jeudi 9 avril 2026

Merci (enfin) au Musée d’Art et d’Histoire (de Bruxelles) !

un nouveau panneau indicatif bien précieux aux MRAH

C’est à croire qu’un certain nombre d’institutions culturelles ne se s’inquiètent pas trop de frustrer leurs usagers. 

Par exemple, des musées n’ont-ils pas conscience du fait que leurs entrées sont de plus en plus chères et que nombre de leurs visiteurs seront déçus car le « must » de leur collection n’est pas exposé temporairement ou quasi la moitié de leurs salles sont fermées pour travaux, voire par manque de gardiens ou pour faire des économies, de chauffage, d’électricité ?

L’agacement du public est d’autant plus fort s’il n’a pas été prévenu de ces « absences » avant qu’il n’achète son ticket. 

En fait, le plus inconvenant, c’est que le monde muséal n’a pas mis en place jusqu’à présent, et depuis des lustres, un élément de sa déontologie qui concernerait ce thème précis.

Par ses plaintes successives, le visiteur actif pourrait donc tenter de mettre en exergue cette thématique, avec des propositions de solution, auprès des musées eux-mêmes, des médias et du monde politique.

Chaque fois qu’une de ces plaintes aboutit à une évolution en faveur des visiteurs, c’est la fête. Et il convient d’en parler, de décrire les différentes phases du combat mené, en espérant faire des émules.

Aujourd’hui, célébrons un ancien ministre et l’actuelle direction du Musée Royal d’Art et d'Histoire (MRAH) établi à Bruxelles.

Dans le musée Magritte


Bruxelles, Liège, Aix-En-Provence

Il y a déjà eu d’autres pressions d’usagers qui ont abouti en 2020, 2022 et 2023.

En 2018, David H. dépose plainte auprès du Musée Magritte de Bruxelles car de nombreuses œuvres dont trois parmi les plus renommées ne sont pas exposées (« Le Retour », « Le Domaine d’Arnheim » et « L’Empire des Lumières »). Il n’en a pas été averti avant achat de son ticket. Le musée refuse de rembourser celui-ci. L’usager fait alors appel au Médiateur Fédéral puisque cette façon de réagir est conseillée dans le règlement du musée. Le travail de ce dernier s’achèvera par un remboursement réglé par le musée à David H. le 9 juin 2020.

L’Empire des lumières, l’une des toiles les plus connues du Musée Magritte… très souvent exposées à l’étranger.


Instructif : le Médiateur Fédéral argumente le changement d’attitude du Musée Magritte à partir des deux textes légaux suivants :

  1. Un extrait du Code civil : « Le vendeur est tenu d'expliquer clairement ce à quoi il s'oblige. Tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur ».

  2. Le texte d’une obligation administrative au niveau fédéral : « L'administration doit utiliser un langage clair et compréhensible, sa communication doit être efficace. Elle doit veiller à utiliser des canaux de communications diversifiés et adéquats pour toucher le plus grand nombre de citoyens concernés ».

Ce qui est particulièrement significatif dans ce cas, c’est de découvrir sur les réseaux sociaux, à l’époque du dépôt de cette plainte, combien d’autres visiteurs avaient exprimé leur mécontentement :

  • Un beau musée présentant une très belle collection des œuvres du peintre, mais beaucoup de frustration car de nombreuses peintures ont été prêtées à New-York. Compréhensible, mais nous aurions aimé en être informés. Ticket d’entrée à 10 €.

  • Allez visiter les autres musées ou, si vous aimez Magritte, allez visiter la boutique !

  • Des œuvres majeures manquent.

  • Navrant d’apprendre après paiement des tickets qu’une partie de la collection est absente pour prêt. Pièces manquantes remplacées par œuvres faites en 2018 par peintre contemporain.

  • Impression de bouche trou.

  • Déçu. Je m’attendais à voir les œuvres les plus connues de Magritte. Je les ai photographiées à la boutique. Un comble !

  • Intéressant mais pas complet.

  • Très beau musée mais l’entrée est un peu chère pour les œuvres de Magritte que nous voyons, certaines intéressantes, mais manquent les plus importantes (…).

  • Musée sympa mais attention ne venez pas exprès pour les peintures les plus connues. Elles n’étaient pas là quand j’ai eu l’occasion de visiter le musée.

  • Très beau musée, très aéré. Dommage, c’est après avoir franchi l’entrée que nous apprenons que des tableaux ont été prêtés aux USA… et qu’ils sont remplacés par un autre peintre. Visite très agréable malgré tout, avec une vraie volonté de décrire la vie de Magritte.

  • Très déçu. Beaucoup d’œuvres majeures ne sont pas exposées car en déplacement à l’étranger. Le musée manque d’explications hors audioguide, ce n’est pas très ludique.

  • Beau lieu, dommage qu’une partie des toiles étaient aux USA.

  • Un peu décevant car les plus belles œuvres sont en prêt à San Francisco. Intéressant malgré tout.

  • Ceci n’est pas un musée… Blague à part, nous avons appris après avoir payé les tickets d’entrée que, jusqu’en octobre 2018, toutes les œuvres intéressantes et connues de Magritte ne sont pas là mais à San Francisco. Leur absence a été remplacée par un autre peintre largement influencé par Magritte. Du coup, la visite a été beaucoup moins intéressante. J’aurais aimé être prévenu de l’absence de ces œuvres phares avant de payer l’entrée… Mais le lieu est sympa…

  • Magritte sans Magritte, il manque l’essentiel de l’œuvre remplacée par un sous produit « à la manière de »… sans talent. Seul, le prix d’entrée et le personnel restent inchangés, l’un en trop, les autres en pas assez ».
Deux des sept grandes salles du rez-de-chaussée de la Fondation Vassarely dont l’une n’est pas accessible aux visiteurs.


Encore deux autres exemples.

En 2022, à Aix-En-Provence, suite à une plainte, la Fondation Vassarely accepte d’indiquer à son comptoir qu’une des sept salles du rez-de-chaussée qui exposent des œuvres monumentales n’est pas accessible pour travaux. 

Une autre réclamation en 2023 mène Pierre Paquet, le Directeur des Musées de la Ville de Liège, a concrétiser efficacement son annonce au futurs visiteurs de La Boverie des titres des œuvres momentanément nos exposées (notamment sa célèbre toile de Picasso).

La grande toile de Picasso qui quitte souvent les cimaises de la Bovenie pour être exposée dans diverses expositions.


Constats négatifs en 2018 et 2022

En mars 2018, au MRAH, une institution fédérale située au Cinquantenaire à Bruxelles, l’un des plus vastes musées de Belgique, je souhaite admirer l’un des « must » du fond permanent constitué par un original des statues de l’île de Pâques (6,5 tonnes; 3,5 mètres en hauteur).

J’achète mon ticket. Lors de cette visite, il me sera impossible de découvrir cette œuvre ramenée à Bruxelles en 1934. En effet, elle a été incorporée dans l’exposition temporaire « Oceania, Voyages dans l’immensité » qui, elle, se visite avec un autre ticket payant.

Je n’adresserai pas un courrier au musée. Je m’en mordrai les doigts environ quatre années plus tard car un cas de figure analogue s’y représente. Le 28 août 2022, impossible à nouveau de découvrir cette statue. Cette fois-ci, la salle qui l’abrite n’est pas accessible. 

Voilà pourquoi j’envoie le 1er septembre 2022, une plainte où je détaille ce nouveau constat, avec quelques propositions :

« Je n’ai vu aucun avis sur ce fait à l’accueil du musée. Sur le site internet, on peut lire ce jour-là : «Venez vous immerger dans le monde oriental en croisant des Bouddhas d'Asie et voyager jusqu'à l'autre bout de la terre pour apercevoir une gigantesque statue de l'Île de Pâques ». Il conviendrait peut-être de prévoir sur ce site, à un endroit proche de celui où le public peut réserver sa tranche horaire et payer sa visite, une case régulièrement actualisée : « Voici les œuvres de notre patrimoine qui ne sont pas actuellement accessibles au public ».

De plus, à l’entrée du musée: une pile de son dépliant où l’œuvre qu’il est impossible d’admirer est la seconde renseignée dans sa rubrique « Des chefs-d’œuvre uniques » : on peut y lire « Faites connaissance avec nos incontournables : (…) une impressionnante statue de l’Île de Pâques, offerte à la Belgique par les autorités chiliennes et ramenée à bord du Mercator » (…).

Pour l’accueil au musée lui-même, ne serait-il pas utile de placer un avis sur le comptoir indiquant aux visiteurs qui veulent savoir quelles œuvres du patrimoine ne sont pas exposées qu’ils peuvent demander à pouvoir consulter une liste que leur fournira la personne qui vend les tickets?

Cette statue est une œuvre maîtresse du musée. Pour s’en convaincre, si on n’a pas lu les textes élogieux sur le site internet et dans le dépliant, il suffit de se promener dans le shop. Il y trône une imposante reproduction (environ 6 mètres de hauteur) de l’œuvre. Deux piles de livres axés sur l’Île de Pâques. À vendre, de petites figurines. Plusieurs exemplaires du livre « Museum in Strip » qui reproduit différents extraits de BD reprenant des statues de cette île dans leur scénario. Enfin, le grand catalogue « Les incontournables du musée » lui consacre une page.


Au Shop, on peut acheter trois réductions de la statue qu’on ne peut pas admirer dans la collection du musée.


En 2022: du progrès

Bruno Verbert, le directeur général de l’institution, accuse réception de cette plainte le jour même de son envoi et me répond le 15 septembre 2022 :

« Veuillez accepter ici toutes nos excuses. Il est en effet fort regrettable que vous n’ayez pu être dûment informé préalablement à l’organisation de votre visite au musée. Le texte repris sur la page d’accueil de notre site web, faisant référence à la statue de l’Île de Pâques, a été modifié. Une rubrique « Salles fermées » est désormais également consultable sous l’onglet « Visiter » de notre site. Sous la rubrique « Collections », nous renseignerons aussi dès ce lundi (jour du retour de notre collègue du service Communication) que le colosse n’est malheureusement pas visible temporairement. Cela va sans dire, aussitôt cette œuvre rendue à nouveau accessible au public, nous ne manquerons pas de le communiquer via ce même canal. Enfin, concernant les salles fermées et autres pièces de collections rendues inaccessibles, nos collègues présents à l’accueil du musée restent également toujours disponibles pour bon renseignement. Au plaisir de pouvoir vous accueillir à nouveau prochainement au musée, nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations les plus cordiales ».

Il y a bien sûr dans cette réponse des avancées significatives. Reste cependant un point à résoudre. Le public n’est pas habitué à exercer ce droit à découvrir si telle ou telle œuvre est bien exposée. Comment pourrait-il imaginer que le personnel à l’accueil puisse lui fournir pareilles informations ? Il conviendrait donc qu’à l’entrée du musée un avis écrit informe de cette possibilité.

Dans le shop du MRAH: une immense copie.


La solution complète commence à se mettre en place en 2024

Le 22 mars 2026, au cours d’une visite, je découvre que ce MRAH, alors sous la direction de Géraldine David, respecte enfin entièrement ce droit à être informé du fait que certaines de ses salles sont inaccessibles avant de payer sa place grâce à un avis placé de façon fort visible dans son entrée.

À côté d’un distributeur automatique de tickets, trône en effet un avis qu’il est impossible d’ignorer. Son texte est proposé en français, néerlandais et anglais: « Nous sommes au regret de vous informer que les salles Antiquité son fermées au public pour une durée indéterminée. Nous vous prions de nous excuser pour ce désagrément et vous invitons vivement à découvrir nos autres salles d’expositions ». 

L’avis informatif qui trône à côté du  distributeur automatique de tickets du MRAH.

Qu’est-ce  qui a permis ce changement concret?

Voici un communiqué de presse diffusé le 29 octobre 2024: « En attendant l’élaboration d’un prochain gouvernement fédéral, la L.U.C. (La ligue des usagers culturels, association que je préside) voit se concrétiser une promesse qui lui a été faite, à plusieurs reprises durant la dernière législature, par le secrétaire d’État (socialiste) Thomas Dermine.

Pour les musées fédéraux, il s’agit de la reprise de l’essentiel du « Code des Usagers Culturels ». Depuis dix-huit ans (2006), celui-ci doit être appliqué par plus de quatre milles opérateurs culturels subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Cette décision a été prise par le Comité de direction de la politique scientifique (BELSPO). Elle va avoir un impact non négligeable sur le quotidien du public culturel. En effet, le 25 avril 2024, le cabinet du secrétaire d’État Dermine avait expliqué à la L.U.C. : « Nos musées fédéraux savent bien indiquer les devoirs des visiteurs, mais moins leurs droits. Bien entendu, le droit général de la consommation s'applique également au public culturel, mais la question est de le préciser ».

Cependant il convenait que chaque musée fédéral y souscrive, ce qui a pris ensuite beaucoup de temps. C’est désormais le cas. Les sites internet du Musée Magritte, du Musée Oldmasters, du Musée des Instruments de Musique, du MRAH, etc. donnent depuis peu accès, d’une part, à leur traditionnel « Règlement des visiteurs » (les devoirs du public) et, d’autre part, ce qui est nouveau, à cette « Charte des visiteurs » (les droits du public) ».

Cette nouvelle obligation impose de fournir aux usagers avant le paiement de leurs billets d’accès « une information la plus complète possible sur la nature de l’activité ».

Se pose ensuite une autre question : au moment où une ou de nombreuses œuvres maîtresses, ou de diverses salles d’un musée sont inaccessibles pendant un certain temps, est-il normal qu’en Europe certaines institutions diminuent durant cette période-là leur prix d’entrée… mais d’autres, pas ? Mais ne gâchons pas notre plaisir du combat remporté au MRAH.



mardi 24 mars 2026

La fête des 20 ans: Stop ou encore ?


Notre récent article qui était intitulé « À fêter avant la fin 2026 ! » vient de provoquer un questionnement au Parlement de la Communauté Française.

https://la-luc.blogspot.com/2026/01/a-feter-avant-la-fin-2026.html

Le sujet qu’il abordait entre donc enfin vraiment dans l’arène publique alors que depuis la dernière campagne électorale de juin 2024, aucun média traditionnel n’en souffla mot.


Un échange saignant

Voici donc enfin du concret: la mise par écrit d’un échange en trois parties sur ce sujet (pages 85 et 86) du compte rendu intégral des séances du mardi 10 février 2026 (matin et après-midi) de la Commission consacrée notamment à la culture du Parlement de la Communauté Française (dite également Fédération Wallonie-Bruxelles).

https://archive.pfwb.be/1000000020de0c2


Partie 1

Question de la parlementaire Fadila Laanan, intitulée « Ligue des usagers culturels et 20e anniversaire du Code des usagers culturels »

Mme Fadila Laanan (PS) :

« Madame la Ministre-Présidente, la Ligue des usagers culturels est une ASBL dont l’objectif consiste à soutenir et développer les droits des usagers dans le domaine de la culture.

Le mercredi 4 février a d’ailleurs marqué le 20e anniversaire du Code des usagers culturels et de ses quinze points concrets, que doivent respecter plus de 4.000 acteurs culturels subventionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, tels que des bibliothèques, des salles de spectacle, des cinémas, des maisons de la culture, etc. En cas de non-respect de ces droits, les sanctions peuvent aller jusqu’à la suspension de la subvention accordée par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Aujourd’hui, très peu d’usagers connaissent ces droits et ne cherchent donc pas à les faire respecter. Ce Code contient pourtant des dispositions plus que pertinentes : il précise, par exemple, que l’opérateur culturel s’engage à proposer spontanément le meilleur tarif aux usagers et qu’il doit assurer un accueil minimal adapté aux personnes à mobilité réduite.

La diffusion de ce Code est donc essentielle; en principe, elle est même obligatoire, comme le précise son article 1er.

Lors de la dernière campagne électorale, les partis ont marqué, par écrit, leur accord pour s’engager durant la présente législature à soutenir l’organisation du 20e anniversaire du Code des usagers culturels par l’Administration générale de la culture (AGC), en veillant à ce que celle-ci soit accompagnée d’un travail d’élargissement de son contenu, nécessité par l’évolution des pratiques économiques du monde culturel durant les deux dernières décennies.

Votre parti, Madame la Ministre-Présidente, a même ajouté qu’il partageait la volonté de profiter de cet anniversaire pour mener une réflexion autour de l’évolution du contenu de ce Code, en collaboration avec l’Observatoire des politiques culturelles (OPC), et pour en faire la promotion auprès des opérateurs concernés.

Toutefois, l’AGC aurait indiqué, en octobre 2024, qu’elle n’avait pas l’intention de fêter ce 20e anniversaire. À l’inverse, votre cabinet aurait répondu à la Ligue des usagers culturels que l’année 2026 comptait 365 jours et qu’il y avait donc le temps de l’organiser.

Comptez-vous organiser cet anniversaire en 2026 ? Comme vous l’avez promis durant la campagne électorale, comptez-vous mettre en lumière le Code des usagers culturels afin de le faire respecter et d’informer les usagers ? De quelle manière comptez-vous vous y prendre ?

La parlementaire socialiste Fadila Laanan.


Partie 2

Réponse de Mme Élisabeth Degryse, ministre-présidente, en charge du Budget, de l'Enseignement supérieur, de la Culture et des Relations internationales et intrafrancophones :

Madame Élisabeth Degryse (Les Engagés) pour la majorité (Les Engagés - le MR) :

« Le 3 février dernier était une date à forte portée symbolique pour le travail mené en faveur des droits culturels et d’autres grands idéaux, comme la démocratie culturelle et la démocratisation de la culture, qui sont au cœur de nos politiques culturelles en Fédération Wallonie-Bruxelles depuis plusieurs décennies. C’était effectivement l’anniversaire du Code des usagers culturels, outil qui agit depuis vingt ans comme une boussole pour orienter les actions de nos opérateurs dans le maintien et la garantie des droits culturels. Ce référentiel, aux côtés de tous les décrets sectoriels que la Fédération Wallonie-Bruxelles a construits au fil du temps, remet au centre de l’attention les bénéficiaires de nos politiques culturelles : les citoyens qui sont usagers des théâtres, salles de concert, musées ou encore centres culturels, pour ne citer que ces lieux.

Plusieurs échanges ont eu lieu ces derniers mois entre le fondateur de la Ligue des usagers culturels, les services du gouvernement et le cabinet. Dans la continuité de ces discussions, j’ai décidé de solliciter le Conseil supérieur de la culture (CSC), le Conseil supérieur de l’éducation permanent (CSEP) et les services du gouvernement afin de recueillir des propositions visant à renforcer le Code des usagers culturels. Ma volonté est également de solliciter le Conseil consultatif des personnes en situation de handicap afin de rendre ce Code plus inclusif.

Mon souhait est d’aboutir en 2026 à une version actualisée et correspondant davantage aux réalités actuelles. Le cheminement est donc en parfaite adéquation avec les propos de mon parti que vous venez de citer, Madame la Députée.

Pour conclure, l’objectif sera donc non seulement de renforcer le contenu du Code, mais aussi d’améliorer sa visibilité et son appropriation par les opérateurs reconnus et le public, dans le respect de la liberté associative et du Code des sociétés et des associations, en adéquation avec les droits culturels ».


 Partie 3

Réplique de Mme Fadila Laanan (PS) :

« Madame la Ministre-Présidente, vous relancerez un tour de consultations qui prendra évidemment des plombes. Je comprends que vous ayez envie de revoir ce texte. Cependant, je ne vois pas ce que cela changera fondamentalement. En effet, je ne pense pas que les choses aient sérieusement changé, depuis vingt ans, dans l’accueil des citoyens. Je ne sais pas si ces derniers en attendent davantage de la part des opérateurs. Je suis donc surprise qu’il faille consulter toutes les instances que vous avez citées.

Je déduis aussi que vous ne comptez absolument pas fêter le 20e anniversaire du Code, puisque vous n’arriverez sans doute pas à aboutir dans les délais d’ici la fin de l’année. Nous sommes pratiquement à la mi-février et le tour de consultations que vous faites faire à ce texte prendra sans doute du temps, car il y a d’autres urgences. Ce n’est pas rassurant, mais les choses sont claires. Vous n’allez pas fêter cet anniversaire et le code sera à nouveau encommissionné ».


La ministre de la culture Élisabeth Degryse (Les Engagés).


Après cet échange, nos deux réflexions


  1. Le 30 décembre 2025, le cabinet d’Élisabeth Degryse (Les Engagés), l’actuelle ministre de la culture, répond ainsi aux très nombreux courriels envoyés par la L.U.C. durant toute l’année 2025 sur le fait que, pendant la campagne pour l’élection du 9 juin 2024, les deux partis désormais au gouvernement (le MR et les Engagés) se sont engagés à fêter l’anniversaire des 20 ans du Code des Usagers Culturels qui devrait se célébrer le 3 février 2026.

    Qu’écrit le cabinet de la ministre? « Nous avions bien pris note de l’importance du Code des usagers culturels et de l’anniversaire qui se profile (…) Heureusement, nous ne sommes pas encore en 2026. Heureusement, 2026 compte 365 jours ce qui laisse le temps, notamment, aux célébrations ».

    Chacun peut y comprendre que l’anniversaire sera fêté bel et bien en 2026.

    Lorsqu’on analyse la réponse de la ministre Degryse à Madame Laanan, il est bien question de s’occuper du Code en 2026, et de différentes manières, mais le fait d’organiser la fête de ses 20 ans n’est pas mentionné.


    1. Autre promesse électorale de 2024 : « Les Engagés partagent la volonté de profiter du 20ème anniversaire pour mener une réflexion autour de l’évolution du contenu du Code des usagers culturels, en collaboration avec l’ « Observatoire des Politiques Culturelles » (OPC).

      Selon la L.U.C., des représentants des créateurs devraient bien sûr s’investir dans la préparation de l’évolution annoncée du contenu du Code.

      Pour mener ce travail, il faut pouvoir compter également sur des délégués de mouvements sociaux tout en sachant qu’ils ne représentent pas l’ensemble des usagers culturels car ils s’attacheront sans doute davantage à ce qu’ils connaissent bien grâce à leur spécialisation (les jeunes, les seniors, les personnes handicapées, les citoyens peu aisés, etc).

      Enfin, il faut absolument prévoir la collaboration d’associations (elles sont hélas peu nombreuses) ou d’experts spécialisés dans les droits économiques des usagers culturels.

      Ainsi, il faut un mixte équilibré de ces différents points de vue avec, en plus, l’expérience des travailleurs de l’AGC.

      Il s’agit d’une mosaïque d’expériences et de points de vue, parfois en contradiction (alors, on négocie), souvent complémentaires. D’ailleurs, c’est cette façon de rassembler qui avait bien fonctionné durant l’année de préparation, en 2005, pour élaborer le texte des 20 points du Code.

      Aujourd’hui, en 2026, la ministre Degryse ne reprend pas exactement ce que son parti avait affirmé lors de la campagne électorale de 2024.

      En effet, voici ce qu’elle vient d’annoncer au Parlement, à Mme Laanan : « J’ai décidé de solliciter le Conseil supérieur de la culture (CSC), le Conseil supérieur de l’éducation permanente (CSEP) et les services du gouvernement afin de recueillir des propositions visant à renforcer le Code des Usagers Culturels. Ma volonté est également de solliciter le Conseil consultatif des personnes en situation de handicap afin de rendre ce Code plus inclusif ».

      Ce qu’elle n’annonce pas, c’est qu’elle sollicitera les services de l’OPC comme l’indiquait la promesse des Engagés en 2024.

      Ses services transformeront ils le contenu du Code avec divers acteurs culturels… mais en ignorant ceux qui sont particulièrement axés dans la réflexion des droits économiques des usagers culturels?

      Or, son cabinet sait très bien que l’OPC a publié en 2018 trois numéros de sa revue « Repères » (numéros 8, 9 et 10) consacrés entièrement au thème « Libertés culturelles & droits des usagers ». C’est, en fait, la présentation publique des résultats de l’enquête de l’un de ses directeurs de recherche, Mr Roland de Bodt. Ce travail propose uniquement une analyse fouillée du contenu du Code avec de multiples propositions pour le faire évoluer et l’actualiser.


      L’entrée du Parlement où il fut question du combat mené par la L.U.C.



      Ceci n’est pas un détail pour la L.U.C. car, par le passé, la direction de l’AGC a carrément supprimé le « Bureau de conciliation » qui traitait les plaintes qui lui parvenait pour la non application d’un ou de plusieurs des 20 points du Code.

      Pourquoi cette décision très discrète à l’époque (la L.U.C. n’a jamais réussi à découvrir à quelle date précise elle fut prise, et par qui précisément), et particulièrement brutale? Officiellement car les plaintes étaient trop peu nombreuses.

      Pour rappel, c’est l’attitude de l’AGC qui est la cause principale de cette raréfaction puisqu’elle a construit au fil des années la méconnaissance du public sur le fait qu’il pouvait déposer plainte, comment, et où… en supprimant, après 2007, les envois des affiches détaillant de contenu du Code aux milliers d’organisateurs et en ne communiquant (quasi) jamais à la presse sur ce Code.
      Quand il exerçait, ce « Bureau de conciliation » a traité bien des plaintes, et souvent instructives.

      Il était composé de trois personnes: les patrons d’une association de consommateurs (le CRIOC) et de La Ligue des Familles ainsi qu’un représentant de l’AGC. Donc deux représentants des usagers et un membre de l’administration.

      Depuis, l’AGC explique le nombre considéré comme peu élevé de plaintes qui lui arrivent par un seul argument : les organisateurs culturels sont exemplaires. C’est un peu court. D’autant plus que la L.U.C. a fait la preuve que certaines plaintes (même envoyées en recommandé) ne recevaient même pas un accusé de réception. Sont-elles comptabilisées? Celles-là traînent elles sur un coin de bureau? La ministre de la culture précédente, Mme Linard (ECOLO), s’en est ému et avait commencé à faire le ménage.

      Et donc désormais, à la place de ces trois personnes, ce sont uniquement les services internes de l’AGC qui traitent les plaintes. Représentants du public, y a rien à voir. Alors, chat échaudé craint l’eau froide…

      Il ne faudrait pas qu’à l’avenir, pour décider le contenu de l’évolution des textes du Code, soient exclus d’une manière analogue les usagers culturels eux-mêmes ou les associations et les experts travaillant sur cette thématique précise.

      La L.U.C., lors de la publication du présent article, va demander à la ministre Degryse de réagir à ces deux réflexions.


L’AGC, notre ministère de la culture:  en train d’évoluer ?


Notre article précédent « À fêter avant la fin 2026 ! » a également été communiqué à la direction de l’AGC, le 3 février 2026.

Donc, c’est le 10 février 2026 que la ministre Degryse a répondu au Parlement à la question de Mme Laanan. 

Pour préparer celle-ci, le cabinet de la ministre a-t-il contacté l’AGC? On peut l’imaginer. Ont-ils décidé d’organiser une fête, ou pas, pour célébrer les vingt ans du Code en 2026? Des moyens financier vont-ils y être attribués? Combien? Ont-ils contacté l’OPC et/ou son expert, Roland de Bodt (la L.U.C. leur avait communiqué son e-mail actuel)? Allez savoir… 

Dans notre article, nous écrivions notamment : « Lors d’un long entretien avec la L.U.C. qui s’est déroulé le 21 octobre 2024, Jeanne Brunfaut, l’Administratrice générale du ministère de la culture (AGC), a indiqué que l’AGC n’avait pas l’intention de fêter ce 20ème anniversaire du Code ».

Ce n’est que ce 13 mars 2026 que la direction de l’AGC accuse réception à la L.U.C. et répond à son courriel daté du 3 février 2026:

« Nous vous remercions pour votre courriel et nous excusons pour le délai de notre réponse.

Nous avons bien pris connaissance de votre publication relative au 20ème anniversaire du Code. Au vu du contexte budgétaire et humain de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il nous semble effectivement que les moyens qui sont gérés par l’AGC doivent l’être au bénéfice des politiques culturelles – et pas uniquement à celui des politiques de création comme indiqué dans votre publication – afin de permettre aux populations de mettre en œuvre leurs droits culturels, particulièrement dans la situation mondiale actuelle.

Concernant la célébration de l’anniversaire du Code, sachez que nous n’avons, à ce stade, reçu aucune instruction du Cabinet (…) ».

Ce courriel est important car il officialise qu’au niveau des responsabilités dans l’organisation de la fête des 20 ans, pour l’AGC, c’est la ministre Degryse qui doit lui donner des instructions et elle ne l’a pas fait jusqu’à présent.

Dans un passé encore assez récent, l’administrateur général de l’AGC de l’époque, Mr Freddy Cabaraux, expliquait par écrit à la L.U.C. que l’AGC n’imprimerait pas des affiches détaillant les 20 points du Code … car le financement de ce travail d’information du public serait autant de moyens financiers qui ne seraient pas attribués au financement de la création.

Aujourd’hui, ceci va peut-être enfin être remis en question. Succédant à Mr Cabaraux, Mme Jeanne Brunfaut, avec l’une de ses Directrices, Mme Hélène Simonet, nous parlent donc tout autrement : « Il nous semble que les moyens qui sont gérés par l’AGC doivent l’être au bénéfice des politiques culturelles – et pas uniquement à celui des politiques de création afin de permettre aux populations de mettre en œuvre leurs droits culturels, particulièrement dans la situation mondiale actuelle ».

Affaire à suivre (et de très près). La détermination de la L.U.C. commence-t-elle à porter des fruits ?


Le représentant de la L.U.C., avant de rencontrer deux membres du cabinet de la ministre actuelle de la culture.


Ils bossent, les parlementaires

Y-a-t-il beaucoup de travail lorsqu’on est un(e) ministre ou un(e) parlementaire qui traite (notamment) de la culture? 

Il nous semble intéressant d’utiliser la présente occasion pour vous faire découvrir la liste des autres sujets traités au cours de cette journée du 10 février 2026.

Voici les douze autres question sur la culture (des sujets comme le sport accumulant, par ailleurs, également leur lot de questions) :

Question de M.Charles Gardier, intitulée « Influence d’Instagram et de TikTok ».

Question de M. Charles Gardier, intitulée « Fin du partenariat entre La Boverie et le Louvre ».

Question de Mme Fadila Laanan, intitulée « Fin du partenariat entre le Louvre et La Boverie: quel soutien de la Fédération pour le rayonnement international de nos musées ? ».

Question de M. Guillaume Soupart, intitulée « Pôle de mutualisation de Manage ».

Question de Mme Fadila Laanan, intitulée « Financement pérenne du Pôle de mutualisation de services et ressources techniques à Manage ».

Question de M. Charles Gardier, intitulée « Semaine du son ».

Question de M. Charles Gardier, intitulée « Chiffres du cinéma ».

Question de M. Grégory Chintinne, intitulée « 14e édition de La Nuit des bibliothèques ».

Question de Mme Geneviève Lazaron, intitulée « La Nuit des bibliothèques – édition 2026 ».

Question de M. Grégory Chintinne, intitulée « Aides destinées aux auteurs et autrices de bandes dessinées ».

Question de Mme Geneviève Lazaron, intitulée « Médiathèques de Woluwe-Saint-Pierre, Uccle et Schaerbeek ».

Question de Mme Fadila Laanan, intitulée « Avenir de la médiathèque de Woluwe-Saint-Pierre menacé ».

Question de Mme Geneviève Lazaron, intitulée « Mécénat culturel : enquête de l’Observatoire des politiques culturelles (OPC) et de Prométhéa ».

Question de Mme Veronica Cremasco, intitulée « Situation des centres culturels face au moratoire sur le dépôt des demandes de reconnaissance ».

jeudi 29 janvier 2026

À fêter avant la fin 2026 !

 Le 3 février 2006, le « Code de respect des usagers culturels » est adopté par le gouvernement de la Communauté française (qu’on nommera par la suite Fédération Wallonie Bruxelles) grâce au travail de la ministre de la culture Fadila Laanan, de son cabinet et du ministère de la Communauté française de Belgique alors dirigé par Henri Ingberg, son Secrétaire général.

Ce dernier commentait ainsi cette initiative:  « Le rapport à l’usager culturel est un véritable enjeu. Jusqu’à présent, l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a là distorsion par rapport à une amplification des pratiques de loisirs par la collectivité. »

Grâce au point 2 du Code des usagers culturels, le musée de La Boverie de Liège a été obligé d’afficher à l’accueil où le visiteur achète son ticket une annonce qui explique que ses plus célèbres tableaux (Gauguin, Picasso, Ensor, etc.) ne sont pas exposés pendant près de quatre mois.


« 365 jours en 2026 »

Ce 3 février 2026, le vingtième anniversaire de cette « pratique » culturelle ne sera pas fêté, malgré les efforts de l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.).

Cependant tout ne semble pas perdu!

En effet, ce 30 décembre 2025, le cabinet d’Élisabeth Degryse (Les Engagés), l’actuelle ministre de la culture, répond ainsi aux très nombreux courriels envoyés durant toute l’année 2025 sur ce sujet par la L.U.C. : « Heureusement, nous ne sommes pas encore en 2026. Heureusement, 2026 compte 365 jours ce qui laisse le temps, notamment, aux célébrations. Le 30 septembre dernier, vous avez été reçu et écouté. Nous avons bien pris note de l’importance du Code des usagers culturels et de l’anniversaire qui se profile ».

Ce Code détaille quinze droits des usagers culturels que doivent observer plus de quatre milles organisateurs aidés par la Fédération Wallonie Bruxelles : bibliothèques, festivals d’été, salles de spectacles, musées, cinémas, maisons de la culture, etc. 

En cas de non respect d’un de ces droits, les sanctions peuvent aller jusqu’à la suspension temporaire d’une partie ou de la totalité de la subvention accordée (ceci, qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre).

Voici le texte de ces quinze droits : 

https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=2572079553b7042061108dc113245b057db3f07c&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/2025-06-codeusagers-FR.pdf

Extrait de l’article de Moustique intitulé « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait ? ».


Fêter pour réveiller

Pourquoi fêter ce vingtième anniversaire?

Parce que l’AGC (notre ministère de la culture) n’a pas fêté le dixième anniversaire… Et n’a guère communiqué sur ce Code auprès du public depuis plus d’une quinzaine d’années.

En fait, aujourd’hui, très peu d’usagers connaissent ces quinze droits et donc ne cherchent pas à les faire respecter. La plupart des organisateurs sont hélas dans le même cas. En fait, bien peu d’entre-eux appliquent cette obligation du point 1 du Code : « AFFICHER LE PRÉSENT CODE EN ÉVIDENCE, à l’entrée et à la sortie de tous les lieux où (l’organisateur) accueille les usagers, celui-ci doit être lisible et accessible par tous les usagers (conseil : format A3 minimum) ».

Si quelques organisateurs respectent en 2026 cette obligation d’affichage, c’est en partie parce que la L.U.C. a déposé plainte elle-même, de façon symbolique, pour leur non application de ce point 1 pendant des années: les musées de la ville de Liège, le Théâtre National ou le cinéma Le Palace à Bruxelles.

Ce dernier a eu droit d’ailleurs à deux plaintes complémentaires. La deuxième parce que son affichage mis en place après la plainte initiale était critiquable : une petite feuille A4 qui rendait impossible la lecture des différents points du Code, d’autant plus qu’elle était placée au bas de la porte d’entrée principale du cinéma . Gare au mal de dos, attention aux spectateurs qui entrent et sortent… et besoin d’une loupe. Le but n’est pas que cela soit affiché, mais que cela soit lu, ce qui est bien différent. 

Au cinéma Le Palace, impossible de lire les 15 droits du Code à cause d’une affiche bien trop petite (c’est un A4 alors qu’il est recommandé d’utiliser au moins un A3) et à cause du fait qu’elle est placée bien trop bas: gare au mal de dos !


Il y a près de vingt ans, l’AGC avait elle-même réalisé, imprimé et envoyé à chaque organisateur des lots d’affiches avec le texte détaillé des quinze droits.

À la L.U.C., les deux récents Administrateurs généraux de l’AGC, successivement Freddy Cabaraux et Jeanne Brunfaut, ont clairement indiqué qu’ils avaient l’intention de ne plus imprimer, ni d’envoyer les affiches car « Il n’est pas opportun de débloquer un budget qui ne serait, dès lors, pas consacré aux politiques de création» (et c’est donc à chacun de ces si nombreux organisateurs de prendre de le temps se débrouiller par eux-même).

La L.U.C. a réagi en ironisant: il faut débaptiser le ministère de la culture. Sa nouvelle appellation serait celle d’un ministère des artistes et des organisateurs. 

Le « détricotage » de ces droits du public a atteint son sommet lorsque la L.U.C. a réussi à prouver auprès de la ministre de la culture précédente, Bénédicte Linard (ECOLO), que l’AGC ne traitait pas certaines plaintes qui lui étaient envoyées, et pourtant à la bonne adresse, et parfois même en envoi recommandé.

Donc, la proposition de célébrer un vingtième anniversaire est un moyen pour compenser tant d’années de silence … et de bévues.

En 2023, l’hebdo Moustique a consacré trois pages à son enquête sur le Code des Usagers Culturels. Son titre: « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait ? »

https://www.moustique.be/notre-selection/2023/05/06/les-usagers-culturels-ont-des-droits-quel-est-ce-code-que-personne-ne-connait-XHRKCYPVYBA2HEXYDJZGLYKS6Y/

Extrait de l’article de Moustique intitulé « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait ? ».

Nos six partis démocratiques disent « oui »

Sur ce sujet, la L.U.C. a demandé aux six partis démocratiques de se positionner durant la campagne pour les dernière élections du 9 juin 2024.

ECOLO, DéFI, Les Engagés, le MR, le PS et le PTB ont marqué leur accord par écrit sur le point suivant: « Notre parti s’engage durant la prochaine législature à soutenir l’organisation festive du 20ème anniversaire du « Code des Usagers Culturels » par l’AGC, en veillant que celui-ci soit accompagné d’un travail d’élargissement de son contenu nécessité par l’évolution des pratiques économiques du monde culturel durant ces deux dernières décennies. Cette tâche coordonnée par l’AGC devra se réaliser avec la collaboration de représentants et d’experts des usagers culturels ».

En plus, plusieurs de ces partis ont complété ce positionnement. Côté majorité au pouvoir actuellement, le MR n’a pas proposé de remarque plus précise. Quant aux Engagés, le parti de notre ministre de la culture actuelle, ils ont ajouté : « Les Engagés partagent la volonté de profiter du 20e anniversaire pour mener une réflexion autour de l’évolution du contenu du Code des usagers culturels, en collaboration avec l’ « Observatoire des politiques culturelles », et pour en faire la promotion auprès des opérateurs concernés ».

Voici l’ensemble des réponses des différents partis à nos autres questions :

https://la-luc.blogspot.com/search?q=élection

Archive : l’affiche du Code diffusée par le ministère de la culture en 2006. Sa taille permet au public de bien lire la présentation de ses 15 droits. Rien à voir le … timbre poste utilisé par le cinéma Le Palace (voir une autre photo, plus haut).

Que la ministre Degryse sorte du bois

Non subsidiée, la L.U.C. a joué son rôle de lanceur d’alerte dans ce dossier. Pour elle, c’est désormais au cabinet d’Élisabeth Degryse de concrétiser son engagement pris, et donc avant la fin 2026.

Elle a indiqué à celui-ci deux éléments complémentaires:

  1. Lors d’un long entretien avec la L.U.C. qui s’est déroulé le 21 octobre 2024, Jeanne Brunfaut, l’Administratrice générale du ministère de la culture (AGC), a indiqué que l’AGC n’avait pas l’intention de fêter ce 20ème anniversaire du Code.

    À croire que, au-delà des belles paroles, l’AGC ne s’intéresse pas beaucoup aux droits du public culturel! De plus, au cours de cet entretien, il a été confirmé que les inspecteurs du ministère de la culture ne devaient pas vérifier si le Code était appliqué (et même pas donc son point 1).

  2. Le projet des Engagés de collaborer avec l’« Observatoire des politiques culturelles » est prometteur car cette asbl a publié en 2018 trois numéros de sa revue « Repères » (numéros 8, 9 et 10) consacrés entièrement au thème « Libertés culturelles & droits des usagers ». Ils ont publié une enquête de son directeur de recherche Roland de Bodt concernant le contenu du « Code de respect des usagers culturels », avec de multiples propositions pour le faire évoluer et l’actualiser.

    Ces trois revues sont téléchargeables :

    https://opc.cfwb.be/fileadmin/sites/opc/uploads/documents/Publications_OPC/Reperes/Reperes_N__8_BD.pdf


En plein travail, Roland de Bodt, le directeur de recherche chez «  L’Observatoire des politiques culturelles ».

Tout cela sert à quoi ?

Des plaintes, il y en a eu. Pas très nombreuses vu l’absence de médiatisation du Code.

Ont un intérêt bien concret certaines que la L.U.C. a découvertes car des usagers les lui ont transmises. En voici quelques unes. Et ce n’est sans doute qu’un sommet de l’iceberg. 

A: Plusieurs plaintes ont été adressées, avec effets constructifs, à des musées qui pratiquent la gratuité du premier dimanche du mois. Cet avantage «pour tous» n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de cette possibilité, avant toute visite, pour avoir le choix entre venir un jour payant ou un jour gratuit.

B: La réduction pour les seniors est passée progressivement d’un âge unique (les plus de 60 ans) à, soit au maintien à 60 ans, soit à 65 ans, (ou même à 67 ans pendant plusieurs années chez BOZAR, à Bruxelles).

Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par l’organisateur dans les tarifications. Ce n’était pas le cas ni dans un cinéma, ni dans un musée. Des plaintes sur ce point ont permis à ces deux lieux de mieux détailler leurs tarifications.

C: Une plainte a été adressée à un théâtre qui proposait une pièce où des comédiens fumaient sur scène, ce qui peut importuner physiquement une partie du public.

Que dit la législation belge? Il est interdit de fumer dans les lieux couverts. Cela devrait donc être, en terme de santé publique, aussi le cas des salles de spectacles mais une dérogation a été accordée par le Ministère des affaires économiques au niveau fédéral afin que des comédiens puissent pratiquer cet acte sur scène, mais à condition que le public en soit informé préalablement.

Une maison de la culture prise en défaut a tenu compte de la plainte qui lui a été adressée et s’est empressé d’indiquer sur son site, quelques jours avant l’événement : «Nous vous signalons que les interprètes fument sur scène pendant la représentation».

D: Dans tel lieu culturel, il est permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence. 

L’acteur culturel a été interpellé et a répondu par ces mots qu’il allait tenir compte de ladite plainte: « C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer ».











mardi 28 octobre 2025

Comment découvrir un vol dans nos musées ?

 

 

Le public apprécie beaucoup « L’Empire des lumières » de Magritte.

À l’occasion du vol récent déjà qualifié « du siècle » au Musée du Louvre à Paris, nombre de médias belges ont tenté de dresser un bilan « sécurité des œuvres » en Belgique, le plus souvent en interrogeant les musées eux-mêmes. Certains parmi ceux-ci n’ont-ils pas parfois caché un peu de poussière sous le tapis? 

Comment savoir si une œuvre a été volée dans nos musées fédéraux

Il faut savoir que certaines listes des œuvres non exposées temporairement ne sont plus vraiment «gardées à jour ». 

BELSPO est l’organe qui gère la politique scientifique du gouvernement (dont les musées fédéraux). Le 9 juillet 2025, celui-ci confirme par écrit à l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) qu’autrefois, les musées fédéraux tenaient à jour la liste des œuvres qui ne sont pas présentées temporairement au public mais que ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, précisément par les mots suivants :  « La plupart des musées disposait de cette liste dans le passé et en dispose encore parfois mais il est vrai qu’il est de plus en plus difficile de garder ces listes à jour. En effet, nos musées doivent malheureusement faire face à des contraintes importantes, tant en termes de budget que de ressources humaines ».

En visiteur actif des institutions culturelles fédérales depuis tant d’années, j’ai mon idée sur quels musées n’ont plus leur liste à jour. D’où ma question suivante adressée par écrit à BELSPO, le 19 juillet 2025 : « Vous indiquez que certains musées en disposent encore parfois (à l’heure actuelle). Puis-je savoir de quels musées il s’agit précisément? ».

Ma demande reste sans aucune réaction et, finalement après un rappel, BELSPO m’écrit, le 2 octobre 2025… pour ne pas me répondre sur le fond. Cette thématique « n’est pour l’instant plus abordée car les décisions budgétaires forcent d’autres discussions plus pressantes avec les musées. Merci pour votre compréhension. Bien à vous. ».

En 2008, lorsque le musée Magritte fut restauré, « L’Empire des lumières »
 fut choisi pour figurer sur la bâche qui en couvrait toute la façade.

Pas de liste mise à jour, c’est parfois une aubaine

L’argument financier si souvent invoqué pour justifier tout et n’importe quoi est parfois un alibi bien utile pour empêcher tout débat de fond ou toute évolution, même peu coûteuse. 

En fait, certains musées, dans ce cas-ci fédéraux, peuvent avoir intérêt à ce que ces listes des œuvres non exposées temporairement soient inexistantes ou officiellement pas « gardées à jour ». 

L’aveu feutré de BELSPO s’est fait au cours d’échanges concernant le fait que ses musées devraient obligatoirement indiquer clairement à leurs futurs visiteurs AVANT qu’ils n’achètent leur ticket par internet ou à l’accueil quelles salles sont provisoirement fermées ainsi qu’énumérer les titres des œuvres (au moins majeures) de leur patrimoine non exposées momentanément.

Bien entendu, il est impossible d’informer le public s’il n’y a plus de listes mises à jour des peintures, des photos ou des sculptures déposées en réserve provisoirement, ou parties pendant quelques temps en restauration, ou prêtées pour être exposées ailleurs.

Agissant ainsi, les musées fédéraux s’autorisent à ne pas respecter une obligation qui découle de la législation économique qui pourtant s’applique bien à eux puisqu’elle concerne tout ce qui se vend ou s’achète.

Par le passé, David H., un visiteur non averti de l’absence temporaire de « l’Empire des Lumières », avait demandé le remboursement de son ticket au Musée Magritte. Comme celui-ci le lui refusait, il fit appel au Médiateur Fédéral et, après de nombreux mois, il a finalement ainsi obtenu gain de cause.

Cette peinture peut être considérée comme majeure notamment parce que le musée en vend des reproductions sous forme de posters et de cartes postales dans son shop. Il la met en avant régulièrement dans ses publications… et, en 2008, lorsque le musée fut restauré, cette toile fut choisie pour figurer sur la bâche qui en couvrait toute la façade.

Après ce fait, les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) ajoutèrent le point suivant (toujours en vigueur en 2025) dans l’article 3 de leur « Règlement des visites » : « La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines œuvres d’art (en déplacement ou en restauration) ne donne aucunement droit à un quelconque remboursement ou réduction du prix ». Par contre, dans le même règlement, n’est indiqué nulle part que les musées doivent informer de ces faits précis les visiteurs avant achat de leur ticket.

S’en suit des avancées et des retours en arrière en vue d’une information précise de l’usager.

Ainsi, la reconnaissance par les MRBAB qu’il s’agit bien de donner ces informations aux visiteurs à leur accueil et que c’est matériellement possible.

Un reportage de trois minutes dans « Images à l’appui » diffusé le 21 juin 2021 sur RTL TVi le prouve. Un membre du personnel de l’institution s’y fait filmer pour montrer comment la personne à l’accueil peut prêter à tout moment au visiteur qui lui demande un feuille qui contient les titres des œuvres actuellement non exposées. Un avis placé sur le comptoir informe le public sur cette démarche.

Voici ce reportage diffusé par RTL : https://www.facebook.com/watch/?v=287572189455953

Extrait du reportage de RTL : Au comptoir, une membre du personnel
 donne la liste des œuvres non exposées au musée Magritte.


Hélas, cette solution ne sera pas appliquée bien longtemps. Retour donc à la non information des futurs visiteurs. Avant un nouveau coup de théâtre. 

Suite à une très longue pression de la L.U.C., Thomas Dermine (PS), alors ministre des musées fédéraux, impose à BELSPO, à côté des « Règlements des visiteurs » (dont le contenu définit surtout les devoirs plutôt que les droits de ceux-ci) la création d’une « Charte des visiteurs » (qui, elle, s’axe plutôt sur ces droits du public), avec une reprise des trois quarts des textes précis déjà formulés dans le « Code des Usagers Culturels » en 15 points que doivent appliquer depuis 2006 les près de 4.000 organisateurs culturels aidés par la Fédération Wallonie-Bruxelles

Pour être précis, le point 3 de cette « Charte des visiteurs » au fédéral est un copié-collé du point 3 du « Code des Usagers Culturels » de la Fédération W.B. : l’organisateur culturel ou le musée, selon les cas, doit « fournir aux usagers et usagères avant le déroulement de l’activité culturelle envisagée une information la plus complète qui ne comporte pas d’indications ou de représentations susceptibles de les induire en erreur, notamment sur la nature, l’éventuel prix d’accès, la durée et la date de l’activité ».

C’est grâce à ce droit précis que la L.U.C. a réussi à ce que le Musée de la Boverie soit obligé d’indiquer à son accueil les titres de ses œuvres les plus connues non exposées temporairement. Par exemple, ses célèbres peintures de Picasso, Gauguin, Chagall ou Ensor acquises par la ville de Liège lors de la vente dite « d’art dégénéré » de Lucerne en 1939


Fondation Vasarely à Aix-En-Provence : deux des sept salles 
abritant des œuvres monumentales dont une en restauration.

En ce qui concerne les salles fermées, la L.U.C. a également convaincu en 2022 à Aix-En-Provence, après sept mois alimentés par de nombreux échanges de courriers, la Fondation (privée) Vasarely à informer ses futur visiteurs sur son site internet et au comptoir, à son accueil, qu’une de ses sept salles abritant des œuvres monumentales était en restauration et donc inaccessible pendant de nombreux mois.

Grâce à la mise en application de cette nouvelle « Charte des visiteurs », la L.U.C. est revenue assez récemment à la charge auprès de BELSPO pour savoir si ses musées fédéraux allaient enfin respecter leur obligation d’information détaillée à l’usager imposée par la législation économique. Et c’est à ce moment-là que l’organisme fédéral s’est réfugié, pour ne pas répondre, dans son impossibilité à agir conformément vu qu’il ne disposait plus de listes des œuvres non exposées temporairement « gardées à jour ». 

Au musée d’Art et d’Histoire, 
la statue de l’Île de Pâques.

La nouvelle ministre est une « Engagée »

Il conviendrait donc que la nouvelle ministre des musées fédéraux Vanessa Matz (Les Engagés) s’enquière rapidement après de BELSPO pour savoir si , oui ou non, ses institutions disposent de listes actualisés des œuvres exposées. Et qu’elle soit également attentive à ce que les musées fédéraux respectent enfin le point 3 de leur nouvelle « Charte des visiteurs ». 

Des parlementaires pourraient-ils l’interroger à ce sujet? 

Il n’y a pas que les musées de la rue de la Régence (musée d’Art Ancien, Musée Magritte) qui sont à montrer du doigt. À plusieurs reprises, la célèbre statue de l’Île Pâques était manquante dans le fond permanent du Musée d’Art et d’Histoire, sans aucun avertissement aux futurs visiteurs. 

Et, actuellement, il faut conseiller aux futurs visiteurs, dont de nombreux touristes pour les prochaines fêtes de fin d’année, d’éventuellement éviter de rendre visite aux MRBAB s’ils aiment tout particulièrement Jacques Louis David.

Jusqu’au 26 janvier 2026, l’une de ses œuvres parmi les plus connues, « La mort de Marat », a été déménagée à Paris, pour une exposition se déroulant au Louvre. 


La baignoire de Marat est partie à Paris.


samedi 24 mai 2025

Nouvel horaire: pas 1 visiteur en 1 an

Voici résumé, en cinq dates, l’histoire d’un musée qui a tenté de mettre fin unilatéralement à l’accord qu’il a signé naguère avec un mécène donateur soucieux d’un avantage à offrir aux visiteurs.

Sur le présent blog, nous avons déjà narré le début de cette triste affaire

https://la-luc.blogspot.com/2024/04/un-musee-de-verviers-malmene-son-mecene.html

Le buste de l’artiste-mécène Simon-Jean Renier.

 
Voici aujourd’hui, un peu plus d’un an plus tard, comment elle se termine, et de façon fort critiquable.

  1. L’Arrêté royal du 23 janvier 1885 autorise le conseil communal de Verviers à accepter la donation de Jean-Simon-Jean Renier (soit un remarquable ensemble d’œuvres gravées des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, des peintures, des céramiques et des sculptures) sous diverses conditions parmi lesquelles le fait que son musée « soit accessible au public, à titre gratuit, au moins deux fois par semaine »

  2. Avant les inondations de la mi-juillet 2021 qui l’ont dramatiquement endommagé, le Musée des Beaux-Arts de Verviers pratiquait, pour respecter cet accord, une gratuité chaque mercredi et dimanche de 13H00 à 17H00.
    Lors de sa réouverture, cet avantage disparait dans la présentation de la nouvelle tarification.

  3. Le 1er mars 2024, la Ligue des Usagers Culturels (L.U.C.) dépose plainte officiellement auprès du musée « pour non respect d’un avantage destiné aux visiteurs scellé avec le donateur Renier ».

  4. Le 22 mars 2024, sous entête « Verviers Musées », une lettre informe la L.U.C. que le Collège Communal en sa séance du 21 mars 2024 a pris en compte sa plainte et lui donne raison. La tarification va être réaménagée. Le musée sera accessible au public, à titre gratuit, au moins deux fois par semaine. Le texte n’est pas plus précis.

  5. Le 15 avril 2024, le musée renoue dans un nouvel horaire avec sa gratuité hebdomadaire « pour tous » telle que proposée par la « Commission administrative des musées » de Verviers et avalisée ensuite par le Collège Communal de Verviers: l’institution sera gratuite tous les lundis et mardis (non fériés) de 10H00 à 12H00, et sur réservation préalable 15 jours à l’avance via l’e-guichet de la ville de Verviers.

une œuvre du Musée des Beaux-Arts de Verviers

Un an plus tard

 

Transférer la gratuité hebdomadaire des mercredis et dimanches de 13H à 17H au nouvel horaire pose bien entendu problème, et encore davantage avec cette obligation d’effectuer une réservation deux semaines à l’avance. Mais comment le prouver!
 

Le mieux consiste à attendre les résultats en terme de fréquentation du nouvel horaire. Un an plus tard, voilà venu le temps d’un premier bilan et d’une nouvelle plainte écrite de la part de la L.U.C. envoyée le 5 mai 2025. Dix jours plus tard, Madame Caroline Henry, la directrice du musée des Beaux-Arts de Verviers, lui répond.

Pour tenter d’établir une bilan, lui étaient posées trois questions.

Pourriez-vous nous indiquer combien de visiteurs individuels (pas en groupe) ont utilisé cette gratuité hebdomadaire des lundis et mardis en un an?

Votre institution est-elle satisfaite de ce résultat?

Serait-il possible de comparer ces résultats avec ceux de la gratuité « pour tous » du premier dimanche du mois durant la même période?

Réponse : En un an, nous n’avons accueilli aucun visiteur. Il y a bien eu des réservations mais les personnes ne sont pas venues ou ont annulé. Durant cette période, nous avons accueilli 223 visiteurs le premier dimanche du mois. Il est clair que nous avons des visiteurs qui viennent spécifiquement ce jour-là et ce, grâce notamment à toute la communication qui est faite par l’asbl Art&Public.

Constat : la directrice ne répond pas à la question « Êtes-vous satisfaite du résultat ? ». Serait-il inimaginable de penser qu’elle voulait répondre « oui » mais qu’elle n’aurait pas osé? (humour très noir?).

 

Une nouvelle plainte

 

La nouvelle plainte de la L.U.C. constate que « ce 5 mai 2025, sur le site officiel de Verviers, cette gratuité pour tous les lundis et mardis n’est toujours pas mentionnée dans la tarification alors que d’autres gratuités ou réductions y sont indiquées ». (voir notre photo)
 

 

De là, les questions suivantes : « La promotion de cette gratuité est-elle faite autrement? Affichage au comptoir dans le hall d’entrée? Communiqué de presse? Dépliant? ».

« Cette absence de la tarification sur votre site ne respecte pas le point 2 du Code des Usagers Culturels que vous devez appliquer:

https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=963128744e095fa84b188d01254d746b8b7b8e62&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202411-A3-codeusagers-web.pdf

Nous espérons que vous pourrez nous indiquer le plus rapidement possible quand votre institution fera évoluer le texte de sa tarification, au moins sur son site internet ».

Dans sa réponse du 15 mai 2025, Madame Caroline Henry réagit ainsi : « L’information de la gratuité les lundis et mardis a été communiquée dès que cette décision a été prise et se trouve sur le site de la Ville de Verviers dans la rubrique « démarche en ligne ». Depuis janvier 2024, nous n’avons pas refait de dépliants tarifaires. L’information se trouve à l’accueil du musée, en-dessous des autres tarifs. Comme il s’agit d’une réservation à faire en ligne, celle-ci est reprise sur le site de la Ville de Verviers, dans les démarches administratives, au même endroit que les réservations pour nos ateliers créatifs. Nous aurions dû penser à l’insérer également sur notre site officiel et c’est chose faite depuis ce lundi 12 mai 2025 ».

Effectivement, cette information a été ajoutée sur le site officiel. Lire ici la dernière ligne du paragraphe intitulé « Tarifs » : https://www.verviers.be/loisirs/culture/musees/les-informations-pratiques/informations-pratiques

Face à cet échec absolu en terme de fréquentation du nouvel horaire de sa double gratuité hebdomadaire, il est particulièrement dur de constater que le Musée des Beaux-Arts n’en tire leçon et n’annonce aucune évolution de l’horaire absurde. L’institution Verviétoise semble s’en accommoder. Après avoir voulu enterrer ce droit de gratuité du public, elle a été forcée de le restaurer… pour, ensuite, tenter de l’anéantir, elle a joué cyniquement avec les mots contenus dans le « contrat » qui la lie avec le mécène, trahissant l’esprit de ceux-ci.

Par contre, il est à souligner le franc parler de sa directrice pour répondre de façon détaillée et rapidement au courrier de la L.U.C. Ce n’est pas si fréquent!


Au Musée Wiertz à Ixelles, les horaires sont aussi mal choisis
qu’au Musée des Beaux-Arts de Verviers.

Deux autres exemples

 

Il existe d’autres exemples de mécènes d’institutions muséales qui sont soucieux de gratuités destinées à l’ensemble du public.


À Ixelles, c’est l’artiste qui est lui-même mécène et il négocie avec le pouvoir politique, à un niveau national.

L’atelier du peintre et sculpteur belge Antoine Wiertz devient musée d’État par une loi qui accepte le legs de l’artiste. Elle est adoptée par la Chambre des représentants le 18 mai 1866, et par le Sénat le 24 mai 1866.

Une condition exigée par Wiertz : « Y admettre le public gratuitement ». Est également prévu le fait que toutes les œuvres de celui-ci « doivent invariablement rester fixées aux murs de l’atelier ».

Comme à Verviers, c’est le choix de l’horaire précis, pas assez détaillé dans l’accord, qui permet au musée de respecter le moins possible la volonté du « donateur ».

Le Musée Antoine Wiertz est géré désormais par les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (avec le Musée Magritte, le Musée d’Art Ancien, le Musée Constantin Meunier, le Musée Fin de Siècle, fermé pour longtemps… et un Musée d’Art Moderne peut-être définitivement fermé).

Voilà plus d’une dizaine d’années que le Musée Wiertz est inaccessible à plus de la moitié de la population (travailleurs et étudiants) puisqu’il est fermé tous les week-ends et les jours fériés, et lorsqu’il est ouvert du mardi au vendredi de 10H00 à 17H00, il reste clos pendant le temps de midi. En vain jusqu’à présent, une pétition signée par plus de trois milles personnes demande une évolution de cet horaire.

Voici cette pétition qu’on peut continuer de signer :

https://www.change.org/p/michel-draguet-stop-à-l-asphyxie-de-musées-constantin-meunier-et-antoine-wiertz?lang=fr-FR

trois toiles (des 36 existants dans le monde) de Johannes Vermeer dans une des très nombreuses salles de la National Gallery of Art de Washington.


Par contre, aux USA, un mécène et le public peuvent être très reconnaissants.

En 1846, la Smithsonian Institution est créée avec les dons du scientifique britannique James Smithson qui lègue toute sa fortune aux États-Unis pour promouvoir le « savoir » à Washington.

Cette structure regroupe dans la capitale une vingtaine de musées et galeries, 142 millions d’objets et des centres de recherche.

Ces diverses institutions sont généralement ouvertes tous les jours (sauf le 25 décembre) et gratuites quotidiennement.

Leur fréquentation est très importante : National Museum of American History, National Air and Space Museum, National Portrait Gallery, National Museum of Natural History, etc.

Le Musée National de l’Air et de l’Espace, l’un des nombreux musées
de Washington dont l’accès est gratuit pour tous chaque jour.