette gratuité d’une demi-journées (de 13H à 17H) du « premier mercredi ». Alors pourquoi pas la remplacer par un « tirelire », chaque premier dimanche du mois?
Nous avons lancé cette proposition auprès de Thomas Dermine qui nous a répondu le 1er février 2022 : « Je vous remercie pour votre message ainsi que pour ce partage. Je ne manquerai pas d’en discuter avec mon équipe ».

samedi 5 février 2022

Début des préventes de + en + tôt

 

Notre lettre est la première publiée dans la rubrique de «La Libre» et elle est mise en évidence grâce à la photo de Stromae en concert.

Cette thématique est rarement abordée dans le médias. La L.U.C. veut y être attentive. À savoir: commencer de plus en plus tôt une prévente pour un concert (également pour les grandes expos, les festivals d’été, etc.).

Ce n’est pas normal… au moins pour le monde journalistique. C’est ce que laisse entendre cet étonnant rectificatif paru déjà naguère dans Le Soir du 30 septembre 2003 qui s’était emmêlé les pinceaux la veille, et ce à propos pas du jour, ni du mois, mais bien de l’année où se découlait un concert.
Titre de cet articulet : «Aznavour à Bruxelles, mais en 2004 !».
Extrait : «Charles Aznavour sera bel et bien à Forest National, à Bruxelles, les 29 et 30 octobre, pour célébrer ses 80 ans. Mais en 2004 et non en 2003 comme nous l’avons annoncé erronément : il est né le 22 mai 1924. Un peu de patience encore pour tous les fans du chanteur. Mais les locations sont déjà ouvertes».

Enième escalade pour les débuts de plus en plus hâtifs de l’ouverture des préventes des concerts d’artistes s’exprimant en français, avec la tournée 2023 de Stromae .
À cette occasion, «La Libre» du 19 janvier 2022 a mis en évidence dans ses deux pages «courrier des lecteurs» celle du président de notre asbl.
Voici son texte, avec une proposition concrète, à la clef

Est-ce normal? s’interroge «La Libre». Nous aussi.

À propos du retour de Stromae

Pour les deux concerts de clôture de la tournée de Stromae à Paris, les 16 et 17 juin 2023, la vente des tickets a commencé le 15 décembre 2021. Si on compte bien, cela fait 19 mois avant… On nous pompe de plus en plus tôt notre argent. Il n’y a pas de limite.

La Ligue des Usagers Culturels revendique qu’à un niveau européen (l’Europe devrait en culture servir notamment à cela), la prévente culturelle ne commence jamais plus de six mois avant l’activité, et pas avant que l’ensemble du contenu de sa programmation ne soit divulguée au public.

Notons d’ailleurs l’évolution en la matière. Pendant les années ’80, on s’irritait quand la prévente d’un grand spectacle de variété commençait environ 6 ou 7 mois avant son déroulement.
Pendant les années ’90 : c’était environ une dizaine de mois.
En l’an 2000 : on est passé à 12 mois (par exemple, le concert d’Obispo à Forest-National du 1er décembre 2000 dont la prévente a commencé le 3 décembre 1999).
De 2000 jusqu’au début de la pandémie du Coronavirus en 2020 : entre 13 et 16 mois avec deux habitués de ce type de préventes des plus hâtives: Mylène Farmer et Johnny Hallyday.
Commencer si tôt une prévente n’est pas normal.

Voici les dates de la tournée de Stromae dont la location a commencé le 15 décembre 2021. Et … Stromae n’est bien sûr qu’un exemple parmi d’autres. D’autre part, nous n’émettons ici aucun avis sur la qualité de son travail scénique car ce n’est pas notre rôle.


mercredi 19 janvier 2022

Éviter de répondre à la question !

La carte blanche suivante qui est publiée dans La Libre en 2011 dénonce déjà le fait que les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) ne permettent plus au public de visiter deux musées mais un seul dans leurs locaux sis rue de la Régence.

Et cela cause un problème financier pour les visiteurs.
En effet, il y avait un seul ticket qui permettait de découvrir dans le même bâtiment ces deux musées différents qui sont d’ailleurs de grandeur plus ou moins analogue (compter près de deux heures de découverte pour chacun d’eux).

L’offre est donc diminuée de moitié : plus qu’un musée sur deux.
Mais le tarif du ticket (unique du les deux musées) n’a pas été réduit, d’où le titre de cette carte blanche: « Un musée pour le prix de deux ».

À l’inverse, il existe des exemples de musées à l’étranger qui diminuent d’autant le prix de leur ticket lorsqu’ils ne peuvent rendre accessible momentanément une partie de leur institution (un étage ou un ensemble de salles, par exemple).

Voici cette carte blanche :  https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10i

Au musée « Fin de siècle » : trois œuvres (une sculpture et deux peintures) d’un des plus grands sculpteurs belges du début du XXème siècle, Constantin Meunier.

 
Dix ans plus tard, en 2021, les MRBAB réitèrent exactement la même stratégie. La mauvaise habitude devient donc récurrente.

Le 29 avril 2021, notre « Ligue des Usagers Culturels » envoie une plainte sur cette thématique aux MRBAB.

Avec une question : si, à l’avenir, une troisième situation analogue se reproduisait, pouvez-vous nous affirmer dès aujourd’hui que vous ne reproduirez pas une nouvelle fois cette façon de faire ?

Il s’en est suivi huit mois d’échanges de courriers. Vous les découvrez ci-dessous.

Vous verrez combien les MRBAB ne veulent pas nous répondre, ou utilisent la langue de bois, et qu’il faut, à plusieurs reprises, l’intervention du Médiateur Fédéral pour qu’enfin ils s’exécutent avec des retards conséquents (dont ils s’excusent bien sûr, et on recommence la fois suivante… en espérant peut-être que leur interlocuteur lâchera prise).

C’est donc une non application à plusieurs reprises pour un même dossier (gênant?) de ce qu’ils indiquent pourtant clairement sur leur site : « Vous recevez d’abord un accusé de réception avec un numéro d’enregistrement unique et, dans les 30 jours, nous vous faisons parvenir : une réponse motivée, une rectification, une solution ».
https://www.fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/folder_klachtenprocedure_fr.pdf

Ces échanges problématiques de courriers nous semblent néanmoins, et heureusement, fort instructifs car ils constituent un nouvel exemple concret qui permet d’illustrer l’utilité de concrétiser le plus rapidement possible la deuxième des quatre propositions contenues dans notre autre « carte blanche » publiée, cette fois, par Le Vif, le 11 octobre 2020, sous le titre « Quatre propositions pour mieux respecter les visiteurs des musées fédéraux » :

« (Au sein de chaque musée fédéral, veiller à) la création de la fonction d’une personne ressource dont le travail consistera à défendre en interne les droits des usagers de façon transversale, dans tous les départements, y compris auprès de la direction et du conseil d’administration.
Si l’intérêt pour le public est évidemment dans toutes les pensées des membres du personnel de ces institutions, la surcharge du travail, la priorité prise désormais presque partout par le besoin de faire de la communication ainsi que la recherche effrénée bien souvent d’une rentabilité immédiate ne permettent plus vraiment de concrétiser jour après jour cet intérêt.
Il convient donc de retrouver au sein des diverses institutions le moyen de rendre incontournable cette préoccupation».

Ensuite, le 12 janvier 2022, nous avons demandé au Secrétaire d’état chargé des musées fédéraux, Thomas Dermine, de réagir à ce dossier. Nous rendrons publique sa réponse dès qu’elle nous parviendra.

Ces échanges de courriers avec les MRBAB vous montrent que la non agressivité et la ténacité de l’usager culturel sont utiles et que le public peut faire appel au Médiateur Fédéral qui est un allié, dans toute son indépendance.

Que des médias s’emparent du sujet et qu’un élu (ici, un ou des sénateurs) suive l’affaire de près : voilà deux atouts pour parvenir  sans doute plus correctement à un traitement démocratique de pareille plainte.

Bonne lecture ! Courage, vous verrez : ce qui suit se lit un peu comme les neuf épisodes d’un même feuilleton… ou d’une même série.


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1 : le 29 avril 2021

Voici le texte de la plainte envoyée aux MRBAB (les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique) sous le titre «Un musée pour le prix de deux» par la L.U.C., le 29 avril 2021.

« Le 26 mars 2021, la VRT annonçait que la section Old Masters (en français: le musée d’Art Ancien) des MRBAB (les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique) ne serait pas accessible au public pendant six mois, donc jusqu’au 15 octobre 2021.
Les visiteurs ne pourront plus découvrir durant cette période d’innombrables chefs d’œuvres de Bruegel, Rubens, Jordaens, Rembrandt… et «La mort de Marat» de David.

Cette décision nullement contestée dans la présente plainte (et je suis solidaire de vos difficultés économiques) permet de rouvrir l’autre section sise dans le même bâtiment et inaccessible au public depuis le début de la pandémie, le musée Fin de siècle qui expose notamment Ensor, Khnopff, Spilliaert, Gauguin, Rodin, Seurat, Meunier, Frédéric, etc.

Avant la pandémie, les MRBAB avaient mis fin à la possibilité d’acheter un ticket pour visiter chacun de ces deux musées séparément et avaient opté pour la «vente couplée», que certains appellent «vente forcée»: les deux sections pour 10 € (+ diverses réductions).

Outre que cette option force la main du visiteur (on peut adorer l’art ancien, et pas du tout celui du début du XXème siècle, ou l’inverse), elle est sans doute peu pédagogique et anti contemplative, car les œuvres étant nombreuses, il faut aller très vite («Le ticket est valable une seule journée») et il est fatiguant de tout découvrir en quelques heures.

Le site internet des MRBAB indique que la tarification actuelle n’a pas évolué, le prix de base restant à 10 €.: https://www.fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/tarifs

L’offre est donc diminuée de moitié mais le prix reste inchangé. Si votre boucher ou votre parfumeur agissait de même (et eux ne sont même pas subsidiés), resteriez-vous de marbre?

Il ne s’agit pas de critiquer un tarif mais le problème est différent : maintenir un prix « couplé » alors qu’on diminue de moitié l’offre.

À ceux qui penseraient que nous cherchons la petite bête en ces temps difficiles, nous répondrons que la pandémie a bon dos.
En effet, les MRBAB poursuivent cette stratégie tarifaire depuis bien longtemps.
En 2011, nous avions déjà publié dans La Libre Belgique une carte blanche pour la dénoncer: https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10
En effet, en février 2011, le musée d’Art Moderne des MRBAB fut fermé pendant plus d’un an. Pendant ce temps-là, situé à la même adresse (au 3, rue de la Régence), le musée d’Art Ancien resta accessible aux visiteurs.

À l’époque, un seul ticket au prix de 8 € permettait de visiter ces deux entités muséales. Alors que la moitié de l’offre est supprimée, le prix de l’entrée du musée n’est pas passé de 8 à 4 €. Aucune explication sur ce qui s’apparente à une hausse tarifaire indirecte de 100% ne fut proposée aux visiteurs, dont les plus avisés furent plus que surpris.

Dans des cas analogues, d’autres institutions agissent bien différemment. En Bretagne, le musée des Beaux-Arts de Rennes fut en travaux de mars 2008 à février 2010. La fermeture a porté sur la totalité du 1er étage qui accueillait l’ensemble de la collection permanente des peintures (Georges de La Tour, Jordaens, Rubens, Gauguin, etc.). En période normale, le ticket aurait coûté 4,45 €. Durant les travaux, il fut ramené à 1,05 €.

N’est-il pas temps de prendre exemple à Bruxelles, dans nos musées fédéraux, sur pareille pratique plus démocratique? ».

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2 : le 3 mai 2021

Première réponse, le 3 mai 2021, sous forme d’accusé de réception type par les MRBAB de la plainte de la L.U.C.

« Nous avons bien reçu votre mail de plainte dans lequel vous exprimez votre mécontentement concernant votre expérience avec notre musée.
Nous faisons suivre vos remarques auprès du service concerné qui ne manquera pas de vous répondre prochainement.
Les commentaires de nos visiteurs nous aident toujours à améliorer nos services et nous espérons que votre prochaine visite au musée vous apportera plaisir et satisfaction ».

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3 : en juin 2021

Les 15 et 30 juin 2021, dépôt et rappel par la L.U.C. après du Médiateur Fédéral d’une plainte pour non réponse circonstanciée dans le mois par les MRBAB à sa plainte «Un musée pour le prix de deux».
Les MRBAB continuent à faire silence «Ce qui, bien sûr, leur permet, jour après jour, de faire payer leurs visiteurs sans doute le double de ce qu’il serait logique, en tant que service public, de pratiquer».

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Il pleut au Musée d’Art Ancien même quand « Le roi boit ». Est-ce un prétexte valable pour faire trinquer les portefeuilles des visiteurs?

 

4 : le 8 juillet 2021

Le 8 juillet 2021 : deuxième réponse des MRBAB à la L.U.C. :

« Nous avons bien reçu votre plainte dans laquelle vous exprimez votre mécontentement concernant votre expérience avec notre musée, et nous en sommes navrés.

Nous préférerions tout ouvrir, mais ce n'est malheureusement pas possible actuellement. Nous sommes bien en dessous de la limite pour garder toutes les collections ouvertes.
Comme vous le savez certainement, les coupes budgétaires successives ont durement touché les institutions fédérales depuis 2011. La situation n'est donc pas nouvelle. La pandémie de Covid-19 a exacerbé le problème. Le paradoxe de la crise c’est que nous devons mobiliser plus de personnel pour encadrer les mesures Covid, alors que nous avons de moins en moins de personnel.

Depuis le début de l'année 2019, nous avons perdu 35 membres du personnel : 20 agents de sécurité et 10 agents d'entretien, dont 5 au front-office.
Rien que pour le service de gardiennage/sécurité, il manque actuellement 19 agents de sécurité. Et ce, sans compter toutes les autres fonctions (billetterie, accueil, entretien, administration, etc.) nécessaires au fonctionnement du musée.

Après le premier confinement, nous avons ouvert (en mai 2020) le musée Old Masters, puis le musée Magritte en juillet. Le Musée Fin-de-Siècle n’a pas rouvrir en raison du manque de personnel.
Cela fait donc plus d’un an (mars 2020) que cette précieuse collection (avec plus de 120 artistes, plus de 400 œuvres d'art, 4 étages) n’était pas visible du public ! Les œuvres d’Ensor, Khnopff, Spilliaert, Mellery, Gauguin, Rodin, Seurat, etc. étaient inaccessibles.

La seule possibilité que nous voyons actuellement est d’ouvrir les collections en alternance (comme dans d'autres grandes institutions culturelles).
Cependant, la procédure de sélection est entamé pour engager 15 nouveaux gardiens et nous espérons donc pouvoir ouvrir l’ensemble de nos collections le 15.10.2021.
Pour tout complément d’information, nous restons bien entendu à votre entière disposition ».

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5 : le 31 août 2021

Insatisfaite par la deuxième réponse des MRBAB, la L.U.C.lui adresse un troisième courrier, le 31 août 2021:

« Nous vous remercions d’avoir indiqué à la fin de votre dernier courriel « Pour tout complément d’information, nous restons à votre entière disposition ».
Nous nous permettons donc de vous adresser quatre questions et nous vous demandons de ne pas y répondre globalement, mais bien question par question, pour mieux nous respecter.

QUESTION 1 :

Donc, vous admettez que les MRBAB ne diminuent pas la tarification prévue pour deux musées (le musée d’Art Ancien et le musée Fin de Siècle) alors que les MRBAB n’en proposent plus que la visite d’un des deux.
L’offre est donc diminuée de moitié mais le prix reste inchangé. Ce que nous résumons par l’appellation « Un musée pour le prix de deux ».

Dans vos réponses précédentes, vous développez énormément votre explication sur le pourquoi un musée est fermé pendant que l’autre est accessible, ce que nous savions bien avant de vous écrire (nous nous informons avant de vous contacter pour ne pas vous faire perdre votre temps), ce qui ne répond donc aucunement à la plainte précise que nous vous avons adressée.
Pouvons-nous savoir s’il s’agit d’un acte volontaire ou est-ce parce que vous n’avez pas lu notre plainte? Ou pour une autre raison comme noyer le poisson ou espérer que le plaignant ne va pas avoir l’énergie de poursuivre le contact afin de voir aboutir sa thématique?  

QUESTION 2 :

Dans toutes vos réponses, vous faites comme si nous n’avions pas écrit ce qui suit :

«  (…) À ceux qui penseraient que nous cherchons la petite bête en ces temps difficiles, nous répondrons que la pandémie a bon dos.
En effet, les MRBAB poursuivent cette stratégie tarifaire depuis bien longtemps. En 2011, nous avions déjà publié dans La Libre Belgique une carte blanche pour la dénoncer: https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10
En effet, en février 2011, le musée d’Art Moderne des MRBAB fut fermé pendant plus d’un an. Pendant ce temps-là, situé à la même adresse (au 3, rue de la Régence), le musée d’Art Ancien resta accessible aux visiteurs.
À l’époque, un seul ticket au prix de 8 € permettait de visiter ces deux entités muséales. Alors que la moitié de l’offre est supprimée, le prix de l’entrée du musée n’est pas passé de 8 à 4 €. Aucune explication sur ce qui s’apparente à une hausse tarifaire indirecte de 100% ne fut proposée aux visiteurs, dont les plus avisés furent plus que surpris (…) ».

Nous écrivions ceci pour que vous ne nous répondiez pas que c’est à cause des pertes financières dues à la pandémie que vous forciez le public à payer « un musée pour le prix de deux ».

Vous ne pouvez pas répondre avec cet argument puisque nous vous prouvons que c’est une pratique habituelle dans votre institution car les MRBAB agissaient déjà ainsi en 2011.

Et voilà que vous semblez ne pas avoir lu cette partie de notre plainte et la seule explication que vous nous donnez consiste à parler justement de la pandémie, alors que nous vous prouvons qu’il s’agit d’une attitude structurelle.

Pourriez-vous enfin nous répondre à cette partie de notre plainte passée à la trappe jusqu’à présent.

QUESTION 3 :

Enfin, vous n’avez pas non plus réagi jusqu’à présent à cette autre partie de notre plainte : « (…) Dans des cas analogues, d’autres institutions agissent bien différemment. En Bretagne, le musée des Beaux-Arts de Rennes fut en travaux de mars 2008 à février 2010. La fermeture a porté sur la totalité du 1er étage qui accueillait l’ensemble de la collection permanente des peintures (Georges de La Tour, Jordaens, Rubens, Gauguin, etc.). En période normale, le ticket aurait coûté 4,45 €. Durant les travaux, il fut ramené à 1,05 €.
N’est-il pas temps de prendre exemple à Bruxelles, dans nos musées fédéraux, sur pareille pratique plus démocratique? (…) ».

En d’autre mots, si une situation analogue à celle de 2011 et de 2021 devait se reproduire ultérieurement, les MRBAB peuvent-ils s’engager aujourd’hui à ne plus avoir la même attitude qui consiste à faire payer au visiteur « un musée pour le prix de deux »?

Nous pouvons illustrer cette troisième question d’un nouvel exemple de « bonne pratique », cette fois-ci en Italie.

Un habitué de la page « La Ligue des Usagers Culturels » de facebook publie ce qui suit, le 31 juillet 2021 : « À noter : à Venise Ca d'Oro. Suite à la crise sanitaire, le 2e étage est fermé. C'est indiqué sur le site. On nous le signale à l'entrée et le prix du billet est réduit d'un tiers.
Plus précisément, parcours temporairement restreint (cour monumentale, jardin, itinéraire parmi les chefs-d’œuvre du premier étage et loggia sur le Grand Canal): billet à prix réduit pour tous à € 6,00 ».

Nous nous sommes penchés dans nos archives et avons découvert que, lors d’un voyage à Venise, nous avions déjà découvert ce musée le 21 avril 1997. Son 2ème étage ne peut pas être visité. Il y a aussi quelques travaux au 1er étage, mais on peut contempler quand même l’œuvre la plus connue de cette institution : le fameux St Sébastian de Mantegna :
https://en.wikipedia.org/wiki/St._Sebastian_(Mantegna)

À cause de ces travaux, l’entrée est gratuite pour tous les visiteurs.

Vous voyez donc qu’à Venise, il y a comme chez vous une « pratique » constante, mais son contenu est complètement différent.

QUESTION 4 :

Nous nous permettons de vous rappeler cet extrait de votre accusé de réception : « Les commentaires de nos visiteurs nous aident toujours à améliorer nos services ». Par rapport à notre présente plainte, allez-vous garder le statu quo à l’avenir ou ma plainte va-t-elle vous aider à améliorer vos services? Comment? ».

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6 : Octobre et décembre 2021

Le 5 octobre 2021 et le 6 décembre 2021, la L.U.C. envoie une nouvelle plainte, et son rappel, au Médiateur Fédéral pour non réponse des MRBAB à son troisième courrier envoyé le 31 août 2021.

Pourtant, sur leur site, les MRBAB indiquent à propos de l’envoi de plaintes : « Vous recevez d’abord un accusé de réception avec un numéro d’enregistrement unique et, dans les 30 jours, nous vous faisons parvenir : une réponse motivée, une rectification, une solution ».
https://www.fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/folder_klachtenprocedure_fr.pdf

Le Médiateur Fédéral demande aux MRBAB à plusieurs reprises de répondre à nouveau à la L.U.C.

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7 : le 22 décembre 2021

Le 22 décembre 2021, les MRBAB répondent enfin au troisième courrier daté du 31 août 2021 de la L.U.C. :

« Nous avons bien reçu votre mail, et nous vous prions de nous excuser pour cette réponse tardive.
Comme demandé lors de nos précédents échanges, vous trouverez ci-dessous les réponses à chaque question posée dans votre mail.

 
1) Les tarifs des MrBAB sont fixés par arrêté ministériel, et ne peuvent donc pas être modifiés unilatéralement par les MrBAB. Une quelconque adaptation nécessite l’accord aussi bien de notre comité de direction, que celui de la commission de gestion de BELSPO, et le Secrétaire d’Etat de la Politique scientifique fédérale. Comme vous le savez certainement, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique sont une institution scientifique fédérale qui dépend de BELSPO, sa coupole administrative. Une demande d’adaptation doit donc faire l’objet de réflexion et d’une argumentation complète et être ensuite approuvée par les deux instances, ainsi que par l’inspecteur général des finances. Dans le cas du Musée Fin-de-Siècle, la fermeture était temporaire pour les raisons explicitées lors de nos échanges précédents et le musée s’est rouvert depuis le 15 octobre dernier, après engagement de nouveaux gardiens. Une demande d’adaptation des tarifs n’était, par conséquent, pas à l’ordre du jour.
Aujourd’hui, toutes les collections des MrBAB sont accessibles au public, à savoir : le Musée Old Masters Museum, le Musée Fin-de-Siècle Museum, le Musée Magritte Museum, le Musée Meunier Museum et le Musée Wiertz Museum.

 
2) Comme vous le savez, le Musée d’Art Moderne a dû malheureusement fermé ses portes en 2011, car le musée était dans un état vétuste et ne répondait plus aux normes d’hygrométrie, de sécurité et d’électricité (entretien et rénovation reportés et changement de direction). La stratégie de modernisation fut alors de redéployer les collections afin de les revaloriser et redynamiser. Force est de constater que, suite à la fermeture d’une partie de ses collections, le musée a fait face à des pertes financières importantes. Afin de remédier en partie à cela, le musée avait décidé alors de maintenir le tarif plein de 8 euro.

La collection d’Art moderne et contemporain (de 1914 à nos jours) est actuellement, il est vrai, inaccessible. Cependant, des expositions temporaires présentent régulièrement des sélections d’œuvres issues de cette collection, en attendant que celle-ci puisse investir un lieu adapté. Ainsi, nous avons récemment exposé quelque 150 peintures, sculptures, œuvres sur papier, installations et vidéos de la collection dans le cadre de l’exposition BE MODERN. En ce moment, d’autres œuvres de la collection d’Art moderne et contemporain des MrBAB sont visibles au sein de l’exposition EUROPALIA, Voies de la modernité.

Par ailleurs, les perspectives pour le Musée d’art moderne sont favorables. Thomas Dermine, Secrétaire d’État à la politique scientifique, dans sa note de politique générale présentée à la Chambre cet automne, mentionne :
Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) seront l’objet d’importants travaux de rénovation qui imposeront leur fermeture durant plusieurs années. Afin de garantir l’accessibilité des collections et de redéployer leurs missions, une réflexion a été lancée dans le but de proposer plusieurs initiatives au gouvernement en 2022. […] Concernant le bâtiment Vanderborght, celui-ci est propriété de la Ville de Bruxelles. Beliris a prévu des moyens d’études relatifs à sa rénovation et à son exploitation. Une collaboration est à l’étude pour permettre de valoriser les collections d’art moderne.

 
3) Nous espérons en aucun cas nous retrouver face à une situation similaire à celle de 2011 (fermeture du Musée d’Art Moderne) ou de 2021 (fermeture temporaire du Musée Old Masters) à l’avenir, deux évènements qui se sont déroulés indépendamment de notre volonté.

Seulement, le Musée Old Masters Museum et le Musée Fin-de-Siècle Museum fermeront à nouveau leurs portes en 2023 pour effectuer les travaux de rénovation importants, longuement attendus.
Comme vous avez certainement pu le découvrir par le biais de la presse, les collections Old Masters et Fin-de-Siècle des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique devront en effet fermer pendant une période d’au moins deux ans afin de rénover les toitures du Forum et les salles du Balat (Régie de Bâtiments).

Un communiqué de presse suivra avec de plus amples informations sur le déroulement des travaux. Sachez toutefois que le Musée Magritte Museum et une sélection d’œuvres des œuvres des grands maîtres de nos collections resteront accessible au public, et que les MrBAB continueront à présenter leurs œuvres à travers des expositions aussi bien intra qu’extra muros.

4) Comme mentionné dans notre mail précédent, les commentaires de nos visiteurs nous aident toujours à améliorer nos services. Ainsi, nous vous confirmons que l’ensemble de vos remarques ont été prises en considération et que les solutions constructives sont toujours soumise à la direction, et dans la mesure du possible, intégrer dans le fonctionnement du musée. Nous prenons toujours en compte l’avis de nos visiteurs dans le souci d’améliorer l’expérience des visiteurs au sein des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Nous restons bien entendu à votre entière disposition pour tout complément d’information ».

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8 : Le 5 janvier 2022

Le Médiateur Fédéral qui a reçu copie de la troisième réponse des MRBAB envoie ses conclusions à la L.U.C. :

« Sauf meilleur avis de votre part, il me semble que cette réponse est explicite quant aux motifs qui ont conduit les MRBAB à ne pas revoir leur politique tarifaire malgré l’inaccessibilité de certaines de ses ailes. Je peux dès lors procéder au classement de votre plainte auprès du Médiateur fédéral en constatant que l’administration concernée a répondu à vos questions suite à nos interventions.

Je relève en outre que la décision d’adaptation des tarifs prévus par arrêté ministériel au regard de la « quantité » d’œuvres exposées appartient au secrétaire d’Etat et au ministre de la Politique scientifique ».

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9 : Le 7 janvier 2022

La L.U.C. répond au troisième courrier des MRBAB :

« Nous vous souhaitons nos meilleurs voeux pour 2022.
Voici nos deux remarques à propos de votre réponse du 22 décembre 2021.

1 : Nous  constatons qu’il a fallu attendre cette dernière réponse des MRBAB pour que vous nous indiquiez enfin que votre tarification est fixée par arrêté ministériel et ne peut donc pas être modifiée unilatéralement par votre institution (« Une quelconque adaptation nécessite l’accord aussi bien de notre comité de direction, que celui de la commission de gestion de BELSPO, et le Secrétaire d’Etat de la Politique scientifique fédérale (…) Une demande d’adaptation doit donc faire l’objet de réflexion et d’une argumentation complète et être ensuite approuvée par les deux instances, ainsi que par l’inspecteur général des finances »).

Comme le résume le Médiateur Fédéral dans un courriel qu’il nous a adressé le 5 janvier 2022: « Je relève que la décision d’adaptation des tarifs prévus par arrêté ministériel au regard de la « quantité » d’œuvres exposées appartient au secrétaire d’Etat et au ministre de la Politique scientifique ».

Il s’agit donc d’un « renvoi de la patate chaude » à Monsieur Thomas Dermine que nous allons donc contacter.

Ce qui est attristant, car cela a fait perdre beaucoup de temps (et d’argent) à votre administration qui manque tant de financements, c’est la rétention de cette information à notre égard pendant près de huit mois.
Les MRBAB auraient très bien pu nous indiquer cela dès sa première réaction, ce qui vous aurait épargné cette série de réponses.
Vous pouvez comprendre que vous nous avez ainsi également fait perdre beaucoup de temps et d’énergie, ce qui n’est guère sympathique dans votre fonctionnement à l’égard de vos visiteurs attentifs qui visent dans leur plainte l’intérêt collectif.

De plus, vos réguliers retards (plus d’un mois) de réaction à chacune de ces étapes de notre échange nous a contraint à monopoliser à plusieurs reprises l’attention du Médiateur Fédéral. Nous tenons ici à nous en excuser auprès de lui.

2 : Notre question 3 de notre courrier précédent qui vous a été adressé se résume ainsi : « Si une situation analogue à celle de 2011 et de 2021 devait se reproduire ultérieurement, les MRBAB peuvent-ils s’engager aujourd’hui à ne plus avoir la même attitude qui consiste à faire payer au visiteur « un musée pour le prix de deux »? ».

Votre réaction qu’on peut résumer ainsi « Nous espérons en aucun cas nous retrouver face à une situation similaire » vous permet de ne pas nous répondre par un oui ou par non à notre question.

Il nous semble donc que vous vous obstinez à contourner cette question qui constitue le sujet principal de notre plainte. Voilà sans doute une attitude dictée par une volonté de communication et non par un souci de débattre clairement d’enjeux économiques avec vos usagers.

Cette attitude est intéressante car elle constitue un nouvel exemple concret pour illustrer la deuxième proposition de la « carte blanche » de « La Ligue des Usagers Culturels » publiée par Le Vif L’Express, le 11 octobre 2020 sous le titre « Quatre propositions pour mieux respecter les visiteurs des musées fédéraux » :

« Deuxième proposition : (Au sein de chaque musée fédéral), la création de la fonction d’une personne ressource dont le travail consistera à défendre en interne les droits des usagers de façon transversale, dans tous les départements, y compris auprès de la direction et du conseil d’administration. Si l’intérêt pour le public est évidemment dans toutes les pensées des membres du personnel de ces institutions, la surcharge du travail, la priorité prise désormais presque partout par le besoin de faire de la communication ainsi que la recherche effrénée bien souvent d’une rentabilité immédiate ne permettent plus vraiment de concrétiser jour après jour cet intérêt. Il convient donc de retrouver au sein des diverses institutions le moyen de rendre incontournable cette préoccupation » ».

mercredi 22 décembre 2021

Thomas Dermine, Secrétaire d’État : « Mon adhésion aux 15 engagements du Code des usagers culturels »

Le 13 décembre 2021, Thomas Dermine, le Secrétaire d’État socialiste chargé notamment des musées fédéraux, répond à la longue lettre du président de « La Ligue des Usagers Culturels » qui lui a été adressée le 10 novembre 2021, puis en premier rappel le 10 décembre 2021.


 

Les deux premiers tiers de cette réponse font le point sur l’ensemble de ses actions entreprises dans le secteur qui nous concerne depuis sa nomination. 

Le dernier tiers s’attache plus précisément nos demandes et réflexions:

  • élaborer une charte des usagers culturels au fédéral (il réitère son avis positif concernant les 15 premiers points du « Code de Respect des Usagers Culturels » qui s’applique déjà depuis 2006 en Fédération Wallonie-Bruxelles);
  • création d’un site internet qui regrouperait les livres d’or avec les avis des visiteurs des différents musées;
  • avancer (peut-être) dans le dossier d’une gratuité mensuelle pour tous.

Nous publions ci-dessous dans leur intégralité d’abord la lettre de la L.U.C. et ensuite la réponse du Secrétaire d’État.

LA LETTRE DE « LA LIGUE DES USAGERS CULTURELS »

Monsieur le Secrétaire d’État, 

1 : C’était le 10 novembre 2020. Il y a juste un an, vous nous écriviez : « Les usagers doivent pour nous être au centre des préoccupations des acteurs culturels ».

Nous pensons qu’au cours de l’année qui vient de s’écouler, il existe une série de thématiques où les droits et les intérêts des visiteurs ont été négligé, et parfois sous le prétexte fallacieux qu’il s’agirait d’un effet de la pandémie qui a parfois bon dos. 

Nous vous remercions d’avoir récemment annoncé l’octroi de 2,9 millions d’euros complémentaires pour nos musées fédéraux afin de contrebalancer les effets négatifs de cette période Covid en terme de rentrées financières liées aux baisses de fréquentation des divers établissements. 

Nous espérons qu’ensuite, bien rapidement, vous pourrez davantage porter votre attention sur les thématiques suivantes que vous aviez évoquées dans votre précédent courrier:

http://la-luc.blogspot.com/2020/11/le-secretaire-detat-des-musees-nous.html

Nous avons attendu une année avant de reprendre contact avec vous.

Voilà, selon nous, le temps venu pour un premier « état des lieux », dans l’espoir qu’il vous permettra de construire d’ici la fin de la présente législature avec les musées une série d’évolutions concrètes utiles aux usagers. 

2 : Vous nous indiquiez : « Je fais miens à la fois les objectifs et les 15 premiers engagements du Code du respect des usagers culturels (les 3 derniers engagements étant, dans leur formulation, spécifiques à la Communauté française) ». 

Michel Draguet (MRBAB) s’est positionné exactement de la même façon que vous, par rapport à ces 15 premiers points de ce Code. Voici la copie de sa lettre signée.


 

Pourtant sous sa direction, le musée Magritte n’a pas respecté le point 2 de ce Code :

http://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

À ce sujet, la L.U.C. a soutenu et accompagné un visiteur dans son dépôt d’une plainte au musée Magritte et sa demande du remboursement d’un ticket. Celle-ci a été envoyée le 18 juillet 2018.

Il a fallu attendre le 14 avril 2021, soit plus de 2 ans 1/2 et un long travail déterminé du Médiateur Fédéral pour que le musée Magritte accepte de rembourser ce ticket et surtout qu’il accepte et mette en place une évolution concrète structurelle pour mettre fin, à l’avenir, à cette « pratique » qui ne respectait par ce point 2 du Code. 

Pour mieux et rapidement (en trois minutes) comprendre les enjeux de cette plainte que nous considérons comme emblématique, nous vous conseillons de découvrir le reportage que RTL TVI y a consacré, ce 25 juin 2021.

Il a été tourné en deux phases : quand le musée Magritte refusait de rembourser, et plus récemment, lorsque le musée évolué : 

https://www.facebook.com/imagesalappui/videos/287572189455953

Voilà d’ailleurs un exemple concret qui devrait vous inciter encore davantage à la création d’un Code fédéral des visiteurs car il arrive que d’autres institutions fédérales ne respectent pas d’une manière analogue ce point 2 du Code.

Notre travail bénévole n’est pas fort utile si nous devons consacrer tant de temps à la longue gestion de pareille plainte sans que la leçon ne soit tirée par la suite pour l’ensemble des institutions fédérales. 

Alors, existe-t-il bien au moins un autre exemple concret du même type?

Le Musée d’Art et d’Histoire oublia d’indiquer à ses visiteurs du fond permanent qu’ils ne pourraient pas admirer l’un de ses must, une gigantesque statue de l’île de Pâques, car elle ne fut visible, pendant plusieurs mois, uniquement sur présentation du ticket de l’exposition temporaire.

NOS QUESTIONS :

2 - A : Pourriez-vous nous indiquer votre positionnement par rapport à cette plainte concrète et son aboutissement?

 2 - B : En une année, vos services ont-ils évolué dans la préparation d’un Code de respect des usagers culturels?

2 - C : Notre asbl (il y en a peu dont l’objectif unique est le respect des droits et des devoirs des usagers culturels, nous semble-t-il) sera-t-elle conviée à participer aux travaux de son élaboration? De quelle manière? 

3 : Vous nous indiquiez : « Il serait intéressant que les musées organisent des rencontres sur les droits des usagers et permettent à ceux-ci de laisser une appréciation, positive ou négative, sur un livre d’or en ligne, cela même si des sites proposent déjà ce genre de services ».

Nous n’allons pas reprendre ici notre argumentaire puisqu’il vous a intéressé au point que vous nous indiquiez ce point de vue concordant. 

 

NOS QUESTIONS :

 3 - A : Concernant ces rencontres annuelles sur les droits de leurs visiteurs que devrait organiser chaque musée fédéral, pourriez-vous nous indiquer si elles sont prévues pour l’année prochaine, en 2022, et de quelle manière elles vont se dérouler?

Comment et auprès de qui seront-elles promues?

Enfin, comment leur contenu sera-t-il par la suite diffusé sur le court et le long terme, et auprès de qui?

3 - B : Comment évolue ce projet de livre d’or en ligne?  

Vous affirmez que des sites proposent déjà ce type de service : pourriez-vous nous en dire davantage car nous n’en avons pas connaissance? 

L’originalité et surtout l’utilité de notre proposition consiste justement à proposer sur un seul site les divers « livres d’or » afin que celui-ci rassemble l’ensemble des visiteurs pour une réflexion globale sur leurs droits et devoirs.

Le but est aussi de permettre à des visiteurs d’un musée de découvrir le fonctionnement et l’attrait d’autres institutions qu’ils n’ont pas encore fréquenté et ainsi, peut-être, leur donner aussi l’envie de s’y rendre. 

4 : Vous nous indiquiez : « Je soutiens (…) les musées qui pratiquent la gratuité pour tous un mercredi par mois ».

NOS QUESTIONS :

4- A : Sur ce sujet précis, plus d’un an après le début de votre mandat, la situation est malheureusement catastrophique : ce mercredi 3 novembre 2021, il n’y a eu qu’une minorité (deux institutions fédérales) qui pratique cette gratuité: le musée Magritte et le musée Fin de Siècle (qui sera bientôt remplacé par le musée d’Art Ancien).

Comment envisagez-vous de remédier à cette situation qui a commencé bien avant le début de la pandémie (celle-ci n’en est donc pas la cause unique)? 

Comptez-vous tout particulièrement la restaurer à l’Africa Museum et l’introduire au nouveau musée de la KBR?

À quelle(s) date(s)? 

Nous nous permettons de vous rappeler le contenu de notre carte blanche sur ce sujet. Elle est parue alors qu’aucun média ne s’était préoccupé jusqu’alors de cette progressive élimination de ce qui est considéré comme un droit minimum des usagers faisant suite à la suppression en 1997 de la gratuité QUOTIDIENNE des musées fédéraux par l’un de vos prédécesseur, le ministre Yvan Ylieff (PS).

Ce texte est paru dans La Libre du 14 septembre 2020 :

https://www.lalibre.be/debats/opinions/2020/09/14/musees-federaux-vers-la-fin-de-la-gratuite-mensuelle-JOU3BZWXYJARHB3N6VETHGT4FU/

4 - B : Concernant cette gratuité, n’a jamais existé, au minimum, un feuillet photocopié (les MRBAB ont utilisé ce moyen récemment pour communiquer sur la gratuité quotidienne pour les jeunes) mentionnant les noms, coordonnées et horaires de l’ensemble des musées qui la pratiquent.

Rien donc en ce sens qui serait destiné à être distribué au public qui utilise déjà cette gratuité pour au moins un musée, afin de lui faire découvrir ces autres occasions de visites pour les mois suivants. Un des buts de la gratuité mensuelle, moins souvent mentionné et pourtant important, étant de donner envie à des visiteurs « une fois par an » de devenir des passionnés qui fréquentent régulièrement musées et expositions.

L’objectif majeur de cette gratuité, selon la majorité des musées eux-même et , en gros, le pouvoir politique, consiste à attirer de nouveaux publics.

Pour l’atteindre, il faut que ces futurs publics soient informés de l’existence de cet avantage pour tous. Ce qui n’est que bien peu le cas actuellement. 

Comptez-vous y remédier? Comment et quand? Le vaste public a droit à ce type d’informations, nous semble-t-il. 

Vous savez sans doute que l’asbl « Arts & Publics » vient de publier pour la huitième fois une brochure annuelle de 48 pages présentant les 150 musées belges qui pratiquent la gratuité du premier dimanche du mois.

Comme chaque année, elle est insérée dans LE SOIR (ce 29 octobre 2021). Elle annonce aussi toutes les autres journées de gratuité « pour tous » belges dont celles des musées fédéraux.


 

Outre cette insertion dans le quotidien francophone, la brochure est diffusée dans divers lieux culturels comme les bibliothèques et même dans les salles d’attente des médecins. 

Comment comptez-vous médiatiser la gratuité fédérale d’une demi-journée du premier mercredi du mois, lorsqu’elle sera très bientôt, du moins nous le supposons, à nouveau d’application?

Cette question nous semble correspondre à ces deux autres déclarations que vous nous avez faite :

 

  • « J’accorde aussi une importance toute particulière aux efforts fournis pour élargir les publics »,
  • « L’accès (entendu au sens large) pour tous à ces collections est donc non seulement une dimension essentielle, mais il constitue un véritable droit ».

4 - C : Puisque cette gratuité d’une demi journée du premier mercredi du mois est réduite à peau de chagrin, ne serait-il pas logique de remettre sur le tapis derechef les acquis des travaux de la précédente législature qui s’interrogea sur l’opportunité de transformer la gratuité du premier dimanche du mois en une gratuité du premier dimanche du mois? 

C’est le moment idéal puisque désormais l’habitude de réserver sa venue au musée est, et restera sans doute, bien davantage ancrée au sein du public. L’argument bien réel du « il y aurait ce jour-là beaucoup trop de monde aux musées fédéraux, et donc des files interminables » devient donc ainsi caduc.

Pour rappel, hélas, la gratuité du premier mercredi du mois n’est pas du tout une gratuité mensuelle « pour tous » puisqu’elle discrimine la population active (travailleurs, étudiants), soit près ou même plus de 50% du public potentiel auquel elle devrait être destinée.

Nous avons utilisé une partie du temps du premier confinement pour mettre par écrit une réflexion sur l’utilité de la gratuité du premier dimanche du mois.

Nous y tentons même d’y prouver qu’elle peut rapporter davantage économiquement que le manque à gagner financier qu’elle occasionne.

Ce texte n’est pas encore rendu public mais nous pouvons vous le transmettre à titre confidentiel, si vous le souhaitez. 

Il nous semble qu’il serait intéressant que le fédéral puisse se lancer, encore au cours de l’actuelle législature, de façon expérimentale dans l’aventure de la gratuité mensuelle du premier dimanche en la mettant en place de façon prioritaire dans trois de ses musées : un grand, deux plus petits. 

Cette option pourrait devenir une des missions « citoyennes » novatrices « grand public » pour le musée d’Art et d’Histoire auquel vous portez particulièrement attention en vue des célébrations du deuxième centenaire de notre pays. Un projet avec une mise en exergue, mois après mois, chaque premier dimanche, d’une des nombreuses sections de cette institution, pourrait être particulièrement attractif.  

Quant en ce qui concerne les deux institutions de tailles plus réduites, Il serait intéressant de choisir les musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz.

Car pareille décision répondrait favorablement à la pétition signée par plus de 3.000 signataires (ce qui est très important, vu qu’il s’agit d’une revendication très spécifique, et pour des musées qui font rarement la « une » des médias) et qui est restée lettre morte jusqu’à présent de la part des MRBAB. 

La voici : https://www.change.org/p/michel-draguet-stop-à-l-asphyxie-de-musées-constantin-meunier-et-antoine-wiertz

Si vous n’optez pas pour cette solution, avez-vous l’intention, pour ces deux musées, de faire évoluer leurs horaires afin que ceux-ci ne discriminent plus la population active?

Ce serait un moyen très utile pour faire augmenter leur fréquentation qui, depuis des années, est tellement peu élevée que les responsables de ces institutions méritent un bonnet d’âne, surtout lorsqu’on les compare aux succès d’autres musées « maisons ou ateliers d’artistes » que l’on peut, par exemple, visiter à Paris (notamment le musée de la Vie Romantique ou la maison de Victor Hugo). 

5 : Vous nous indiquiez : « Je vous remercie pour les efforts que vous déployez afin de faire valoir les droits des usagers ».

Puisque nos efforts pour faire valoir les droits des usagers vous agréent et que nous avons patienté une année avant de vous recontacter, il nous semble  nécessaire de vous demander de réagir aux trois points suivants. 

NOS QUESTIONS : 

5 - A : Sur leurs sites, les musées fédéraux indiquent à propos de l’envoi de plaintes : « Vous recevez d’abord un accusé de réception avec un numéro d’enregistrement unique et, dans les 30 jours, nous vous faisons parvenir : une réponse motivée, une rectification, une solution ».

https://www.fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/folder_klachtenprocedure_fr.pdf

Il se fait que récemment tant le musée d’Art et d’Histoire que les MRBAB n’ont pas concrétisé ce qui est annoncé dans cet avis.

Voilà donc un nouvel exemple de non respect des visiteurs qui devrait être pris en compte pour créer un « Code de Respect des Usagers Culturels ».

En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce cas de figure est répréhensible puisque l’un des quinze points du Code prévoit le droit à une réponse aux plaintes des usagers dans le mois et de manière détaillée. 

Cette création d’un Code au niveau fédéral constitue la première de nos quatre revendications présentées ici à la fin de notre carte blanche publiée par Le Vif : 

https://www.levif.be/actualite/belgique/quatre-propositions-pour-mieux-respecter-les-visiteurs-des-musees-federaux/article-opinion-1343325.html?fbclid=IwAR2WU6CxtHGtCWvQdmUC-ogKUv1YQkiU830TyD41S4DcNHoAkfSm7PXQ3dc

Tout d’abord, voici notre plainte au musée d’Art et d’Histoire où vous découvrirez sans doute qu’il y a un refus évident de répondre de façon détaillée à l’argumentaire proposé :

http://la-luc.blogspot.com/2021/02/son-poids-en-fait-que-six-estampes.html

Il nous a fallu déposer plainte pour non réponse du musée d’Art et d’Histoire au Médiateur fédéral qui, dans ce cas précis, a réussi à faire entendre raison à l’institution.

Finalement, peut-être aussi parce qu’il y a eu changement de direction entretemps, une réponse positive et constructive nous est ainsi parvenue, ce qui permet sans doute de conclure que notre critique était utile et justifiée :

http://la-luc.blogspot.com/2021/03/reaction-positive-et-instructive-du.html

D’autre part, une autre plainte a été envoyée le 29 avril 2021 aux MRBAB. Ce 5 novembre 2021, pour la seconde fois, nous avons dû alerter le Médiateur fédéral concernant ce cas précis.

En effet, les MRBAB se refusent jusqu’à présent de répondre sérieusement sur le fond de la problématique que nous lui avons soumise, tant à nous qu’au Médiateur fédéral.

Sur le contenu de cette plainte, nous revenons dans le point suivant (5-B)

Ces deux exemples récents tendent à démontrer qu’il n’est pas rare que certains musées fédéraux refusent de pratiquer l’honnêteté dans leurs réponses aux plaintes d’usagers.

Sans doute tous les visiteurs déçus n’ont-ils pas notre obstination et notre flegme (ne jamais s’énerver, rester poli, respecter et être solidaire du personnel), et donc risquent d’être déçus, voire fatalistes, d’avoir entamé une telle démarche bénévole qui pourrait améliorer le fonctionnement de ces institutions à l’égard de leurs visiteurs. 

Contacté, le Médiateur fédéral a donc mené à bien sa mission en ce qui concerne la plainte adressée au musée d’Art et d’Histoire. Il n’est est pas de même, du moins jusqu’à présent, dans l’autre cas qui concerne les MRBAB. 

Que peut envisager le Secrétaire d’État pour garantir un meilleur traitement à l’avenir de certaines plaintes que les musées ont … plus difficile à gérer? 

Vous semble-t-il utile que nous vous contactions dans le cas où même le Médiateur fédéral n’arriverait pas à résoudre un dossier de non réponse détaillé à des plaintes de visiteurs?

Dans ces cas-là, quel autre recours possible (et si possible, efficace) existe-t-il pour le public? Il faut tenir compte que le recours à un avocat est chose quasi impossible dans le domaine muséal où le prix relativement limité du ticket rend totalement illusoire économiquement pareille pareille démarche.

5 - B : Avant la pandémie, les MRBAB avaient mis fin à la possibilité d’acheter un ticket pour visiter le musée d’Art Ancien ou le musée Fin de Siècle séparément et ils avaient opté pour la «vente couplée», que certains appellent «vente forcée»: le visiteur est obligé d’acheter donc un même ticket 10 € (+ diverses réductions) pour les deux sections.

Depuis quelques mois, les MRBAB ferment en alternance pendant plusieurs mois ces musées (x mois l’un, puis x mois l’autre), ce que nous nous comprenons bien sûr. 

Par contre, alors qu’on ne peut plus visiter qu’un des deux musées, les MRBAB maintiennent le prix « couplé » , soit 10 euros. 

Il ne s’agit pas d’une nécessité liée à la pandémie comme ils veulent le faire croire. En effet, les MRBAB poursuivent cette stratégie tarifaire depuis bien longtemps. En 2011, nous avions déjà publié dans La Libre Belgique une carte blanche pour la dénoncer: https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10

En effet, en février 2011, le musée d’Art Moderne des MRBAB fut fermé pendant plus d’un an.

Pendant ce temps-là, situé à la même adresse (au 3, rue de la Régence), le musée d’Art Ancien resta accessible aux visiteurs. À l’époque, un seul ticket au prix de 8 € permettait de visiter ces deux entités muséales. Alors que la moitié de l’offre est supprimée, le prix de l’entrée du musée n’est pas passé de 8 à 4€.

Aucune explication sur ce qui s’apparente à une hausse tarifaire indirecte de 100% ne fut proposée aux visiteurs, dont les plus avisés furent plus que surpris.

Dans des cas analogues, d’autres institutions agissent bien différemment.

En Bretagne, le musée des Beaux-Arts de Rennes fut en travaux de mars 2008 à février 2010. La fermeture a porté sur la totalité du 1er étage qui accueillait l’ensemble de la collection permanente des peintures (Georges de La Tour, Jordaens, Rubens, Gauguin, etc.). En période normale, le ticket aurait coûté 4,45 €. Durant les travaux, il fut ramené à 1,05 €.

N’est-il pas temps de prendre exemple à Bruxelles, dans nos musées fédéraux, sur pareille pratique plus démocratique?

Un autre exemple, celui-ci se déroulant pendant le présente pandémie : un habitué de notre page « Ligue des Usagers Culturels » sur facebook publie ce qui suit, le 31 juillet 2021 : « À noter : à Venise Ca d'Oro. Suite à la crise sanitaire, le 2e étage est fermé. C'est indiqué sur le site. On nous le signale à l'entrée et le prix du billet est réduit d'un tiers. Plus précisément, parcours temporairement restreint (cour monumentale, jardin, itinéraire parmi les chefs-d’œuvre du premier étage et loggia sur le Grand Canal): billet à prix réduit pour tous à € 6,00 ». 


 

En d’autre mots, si une situation analogue à celle de 2011 et de 2021 devait se reproduire ultérieurement, les MRBAB peuvent-ils s’engager dès à présent à ne plus avoir la même attitude qui consiste à faire payer au visiteur « un musée pour le prix de deux »? 

Puisqu’il s’agit d’une habitude bien ancrée des MRBAB, sans doute même une façon de penser et de gérer sans aucun esprit de « démocratisation culturelle », nous vous demandons de décider que pareille « pratique » commerciale soit à l’avenir proscrite aux musées fédéraux.

Ce point mériterait d’ailleurs de figure dans un futur Code en faveur des visiteurs. 

5 - C : Pour l’usager, il n’est pas évident de découvrir où il peut déposer plainte. 

Il nous semble que la case concernant cette thématique devrait figurer à plusieurs endroits sur le site des MRBAB, là où c’est le plus logique pour les visiteurs qui la recherchent.

Nous proposons les deux lieux suivants:

- Près du règlement du visiteur : 

https://www.fine-arts-museum.be/fr/contact

- Dans le rubrique « Votre visite » :

https://www.fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/mesures-de-prevention-covid-19

Cela compléterait harmonieusement le lieu où cette case se situe actuellement et qui ne nous semble pas le plus facile à pister pour le visiteur : tout au bout de la rubrique « Contact »:

https://www.fine-arts-museum.be/fr/contact

 

6 : Vous nous indiquiez : « Les associations qui se font l’intermédiaire entre le public (et le « non-public ») et les pouvoirs publics jouent un rôle fondamental et j’entends bien prendre en compte leurs recommandations dans la définition des politiques que je mènerai tout au long de cette législature ».

Nous espérons que notre veille et que nos réflexions permettront une série d’avancées en faveur des visiteurs, en général peu coûteuses dans leur mise en place.

Nos musées fédéraux vivent sans doute, et pour longtemps encore, une nouvelle ère où l’attention à l’égard des habitants de notre pays doit être encore davantage prise en compte.

Puisse une concrétisation de nos propositions contribuer à un accueil encore meilleur.  

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions de croire en l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Bernard Hennebert, Président de La Ligue des Usagers Culturels »

 

LA RÉPONSE DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT

Cher Monsieur Hennebert, la première année de cette législature a été très chargée. Nous avons remis le Département de la Politique scientifique fédérale en ordre de marche en donnant des cadres linguistiques à tous les Etablissements scientifiques fédéraux, en complétant tous les organes de gestion, en arrivant au bout de la procédure de désignation du Président du Comité de direction, en réformant les règles de délégation de signatures, en réalisant une réforme nécessaire de divers textes juridiques, … Nous avons entamé une montée en puissance de la Politique scientifique fédérale en augmentant les moyens liés aux programmes de recherche, aux infrastructures fédérales de recherche, aux partenariats européens et nous allons pouvoir lancer, grâce aux fonds européens, un appel à projets dans les domaines aéronautique et spatial. Nous avons également lancé des projets importants comme le Centre climat, le redéploiement du site du Cinquantenaire, la nouvelle approche sur la restitution (reconstitution),S’agissant plus spécifiquement des musées, nous les avons soutenus financièrement pour compenser la diminution considérable de recettes propres consécutive à la pandémie. Nous continuerons évidemment à les aider à faire face aux conséquences de cette crise. Nous avons également soutenu spécifiquement les Musées royaux des Beaux-Arts, tant de façon pérenne que pour l’organisation de l’exposition Tracks to modernity dans le cadre du festival Europalia. D’autre part, les Old masters et le Musée Fin de Siècle sont désormais tous les deux accessibles et de nombreuses expositions temporaires ont eu lieu dans tous nos musées. Si les collections d’art moderne et contemporain ont fait l’objet de telles expositions temporaires, nous avançons également sur une piste permettant de les présenter de façon plus pérenne.

Par ailleurs, des crédits importants sont prévus par la Régie des Bâtiments pour opérer les rénovations prioritaires de nos Etablissements scientifiques fédéraux et notamment des Musées royaux des Beaux-Arts et des Musées Royaux d’Art et d’Histoire. Certaines de ces rénovations ont d’ailleurs débuté. Par ailleurs, les procédures de désignation des DG de 7 des 10 ESF, parmi lesquels les Musées royaux d’Art et d’Histoire, l’Institut royal des Sciences naturelles et le Musée royal de l’Afrique centrale, vont être lancées.

Nous avons également élaboré, à l’issue d’un processus participatif avec toutes les entités de BELSPO, un projet de Contrat d’administration. Ce contrat prévoit, parmi un grand nombre de réformes visant une meilleure efficience du Département dans son ensemble, le développement d’une fonction de soutien à la politique des publics et des collections de nos musées. Il s’agit donc d’offrir, au niveau de l’administration centrale, un appui aux Directeurs généraux à la tête des musées, pour améliorer la gestion de leurs publics et celle de leurs collections. Le plan de personnel du SPP Politique scientifique prévoit déjà le recrutement de personnel pour remplir cette fonction. Une fois ces personnes recrutées, nous les chargerons de travailler, en réseau avec les musées, aux différents chantiers que vous citez et qui, en effet, me paraissent importants : charte des usagers, livre d’or, … Les conseils des associations d’usagers comme la vôtre seront bien entendu très précieux.

Quant à la gratuité le premier mercredi du mois, je soutiens les musées qui la pratiquent mais n’entends pas l’imposer aux autres. En effet, il me semble nécessaire de laisser une autonomie sur ce point aux Directions. Les tarifs sont les seules marges de manœuvre dont elles disposent budgétairement dès lors que le niveau des dotations leur est imposé. Je suis, cela dit, plutôt favorable à des tarifs différenciés permettant à chacun d’aller au musée qu’à des mesures générales de gratuité qui profitent également aux visiteurs les plus aisés et qui augmentent le besoin de fonds publics nécessaires pour assurer le fonctionnement des Institutions. Je suis toutefois évidemment intéressé par votre projet de texte et le lirai avec beaucoup d’intérêt. C’est un débat difficile mais je partage évidemment l’idée que le prix est un des leviers permettant d’élargir le public des musées.

S’agissant des points que vous citez, et qui sont spécifiques à l’un ou l’autre musée, je me permets de vous renvoyer vers leur Directeur général. Vous pouvez déduire mon point de vue sur ces questions de mon adhésion aux 15 premiers engagements du Code des usagers culturels.

Je vous remercie à nouveau pour le travail que vous réalisez dans l’intérêt des publics des musées et vous prie d’agréer, cher Monsieur Hennebert, l’assurance de toute ma considération.

Thomas Dermine