vendredi 23 septembre 2022

Anvers et son Musée des Beaux-Arts si cher !

Le 24 septembre 2022 : réouverture du Musée des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA) après onze ans de travaux.
Le Soir et La Libre y consacrent de forts longs articles et donnent quelques renseignements techniques. Par contre, aucune réflexion sur le prix de l’entrée dont le plein tarif est fixé à 20 euros. 


SILENCE DE LA PRESSE : INTERPELLANT

De plus, dans cette institution culturelle, les réductions sont peu nombreuses (aucune pour les seniors ou pour les demandeurs d’emploi, par exemple).
Enfin, Anvers a mis fin récemment à la gratuité mensuelle « pour tous » de tous ses grands musées qu’elle pratiquait depuis une vingtaine d’années chaque dernier mercredi du mois : http://la-luc.blogspot.com/2022/08/helas-nos-amis-flamands-naiment-les.html

Il est significatif du peu d’intérêt de la part de certains journalistes pour les tarifications culturelles, et d’autant plus en 2022, une période où l’on sait qu’une partie de plus en plus importante des citoyens vivront dans une précarité accrue.

Or, 20 euros, c’est un record et il pourrait, hélas, donner des idées à d’autres institutions.
Pour se faire une idée de cet « exploit » financier, il convient de comparer ce « tarif plein » du KMSKA  à ceux d’autres musées de Belgique ou de France (voir ci-dessous). 


PLUS FORT ENCORE !!! DÉBOURSONS DEUX FOIS VINGT EUROS

Dans l’article de La Libre (du 22 septembre 2022), Guy Duplat propose deux éléments complémentaires à introduire dans cette réflexion sur les prix.
Après sa visite au nouveau KMSKA, il note : « On ne peut que conseiller de le visiter deux fois ». Donc 40 euros, sans réduction?
Il indique également que le musée veut « ouvrir ses portes au plus grand public ».
Pour ce faire, on conseillera donc au KMSKA de passer à l’action en diminuant au moins d’un quart ses prétentions financières à l’égard des si chers visiteurs (et en multipliant les réductions et les « gratuités pour tous »).

ANNEXE

En Belgique : tarif plein pour le fond permanent

Le Musée Magritte à Bruxelles : 10 euros.
Le Museum (sciences naturelles) à Bruxelles : 13 euros
Le Musée d’Art & Histoire à Bruxelles : 10 euros.
Le Musée des Beaux-Arts (MSK) de Gand : 15 euros
La Boverie à Liège : 5 euros
Le Grand Curtius à Liège : 9 euros
Le Musée Hergé à Louvain-la-Neuve : 12 euros
Le Mu.ZEE à Ostende : 12 euros
L’AfricaMuseum à Tervueren : 12 euros
Le Musée des Beaux-Arts à Tournai: 2,60 euros.

En France: tarif plein pour le fond permanent

Le Musée d’Art Moderne à Paris : gratuit
Le Louvre à Paris : 15 euros (sur place) 17 euros (en ligne)
Musée Orsay à Paris : 14 euros (sur place) 16 euros (en ligne)
Le Musée des Beaux-Arts à Marseille : gratuit
Le Musée des Beaux-Arts à Lille : 7 euros
Le Musée des Beaux-Arts à Lyon : 8 euros

samedi 27 août 2022

Hélas, nos amis flamands n’aiment les gratuités que pour eux !

Le Musée Plantin est l’un des nombreux musées d’Anvers qui perdent bien discrètement en 2022 leur gratuité mensuelle « pour tous » (photo : Bernard Hennebert)

Le quotidien « La Libre » a publié en page 30, le 18 août 2022, la lettre suivante du Président de « La Ligue des Usagers Culturels ».

Voici son texte

« Après plus de vingt ans d’existence, bien discrètement, la gratuité du « dernier mercredi du mois » pratiquée par une dizaine des plus grands musées d'Anvers (MAS, Maison de Rubens, Plantin, etc.) est discrètement supprimé à la fin du printemps 2022, au moment où les activités culturelles reprennent vigueur après les assauts de la Covid.

Cette « gratuité pour tous » se métamorphose en une « gratuité pour les habitants d’Anvers », et pas tous, uniquement ceux qui disposent de la carte culture A-Kart. Non seulement il faut détenir ce sésame mais, en plus, il ne faut pas travailler ou étudier le premier mardi du mois, puisque tel est le nouvel horaire prévu.

Apparemment certains responsables politiques flamands qui utilisent peut-être lors de leurs pérégrinations personnelles les gratuités muséales destinées au monde entier (mensuelles ou quotidiennes) à Londres, Washington, Paris, Bruxelles… ou en Wallonie n’aiment pas du tout proposer, en réciprocité, dans leur région qu’ils affirment si riche, le même accueil.

Ce serait même une habitude? Voici un autre exemple. Jusqu’en avril 2008, le Design Museum de Gand pratique la gratuité « pour tous », chaque dimanche de 10H à 13H, avec une visite guidée également offerte (au choix : en néerlandais ou en français).
Ensuite, repli sur soi identitaire et électoraliste ? Après cette date, la même offre est poursuivie mais uniquement à l’intention des Gantois. Pour les autres visiteurs, l’entrée coûtera désormais 3,75 €, et la visite guidée (pour 20 visiteurs au maximum), 60 € Contactée à l’époque, l’adjointe à la direction du musée m’indique laconiquement : « Ce n’est pas du tout notre décision. C’est une décision politique ».

jeudi 11 août 2022

Réductions seniors: à 60, 65 ou 67 ans ?

Pour BOZAR: être senior, c’est avoir 60 ans, puis 67 ans, puis 65 ans.
 

Pendant de très nombreuses années, des réductions « seniors » étaient accordées aux plus de 60 ans.
C’est le ministre lui-même (et non les directions des institutions culturelles) qui décide  du montant des tarifications pour les musées fédéraux en Belgique. Et donc le ministre Paul Magnette opta pour que les musées fédéraux n’accordent plus à partir du 1er janvier 2013 leur réduction senior qu’aux plus de 65 ans.

L’excès de BOZAR

Deux ans plus tard, BOZAR (le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles) osa franchir un cap supplémentaire et passe d’un coup de 60 à 67 ans, pour l’octroi de cet avantage.
Il pratiqua ainsi pendant de nombreuses années avant de choisir le cap des 65 ans.
Difficile de donner une date plus précise de ce petit retour en arrière car le monde culturel publie rarement des communiqués de presse pour annoncer ce type d’infos, et même si elles sont utiles au public concerné. Ils préfèrent si souvent faire de la com plutôt que de l’info.

Une sorte de désordre

En Fédération Wallonie-Bruxelles, il n’y a pas eu une ruée vers les  « senior = + de 65 ans ». Actuellement, en 2022, beaucoup d’acteurs culturels respectent le « + de 60 ans » naguère considéré comme la règle : le Théâtre de Poche de Bruxelles ou les Halles de Schaerbeek, par exemple.

Par contre, bien discrètement, toujours à Bruxelles, le Théâtre National de Bruxelles et le Théâtre des Tanneurs passent du « + de 60 » au « + de 65 » pour leur saison 2022-2023.

Il y a bien entendu des arguments en faveur des changements de cette réduction senior, et d’autres contre. Et il est difficile de les départager. Mais tout le monde peut se mettre d’accord sur l’évolution suivante qui n’est pas anodine.
On est ainsi passé d’une période où il y avait une pratique généralisée (partout, c’était le + de 60 ans) à cette sorte de désordre où chacun fait ce qu’il veut, et en informe souvent mal le public.
Cette nouvelle habitude peut permettre plus facilement ce que l’on pourrait sans doute nommer des abus (comme on l’a lu plus haut avec BOZAR).
Par rapport à cette évolution qui ne doit pas réjouir le public, on ne voit pas le secteur de la culture subsidiée de type « service public » se positionner, voire se différencier du secteur culturel privé. C’est un sujet dont on traite peu en public, bien peu.
On ne voit pas non plus le monde syndical prendre la défense de leurs travailleurs dont, hélas, beaucoup auront de petites pensions. Certaines évolutions économiques (c’en est une) de notre industrie culturelle passent, disons, inaperçues. Sauf chez les moins nantis de nos citoyens qui ont entre 60 ans et… 64 ans et 364 jours.

Saison 2022-2023 au Théâtre National: la réduction senior passe de « + de 60 ans » à « + de 65 ans ». Et le Théâtre des Tanneurs l’imite.

 À La Louvière et à Mons

Alors, puisqu’actuellement, coexistent en Belgique cet avantage pour « les + de 60 ans » et pour « les + de 65 ans », il est impératif que les tarifications affichées par tous les organismes culturels le précisent. C’est une info précise que tout usager est censé connaître avant de décider de se déplacer pour aller découvrir une activité culturelle et avant d’acheter son ticket.
On limite drastiquement son avantage financier, on ne va pas en même temps, en plus, mal l’en informer!

Or, tous les acteurs culturels n’ont pas mieux précisé cette information dans leur tarification.
En 2015, nous avions adressé la plainte suivante au Musée Keramis de La Louvière: «Votre tarification indique une réduction pour senior mais ne précise pas à partir de quel âge celle-ci se pratique. Lors de notre visite, nous avons demandé aux deux personnes qui assuraient l’accueil des précisions. En vain».
Ce musée qui pratique le « + de 65 ans » a suivi notre demande. Voici comment s’affiche actuellement sa tarification:
https://www.keramis.be/tarifs-horaires

L’imprécision reste monnaie courante, même en 2022. Parfois, il suffit de le faire remarquer pour qu’une évolution se mette en place, donc n’hésitons pas.

Ainsi, la Ligue des Usagers Culturels a constaté, début juillet 2022, que le cinéma d’art et essai « Plaza Arthouse Cinema » de Mons (12, rue de Nimy) omettait dans son programme mensuel d’indiquer l’âge à partir duquel il octroyait sa réduction de 2 euros aux seniors (prix plein : 8 euros).
Nous avons contacté sa direction par courriel et nous nous sommes réjoui de découvrir, dans son programme suivant, celui d’août 2022 (voir photos), qu’elle proposait cet avantage aux plus de 60 ans.


À Mons, le cinéma Plaza respecte son public !

Relisez le point 2 du Code !

Informer le public avant l’achat de son ticket. Le monde culturel peut vraiment mieux faire.
Pour les activités subsidiées par la Fédération Wallonie Bruxelles, il existe depuis avril 2006 un Code bien précis sur ce sujet (Code des usagers Culturels), et toujours en vigueur.
(Re)lisez donc son point 2 :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Avant l’achat du ticket

Notre Ligue des Usagers Culturels est très attentive à ce point 2.
Petit à petit, nous montrons comment souvent il n’est pas respecté.
Ainsi, grâce à des plaintes ciblées, nous avons réussi à ce que, avant achat de votre ticket, certains musées annoncent les titres des œuvres de leur fond qui ne sont pas momentanément exposées, que les activités culturelles indiquent si la prise de photo est permise ou pas, etc.
Ou, aujourd’hui, que la mention de l’âge des personnes qui ont droit à un avantage économique (réduction, gratuité) soit toujours clairement mentionné.

mardi 5 avril 2022

Le Musée de l’Armée refuse votre monnaie

En janvier 2016, le Musée Royal de l’Armée de Bruxelles (MRA) abandonne sa gratuité quotidienne et fixe son entrée à 5 €.

Une simple feuille de papier est affichée sur la porte d’entrée de cette institution : «Cher visiteur, les paiements au comptoir d’accueil se font uniquement par carte bancaire. Cette mesure a été introduite en 2016 pour des raisons de sécurité. Ne disposant pas de caisses enregistreuses, le personnel d’accueil n’est pas en mesure d’accepter de l’argent liquide».


Charmant accueil à la porte d’entrée.


Les visiteurs sont refoulés s’ils ne peuvent présenter une carte bancaire à l’entrée.

Lors d’une de nos visites, le préposé à la caisse nous a confirmé un pourcentage de 15 à 20% des visiteurs à qui cette situation posait problème.

Ceux qui soutiennent les droits au respect du public trouvent cette situation intolérable. Mais ceux qui défendent les intérêts de l’institution devraient être du même avis puisque cette aberration économique engendre une diminution de la fréquentation ainsi que des rentrées financières.

On peut même estimer que cette particularité de paiement est illégale si on la compare à celle des distributeurs de billets de stationnement à Bruxelles exclusivement alimentés par carte de banque. Celle-ci fut assimilée à une pratique commerciale déloyale en 2016 par le SPF (Service Public Fédéral) Économie.

En haut lieu, la situation est connue. Une question parlementaire est posée par Gautier Calomne (MR) début 2017 au ministre Didier Reynders (MR), ministre de la Défense. Elle n’a abouti hélas à une aucune évolution concrète.

Et au shop?  

Plutôt Kafka que surréaliste! La bureaucratie atteint un sommet «historique» quand le visiteur découvre, à moins de quinze pas du guichet «argent liquide interdit», dans le vaste hall du MRA, l’entrée du shop... où tout (sauf le ticket d’entrée) peut s’acheter en liquide (voir photo prise le 24 mars 2022).


À moins de 2 mètres du comptoir, on peut payer en liquide au shop.

À Anvers, lors de notre visite du 26 décembre 2018, nous avons découvert une situation presque analogue au « Red Star Line Museum ».

Là non plus, au comptoir, on ne peut se procurer son ticket avec de l’argent liquide... À un détail près : le personnel ne vous refoule pas comme c’est le cas au Musée Royal de l’Armée, mais vous aiguille, si vous avez oublié votre téléphone ou votre carte bancaire (ou si les banques vous refusent l’octroi d’une carte bancaire), vers le shop où vous pourrez acheter votre ticket avec votre monnaie.

 
Une œuvre exposée au « Red Star Line Museum » d’Anvers. Là, le shop a trouvé une solution, à l’inverse que ce qui se passe au Musée Royal de l’Armée à Bruxelles.

Silence dans le dépliant

Enfin, on peut parler du désintérêt flagrant pour une information utile des visiteurs de la part du service de communication du MRA.

Depuis que le musée a introduit son entrée payante début 2016, il a distribué un peu partout en Belgique son dépliant de présentation plutôt luxueux où sa tarification est clairement détaillée mais où ne figure pas l’indication qu’il est indispensable de se munir d’une carte bancaire pour pouvoir admirer ses galeries d’armes anciennes, ses avions ou monter par ascenseur au sommet des Arcades du Cinquantenaire pour y découvrir l’un des plus beaux panoramas de la capitale.

Cette information fallacieuse du public a duré plusieurs années jusqu’à ce qu’un nouveau dépliant tienne enfin compte de notre plainte faite à ce sujet.

Le 1er avril 2022, la L.U.C. dépose plainte

Le 24 mars 2022, lors d’une visite, nous découvrons que la feuille sur la porte d’entrée du musée a été enlevée.

À la caisse, ce jour-là, la tarification indique que le visiteur ne peut pas payer son ticket en liquide.

Le tableau de la tarification du Musée Royal de l’Armée photographié le 24 mars 2022.


Voilà donc plus de six ans que l’institution annonce qu’elle va remédier au problème mais qu’elle n’arrive pas à acheter une caisse enregistreuse pour accueillir l’argent liquide, et ce malgré des plaintes répétées et des réponses qui annoncent qu’une solution est en vue. Quel irrespect pour le public !

Nous avons déposé plainte au Musée Royal de l’Armée en 2009. À l’époque, Michel Jaupart, Directeur général ad interim du Musée Royal de l’Armée, nous a répondu par écrit à notre interpellation .

Lire ici le point n°10 : https://www.entreleslignes.be/humeurs/consoloisirs/pub-rtbf-au-menu-des-négociations

Notre visite faite le 24 mars 2022 sur les lieux nous prouve que rien n’a changé, et ce, malgré le fait que Monsieur Jaupart nous avait écrit que : « La direction du War Heritage Institute est consciente que le paiement uniquement par carte bancaire peut gêner certains visiteurs ».

La Ligue des Usagers Culturels a donc été obligée de déposer plainte, le 1er avril 2022, auprès du Service de la Protection des Consommateurs.


Le 24 mars 2022, à l’entrée du Musée Royal de l’Armée, trois enfants.




mercredi 2 mars 2022

Audioguide : dans le prix du ticket ?

Les musées doivent-ils préférer faire payer aux visiteurs l’audioguide en supplément ou l’intégrer au prix du ticket d’entrée?

Certains usagers n’ont pas toujours envie de l’utiliser. De plus, le nombre de langues dans lesquelles l’audioguide est disponible est, en général, limité.
Et si vous ne parlez qu’une autre langue non disponible, vous devrez payer également pour un service qui ne vous est pas rendu si le ticket d’entrée inclus l’usage de ce « guide sonore ».


la façade Art Nouveau du MIM : un ancien magasin Old England. 

Normalement…

Michel Draguet, le directeur général des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), reconnait que le prix de l’entrée à l’exposition Andres Serano (14,5 euros) est «cher pour une famille ou des particuliers» dans un entretien qu’il accorde à Jonas Legge pour La Libre du 3 septembre 2016.
Et d’ajouter  «Et n’oubliez pas que ces 14,5 euros comprenaient un audio guide».
Au journaliste qui lui rétorque que les visiteurs dans d’autres institutions peuvent louer l’audioguide à part pour 4 ou 5 euros et ainsi avoir le choix, le directeur déclare de façon étonnante : « Ce qui fait qu’on atteint les mêmes tarifs »… semblant oublier que l’on peut visiter une exposition sans ce soutien sonore et donc économiser ce coût de location.
Et d’expliquer : «Inclure l’audioguide dans le prix du ticket, cela me paraît aussi évident que de payer une place au cinéma et d’avoir le son et l’image».
En attendant, le directeur général a utilisé l’argument de l’audioguide pour justifier la cherté du ticket de son exposition.

… et des exceptions

Mais à toute situation, ses exceptions. Par exemple, lorsque l’usage de ce guide sonore s’avère indispensable à la visite.
Alors, il est utile que le prêt de l’audioguide soit comptabilisé dans le prix du ticket, car sinon des visiteurs pourraient ne pas prendre conscience de ce fait et donc ne pas louer l’audioguide pour, ensuite, le regretter amèrement durant la visite.
Le Musée des Instruments de Musique de Bruxelles (MIM) en est un exemple significatif.
L’usage de son audioguide a été pendant de nombreuses années inclus dans le prix du ticket et cela se justifiait. En effet, il était, et reste d’ailleurs, indispensable pour découvrir les sons des instruments exposés en vitrines. Sans l’écoute de ceux-ci, la visite n’a que peu de sens.
La directrice de cette institution, Alexandra De Poorter, elle-même, déclara à Isabelle Plumhans pour un article publié par L’Écho du 13 septembre 2017, qu’ils sont «essentiels».
D’ailleurs le slogan de cette institution était «Vous allez voir ce que vous allez entendre». Il fut retiré du site internet du MIM sans explication.
Lorsque de nouveaux audioguides sont mis en service en 2018, le musée rend, sans explication, tout d’un coup leur usage facultatif.
La location de ceux-ci coûtera désormais 2 € (en plus du ticket d’entrée qui a fortement augmenté, au cours des années qui précédèrent cette évolution). Ne s’agit-il pas donc d’une nouvelle augmentation, indirecte et discrète, de la tarification pour la majorité des visiteurs?
Mais le plus affligeant reste ce fait de rendre facultatif un service indispensable au bon déroulement de la visite.

Un beau bémol

Un bémol: heureusement qu’il existe souvent dans le personnel des institutions culturelles des individualités soucieuses d’un accueil honnête des usagers. Ce fut le cas au MIM. Le nouveau dépliant indique «+ € 2 audioguide». Suite à notre constat de la non information au public du caractère indispensable de cette location, le dépliant est modifié lors de sa réimpression par l’ajout de l’adjectif « conseillé » et devient donc «+ € 2 audioguide (conseillé)».
Un seul mot en plus, mais qui fait évoluer la donne. Voilà donc une petite amélioration pour tous, suite à une revendication d’usagers.

 

Un arrêté ministériel de Thomas Dermine, l’actuel Secrétaire d’état chargé notamment des musées  fédéraux, a fait évoluer la situation que nous contestions.

Victoire !

Il faut savoir que les musées fédéraux ne choisissent pas eux-mêmes leurs tarification. C’est le membre du gouvernement fédéral chargé de ces matières qui décide.
Ce 26 février 2022, Bruno Verbergt, le nouveau directeur ad interim des MRAH (dont le MIM fait partie), nous a confirmé l’évolution. C’est l’actuel Secrétaire d’état chargé notamment des musée fédéraux, Thomas Dermine, qui, par un arrêté ministériel, a fait évoluer la tarification dans le sens que nous demandions. Merci à lui ! Donc ceci prouve à nouveau que la société civile peut se faire entendre.
En effet, l’évolution de cette tarification exige, pour le MIM, le réintroduction dans le prix d’entrée de l’utilisation des guides multimédias:
https://www.mim.be/fr/infos-pratiques

Il est également intéressant de constater, sur cette page du site du MIM, l’indication suivante : « Vous pouvez prendre des photos dans les salles d'exposition mais sans flash ». Ce qui va dans le sens d’un autre combat que mène notre notre L.U.C., et nous y avons consacré récemment cet article:
http://la-luc.blogspot.com/2022/02/hotel-solvay-photos-interdites.html

 

Cette illustration de Serge Dehaes résume bien notre carte blanche publiée par La Libre le 12 septembre 2017.

 Annexe utile

Bernard Hennebert, actuel Président de la L.U.C., a publié dans La Libre du 12 septembre 2017 (pages 38 et 39) un « carte blanche » qui détaillait encore bien davantage cette problématique du Musées des Instruments de Musique de Bruxelles. La voici :

Le MIM ne connaît plus la musique !

Le Musée des Instruments de Musique est un très beau musée et l’un des plus fréquentés de Bruxelles depuis l’an 2000, année où il a installé un bon millier d’instruments  dans les bâtiments entièrement restaurés de l’ancien « Old England » typiquement Art-Nouveau, dominant le Mont des Arts et proche de la Place Royale.

Il avait alors choisi comme slogan « Vous allez voir ce que vous allez entendre » (celui-ci vient d’être retiré du site internet du MIM). Toute la scénographie avait été réalisée afin que le visiteur puisse écouter les innombrables instruments exposés, souvent peu connus et parfois très anciens.
Un système de casque à infrarouge permettait alors à chaque visiteur d'entendre lorsqu’il s’approchait d’une vitrine quelques extraits musicaux joués par l’instrument qu’il contemplait. En 2013, les casques à infrarouge ont été remplacés par un système d’audio-guides plus performant, permettant également de découvrir plein d’informations sur chaque instrument. De là, l’absence de cartels fort détaillés dans les vitrines.
Vu l’importance stratégique de cet audio-guide, il était donc logique que son usage ne soit pas facultatif et qu’il soit prêté à chaque visiteur, le prix du ticket incluant son utilisation.

AUDIOGUIDES RETIRÉS

Ce 21 août 2017, en pleine saison touristique (il n’est pas rare que le MIM ait une fréquentation quotidienne d’un millier de visiteurs), les audio-guides ont été retirés de la circulation.
Cette situation risque de perdurer : non renouvellement du contrat avec le fournisseur, ce qui a pour conséquence qu’il faut rédiger un nouvel appel d’offre; relations complexes du MIM avec les Musées Royaux d’Art et d’Histoire sous la tutelle desquels ils sont désormais; etc.

En fait, la visite n’a quasi plus aucun sens. Une institution respectueuse de ses usagers aurait fermé, le temps nécessaire pour retrouver une offre complète. Ce ne sera pas le cas.

On aurait au moins trouvé normal dès lors que le MIM propose soit l’entrée gratuite, soit une réduction significative sur le prix du ticket à 8 euros (qui, rappelons-le, est censé offrir l’utilisation gratuite de l’audio-guide). Ce ne sera pas possible à cause du manque d’autonomie de nos musées fédéraux puisque les modifications de tarification dépendent d’une décision ministérielle et ne peuvent se concrétiser qu’après la publication d’un arrêté au Moniteur!
Il est vrai aussi que les Musées Royaux d’Art et d’Histoire du Cinquantenaire situés loin du centre ville voient leurs collections permanentes désertées (certaines expos temporaires affichant heureusement quelques succès de fréquentations) et on peut comprendre qu’ils tiennent impérativement à ce que le MIM qui est un peu leur poule aux œufs d’or ne tarisse pas un tantinet ses rentrées pécuniaires.

MAIS LE TARIF PASSE DE 8 À 10 EUROS

En France, certains musées, lorsque des salles sont closes pour travaux, diminuent d’autant le prix du ticket. En Belgique, on n’a pas cette culture-là du respect du visiteur. Quand le Musée d’Art Moderne a été fermé, le ticket qui lui donnait accès ainsi qu’au Musée d’Art Ancien n’a pas été diminué de moitié pour ceux qui continuèrent de visiter uniquement ce dernier.

Mais le pire vient d’arriver au MIM ce 5 septembre 2017: la tarification est passée de 8 euros autrefois avec audio-guide à désormais 10 euros sans audio-guide. Puisque cette augmentation s’est faite sans audio-guide, on murmure dans les coulisses, avec insistance, que lorsque ceux-ci seront à nouveau disponibles, ils deviendront facultatifs (ce qui est peu pédagogique, vu la nature et l’historique de ce musée)… ce qui permettra d’obtenir deux euros supplémentaires.

CRITIQUES SUR LE LIVRE D’OR

En attendant, le livre d’or du MIM accumule les critiques :
- « Un très beau musée mais donnez-nous des audio guides! C’est très frustrant de ne pas pouvoir écouter le son de tous ces beaux instruments ».
- « La visite du musée perd 90% de sa valeur avec l’absence de l’écouteur ».
- « Pourquoi ne pas mettre des codes barre à scanner avec son smartphone (avec wifi) pour avoir accès aux sons? ». Etc.

MÉPRIS POUR LE PUBLIC

Ce nouvel exemple montre une fois de plus que nos musées fédéraux méprisent fort leurs publics. À un point tel qu’en France, on les traite parfois de surréalistes, ce qui ne ferait pas plaisir à juste titre à René Magritte. Ce nouvel épisode MIM vient compléter une série récente déjà fort longue :
- Interdiction pendant plusieurs années pour les « simples » visiteurs de dessiner et de prendre des notes au Musée Magritte Museum et dans les grandes expositions temporaires des MRBAB (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique);
- Obligation depuis janvier 2016 de payer l’entrée (5 euros) à l’accueil du Musée de l’Armée uniquement avec une carte bancaire (cette information ne figure même pas dans le nouveau dépliant);
- Toujours d’actualité malgré une pétition de près de 2.000 signatures, impossibilité pour la population active (plus de 50% de notre population) de fréquenter les Musées Meunier et Wiertz sans rogner sur ses jours de congés légaux puisque ces deux institutions sont fermées chaque week-end, en semaine pendant le temps de midi et les jours fériés. Etc.

Positivons, tirons enseignement. Puisse nos parlementaires fédéraux et le gouvernement se pencher rapidement sur la création d’un Code de bonne conduite en faveur des visiteurs.

B.H.

Sur la toile : https://www.lalibre.be/debats/opinions/2017/09/12/le-mim-a-retire-ses-audioguides-et-le-respect-du-visiteur-opinion-GTOAU27ARRAK3J27XQ3FIXQOLA/


jeudi 17 février 2022

Hôtel Solvay : Photos interdites

L’hôtel Solvay est considéré comme l’un des plus beaux immeubles érigés par l’architecte belge Art Nouveau, le baron Horta.

Il est situé au 224, avenue Louise à Bruxelles, à 50 mètres de l’étrange monument «Le Labyrinthe du Monde» de Jean-François Octave dédié à l’écrivaine Marguerite Yourcenar née le 8 juin 1903 dans l’immeuble qui s’élevait naguère juste sur le trottoir d’en face (là où s’ouvre désormais la galerie Bailli-Louise).

Cet hôtel est d’autant plus remarquable par le fait qu’il présente encore aujourd’hui dans un état de conservation exceptionnel ses meubles, peintures et multiples objets de décoration d’origine conçus ou commandés spécialement pour lui par le célèbre architecte.

Longtemps inaccessible au grand public, ce n’est que peu avant le début de la pandémie du Covid qu’il a rouvert ses portes plus régulièrement aux visites de 40 minutes destinées à ceux et celles qui ont la patience de réserver leur venue longtemps à l’avance.

Les responsables de ces visites sont attentifs à leur public. Par exemple, sur leur site, au moment où nous écrivons le présent article, ils indiquent à leurs futurs visiteurs, et ce avant qu’ils n’achètent leurs tickets, que : «Nous restaurons la façade Solvay. Vous réservez un billet à un moment où un échafaudage du chantier est placé pour refaire une beauté au bâtiment».

Une photo officielle de l’intérieur de l’Hôtel Solvay.


Néanmoins, nous leur avons adressé la triple plainte suivante, le 10 janvier 2022. Ils nous ont rapidement  répondu (dix-huit jours plus tard) et de façon circonstanciée.

Belle victoire de la L.U.C. au profit de tous les futurs visiteurs: le site de l’Hôtel Solvay préviendra désormais son public du fait qu’il ne pourra pas photographier au cours de sa visite.
Prévenu, et donc pas ou moins déçu sur place.

Voici donc nos échanges intégraux à propos des trois griefs que nous avons émis :


1 : Victoire ! Annoncer l’interdiction de photographier

- Questionnement de « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.):
« Dans le document électronique qui nous lie lors de l’achat de mon ticket manque un élément essentiel qui définit votre prestation économique, à savoir le fait qu’il est interdit de photographier (même sans flash) durant la visite.
Il ne s’agit pas ici de débattre du bien fondé (ou non) de cette interdiction mais uniquement de tenter de préserver le droit bien réel du public d’en être averti avant de se décider de participer à votre activité. En effet, notre Code civil indique clairement que le vendeur est tenu d'expliquer clairement ce à quoi il s’oblige et que tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur ».

- Réponse du service billetterie de Visit.Brussels :
« Il est certain que ce point peut décevoir les visiteurs. Nous en avons avisé l’Hôtel Solvay qui, depuis peu, communique l’information sur son site: https://hotelsolvay.be/tickets/
Nous envisageons aussi de sonder nos partenaires culturels afin de connaître des interdictions/empêchements de la sorte et de pouvoir les communiquer sur nos tickets ».

- Commentaire de la L.U.C. :
« Merci pour cette réaction concrète positive qui montre votre écoute et marque une évolution concrète. L’interdiction est désormais parfaitement indiquée, au bon endroit (impossible pour le futur acheteur d’un ticket de passer à côté) et en orange, elle tranche sur le fond noir : https://hotelsolvay.be/tickets/
Il serait intéressant qu’un jour Visit.bruxelles s’implique dans l’organisation d’un débat public sur ce fait de pouvoir ou non photographier (sans flash) dans les lieux culturels à Bruxelles.
En France, une charte a été établie et est appliquée après de longues négociations entre les parties prenantes. C'est «Tous photographes!» : https://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Documentation-administrative/Tous-photographes-%21-La-charte-des-bonnes-pratiques-dans-les-etablissements-patrimoniaux
À Bruxelles, on en est nulle part. Si on partait des travaux plutôt réussis de la France, et des premiers résultats concrets de son application?
Chez nos voisins, l'équivalent pour les musées de notre belge "Ligue des Usagers Culturels" se nomme «Louvre pour tous» (il ne dépend pas du musée du Louvre, c'est un groupe de citoyens très efficace). Il a participé activement à l'élaboration de cette charte, et voici son avis nuancé, et même assez critique :  http://www.louvrepourtous.fr/Charte-des-visiteurs-photographes,764.html..


 

2 : Être plus constructif à l’égard du public

- Questionnement de « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.):
« Je me permets, d’autre part, de vous signaler que le très long texte de vos conditions générales ne propose quasi que des éléments restrictifs et négatifs à l’égard de l’usager et quasi aucun élément constructif, un peu comme si le public ne disposait d’aucun droit.
Il me semble que pour valoriser votre image (notamment à un niveau international puisque l’aspect touristique de votre démarche est essentiel) vous pourriez réviser différents éléments de votre texte afin qu’il soit plus accueillant à l’égard de votre public ».

- Réponse du service billetterie de Visit.Brussels :
« Nos conditions générales ont été libellées par notre service juridique, ce qui restreint l’exercice à son caractère fondamentale. Pour ce point aussi, nous envisageons de suivre votre conseil ajoutant des éléments tels que « Vous êtes l’heureux détenteur d’un ticket qui vous donne droit à … » ».

- Commentaire de la L.U.C. :
« Quand il y a des interdictions, il y a souvent des raisons légitimes. Le public est reconnaissant lorsqu’on lui en explique le pourquoi, et sans lui mentir ou pratiquer la langue de bois.
Prenons un exemple extérieur à vos activités. Beaucoup reprochent à un musée bien connu que le « simple » visiteur ne peut pas y dessiner ou prendre des notes (même avec des crayons). Cette institution pourrait expliquer que si elle ne prend pas cette mesure, le prix du ticket augmenterait car son espace où il expose est relativement étroit et que ces deux activités ralentiraient le flot des visiteurs, d’où le risque de ne plus vendre assez de places pour équilibrer son budget.
Et prenons un exemple concernant l’Hôtel Solvay. Vos conditions générales sont tellement longues qu’il ne doit pas être compliqué d’y ajouter un wagon. Par exemple, votre public serait certainement très intéressé que vous lui expliquiez sans langue de bois pourquoi il ne peut pas immortaliser par des photos sans flash sa visite de cette extraordinaire demeure. Par exemple, parce qu’il s’agit de vendre à la sortie si possible davantage de catalogues ou de cartes postales (c’est l’argument qu’utilisait un syndicat de gardiens pour dénoncer l’interdiction de photographier au Musée Orsay)? Ou pour d’autres raisons… ».

3 : Supprimer une phrase léonine?

- Questionnement de « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.):
« Pourriez-vous supprimer dans votre texte la phrase suivante qui est léonine: « Ce billet ne sera ni remboursé, ni échangé ».
Je vous signale que, suite à une plainte analogue concernant le Botanique à Bruxelles, le 17 mars 2009, sa directrice générale Annie Valenti, a répondu positivement ».

- Réponse du service billetterie de Visit.Brussels :
« Si Annie Valenti a pu se permettre de vous répondre positivement, c’est parce qu’elle détient la décision finale de rembourser ou d’échanger le ticket. Etant une centrale de réservation de plusieurs acteurs culturels, nous ne détenons pas cette décision.
Cependant, il nous arrive de solliciter l’accord de nos partenaires pour rembourser ou, ce qui est plus fréquemment le cas vu la crise sanitaire, pour échanger les tickets ».

- Commentaire de la L.U.C. :
« S’il vous arrive de solliciter l’accord de vos partenaires pour rembourser, comme vous nous l’écrivez, c’est que ce n’est pas chose impossible. C’est la preuve même que votre phrase « Ce billet ne sera ni remboursé, ni échangé » est, dans certains cas, contraire à la réalité. Par cet fait même, sa mention, dans votre texte des conditions générales, est donc trompeuse à l’égard de l’ensemble du public.
Pourriez-vous en avertir les acteurs culturels avec lesquels vous traitez afin qu’ils vous donnent leur accord pour y mettre fin?
Ils y ont intérêt puisque, de toute façon, cette phrase est inapplicable et son objectif qui consiste à intimider l’usager peut ternir leur image.
Nous espérons que vous nous informerez des résultats de cette démarche que nous vous conseillons de mener ».

Mais… la façade de l’Hôtel Solvay mérite votre selfie … et ceci vous est permis!

Annexe:

À titre informatif, afin de permettre au lecteur de mieux se positionner par rapport à notre point 2 intitulé «Être plus constructif à l’égard du public », voici le texte des conditions générales utilisé par Visit.Brussels :

« Le présent document électronique, imprimé sur papier blanc, constitue le seul et unique Billet d'entrée à l'Évènement/visite guidée.
L'impression doit être parfaite, tous les éléments doivent être lisibles sans aucune confusion.
Dans le cas contraire, l'accès à l'Évènement/visite guidée sera refusé.
Le contrôle du Billet sera effectué à l'aide de lecteurs de code barre par l'Organisateur de l'Évènement/visite guidée, sous sa responsabilité, lors de l'entrée audit Événement/visite guidée.
L'Organisateur se réserve le droit de contrôler l'identité du client à l'entrée de l'Évènement/visite guidée.
Le client devra donc obligatoirement être muni d'une pièce d'identité officielle en cours de validité.
Chaque code-barres représente un seul Billet d’entrée.
Le Billet ne peut être scanné qu'une seule fois à la date indiquée sur ce dernier.
Si le même code-barres est présenté plusieurs fois, seul le premier Billet
scanné au contrôle donnera accès à l'Évènement/visite guidée.
Ainsi, seule la première personne présentant le Billet sera admise à accéder au lieu où se déroulera l'Évènement/visite guidée.
Cette personne est présumée être le porteur légitime du billet.
Toute tentative d'abus, de contrefaçon ou de fraude, sera susceptible de poursuite judiciaire.
Si la date inscrite sur le Billet ne correspond pas à la date du jour, l'accès sera refusé.
Ce Billet ne sera ni remboursé, ni échangé.
L’Organisateur peut refuser l'accès au lieu où se déroule l'Évènement/visite guidée s'il se rend compte que plusieurs impressions ou reproductions d'un Billet imprimable sont en circulation et qu'un accès au lieu de l'Évènement/visite guidée a déjà été accordé au porteur d'une impression ou d'une reproduction.
Si la personne détentrice d'un billet imprimable à domicile se voit refuser l'accès au lieu où se déroule l'Évènement/visite guidée, elle n'aura droit à aucun remboursement du prix payé.
Le Client assiste à l'Évènement/visite guidée sous sa propre responsabilité et
renonce à tout recours à l'encontre de VISITBRUSSELS.
VISITBRUSSELS n'est pas responsable en cas de retard ou changement d'horaire de l'Évènement/visite guidée. ».

vendredi 11 février 2022

Rembourser (ou pas) le ticket Jane Birkin?

Ici et là, le Covid a mené le monde politique à donner la possibilité à l’industrie culturelle de ne pas rembourser dans certains cas les tickets des spectacles. Lors d’un report, le public est obligé d’accepter la nouvelle date décidée de façon unilatérale, sauf s’il peut prouver qu’il lui est impossible d’assister au nouveau rendez-vous.
Et le respect de la vie privée du spectateur?

Dans un dossier de cinq pages où la parole n’est jamais donné aux usagers, «L’Espoir d’un lever de rideau», paru dans «La Libre Echo» du 5 février 2022, le journaliste Raphaël Meulders note : «Tant que le concert est reporté, le spectateur n’est pas remboursé».
Avant la pandémie, la règle économique prévoyait que le détenteur du ticket doit avoir le choix d’accepter la nouvelle date ou d’être remboursé, et rapidement.
Dans l’article, Coralie Berael, directrice de Forest-National de Bruxelles, explique : «Autrement, on serait en faillite. Mais on n’est pas vache non plus: si la personne se fait opérer ou se marie le jour où le spectacle peut finalement avoir lieu, on s’arrangera avec elle».

Il ne suffit pas d’expliquer ces raisons aux organisateurs. Il faut en apporter les preuves matérielles. Il y a donc là atteinte à la vie privée de la part d’une profession qui, par ailleurs, récriminait bien souvent lorsqu’il s’agissait de contrôler le pass et vérifier l’identité des spectateurs pour qu’ils puissent franchir les entrées de leurs salles.

Quant aux vaches, il en paisse notamment en Wallonie d’où des plaintes ont été envoyées à La Ligue des Usagers Culturels. Ainsi, ce couple dont un enfant participait à un spectacle. Il a organisé l’achat d’une dizaine de places pour les proches. La date du report ne permettait plus à ces parents d’être dans la salle car ils avaient organisé de longue date un week-end à l’étranger. Ils ont dû prouver l’achat des tickets de transport et la réservation de l’hôtel. Ils ont été remboursé pour leurs deux places. Ce ne fut pas le cas pour celles des autres personnes qui n’avaient pas nécessairement envie d’assister à cette activité culturelle sans la présence du « couple inviteur». Les tentatives de négociation avec l’organisateur furent vaines. De plus, devoir donner l’adresse de l’hôtel où on va séjourner nous semble dans ce cas pour le moins une entrée obligée dans la vie privée des clients.

Dans le dossier «L’Espoir d’un lever de rideau», une déclaration surprenante de Coralie Berael, la directrice du Forest-National de Bruxelles.

 Malade, mais pas de la Covid

«Mauvaise nouvelle pour les fans : le concert de Jane Birkin à Bruxelles est reporté, elle doit se reposer jusqu’à la fin de l’année» est le titre de l’article de Sudinfo publié sur le site Ciné-Télé-Revue, le 4 novembre 2021.
https://www.sudinfo.be/id425886/article/2021-11-04/mauvaise-nouvelle-pour-les-fans-le-concert-de-jane-birkin-bruxelles-est-reporte

L’AVC de la chanteuse date du 6 septembre 2021.
https://www.purepeople.com/article/jane-birkin-victime-d-un-leger-avc-un-proche-donne-des-nouvelles_a460984/1

Le concert de Jane Birkin au Cirque Royal de Bruxelles prévu pour le 8 décembre 2021 est donc reporté au mercredi 13 avril 2022 dans le même lieu.

Les tickets restent valables pour cette nouvelle date : «Si vous ne pouvez pas assister à la nouvelle date de l’événement pour des raisons personnelles, vous pouvez introduire une demande de remboursement sous certaines conditions et ce endéans les 30 jours à partir d’aujourd’hui».

Pour plus d’informations, cliquez ici
Je vous conseille de cliquer, car c’est là que se trouve le problème.
Constatez que lorsque vous aboutissez sur de site de Ticketmaster, vous tombez sur la page qui porte le titre suivant : «Que se passe-t-il si mon événement est annulé ou reporté en raison du Coronavirus COVID-19 ?».
Votre interlocuteur ne vous mentionne pas de façon explicite que, dans ce cas précis, l’artiste étant malade, et pas de la covid, le public peut choisir tout autre chose, et sans donner la preuve de quoi que ce soit : le remboursement plutôt que le report.

Dans le cas présent, le titre de cette page pour le moins trompeur. Voici ces instructions de Ticketmaster inapplicables au cas du concert de Jane Birkin :
«L'événement est reporté à une nouvelle date? Vos tickets restent valables pour la nouvelle date.
Les conséquences de la crise du coronavirus sont aussi une lourde épreuve pour le secteur de l'événementiel. Nathalie Muylle, Ministre de l'Emploi, de l'Économie et des Consommateurs, a donc pris un certain nombre de mesures pour aider le secteur à surmonter cette période difficile et a défini les règles de remboursement:
« Les organisateurs d'événements peuvent reporter les événements à une date ultérieure et ne doivent rembourser un client que si celui-ci peut prouver qu'il ne peut vraiment pas venir à la nouvelle date. Il s'agit de mesures exceptionnelles destinées à empêcher de nombreuses entreprises de faire faillite et à garantir que la fourniture future de services aux consommateurs ne soit pas compromise.
Je ne saurais trop insister sur le fait que ces mesures sont également dans l'intérêt des consommateurs. Sans mesures, cette situation entraînerait une lourde perte de revenus et pourrait placer de nombreuses organisations, des grands organisateurs de concerts aux petites compagnies de théâtre, en situation de grave difficulté financière.
Si vous ne pouvez pas assister à l'événement à la nouvelle date pour des raisons personnelles, vous pouvez introduire une demande de remboursement endéans les 30 jours. Dans ce cas, vous devez remplir le formulaire de demande de remboursement et nous fournir des pièces justificatives valides. Vous devez en effet démontrer pourquoi vous ne pouvez pas assister à la nouvelle date. Un mariage, une intervention médicale programmée ou des vacances prévues à l’avance sont des exemples de justifications qui peuvent être acceptées. Si des circonstances exceptionnelles surviennent après ces 30 jours et vous empêchent d'assister à l'événement, veuillez nous contacter via ce formulaire afin que nous puissions vérifier avec vous si vous remplissez les conditions d’un remboursement. Les circonstances couvertes par l'assurance annulation proposée (maladie, décès,…) ne sont pas incluses».

Le site de Ticketmaster introduit ainsi la confusion entre concerts reportés pour une raison liée Coronavirus COVID-19 et ceux postposés pour raison de maladie autre que celle de cette pandémie, comme l’AVC de Jane Birkin.

 
Deux extraits de la page sur la toile où sont renvoyés les spectateurs du concert de Jane Birkin, reporté pour cause de maladie (autre que la covid).

Nos quatre questions

Concernant ce dossier troublant, la Ligue des Usagers Culturels a posé par écrit quatre questions à Madame Eva De Bleeker, la Secrétaire d’État à la protection des consommateurs (qui a succédé à Madame Nathalie Muylle citée plus haut), le 9 novembre 2021. Les voici.

1: Si l’usager veut se faire rembourser son ticket car il n’a pas l’intention d’assister à la nouvelle date imposée unilatéralement par l’organisateur, il doit fournir des pièces justificatives «valides ». Il doit démontrer pourquoi il ne peut pas assister à la nouvelle date. « Un mariage, une intervention médicale programmée ou des vacances prévues à l’avance sont des exemples de justifications qui peuvent être acceptées ».
Il est écrit dans le texte publié par Ticketmaster « qui peuvent » et pas « qui doivent », ce qui ne protège pas l’usager.
D’autre part, ce texte est vague: « fournir des pièces justificatives valides ». Il est ouvert à de multiples interprétations.
Qui décide que la raison invoquée est valable ou pas?
Qui décide que les pièces justificatives sont valables ou pas?

2 : Cette réglementation détaillée de Ticketmaster, sous le titre « Que se passe-t-il si mon événement est annulé ou reporté en raison du Coronavirus COVID-19 ? » n’est pas reprise sur son site dans un autre article qui serait intitulé « Annulation pour problème de santé de l’artiste ». En ce qui concerne ce concert de Jane Birkin, le public n’a pas été informé de cette règle bien peu habituelle avant qu’il n’achète son ticket.
Pouvez-vous nous dire en fonction de quel article de loi cette réglementation peut-elle  s’appliquer?

3 : L’organisateur, en plus, fixe unilatéralement le fait que les demandes de remboursement doivent être faites par les usagers culturels endéans les 30 jours. Cet organisateur a-t-il le droit d’imposer ainsi autoritairement cette limite?
Si la réponse est oui, de quelle manière concrète toutes les personnes qui ont acheté un ticket seront averties à temps de cette échéance?

4: Ne considérez-vous pas que le fait de devoir donner des motifs du fait qu’on ne peut pas assister à la nouvelle date et apporter des preuves concrètes à l’organisateur pour le prouver peuvent constituer une atteinte à la vie privée de l’usager?
Est-ce normal que la législation fédérale le permette? Et si oui, jusqu’à quand?

Eva De Bleeker, la Secrétaire d’État à la protection des consommateurs (photographiée devant l’AB qui n’a rien à voir avec notre plainte), donne raison à La Ligue des Usagers Culturels. 
 

Si la cause est la COVID

Le 17 janvier 2022, nous recevons une première réponse détaillée mais elle n’envisage que le cas du report à cause de la Covid, ce qui ne correspond pas à notre demande d’information.
Mais il est intéressant néanmoins de découvrir quelles sont les règles précises très restrictives mise en place pour ce cas de figure exceptionnel et temporaire. Voici donc l’intégralité de cette réponse :

« Le texte cité s'applique aux événements qui ne peuvent plus être organisés en raison des mesures Corona.
L’arrêté ministériel relatif aux activités à caractère privé ou public, de nature culturelle, sociale, festive, folklorique, sportive et récréative dispose que le détenteur du titre d’accès a droit au remboursement lorsqu'il prouve qu'il est empêché d'assister à l'activité à la nouvelle date. Cette preuve peut être  apportée par tout moyen.
L’arrêté ministériel ne prévoit aucune exigence de forme particulière. Par conséquent, aucun document spécifique ne peut être demandé au détenteur du titre d’accès.
Néanmoins, le document fourni par le détenteur du titre d’accès doit véritablement former un élément de preuve. Il ne suffit pas de déclarer simplement que l’on n’est pas libre à la nouvelle date proposée.
Les preuves ne peuvent toutefois pas être limitées par l'organisateur. Toute preuve par laquelle le détenteur du billet prouve que, pour des raisons indépendantes de sa volonté, il ne peut être présent à la date de la nouvelle activité présentant les mêmes caractéristiques essentielles doit être acceptée par l’organisateur.
Il appartient donc à l'organisateur de faire preuve de bon sens; Il est inutile de décrire les preuves de manière plus spécifique, car on ne peut jamais prévoir toutes les situations possibles.
L’organisateur ne peut pas limiter les moyens de preuve.
L’organisateur est uniquement tenu d’accepter les preuves qui démontrent que, pour des raisons indépendantes de sa volonté, le détenteur du titre d’accès ne peut pas être présent à la date à laquelle a lieu la nouvelle activité ayant les mêmes caractéristiques essentielles.
Si, par exemple pour des raisons professionnelles ou pour d’autres raisons existant déjà avant que l’organisateur ne lui communique la date de l’activité de remplacement, le détenteur du titre d’accès n’est pas disponible à la date à laquelle l’activité de remplacement a lieu et peut en apporter la preuve (par ex. attestation de l’employeur, attestation de l’établissement scolaire, certificat médical, données de réservation d’un voyage déjà prévu, etc.), l’organisateur doit accepter cette preuve.
Dans tous les cas, une évaluation au cas par cas sera toujours nécessaire.
La décision finale appartient aux cours et tribunaux.

En tout cas, les consommateurs sont toujours informés par e-mail des nouvelles informations concernant l'événement pour lequel ils ont acheté des billets. La question est de savoir si le concert aurait pu être organisé dans le cadre des mesures Corona en application.

Comme déjà indiqué sur le site web du Service public fédéral Economie, il convient de prêter une attention particulière au délai dans lequel le titulaire du billet est tenu de faire connaître son indisponibilité à assister au nouvel événement. Ce délai doit être raisonnable. Dans ce cas, il s'agit de 30 jours. Imposer un délai très court après la notification de la nouvelle date de l'événement peut être considéré comme une pratique commerciale agressive (article VI.101, RME).
D'autre part, l'organisateur doit également être en mesure de revendre efficacement les billets qui se libèrent à nouveau. Diverses mesures ont été prises pour protéger les droits des consommateurs.
Les circonstances seront donc toujours évaluées au cas par cas et la décision finale appartient aux tribunaux ».

Concert Birkin : il y a bien droit à des remboursements

Dans un second courrier envoyé le 24 janvier 2022, la conseillère au service « Protection des consommateurs » répond à nos diverses questions et nous explique notamment que, pour ce concert de Jane Birkin remis pour cause de maladie, toute personne qui souhaite être remboursée, quelle qu’en soit la raison, doit l’être (et sans devoir expliquer pourquoi elle choisit cette solution-là plutôt que d’assister à la nouvelle « date » prévue) ou que la demande de remboursement par l’usager à l'organisateur doit simplement être faite dans un délai raisonnable après la notification de l’annulation.

Voici cette réponse détaillée :

« Le concert étant annulé pour cause de maladie de l'artiste, l'arrêté ministériel du 22 décembre 2021 relatif à l'annulation des activités privées et publiques à caractère culturel, social, festif, folklorique, sportif et récréatif ne peut être appliqué. Plus précisément, la disposition qui y est contenue concernant la "preuve d'empêchement" ne peut être appliquée ; il s'agit d'une réglementation spécifique qui a été introduite en cas d'annulation de l'événement pour des raisons liées au coronavirus.

Comme cet AM ne peut pas être appliqué ici, c'est le droit commun des contrats qui s'applique (cf. article 1108 du Code civil : les exigences pour la conclusion valable d'un contrat). Concrètement, cela signifie que le consommateur peut demander le remboursement de son argent en cas d'annulation : la prestation de l'entreprise est annulée ( annulation pour cause de maladie) et, par conséquent, également la prestation du consommateur (paiement).
 
Les règles strictes en matière de preuve ne doivent pas être imposées au consommateur. En outre, c'est l'organisateur qui annule l'événement : le fait que la société impose au consommateur des règles de preuve strictes pour que celui-ci soit remboursé peut être considéré comme une clause illicite absolument interdite (article VI.83, 9° et 30° du CDE).

En ce qui concerne le délai dans lequel un remboursement peut être demandé, il n'existe pas de législation spécifique. Bien entendu, un remboursement ne peut être demandé qu'à partir du moment où la société informe le détenteur du billet de l'annulation du concert pour cause de maladie de l'artiste. Le délai raisonnable de remboursement est conforme à l'obligation d'exécution de bonne foi (article 1134 du code civil). Dans ce cadre, on peut attendre du détenteur du billet qu'il soumette sa demande de remboursement à l'organisateur dans un délai raisonnable après la notification de l'annulation. La question de savoir si la demande de remboursement a été formulée dans un délai raisonnable ou non ne peut être jugée que par les tribunaux.

Pour un accord à l'amiable, le consommateur peut bien sûr faire appel au service du Médiation Pour le Consommateur (https://mediationconsommateur.be/fr)  ».

Et bravo à certains qui remboursent « normalement » !


Le métier musical est diversifié.
Nous avons demandé à un autre organisateur bruxellois important d’expliquer sa propre démarche en ce qui concerne les remboursements de places.

Le directeur du Botanique, Paul-Henri Wauters, nous écrit, le 18 février 2022 :

« Nous sommes sensibles à cette question et en tant qu'opérateur subventionné, et notre relation avec nos publics guide notre positionnement au delà de ce que certaines lois permettent aux organisateurs de concert. En clair:
1/ si un concert est annulé ( pour n'importe quel motif en ce compris les effets de la pandémie), chaque détenteur d'un billet reçoit un mail qui l'informe qu'il est immédiatement remboursé
2/ si un concert est reporté, nous lui indiquons que le billet reste valable, qu'il peut être échangé contre un autre billet d'une valeur équivalente et si la personne demande à être remboursée, elle est remboursée .
Il ne nous revient pas de juger ce que d'autres font à cet égard, nous tenons simplement cette ligne qui sous semble relevante dans le cadre de notre activité au Botanique et qui est certainement appréciée par notre public ».


jeudi 10 février 2022

Payer avant ou après, et combien on veut !

En Europe, une autre façon de payer (ou pas) dans un musée débute le 27 janvier 2022 à Genève.
Le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) met fin à ses tarifs d’entrée au profit d’un prix libre: «Paie ce qu’il te plaît!».
Dorénavant, c’est au public de déterminer le montant qu’il souhaite verser. Chaque visiteur a le choix entre payer ce qu’il souhaite au début ou à la fin de sa visite. Il recevra un billet indiquant le montant versé.
Cette approche relativement nouvelle en Europe continentale est assez répandue dans certains musées anglo-saxons.
Bien sûr, les sceptiques poseront diverses sous-questions. Le musée sait y répondre de façon fort intéressante : http://institutions.ville-geneve.ch/fileadmin/user_upload/mah/2015/Preparer_sa_visite/Questions_Site_DEF.pdf

À Genève, le Musée d’Art et d’Histoire

Qu’en pense notre Ligue des Usagers culturels?

En fait, c’est le retour de ce que nous nommons la « tirelire ». Nous la conseillons d’ailleurs depuis fort longtemps aux musées belges qui se plaignent de perdre de l’argent en pratiquant la «gratuité du premier dimanche du mois» (mais… ils n’en tiennent le plus souvent pas compte… et continuent donc de se plaindre de leur manque de financements).

Une étude faite à Gand montre que le public met plus d’argent dans la tirelire si elle est à la sortie plutôt qu’à l’entrée. C’est instructif. Bien sûr, si l’accueil est exécrable, cela ne sera pas le cas. Et donc, le visiteur est deux fois gagnant : il fait ce qu’il souhaite avant de sortir … et cette façon de faire va pousser les musées à bien l’accueillir.

La tirelire à la sortie est aussi un moyen concret (gratuit à mettre en place) pour mieux estimer pour les musées s’ils respectent bien leurs visiteurs. Que du positif donc, et c’est aussi une façon d’un peu mieux lutter contre la bureaucratie qui plane parfois dans certaines institutions.

L’étude gantoise indique un élément capital en plus. Le public n'est pas pingre en général. Certains paient même beaucoup. Bien souvent donc, cette façon de faire rapporte autant, si pas plus, que le total des rentrées dans les caisses avec les tarifications obligatoires habituelles.

Enfin, il y a en plus deux intérêts «citoyens». D'abord, tous les moins nantis ont ici accès à la culture. Et puis, fondamentalement, le visiteur n'est plus un client, mais devient un ami du musée qu’il soutient comme il le veut, un donateur.

Voilà un beau projet pour nos musées fédéraux?

Et si cette évolution du MAH de Genève donnait des idées à nos musées bruxellois?
N’oublions par que le13 décembre 2021, Thomas Dermine, le Secrétaire d’État chargé notamment des musées fédéraux, nous a répondu : « Quant à la gratuité le premier mercredi du mois, je soutiens les musées qui la pratiquent mais n’entends pas l’imposer aux autres. En effet, il me semble nécessaire de laisser une autonomie sur ce point aux Directions. Les tarifs sont les seules marges de manœuvre dont elles disposent budgétairement dès lors que le niveau des dotations leur est imposé. Je suis, cela dit, plutôt favorable à des tarifs différenciés permettant à chacun d’aller au musée qu’à des mesures générales de gratuité qui profitent également aux visiteurs les plus aisés et qui augmentent le besoin de fonds publics nécessaires pour assurer le fonctionnement des Institutions. Je suis toutefois évidemment intéressé par votre projet de texte et le lirai avec beaucoup d’intérêt. C’est un débat difficile mais je partage évidemment l’idée que le prix est un des leviers permettant d’élargir le public des musées ».

Beaucoup de nos musées ont suspendu ou abandonné cette gratuité d’une demi-journées (de 13H à 17H) du « premier mercredi ». Alors pourquoi pas la remplacer par un « tirelire », chaque premier dimanche du mois?
Nous avons lancé cette proposition auprès de Thomas Dermine qui nous a répondu le 1er février 2022 : « Je vous remercie pour votre message ainsi que pour ce partage. Je ne manquerai pas d’en discuter avec mon équipe ».

samedi 5 février 2022

Début des préventes de + en + tôt

 

Notre lettre est la première publiée dans la rubrique de «La Libre» et elle est mise en évidence grâce à la photo de Stromae en concert.

Cette thématique est rarement abordée dans le médias. La L.U.C. veut y être attentive. À savoir: commencer de plus en plus tôt une prévente pour un concert (également pour les grandes expos, les festivals d’été, etc.).

Ce n’est pas normal… au moins pour le monde journalistique. C’est ce que laisse entendre cet étonnant rectificatif paru déjà naguère dans Le Soir du 30 septembre 2003 qui s’était emmêlé les pinceaux la veille, et ce à propos pas du jour, ni du mois, mais bien de l’année où se découlait un concert.
Titre de cet articulet : «Aznavour à Bruxelles, mais en 2004 !».
Extrait : «Charles Aznavour sera bel et bien à Forest National, à Bruxelles, les 29 et 30 octobre, pour célébrer ses 80 ans. Mais en 2004 et non en 2003 comme nous l’avons annoncé erronément : il est né le 22 mai 1924. Un peu de patience encore pour tous les fans du chanteur. Mais les locations sont déjà ouvertes».

Enième escalade pour les débuts de plus en plus hâtifs de l’ouverture des préventes des concerts d’artistes s’exprimant en français, avec la tournée 2023 de Stromae .
À cette occasion, «La Libre» du 19 janvier 2022 a mis en évidence dans ses deux pages «courrier des lecteurs» celle du président de notre asbl.
Voici son texte, avec une proposition concrète, à la clef

Est-ce normal? s’interroge «La Libre». Nous aussi.

À propos du retour de Stromae

Pour les deux concerts de clôture de la tournée de Stromae à Paris, les 16 et 17 juin 2023, la vente des tickets a commencé le 15 décembre 2021. Si on compte bien, cela fait 19 mois avant… On nous pompe de plus en plus tôt notre argent. Il n’y a pas de limite.

La Ligue des Usagers Culturels revendique qu’à un niveau européen (l’Europe devrait en culture servir notamment à cela), la prévente culturelle ne commence jamais plus de six mois avant l’activité, et pas avant que l’ensemble du contenu de sa programmation ne soit divulguée au public.

Notons d’ailleurs l’évolution en la matière. Pendant les années ’80, on s’irritait quand la prévente d’un grand spectacle de variété commençait environ 6 ou 7 mois avant son déroulement.
Pendant les années ’90 : c’était environ une dizaine de mois.
En l’an 2000 : on est passé à 12 mois (par exemple, le concert d’Obispo à Forest-National du 1er décembre 2000 dont la prévente a commencé le 3 décembre 1999).
De 2000 jusqu’au début de la pandémie du Coronavirus en 2020 : entre 13 et 16 mois avec deux habitués de ce type de préventes des plus hâtives: Mylène Farmer et Johnny Hallyday.
Commencer si tôt une prévente n’est pas normal.

Voici les dates de la tournée de Stromae dont la location a commencé le 15 décembre 2021. Et … Stromae n’est bien sûr qu’un exemple parmi d’autres. D’autre part, nous n’émettons ici aucun avis sur la qualité de son travail scénique car ce n’est pas notre rôle.


mercredi 19 janvier 2022

Éviter de répondre à la question !

La carte blanche suivante qui est publiée dans La Libre en 2011 dénonce déjà le fait que les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) ne permettent plus au public de visiter deux musées mais un seul dans leurs locaux sis rue de la Régence.

Et cela cause un problème financier pour les visiteurs.
En effet, il y avait un seul ticket qui permettait de découvrir dans le même bâtiment ces deux musées différents qui sont d’ailleurs de grandeur plus ou moins analogue (compter près de deux heures de découverte pour chacun d’eux).

L’offre est donc diminuée de moitié : plus qu’un musée sur deux.
Mais le tarif du ticket (unique du les deux musées) n’a pas été réduit, d’où le titre de cette carte blanche: « Un musée pour le prix de deux ».

À l’inverse, il existe des exemples de musées à l’étranger qui diminuent d’autant le prix de leur ticket lorsqu’ils ne peuvent rendre accessible momentanément une partie de leur institution (un étage ou un ensemble de salles, par exemple).

Voici cette carte blanche :  https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10i

Au musée « Fin de siècle » : trois œuvres (une sculpture et deux peintures) d’un des plus grands sculpteurs belges du début du XXème siècle, Constantin Meunier.

 
Dix ans plus tard, en 2021, les MRBAB réitèrent exactement la même stratégie. La mauvaise habitude devient donc récurrente.

Le 29 avril 2021, notre « Ligue des Usagers Culturels » envoie une plainte sur cette thématique aux MRBAB.

Avec une question : si, à l’avenir, une troisième situation analogue se reproduisait, pouvez-vous nous affirmer dès aujourd’hui que vous ne reproduirez pas une nouvelle fois cette façon de faire ?

Il s’en est suivi huit mois d’échanges de courriers. Vous les découvrez ci-dessous.

Vous verrez combien les MRBAB ne veulent pas nous répondre, ou utilisent la langue de bois, et qu’il faut, à plusieurs reprises, l’intervention du Médiateur Fédéral pour qu’enfin ils s’exécutent avec des retards conséquents (dont ils s’excusent bien sûr, et on recommence la fois suivante… en espérant peut-être que leur interlocuteur lâchera prise).

C’est donc une non application à plusieurs reprises pour un même dossier (gênant?) de ce qu’ils indiquent pourtant clairement sur leur site : « Vous recevez d’abord un accusé de réception avec un numéro d’enregistrement unique et, dans les 30 jours, nous vous faisons parvenir : une réponse motivée, une rectification, une solution ».
https://www.fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/folder_klachtenprocedure_fr.pdf

Ces échanges problématiques de courriers nous semblent néanmoins, et heureusement, fort instructifs car ils constituent un nouvel exemple concret qui permet d’illustrer l’utilité de concrétiser le plus rapidement possible la deuxième des quatre propositions contenues dans notre autre « carte blanche » publiée, cette fois, par Le Vif, le 11 octobre 2020, sous le titre « Quatre propositions pour mieux respecter les visiteurs des musées fédéraux » :

« (Au sein de chaque musée fédéral, veiller à) la création de la fonction d’une personne ressource dont le travail consistera à défendre en interne les droits des usagers de façon transversale, dans tous les départements, y compris auprès de la direction et du conseil d’administration.
Si l’intérêt pour le public est évidemment dans toutes les pensées des membres du personnel de ces institutions, la surcharge du travail, la priorité prise désormais presque partout par le besoin de faire de la communication ainsi que la recherche effrénée bien souvent d’une rentabilité immédiate ne permettent plus vraiment de concrétiser jour après jour cet intérêt.
Il convient donc de retrouver au sein des diverses institutions le moyen de rendre incontournable cette préoccupation».

Ensuite, le 12 janvier 2022, nous avons demandé au Secrétaire d’état chargé des musées fédéraux, Thomas Dermine, de réagir à ce dossier. Nous rendrons publique sa réponse dès qu’elle nous parviendra.

Ces échanges de courriers avec les MRBAB vous montrent que la non agressivité et la ténacité de l’usager culturel sont utiles et que le public peut faire appel au Médiateur Fédéral qui est un allié, dans toute son indépendance.

Que des médias s’emparent du sujet et qu’un élu (ici, un ou des sénateurs) suive l’affaire de près : voilà deux atouts pour parvenir  sans doute plus correctement à un traitement démocratique de pareille plainte.

Bonne lecture ! Courage, vous verrez : ce qui suit se lit un peu comme les neuf épisodes d’un même feuilleton… ou d’une même série.


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1 : le 29 avril 2021

Voici le texte de la plainte envoyée aux MRBAB (les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique) sous le titre «Un musée pour le prix de deux» par la L.U.C., le 29 avril 2021.

« Le 26 mars 2021, la VRT annonçait que la section Old Masters (en français: le musée d’Art Ancien) des MRBAB (les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique) ne serait pas accessible au public pendant six mois, donc jusqu’au 15 octobre 2021.
Les visiteurs ne pourront plus découvrir durant cette période d’innombrables chefs d’œuvres de Bruegel, Rubens, Jordaens, Rembrandt… et «La mort de Marat» de David.

Cette décision nullement contestée dans la présente plainte (et je suis solidaire de vos difficultés économiques) permet de rouvrir l’autre section sise dans le même bâtiment et inaccessible au public depuis le début de la pandémie, le musée Fin de siècle qui expose notamment Ensor, Khnopff, Spilliaert, Gauguin, Rodin, Seurat, Meunier, Frédéric, etc.

Avant la pandémie, les MRBAB avaient mis fin à la possibilité d’acheter un ticket pour visiter chacun de ces deux musées séparément et avaient opté pour la «vente couplée», que certains appellent «vente forcée»: les deux sections pour 10 € (+ diverses réductions).

Outre que cette option force la main du visiteur (on peut adorer l’art ancien, et pas du tout celui du début du XXème siècle, ou l’inverse), elle est sans doute peu pédagogique et anti contemplative, car les œuvres étant nombreuses, il faut aller très vite («Le ticket est valable une seule journée») et il est fatiguant de tout découvrir en quelques heures.

Le site internet des MRBAB indique que la tarification actuelle n’a pas évolué, le prix de base restant à 10 €.: https://www.fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/tarifs

L’offre est donc diminuée de moitié mais le prix reste inchangé. Si votre boucher ou votre parfumeur agissait de même (et eux ne sont même pas subsidiés), resteriez-vous de marbre?

Il ne s’agit pas de critiquer un tarif mais le problème est différent : maintenir un prix « couplé » alors qu’on diminue de moitié l’offre.

À ceux qui penseraient que nous cherchons la petite bête en ces temps difficiles, nous répondrons que la pandémie a bon dos.
En effet, les MRBAB poursuivent cette stratégie tarifaire depuis bien longtemps.
En 2011, nous avions déjà publié dans La Libre Belgique une carte blanche pour la dénoncer: https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10
En effet, en février 2011, le musée d’Art Moderne des MRBAB fut fermé pendant plus d’un an. Pendant ce temps-là, situé à la même adresse (au 3, rue de la Régence), le musée d’Art Ancien resta accessible aux visiteurs.

À l’époque, un seul ticket au prix de 8 € permettait de visiter ces deux entités muséales. Alors que la moitié de l’offre est supprimée, le prix de l’entrée du musée n’est pas passé de 8 à 4 €. Aucune explication sur ce qui s’apparente à une hausse tarifaire indirecte de 100% ne fut proposée aux visiteurs, dont les plus avisés furent plus que surpris.

Dans des cas analogues, d’autres institutions agissent bien différemment. En Bretagne, le musée des Beaux-Arts de Rennes fut en travaux de mars 2008 à février 2010. La fermeture a porté sur la totalité du 1er étage qui accueillait l’ensemble de la collection permanente des peintures (Georges de La Tour, Jordaens, Rubens, Gauguin, etc.). En période normale, le ticket aurait coûté 4,45 €. Durant les travaux, il fut ramené à 1,05 €.

N’est-il pas temps de prendre exemple à Bruxelles, dans nos musées fédéraux, sur pareille pratique plus démocratique? ».

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2 : le 3 mai 2021

Première réponse, le 3 mai 2021, sous forme d’accusé de réception type par les MRBAB de la plainte de la L.U.C.

« Nous avons bien reçu votre mail de plainte dans lequel vous exprimez votre mécontentement concernant votre expérience avec notre musée.
Nous faisons suivre vos remarques auprès du service concerné qui ne manquera pas de vous répondre prochainement.
Les commentaires de nos visiteurs nous aident toujours à améliorer nos services et nous espérons que votre prochaine visite au musée vous apportera plaisir et satisfaction ».

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3 : en juin 2021

Les 15 et 30 juin 2021, dépôt et rappel par la L.U.C. après du Médiateur Fédéral d’une plainte pour non réponse circonstanciée dans le mois par les MRBAB à sa plainte «Un musée pour le prix de deux».
Les MRBAB continuent à faire silence «Ce qui, bien sûr, leur permet, jour après jour, de faire payer leurs visiteurs sans doute le double de ce qu’il serait logique, en tant que service public, de pratiquer».

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Il pleut au Musée d’Art Ancien même quand « Le roi boit ». Est-ce un prétexte valable pour faire trinquer les portefeuilles des visiteurs?

 

4 : le 8 juillet 2021

Le 8 juillet 2021 : deuxième réponse des MRBAB à la L.U.C. :

« Nous avons bien reçu votre plainte dans laquelle vous exprimez votre mécontentement concernant votre expérience avec notre musée, et nous en sommes navrés.

Nous préférerions tout ouvrir, mais ce n'est malheureusement pas possible actuellement. Nous sommes bien en dessous de la limite pour garder toutes les collections ouvertes.
Comme vous le savez certainement, les coupes budgétaires successives ont durement touché les institutions fédérales depuis 2011. La situation n'est donc pas nouvelle. La pandémie de Covid-19 a exacerbé le problème. Le paradoxe de la crise c’est que nous devons mobiliser plus de personnel pour encadrer les mesures Covid, alors que nous avons de moins en moins de personnel.

Depuis le début de l'année 2019, nous avons perdu 35 membres du personnel : 20 agents de sécurité et 10 agents d'entretien, dont 5 au front-office.
Rien que pour le service de gardiennage/sécurité, il manque actuellement 19 agents de sécurité. Et ce, sans compter toutes les autres fonctions (billetterie, accueil, entretien, administration, etc.) nécessaires au fonctionnement du musée.

Après le premier confinement, nous avons ouvert (en mai 2020) le musée Old Masters, puis le musée Magritte en juillet. Le Musée Fin-de-Siècle n’a pas rouvrir en raison du manque de personnel.
Cela fait donc plus d’un an (mars 2020) que cette précieuse collection (avec plus de 120 artistes, plus de 400 œuvres d'art, 4 étages) n’était pas visible du public ! Les œuvres d’Ensor, Khnopff, Spilliaert, Mellery, Gauguin, Rodin, Seurat, etc. étaient inaccessibles.

La seule possibilité que nous voyons actuellement est d’ouvrir les collections en alternance (comme dans d'autres grandes institutions culturelles).
Cependant, la procédure de sélection est entamé pour engager 15 nouveaux gardiens et nous espérons donc pouvoir ouvrir l’ensemble de nos collections le 15.10.2021.
Pour tout complément d’information, nous restons bien entendu à votre entière disposition ».

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5 : le 31 août 2021

Insatisfaite par la deuxième réponse des MRBAB, la L.U.C.lui adresse un troisième courrier, le 31 août 2021:

« Nous vous remercions d’avoir indiqué à la fin de votre dernier courriel « Pour tout complément d’information, nous restons à votre entière disposition ».
Nous nous permettons donc de vous adresser quatre questions et nous vous demandons de ne pas y répondre globalement, mais bien question par question, pour mieux nous respecter.

QUESTION 1 :

Donc, vous admettez que les MRBAB ne diminuent pas la tarification prévue pour deux musées (le musée d’Art Ancien et le musée Fin de Siècle) alors que les MRBAB n’en proposent plus que la visite d’un des deux.
L’offre est donc diminuée de moitié mais le prix reste inchangé. Ce que nous résumons par l’appellation « Un musée pour le prix de deux ».

Dans vos réponses précédentes, vous développez énormément votre explication sur le pourquoi un musée est fermé pendant que l’autre est accessible, ce que nous savions bien avant de vous écrire (nous nous informons avant de vous contacter pour ne pas vous faire perdre votre temps), ce qui ne répond donc aucunement à la plainte précise que nous vous avons adressée.
Pouvons-nous savoir s’il s’agit d’un acte volontaire ou est-ce parce que vous n’avez pas lu notre plainte? Ou pour une autre raison comme noyer le poisson ou espérer que le plaignant ne va pas avoir l’énergie de poursuivre le contact afin de voir aboutir sa thématique?  

QUESTION 2 :

Dans toutes vos réponses, vous faites comme si nous n’avions pas écrit ce qui suit :

«  (…) À ceux qui penseraient que nous cherchons la petite bête en ces temps difficiles, nous répondrons que la pandémie a bon dos.
En effet, les MRBAB poursuivent cette stratégie tarifaire depuis bien longtemps. En 2011, nous avions déjà publié dans La Libre Belgique une carte blanche pour la dénoncer: https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10
En effet, en février 2011, le musée d’Art Moderne des MRBAB fut fermé pendant plus d’un an. Pendant ce temps-là, situé à la même adresse (au 3, rue de la Régence), le musée d’Art Ancien resta accessible aux visiteurs.
À l’époque, un seul ticket au prix de 8 € permettait de visiter ces deux entités muséales. Alors que la moitié de l’offre est supprimée, le prix de l’entrée du musée n’est pas passé de 8 à 4 €. Aucune explication sur ce qui s’apparente à une hausse tarifaire indirecte de 100% ne fut proposée aux visiteurs, dont les plus avisés furent plus que surpris (…) ».

Nous écrivions ceci pour que vous ne nous répondiez pas que c’est à cause des pertes financières dues à la pandémie que vous forciez le public à payer « un musée pour le prix de deux ».

Vous ne pouvez pas répondre avec cet argument puisque nous vous prouvons que c’est une pratique habituelle dans votre institution car les MRBAB agissaient déjà ainsi en 2011.

Et voilà que vous semblez ne pas avoir lu cette partie de notre plainte et la seule explication que vous nous donnez consiste à parler justement de la pandémie, alors que nous vous prouvons qu’il s’agit d’une attitude structurelle.

Pourriez-vous enfin nous répondre à cette partie de notre plainte passée à la trappe jusqu’à présent.

QUESTION 3 :

Enfin, vous n’avez pas non plus réagi jusqu’à présent à cette autre partie de notre plainte : « (…) Dans des cas analogues, d’autres institutions agissent bien différemment. En Bretagne, le musée des Beaux-Arts de Rennes fut en travaux de mars 2008 à février 2010. La fermeture a porté sur la totalité du 1er étage qui accueillait l’ensemble de la collection permanente des peintures (Georges de La Tour, Jordaens, Rubens, Gauguin, etc.). En période normale, le ticket aurait coûté 4,45 €. Durant les travaux, il fut ramené à 1,05 €.
N’est-il pas temps de prendre exemple à Bruxelles, dans nos musées fédéraux, sur pareille pratique plus démocratique? (…) ».

En d’autre mots, si une situation analogue à celle de 2011 et de 2021 devait se reproduire ultérieurement, les MRBAB peuvent-ils s’engager aujourd’hui à ne plus avoir la même attitude qui consiste à faire payer au visiteur « un musée pour le prix de deux »?

Nous pouvons illustrer cette troisième question d’un nouvel exemple de « bonne pratique », cette fois-ci en Italie.

Un habitué de la page « La Ligue des Usagers Culturels » de facebook publie ce qui suit, le 31 juillet 2021 : « À noter : à Venise Ca d'Oro. Suite à la crise sanitaire, le 2e étage est fermé. C'est indiqué sur le site. On nous le signale à l'entrée et le prix du billet est réduit d'un tiers.
Plus précisément, parcours temporairement restreint (cour monumentale, jardin, itinéraire parmi les chefs-d’œuvre du premier étage et loggia sur le Grand Canal): billet à prix réduit pour tous à € 6,00 ».

Nous nous sommes penchés dans nos archives et avons découvert que, lors d’un voyage à Venise, nous avions déjà découvert ce musée le 21 avril 1997. Son 2ème étage ne peut pas être visité. Il y a aussi quelques travaux au 1er étage, mais on peut contempler quand même l’œuvre la plus connue de cette institution : le fameux St Sébastian de Mantegna :
https://en.wikipedia.org/wiki/St._Sebastian_(Mantegna)

À cause de ces travaux, l’entrée est gratuite pour tous les visiteurs.

Vous voyez donc qu’à Venise, il y a comme chez vous une « pratique » constante, mais son contenu est complètement différent.

QUESTION 4 :

Nous nous permettons de vous rappeler cet extrait de votre accusé de réception : « Les commentaires de nos visiteurs nous aident toujours à améliorer nos services ». Par rapport à notre présente plainte, allez-vous garder le statu quo à l’avenir ou ma plainte va-t-elle vous aider à améliorer vos services? Comment? ».

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6 : Octobre et décembre 2021

Le 5 octobre 2021 et le 6 décembre 2021, la L.U.C. envoie une nouvelle plainte, et son rappel, au Médiateur Fédéral pour non réponse des MRBAB à son troisième courrier envoyé le 31 août 2021.

Pourtant, sur leur site, les MRBAB indiquent à propos de l’envoi de plaintes : « Vous recevez d’abord un accusé de réception avec un numéro d’enregistrement unique et, dans les 30 jours, nous vous faisons parvenir : une réponse motivée, une rectification, une solution ».
https://www.fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/folder_klachtenprocedure_fr.pdf

Le Médiateur Fédéral demande aux MRBAB à plusieurs reprises de répondre à nouveau à la L.U.C.

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7 : le 22 décembre 2021

Le 22 décembre 2021, les MRBAB répondent enfin au troisième courrier daté du 31 août 2021 de la L.U.C. :

« Nous avons bien reçu votre mail, et nous vous prions de nous excuser pour cette réponse tardive.
Comme demandé lors de nos précédents échanges, vous trouverez ci-dessous les réponses à chaque question posée dans votre mail.

 
1) Les tarifs des MrBAB sont fixés par arrêté ministériel, et ne peuvent donc pas être modifiés unilatéralement par les MrBAB. Une quelconque adaptation nécessite l’accord aussi bien de notre comité de direction, que celui de la commission de gestion de BELSPO, et le Secrétaire d’Etat de la Politique scientifique fédérale. Comme vous le savez certainement, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique sont une institution scientifique fédérale qui dépend de BELSPO, sa coupole administrative. Une demande d’adaptation doit donc faire l’objet de réflexion et d’une argumentation complète et être ensuite approuvée par les deux instances, ainsi que par l’inspecteur général des finances. Dans le cas du Musée Fin-de-Siècle, la fermeture était temporaire pour les raisons explicitées lors de nos échanges précédents et le musée s’est rouvert depuis le 15 octobre dernier, après engagement de nouveaux gardiens. Une demande d’adaptation des tarifs n’était, par conséquent, pas à l’ordre du jour.
Aujourd’hui, toutes les collections des MrBAB sont accessibles au public, à savoir : le Musée Old Masters Museum, le Musée Fin-de-Siècle Museum, le Musée Magritte Museum, le Musée Meunier Museum et le Musée Wiertz Museum.

 
2) Comme vous le savez, le Musée d’Art Moderne a dû malheureusement fermé ses portes en 2011, car le musée était dans un état vétuste et ne répondait plus aux normes d’hygrométrie, de sécurité et d’électricité (entretien et rénovation reportés et changement de direction). La stratégie de modernisation fut alors de redéployer les collections afin de les revaloriser et redynamiser. Force est de constater que, suite à la fermeture d’une partie de ses collections, le musée a fait face à des pertes financières importantes. Afin de remédier en partie à cela, le musée avait décidé alors de maintenir le tarif plein de 8 euro.

La collection d’Art moderne et contemporain (de 1914 à nos jours) est actuellement, il est vrai, inaccessible. Cependant, des expositions temporaires présentent régulièrement des sélections d’œuvres issues de cette collection, en attendant que celle-ci puisse investir un lieu adapté. Ainsi, nous avons récemment exposé quelque 150 peintures, sculptures, œuvres sur papier, installations et vidéos de la collection dans le cadre de l’exposition BE MODERN. En ce moment, d’autres œuvres de la collection d’Art moderne et contemporain des MrBAB sont visibles au sein de l’exposition EUROPALIA, Voies de la modernité.

Par ailleurs, les perspectives pour le Musée d’art moderne sont favorables. Thomas Dermine, Secrétaire d’État à la politique scientifique, dans sa note de politique générale présentée à la Chambre cet automne, mentionne :
Les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) seront l’objet d’importants travaux de rénovation qui imposeront leur fermeture durant plusieurs années. Afin de garantir l’accessibilité des collections et de redéployer leurs missions, une réflexion a été lancée dans le but de proposer plusieurs initiatives au gouvernement en 2022. […] Concernant le bâtiment Vanderborght, celui-ci est propriété de la Ville de Bruxelles. Beliris a prévu des moyens d’études relatifs à sa rénovation et à son exploitation. Une collaboration est à l’étude pour permettre de valoriser les collections d’art moderne.

 
3) Nous espérons en aucun cas nous retrouver face à une situation similaire à celle de 2011 (fermeture du Musée d’Art Moderne) ou de 2021 (fermeture temporaire du Musée Old Masters) à l’avenir, deux évènements qui se sont déroulés indépendamment de notre volonté.

Seulement, le Musée Old Masters Museum et le Musée Fin-de-Siècle Museum fermeront à nouveau leurs portes en 2023 pour effectuer les travaux de rénovation importants, longuement attendus.
Comme vous avez certainement pu le découvrir par le biais de la presse, les collections Old Masters et Fin-de-Siècle des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique devront en effet fermer pendant une période d’au moins deux ans afin de rénover les toitures du Forum et les salles du Balat (Régie de Bâtiments).

Un communiqué de presse suivra avec de plus amples informations sur le déroulement des travaux. Sachez toutefois que le Musée Magritte Museum et une sélection d’œuvres des œuvres des grands maîtres de nos collections resteront accessible au public, et que les MrBAB continueront à présenter leurs œuvres à travers des expositions aussi bien intra qu’extra muros.

4) Comme mentionné dans notre mail précédent, les commentaires de nos visiteurs nous aident toujours à améliorer nos services. Ainsi, nous vous confirmons que l’ensemble de vos remarques ont été prises en considération et que les solutions constructives sont toujours soumise à la direction, et dans la mesure du possible, intégrer dans le fonctionnement du musée. Nous prenons toujours en compte l’avis de nos visiteurs dans le souci d’améliorer l’expérience des visiteurs au sein des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Nous restons bien entendu à votre entière disposition pour tout complément d’information ».

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8 : Le 5 janvier 2022

Le Médiateur Fédéral qui a reçu copie de la troisième réponse des MRBAB envoie ses conclusions à la L.U.C. :

« Sauf meilleur avis de votre part, il me semble que cette réponse est explicite quant aux motifs qui ont conduit les MRBAB à ne pas revoir leur politique tarifaire malgré l’inaccessibilité de certaines de ses ailes. Je peux dès lors procéder au classement de votre plainte auprès du Médiateur fédéral en constatant que l’administration concernée a répondu à vos questions suite à nos interventions.

Je relève en outre que la décision d’adaptation des tarifs prévus par arrêté ministériel au regard de la « quantité » d’œuvres exposées appartient au secrétaire d’Etat et au ministre de la Politique scientifique ».

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9 : Le 7 janvier 2022

La L.U.C. répond au troisième courrier des MRBAB :

« Nous vous souhaitons nos meilleurs voeux pour 2022.
Voici nos deux remarques à propos de votre réponse du 22 décembre 2021.

1 : Nous  constatons qu’il a fallu attendre cette dernière réponse des MRBAB pour que vous nous indiquiez enfin que votre tarification est fixée par arrêté ministériel et ne peut donc pas être modifiée unilatéralement par votre institution (« Une quelconque adaptation nécessite l’accord aussi bien de notre comité de direction, que celui de la commission de gestion de BELSPO, et le Secrétaire d’Etat de la Politique scientifique fédérale (…) Une demande d’adaptation doit donc faire l’objet de réflexion et d’une argumentation complète et être ensuite approuvée par les deux instances, ainsi que par l’inspecteur général des finances »).

Comme le résume le Médiateur Fédéral dans un courriel qu’il nous a adressé le 5 janvier 2022: « Je relève que la décision d’adaptation des tarifs prévus par arrêté ministériel au regard de la « quantité » d’œuvres exposées appartient au secrétaire d’Etat et au ministre de la Politique scientifique ».

Il s’agit donc d’un « renvoi de la patate chaude » à Monsieur Thomas Dermine que nous allons donc contacter.

Ce qui est attristant, car cela a fait perdre beaucoup de temps (et d’argent) à votre administration qui manque tant de financements, c’est la rétention de cette information à notre égard pendant près de huit mois.
Les MRBAB auraient très bien pu nous indiquer cela dès sa première réaction, ce qui vous aurait épargné cette série de réponses.
Vous pouvez comprendre que vous nous avez ainsi également fait perdre beaucoup de temps et d’énergie, ce qui n’est guère sympathique dans votre fonctionnement à l’égard de vos visiteurs attentifs qui visent dans leur plainte l’intérêt collectif.

De plus, vos réguliers retards (plus d’un mois) de réaction à chacune de ces étapes de notre échange nous a contraint à monopoliser à plusieurs reprises l’attention du Médiateur Fédéral. Nous tenons ici à nous en excuser auprès de lui.

2 : Notre question 3 de notre courrier précédent qui vous a été adressé se résume ainsi : « Si une situation analogue à celle de 2011 et de 2021 devait se reproduire ultérieurement, les MRBAB peuvent-ils s’engager aujourd’hui à ne plus avoir la même attitude qui consiste à faire payer au visiteur « un musée pour le prix de deux »? ».

Votre réaction qu’on peut résumer ainsi « Nous espérons en aucun cas nous retrouver face à une situation similaire » vous permet de ne pas nous répondre par un oui ou par non à notre question.

Il nous semble donc que vous vous obstinez à contourner cette question qui constitue le sujet principal de notre plainte. Voilà sans doute une attitude dictée par une volonté de communication et non par un souci de débattre clairement d’enjeux économiques avec vos usagers.

Cette attitude est intéressante car elle constitue un nouvel exemple concret pour illustrer la deuxième proposition de la « carte blanche » de « La Ligue des Usagers Culturels » publiée par Le Vif L’Express, le 11 octobre 2020 sous le titre « Quatre propositions pour mieux respecter les visiteurs des musées fédéraux » :

« Deuxième proposition : (Au sein de chaque musée fédéral), la création de la fonction d’une personne ressource dont le travail consistera à défendre en interne les droits des usagers de façon transversale, dans tous les départements, y compris auprès de la direction et du conseil d’administration. Si l’intérêt pour le public est évidemment dans toutes les pensées des membres du personnel de ces institutions, la surcharge du travail, la priorité prise désormais presque partout par le besoin de faire de la communication ainsi que la recherche effrénée bien souvent d’une rentabilité immédiate ne permettent plus vraiment de concrétiser jour après jour cet intérêt. Il convient donc de retrouver au sein des diverses institutions le moyen de rendre incontournable cette préoccupation » ».