samedi 22 août 2026

« Ni échangé, ni remboursé » : un slogan culturel abusif condamnable

Affichage massif  (sauvage ?) de la « Nuit des Chœurs »,
année après année, à Bruxelles : ici, à la Porte de Namur.


D’ici la fin 2026, pour célébrer les vingt ans du Code des usagers culturels en Fédération Wallonie Bruxelles, le cabinet de la ministre de la culture Élisabeth Degryse a décidé de réactualiser le contenu de celui-ci. Il s’agit plus précisément « d’y inscrire d’éventuelles améliorations concrètes ». 

Pour rappel, ses 15 points doivent être appliqués sous menace de diverses sanctions depuis 2006 par plus de 4.000 organisateurs culturels aidés en partie francophone du pays: bibliothèques, musées, salles de spectacles, cinémas, maisons de la culture, festivals, etc. 


Comme d’autres acteurs culturels, l’asbl « Ligue des Usagers Culturels » a été invitée à faire des propositions. Le 23 juillet 2026, elle a envoyé ses réflexions argumentées dans une trentaine de pages bien serrées.


En voici un seul point car une actualité survenue par la suite en illustre, hélas, tout l’intérêt:  «Un nouveau point du Code devrait clairement interdire toute phrase qui indique, sans plus de précision, qu’il n’y aura ni échange, ni remboursement.


Pareille façon de faire est très courante, ne s’applique guère (il y a presque toujours des cas de remboursement ou d’échange) et est sans doute là uniquement pour faire hésiter l’usager qui serait en droit de demander ceux-ci qui lui sont dûs.


La Fédération WB serait un précurseur courageux à un niveau international en agissant ainsi à l’égard des organisateurs qu’elle subsidie. Ce n’est pas impossible. Il y a un précédent constructif avec l’évolution de pareil texte sur les tickets du Botanique.


Le Botanique (Bruxelles), un organisateur qui a fait évoluer
son texte du slogan dénoncé dans le présent article.

Une évolution du ticket du Botanique


Le Botanique, centre culturel de la Fédération Wallonie-Bruxelles mentionnait naguère au dos de ses tickets un « ni échangé, ni remboursé » sans plus de détails.


Pour remettre concrètement en question ce bout de phrase, il y avait intérêt à d’abord réussir à prouver que, à l’inverse de ce qu’il indique, il est bien possible de se faire rembourser son ticket par cette institution subventionnée.


La projection d’un film, le 24 janvier 2009 à 20H00, en donne l’occasion. Dans un courrier daté du 27 janvier 2009 adressé à la direction du Botanique, le responsable de la L.U.C. indique : « Je tiens à me faire rembourser mon ticket de 4,50 € qui concerne la projection d’un film du 23ème Festival Gay et Lesbien. Il concerne le long-métrage «Saturno Contro».


Dans le programme du festival, en page 65, il est annoncé que ce film sera projeté en « VO Italie, ST Français ». Cette production a, en fait, été projeté dans sa version italienne mais uniquement sous-titré en anglais. Je ne connais ni l’anglais, ni l’italien. Accompagnant mon époux (qui, lui, se débrouille très bien en anglais), je suis resté dans la salle de l’Orangerie durant toute la projection. Ce fut un supplice pour moi mais cette attente m’a permis au moins de mener ma petite enquête. En effet, je ne fus sans doute pas le seul à avoir été frustré par cette séance (et ce, d’autant plus que le film paraissait remarquable, au vu des images et des réactions des spectateurs qui en comprenaient les paroles) puisque j’ai dénombré une demi-douzaine de spectateurs qui ont quitté la salle en cours de projection ».


Le remboursement est accepté, ce qui tend à confirmer que la phrase imprimée au dos du ticket est inappropriée. Annie Valenti, la Directrice générale du Botanique, répond ainsi le 17 mars 2009 : « Nous examinons la possibilité de corriger la phrase « ce ticket ne sera ni échangé, ni remboursé » par une formule moins « intimidante » qui préciserait, de manière plus adéquate, les conditions de remboursement ».

Y aurait-il un aveu implicite dans cette réponse? Ce « ni remboursé, ni échangé » aurait bien pour objectif d’être « intimidant » . 


Le texte du ticket évoluera. Quelques mots en plus. En nuance. Au printemps 2010, à l’époque où le Botanique présente une exposition consacrée à Pierre Alechinsky et à Kikie Crèvecœur, le ticket indique de manière exhaustive, en son verso, non plus « Ce ticket ne sera ni échangé, ni remboursé » mais bien « Ce ticket ne sera ni échangé, ni remboursé, sauf annulation ou changement de date du spectacle et dispositions légales ».

Le « et dispositions légales » ne facilite guère la tâche de l’usager en quête de ses droits précis à être remboursé. Néanmoins, il y a eu évolution. 


Le 23 août 2023, le Botanique ne semble plus hésiter à affirmer publiquement qu’il lui arrive de rembourser puisque, sur son site, il publie une offre d’emploi pour « un(e) agent(e) d’accueil, assistant(e) billetterie ». Une des dix tâches « principales » demandées étant « Vente des billets et gestion des remboursements en collaboration avec la comptabilité ».


En Belgique, une mention « ni remboursé, ni échangé » serait totalement illégale en cas d’annulation ou de report d’une activité par l’organisateur, hormis cas de force majeure avérée (ce qui est assez exceptionnel).


Une telle clause est réputée abusive et nulle en vertu du Code de droit économique (CDE). En la pratiquant, l’organisateur peut s’exposer à des sanctions pénales ou administratives (amendes).


Selon ce même Code, toute clause qui supprime ou entrave de manière disproportionnée les droits du consommateur en cas d'inexécution totale de l'obligation par l'entreprise est abusive et interdite.


Pour l'utilisation de clauses abusives, l’organisateur risque soit une amende pénale transmise par procès-verbal au Parquet, soit une amende administrative infligée directement par le SPF Économie. Pareilles amendes pour ce type d'infraction au droit de l'économie peuvent se chiffrer suivant « des tarifications par niveaux (multipliées par les décimes additionnels en vigueur), pouvant aller de plusieurs centaines d'euros à des dizaines de milliers d'euros en cas de récidive ou de mauvaise foi avérée ».


 la phrase contestable au dos de ce ticket
De BOZAR datant de 2025. 


De BOZAR à divers musées Montois


Pourtant la phrase pour le moins litigieuse est souvent présente dans l’univers culturel. Voici deux exemples récents.


À Bruxelles, pour l’exposition « Luz y sombra. Goya et le réalisme espagnol » à BOZAR en 2025, le dos du ticket indique : « Ce ticket ne peut être ni échangé, ni remboursé, ni revendu ».


À Mons, pour l’exposition « Regards pluriels » au CAP (Palais des Beaux-Arts) en 2026, on peut lire au dos du ticket : « Les billets ne seront ni échangés, ni repris, ni remboursés, même en cas de perte ou de vol ».


Cette phrase se retrouve également régulièrement mentionnée dans les règlements du public, ceux-ci n’étant le plus souvent accessibles que sur le site internet des institutions… pour les usagers qui auront le courage de découvrir où ils sont relégués, et de les lire d’une façon exhaustive avant d’acheter leur place (en général: une ligne dans des textes souvent très longs et complexes à bien être compris). 


Il ne suffit pas d’affirmer ici et là cette façon de faire pour qu’elle devienne légale! 


Connaissez-vous un seul autre produit qui oserait nous annoncer qu’il ne sera pas remboursé s’il ne vous est pas proposé à la date prévue ?


Peut-être que sa livraison vous serait imposé unilatéralement avec une année de retard. Alors, il est possible que celle-ci ne vous intéresse tout simplement plus (vos priorités ou vos goûts ont évolué) ou que la nouvelle date annoncée ne vous convienne pas (vous habitez désormais à l’étranger, vous êtes malade, ou décédé, ou en prison, ou c’était prévu en cadeau pour un anniversaire de mariage, mais vous voilà maintenant divorcé). Pourtant, dans ce cas-là, aucun remboursement ne sera effectué.





Dos du ticket diffusé au Musée des Beaux-Arts de Mons en 2026.

À Bastogne


Durant l’été 2026 à Bastogne et à Villers-la-Ville en Belgique, deux productions culturelles ont non seulement décidé de ne pas rembourser malgré le fait que leur service à l’usager ne fut pas concrétisé tel qu’annoncé, mais en plus, elle ont déclaré à la presse pour tenter de se justifier que cette façon de faire était clairement mentionnée dans les conditions de vente ou sur le ticket. L’avertissement écrit voudrait justifier l’application d’une pratique qui ne devrait pas exister. 


Le « Bastogne Summer Festival 2026 » est obligé de changer une partie de sa programmation alors qu’un grand nombre de ses tickets sont déjà vendus. 


L’article concernant ce sujet de Xavier Creer paraît le 6 juin dans L’Avenir au moment où l'annulation par Patrick Bruel de sa venue à cette manifestation qui était prévue pour le 28 juin 2026 est compensée par l’annonce d’un remplacement composé de prestations de deux pointures plus ou moins proches de cet artiste prévu initialement : celles de M. Pokora et de Yannick Noah. Une partie des fans de l’absent réclament pourtant sur les réseaux sociaux un remboursement. 


Jean Steffens est à la tête de « Impact Events » qui organise ce Bastogne Summer Festival. À Xavier Creer, pour justifier son refus, il détaille ses conditions générales de vente: « (…) Ces dernières précisent, comme on peut le lire sur le site web du festival, que le changement de programmation du festival, indépendant de la volonté de la SRL Impact Events, ne constitue pas un cas de force majeure et n'ouvre dès lors pas de droit à un quelconque remboursement dans le chef du client ». Et Nathalie Blaise, également responsable chez Impact Events, d’ajouter auprès du journaliste: « Il est aussi indiqué sur le ticket que ce n'est pas remboursable ».





 L’article de « L’Avenir » du 17 août 2026
avec un titre plutôt étonnant ! 

À Villers-la-Ville


Les phrases contestables tentent de justifier l’application de pratiques défavorables au public. 


Dans son communiqué publié 12 août 2026 à 9H38 sous le titre « Nuit des Chœurs 2026 - Report », l’organisateur omet d’indiquer qu’il n’y aura pas de remboursement pour service non rendu en 2026. Est-ce une petite cachotterie qui aurait pu être évitée ? Il faudra se contenter de cette déclaration : «L’édition 2026 de la Nuit des Chœurs, initialement prévue les 28 et 29 août 2026 à l’Abbaye de Villers-la-Ville, est reportée aux 27 et 28 août 2027. Nous vous remercions pour votre compréhension et vous donnons d’ores et déjà rendez-vous en 2027 pour cette édition reportée de la Nuit des Chœurs ». Les dates précises de ce report sont omises également. Un e-mail de contact est proposé aux détenteurs de tickets « qui n’auraient pas déjà été contactés ».


Dès ce jour-là, les médias écrits annonceront l’élément manquant capital : ceux qui ne  viendront pas l’été suivant ne seront pas remboursés.

 

Il faut attendre le 17 août 2026 pour découvrir plein de données complémentaires dans l’article d’Antoine Gyseleinck publié dans L’Avenir sous le titre « Les tickets ne seront pas remboursés… mais ils peuvent être revendus ». 


S’y justifie Benoît Meurens, le co-organisateur de la Nuit des Chœurs : « Dans nos conditions générales de vente, qui étaient disponibles sur le site internet et qui sont sur chaque ticket, la première ligne précise que le ticket n’est pas remboursable. La deuxième ligne dit que le spectacle peut être reporté ».


Aux détenteurs de billets ne viendront pas en août 2027, l’organisation conseille de revendre leurs tickets. Qu’ils se débrouillent par eux-mêmes. C’est un "refilement" de patate chaude imposé unilatéralement : « (Les tickets) ne sont pas nominatifs. Si des personnes ne sont pas disponibles à ces dates, on les incite à revendre leurs tickets au prix auquel ils les ont achetés ». On suppose que c’est « tant pis pour eux » si ces spectateurs ne trouvent pas par eux-mêmes repreneurs à ces conditions là.


Ce saut d’une année est justifié par la diminution des subsides mais surtout par le fait que l’organisateur n’a pas été informé à temps de ceux qui seraient attribués. À Hugues  Van Peel, pour l’article diffusé par RTBF Info le 12 août 2026, Benoit Meuris explique : « Sans les subsides, on ne sait pas produire cet événement. Le personnel politique essaie de faire ce qu’il peut, mais il y a une inertie dans les administrations compétentes qui fait qu’à ce jour, on ne sait toujours rien. En Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est incroyable qu’on ne soit pas informés à temps des moyens sur lesquels on peut compter».


Cependant, le risque financier ne constitue pas un cas de force majeure. Le retard ou l'absence d'un subside public relève du risque commercial et financier ordinaire d'une entreprise ou d'une association. Attendre une réponse administrative fait partie des aléas de gestion d'un opérateur culturel.


Si celui-ci choisit de mettre en vente des billets avant d'avoir sécurisé son budget total, il prend une décision de gestion dont il doit assumer les conséquences financières. Le public n'a pas à financer ou assurer le fonds de roulement d'un événement qui n'a pas lieu.


Les réservations commencent bien souvent de plus en plus tôt. C’est parfois avec pareil type de conséquence.


Cette explication fournie à la presse est une justification d'ordre politique ou de communication pour rejeter la faute sur les autorités mais elle n'a aucune valeur d'exonération juridique face aux acheteurs des billets.


Enfin, notons que dans le viseur de Benoit Meuris, pour faire feu de tout bois, il y a également d’autres artistes concurrents : « Il faut une diversité sur le plan culturel et sur le plan musical. Or le chant choral est le parent pauvre. Consacrer en permanence des moyens gigantesques pour une série de films que personne ne va voir, ou parfois pour des pièces de théâtre que le public ne comprend pas, je trouve que c’est profondément injuste et indélicat ».


Un peu moins de quatre mois plus tôt, L’Écho paru le 28 avril 2026 annonçait que l’asbl Nuit des Chœurs qui coorganise les concerts de chant en plein air à l'abbaye de Villers-la-Ville « est en procédure de réorganisation judiciaire. L'édition 2026 se tiendra bien, assure le management, mais une nouvelle approche devrait être adoptée dès 2027 ». Mauvaise boule de cristal concernant la destinée de cette édition 2026… 


L’Écho précise dans cet article que, sur le front judiciaire, le sursis de la Nuit des Chœurs a été prolongé, en juin (2026), jusqu'à la fin septembre (2026). Les derniers comptes publiés, pour l'exercice 2024, faisaient état d'une perte reportée de 2,9 millions € et d'une dette de 3,2 millions €, qui avait été ramenée à 2 millions €, aux dires de Benoit Meurens.


Il faudra donc attendre au plus tôt septembre (2026) pour savoir si les administrateurs obtiendront le soutien de leurs créanciers pour apurer les comptes de l'ASBL dans les prochaines années, et si, le cas échéant, ils sauront se tenir au plan. À défaut, le spectre de la faillite ne pourra pas être totalement exclu.


Au moment où tous les médias annoncent, et parfois avec de longs textes, le report de l’activité de 2026 à 2027, le quotidien économique L’Écho est très seul pour insister sur la situation économique complexe de l’organisateur. Le 12 août 2026, il rappelle : « En réorganisation judiciaire, la Nuit des Chœurs reporte son édition 2026 à l’été prochain, et assure qu’aucune faillite n’est à craindre ». 


Même si les prix pour participer à des activités culturelles ont globalement fortement augmenté, ils ne sont pas pour autant suffisamment élevés pour qu’un simple usager puisse se permettre d’engager des frais personnels pour voir sa cause défendue par un avocat. Cette fragilité semble ici exploitée car qui oserait prendre le risque financier de se battre pour le remboursement d’un ticket pour un spectacle … ou pour exiger la suppression de ces succincts « ni échangés, ni remboursés » dans les textes produits par tant d’organisateurs?


Il faudrait donc que des parlementaires questionnent sur la légalité de pareils slogans le ministre fédéral de la Protection des Consommateurs (actuellement Rob Beenders, socialiste néerlandophone). Chacun peut introduire une plainte au SPF Économie. Ou informer de ce sujet des associations de consommateurs généralistes : Testachats (pour la Belgique) ou le BEUC (au niveau européen). 





L’article du 12 août 2026 de l’Écho rappelle
dans son titre la « réorganisation judiciaire ».

Est-ce au public de s’assurer ? 


Si l’attitude de la Nuit des Chœurs vous étonne… La « Ligue des Usagers Culturels » ouvre pour vous ses archives… 


Elle a été alertée par un article de G. Pav. publié le 2 juin 2025 sur le site de Sudinfo. Il annonce qu’un festival musical d’été, face aux possibles aléas climatiques, propose à ses usagers de compléter l’achat de leur ticket par la prise d’une assurance « météo ». Il s’agit de la « Nuit des Chœurs » qui se déroule le 29 et 30 août 2025 en Belgique dans l’Abbaye de Villers-la-Ville avec, de 18H30 à 23H30, un concert-promenade, et à 23H45, le concert d’apothéose avec feu d’artifice.


Fort étonné par cette nouveauté, l’asbl part à la découverte du site internet lié à cette activité et est surprise par différents détails de la règlementation. Son président envoie donc à l’organisateur une série de réflexions et de demandes de précisions, le 9 juin 2025 dont voici de larges extraits.


  1. Vous proposez à votre public de souscrire lui-même à une « assurance météo ». Jusqu’à présent, en cas de problèmes météo pour des spectacles en plein air, c’était l’organisateur qui pouvait s’assurer. Jamais un organisateur dans sa promotion ne se permettait de présenter votre proposition au public. Pourquoi donc ce changement ?

    Puis-je savoir si votre organisation s’était elle-même assurée lors des éditions précédentes, concernant ces problèmes liés à la météo ?

    Votre nouvelle façon de faire vous permet-elle de supprimer ou de diminuer votre budget d’organisateur consacré à votre (éventuelle) assurance « météo » ? Comprenez-vous que c’est une charge supplémentaire pour votre public le moins aisé, ce qui met un peu plus à mal la démocratisation de la culture ?

    En complément du ticket, le prix à payer par votre public pour cette assurance météo (facultative) est de 15 €. C’est la même somme pour ceux qui achètent un ticket Standard (à 45 €), une place Prémium (120) ou VIP (240).

    En cas de pluie continue au minimum pendant 2 heures 1/2, voire pourquoi pas, si la malchance (bien belge) est au rendez-vous, durant toute l’activité (cet événement météorologique n’étant pas pour autant considéré comme une condition climatique extrême), votre réglementation prévoit que tout le public doit venir sur place, le jour même de l’activité, s’il veut recevoir un billet d’accès gratuit pour La Nuit des Chœurs 2026 (de toute façon, il n’aura en aucun cas droit à un remboursement).

    En effet, pour avoir droit à cette compensation, il devra par la suite renvoyer à votre organisation son billet d’accès 2025 dûment scanné et validé pendant cette activité pluvieuse. Dans les faits, le public qui paie 45 euros sera, durant cette soirée de pluie rendue « obligatoire » par votre volonté, bien moins protégé des intempéries que vos spectateurs qui paient bien davantage, et ayant accès à des lieux couverts.

  2. Concernant vos « Conditions générales », pourriez-vous me donner davantage de précisions sur les points suivants ? À propos de votre « Les tickets ne sont ni repris, ni échangés, ni remboursés », quelle législation vous permet de publier un texte aussi imprécis, et donc faux car il supprime tout droit légal de l’usager ?

    Que se passerait-il dans l’hypothèse où votre organisation aurait sa responsabilité dans un déroulement problématique de l’activité ? Mauvais éclairages ou son déplorable ? Davantage de personnes accueillies que les sept milles espérées, ce qui pourrait rendre la perception très mauvaise de votre activité pour certains spectateurs ? Absence d’une ou de plusieurs des six formations musicales programmées qui sont annoncées au moment où le public a acheté son ticket ? Pourriez-vous donc supprimer ou compléter, nuancer cette phrase dans vos « Conditions générales » ? Quand ?

  3. Également dans vos « Conditions générales », la phrase suivante ne m’apparaît pas assez nuancée et donc nuit au droit de l’usager : « L’organisation se réserve le droit de modifier le programme et l’horaire, sans qu’aucun dédommagement ne soit exigible ». En effet, tout dépend de l’importance de ces modifications. Elles ne peuvent pas être sans limite. C’est pourquoi, pour oser indiquer cette condition dans votre règlement, elle devrait être beaucoup plus précise. Dans le cas présent, tel que rédigé, votre texte vous permet de remplacer une chorale par un groupe de hard rock ou de décider de reporter l’horaire du début de l’activité à 03H00 pour se terminer à 08H00 du matin car les prévisions météo seraient favorables à ce moment-là !

Ce courrier reste sans réponse.


La L.U.C. envoie donc un rappel, le 2 juillet 2025 et, ce même jour, c’est l’équipe de Fantastic Label qui répond… pour ne répondre à aucune à ces trois interrogations : « (…) Si les conditions générales de certains événements ne conviennent pas à votre communauté de lecteurs, nous vous rappelons qu’elle a tout le loisir de ne pas y participer. Heureusement, nous vivons encore dans un pays libre où chacun fait ses choix en connaissance de cause. Cependant, nous regrettons ces évolutions de mentalité certainement dues à l’absence croissante d’esprit d’entreprise et de créativité de nos régions. Le constat est le suivant : les États-Unis d’Amérique créent et entreprennent. L’Asie développe et produit. Enfin, l’Europe légifère et contrôle. Bien à vous ».


Pour les deux nuits de l’année suivante (28 et 29 août 2026), la réglementation ne change guère, à l’inverse du prix du ticket : ce sera entre 40 €. et 240 €.

On connait la suite: l’événement 2026 et reporté à un an plus tard, sans remboursement possible. Et que se passera-t-il en 2027 ? (à suivre). 


Affichage massif (sauvage ?) de la « Nuit des Chœurs »,
année après année, à Bruxelles: ici, Place Leemans d’Ixelles.


dimanche 10 mai 2026

Une Chute qui se fait désirer

le comptoir des MRBAB avec (à gauche) l’avis.


Voici une nouvelle victoire de notre ASBL née en juin 2010 (association sans but lucratif composée uniquement de bénévoles). 

Aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), le 6 mai 2026, on peut découvrir, très bien exposé, sur le comptoir prévu pour l’achat des tickets, un avis qui affiche successivement en français, en néerlandais et en anglais le texte suivant :

«Cher visiteur, l’œuvre d’art « La chute d’Icare » n’est temporairement pas accessible au public en raison de recherches scientifiques en cours. Nous vous remercions de votre compréhension».

Une photo de la peinture de Pierre Bruegel l’Ancien illustre cet avis qui ne mentionne pas le nom de l’artiste (sans doute parce qu’il s’agit d’une copie).

L’œuvre, elle, est bien connue. Naguère, elle fut même officialisée comme étant l’un des sept chefs d’œuvre de Belgique. 

Dans la rubrique «Actualités» mentionnée sur la page d’accueil du site internet de l’institution, un point publié le 9 avril 2026 est consacré à ce tableau qui a « toujours suscité l’admiration du public » et il indique que « le célèbre tableau devrait être à nouveau visible à l’automne 2026 ».

https://fine-arts-museum.be/fr/actualites/nouvelle-etude-technique-pour-la-chute-d



Un si long combat

Ces MRBAB se refusaient jusqu’il y a peu de donner ce type d’informations au public, et même pour des peintures fort appréciées par celui-ci.

Face à diverses plaintes qui leur furent adressées concernant cette thématique, d’autorité, ils ont même ajouté dans leur «Règlement du visiteur» (article 3) : «La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines œuvres d’art (en déplacement ou en restauration) ne donne aucunement droit à un quelconque remboursement ou réduction du prix»:

https://fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/reglement-du-visiteur

Heureusement, après un long combat de la Ligue des Usagers Culturels, ces MRBAB ont été obligé par leur ministre de tutelle Dermine (PS), à la fin de la précédente législature, d’adjoindre à ce «Règlement» (qui ne détaille que les DEVOIRS du public) une «Charte des visiteurs» qui, elle, énumère quelques DROITS de ce public dont le point 2 grâce auquel cette information sur «La chute d’Icare» est actuellement indiquée au public sur le site internet  et à l’accueil physique du musée, et cela, AVANT qu’il n’achète son ticket : «Fournir aux usagers et usagères – avant le déroulement d’une activité envisagée – l’information la plus complète qui ne comporte pas d’indications ou de représentations susceptibles de les induire en erreur, notamment sur la nature, l’éventuel prix d’accès, la durée, le lieu et la date de l’activité demandée». 

https://fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/charte_des_visiteurs_2.pdf

En fait, ce texte précis de ce point 2 a été repris du «Code des usagers culturels» créé , il y a tout juste vingt ans par la Fédération Wallonie Bruxelles qu’elle rend obligatoire au plus de 4.000 organisateurs qu’elle aide.


L’étape suivante sera que ce droit à l’information du public soit respecté par les institutions culturelles en Flandres, puis en France, puis aux Pays-Bas, puis, et surtout (une forme d’aboutissement) dans l’Europe entière.

Ainsi, il y a encore du travail à fournir... pour simplement que la culture respecte les droits déjà et depuis longtemps conquis au profit des citoyens, par rapport à tout ce qu’ils achètent dans leur vie quotidienne : produits et services.

Lire ici, bien plus de détails sur ce combat démarré en 2018 lorsque David H. demande le remboursement de son ticket car il n’a pas été informé AVANT l’achat de celui-ci que de nombreuses œuvres, dont trois parmi les plus renommées («Le Retour», «Le Domaine d’Arnheim» et «L’Empire des Lumières») n’étaient pas exposées au Musée Magritte.

L’institution refusera de rembourser son ticket.

David H. fera alors appel du Médiateur Fédéral. Finalement, il sera remboursé bien , bien, bien plus tard: le 9 juin 2020.

https://la-luc.blogspot.com/2026/04/merci-enfin-au-musee-dart-et-dhistoire.html




jeudi 9 avril 2026

Merci (enfin) au Musée d’Art et d’Histoire (de Bruxelles) !

un nouveau panneau indicatif bien précieux aux MRAH

C’est à croire qu’un certain nombre d’institutions culturelles ne se s’inquiètent pas trop de frustrer leurs usagers. 

Par exemple, des musées n’ont-ils pas conscience du fait que leurs entrées sont de plus en plus chères et que nombre de leurs visiteurs seront déçus car le « must » de leur collection n’est pas exposé temporairement ou quasi la moitié de leurs salles sont fermées pour travaux, voire par manque de gardiens ou pour faire des économies, de chauffage, d’électricité ?

L’agacement du public est d’autant plus fort s’il n’a pas été prévenu de ces « absences » avant qu’il n’achète son ticket. 

En fait, le plus inconvenant, c’est que le monde muséal n’a pas mis en place jusqu’à présent, et depuis des lustres, un élément de sa déontologie qui concernerait ce thème précis.

Par ses plaintes successives, le visiteur actif pourrait donc tenter de mettre en exergue cette thématique, avec des propositions de solution, auprès des musées eux-mêmes, des médias et du monde politique.

Chaque fois qu’une de ces plaintes aboutit à une évolution en faveur des visiteurs, c’est la fête. Et il convient d’en parler, de décrire les différentes phases du combat mené, en espérant faire des émules.

Aujourd’hui, célébrons un ancien ministre et l’actuelle direction du Musée Royal d’Art et d'Histoire (MRAH) établi à Bruxelles.

Dans le musée Magritte


Bruxelles, Liège, Aix-En-Provence

Il y a déjà eu d’autres pressions d’usagers qui ont abouti en 2020, 2022 et 2023.

En 2018, David H. dépose plainte auprès du Musée Magritte de Bruxelles car de nombreuses œuvres dont trois parmi les plus renommées ne sont pas exposées (« Le Retour », « Le Domaine d’Arnheim » et « L’Empire des Lumières »). Il n’en a pas été averti avant achat de son ticket. Le musée refuse de rembourser celui-ci. L’usager fait alors appel au Médiateur Fédéral puisque cette façon de réagir est conseillée dans le règlement du musée. Le travail de ce dernier s’achèvera par un remboursement réglé par le musée à David H. le 9 juin 2020.

L’Empire des lumières, l’une des toiles les plus connues du Musée Magritte… très souvent exposées à l’étranger.

Instructif : le Médiateur Fédéral argumente le changement d’attitude du Musée Magritte à partir des deux textes légaux suivants :

  1. Un extrait du Code civil : « Le vendeur est tenu d'expliquer clairement ce à quoi il s'oblige. Tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur ».

  2. Le texte d’une obligation administrative au niveau fédéral : « L'administration doit utiliser un langage clair et compréhensible, sa communication doit être efficace. Elle doit veiller à utiliser des canaux de communications diversifiés et adéquats pour toucher le plus grand nombre de citoyens concernés ».

Ce qui est particulièrement significatif dans ce cas, c’est de découvrir sur les réseaux sociaux, à l’époque du dépôt de cette plainte, combien d’autres visiteurs avaient exprimé leur mécontentement :

  • Un beau musée présentant une très belle collection des œuvres du peintre, mais beaucoup de frustration car de nombreuses peintures ont été prêtées à New-York. Compréhensible, mais nous aurions aimé en être informés. Ticket d’entrée à 10 €.

  • Allez visiter les autres musées ou, si vous aimez Magritte, allez visiter la boutique!

  • Des œuvres majeures manquent.

  • Navrant d’apprendre après paiement des tickets qu’une partie de la collection est absente pour prêt. Pièces manquantes remplacées par œuvres faites en 2018 par peintre contemporain.

  • Impression de bouche trou.

  • Déçu. Je m’attendais à voir les œuvres les plus connues de Magritte. Je les ai photographiées à la boutique. Un comble !

  • Intéressant mais pas complet.

  • Très beau musée mais l’entrée est un peu chère pour les œuvres de Magritte que nous voyons, certaines intéressantes, mais manquent les plus importantes (…).

  • Musée sympa mais attention ne venez pas exprès pour les peintures les plus connues. Elles n’étaient pas là quand j’ai eu l’occasion de visiter le musée.

  • Très beau musée, très aéré. Dommage, c’est après avoir franchi l’entrée que nous apprenons que des tableaux ont été prêtés aux USA… et qu’ils sont remplacés par un autre peintre. Visite très agréable malgré tout, avec une vraie volonté de décrire la vie de Magritte.

  • Très déçu. Beaucoup d’œuvres majeures ne sont pas exposées car en déplacement à l’étranger. Le musée manque d’explications hors audioguide, ce n’est pas très ludique.

  • Beau lieu, dommage qu’une partie des toiles étaient aux USA.

  • Un peu décevant car les plus belles œuvres sont en prêt à San Francisco. Intéressant malgré tout.

  • Ceci n’est pas un musée… Blague à part, nous avons appris après avoir payé les tickets d’entrée que, jusqu’en octobre 2018, toutes les œuvres intéressantes et connues de Magritte ne sont pas là mais à San Francisco. Leur absence a été remplacée par un autre peintre largement influencé par Magritte. Du coup, la visite a été beaucoup moins intéressante. J’aurais aimé être prévenu de l’absence de ces œuvres phares avant de payer l’entrée… Mais le lieu est sympa…

  • Magritte sans Magritte, il manque l’essentiel de l’œuvre remplacée par un sous produit « à la manière de »… sans talent. Seul, le prix d’entrée et le personnel restent inchangés, l’un en trop, les autres en pas assez ».
Deux des sept grandes salles du rez-de-chaussée de la Fondation Vassarely dont l’une n’est pas accessible aux visiteurs.

Encore deux autres exemples.

En 2022, à Aix-En-Provence, suite à une plainte, la Fondation Vassarely accepte d’indiquer à son comptoir qu’une des sept salles du rez-de-chaussée qui exposent des œuvres monumentales n’est pas accessible pour travaux. 

Une autre réclamation en 2023 mène Pierre Paquet, le Directeur des Musées de la Ville de Liège, a concrétiser efficacement son annonce au futurs visiteurs de La Boverie des titres des œuvres momentanément nos exposées (notamment sa célèbre toile de Picasso).

La grande toile de Picasso qui quitte souvent les cimaises de la Bovenie pour être exposée dans diverses expositions.


Et un exemple négatif instructif à Oslo

Le 3 avril 2026, le bruxellois Yorick P. visite à Oslo le musée Munch, curieux d’y découvrir la peinture « Le cri ». À l’endroit où elle est habituellement exposée, c’est un mur vide qui s’offre à lui. Le voilà qui quitte déçu cette institution.

Rentrée chez lui, il cherche sur la toile pourquoi cette absence: « Après quelques recherches, je découvre que ce musée Munch a deux versions qui ne sont montrées au public qu’alternativement pour optimiser leur conservation. Apparemment, une des deux versions était accrochée non loin du mur vide, mais en découvrant l’absence du tableau que j’espérais voir, j’ai filé avec amertume dans une autre salle».

Il ne viendrait pas à l’idée du personnel de cette institution d’éviter de laisser un mur vide et d’utiliser plutôt cet espace vacant pour y indiquer où le visiteur peut admirer dans ses propres murs l’autre version de cette toile si célèbre…Ce geste ne coûte quasi rien économiquement et constitue une simple marque de respect pour les visiteurs. Cet exemple montre à quel point les visiteurs sont sensibles à la découverte des œuvres fortement médiatisées, caractéristique dont devraient davantage tenir compte les musées du monde entier…

Le musée Munch à Oslo.


Constats négatifs en 2018 et 2022

En mars 2018, au MRAH, une institution fédérale située au Cinquantenaire à Bruxelles, l’un des plus vastes musées de Belgique, je souhaite admirer l’un des « must » du fond permanent constitué par un original des statues de l’île de Pâques (6,5 tonnes; 3,5 mètres en hauteur).

J’achète mon ticket. Lors de cette visite, il me sera impossible de découvrir cette œuvre ramenée à Bruxelles en 1934. En effet, elle a été incorporée dans l’exposition temporaire « Oceania, Voyages dans l’immensité » qui, elle, se visite avec un autre ticket payant.

Je n’adresserai pas un courrier au musée. Je m’en mordrai les doigts environ quatre années plus tard car un cas de figure analogue s’y représente. Le 28 août 2022, impossible à nouveau de découvrir cette statue. Cette fois-ci, la salle qui l’abrite n’est pas accessible. 

Voilà pourquoi j’envoie le 1er septembre 2022, une plainte où je détaille ce nouveau constat, avec quelques propositions :

« Je n’ai vu aucun avis sur ce fait à l’accueil du musée. Sur le site internet, on peut lire ce jour-là : «Venez vous immerger dans le monde oriental en croisant des Bouddhas d'Asie et voyager jusqu'à l'autre bout de la terre pour apercevoir une gigantesque statue de l'Île de Pâques ». Il conviendrait peut-être de prévoir sur ce site, à un endroit proche de celui où le public peut réserver sa tranche horaire et payer sa visite, une case régulièrement actualisée :
« Voici les œuvres de notre patrimoine qui ne sont pas actuellement accessibles au public ».

De plus, à l’entrée du musée: une pile de son dépliant où l’œuvre qu’il est impossible d’admirer est la seconde renseignée dans sa rubrique « Des chefs-d’œuvre uniques » : on peut y lire « Faites connaissance avec nos incontournables : (…) une impressionnante statue de l’Île de Pâques, offerte à la Belgique par les autorités chiliennes et ramenée à bord du Mercator » (…).

Pour l’accueil au musée lui-même, ne serait-il pas utile de placer un avis sur le comptoir indiquant aux visiteurs qui veulent savoir quelles œuvres du patrimoine ne sont pas exposées qu’ils peuvent demander à pouvoir consulter une liste que leur fournira la personne qui vend les tickets?

Cette statue est une œuvre maîtresse du musée. Pour s’en convaincre, si on n’a pas lu les textes élogieux sur le site internet et dans le dépliant, il suffit de se promener dans le shop. Il y trône une imposante reproduction (environ 6 mètres de hauteur) de l’œuvre. Deux piles de livres axés sur l’Île de Pâques. À vendre, de petites figurines. Plusieurs exemplaires du livre « Museum in Strip » qui reproduit différents extraits de BD reprenant des statues de cette île dans leur scénario. Enfin, le grand catalogue « Les incontournables du musée » lui consacre une page.


Au Shop, on peut acheter trois réductions de la statue qu’on ne peut pas admirer dans la collection du musée.


En 2022: du progrès

Bruno Verbert, le directeur général de l’institution, accuse réception de cette plainte le jour même de son envoi et me répond le 15 septembre 2022 :

« Veuillez accepter ici toutes nos excuses. Il est en effet fort regrettable que vous n’ayez pu être dûment informé préalablement à l’organisation de votre visite au musée. Le texte repris sur la page d’accueil de notre site web, faisant référence à la statue de l’Île de Pâques, a été modifié. Une rubrique « Salles fermées » est désormais également consultable sous l’onglet « Visiter » de notre site. Sous la rubrique « Collections », nous renseignerons aussi dès ce lundi (jour du retour de notre collègue du service Communication) que le colosse n’est malheureusement pas visible temporairement. Cela va sans dire, aussitôt cette œuvre rendue à nouveau accessible au public, nous ne manquerons pas de le communiquer via ce même canal. Enfin, concernant les salles fermées et autres pièces de collections rendues inaccessibles, nos collègues présents à l’accueil du musée restent également toujours disponibles pour bon renseignement. Au plaisir de pouvoir vous accueillir à nouveau prochainement au musée, nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations les plus cordiales ».

Il y a bien sûr dans cette réponse des avancées significatives. Reste cependant un point à résoudre. Le public n’est pas habitué à exercer ce droit à découvrir si telle ou telle œuvre est bien exposée. Comment pourrait-il imaginer que le personnel à l’accueil puisse lui fournir pareilles informations ? Il conviendrait donc qu’à l’entrée du musée un avis écrit informe de cette possibilité.

Dans le shop du MRAH: une immense copie.


La solution complète commence à se mettre en place en 2024

Le 22 mars 2026, au cours d’une visite, je découvre que ce MRAH, alors sous la direction de Géraldine David, respecte enfin entièrement ce droit à être informé du fait que certaines de ses salles sont inaccessibles avant de payer sa place grâce à un avis placé de façon fort visible dans son entrée.

À côté d’un distributeur automatique de tickets, trône en effet un avis qu’il est impossible d’ignorer. Son texte est proposé en français, néerlandais et anglais: « Nous sommes au regret de vous informer que les salles Antiquité son fermées au public pour une durée indéterminée. Nous vous prions de nous excuser pour ce désagrément et vous invitons vivement à découvrir nos autres salles d’expositions ».

Sur le site internet de l’institution, l’information est davantage détaillée. Le public peut ainsi mieux cerner l’ampleur de cette inaccessibilité. On y lit ce qui suit : « L’aile Antiquité est actuellement fermée au public jusqu’au minimum fin juin 2026, pour des travaux de sécurité concernant les plafonds et le chauffage. Les salles Égypte, Grèce, Rome, Proche-Orient & Iran et Arts du monde islamique restent donc temporairement inaccessibles ».

L’avis informatif qui trône à côté du  distributeur automatique de tickets du MRAH.

Qu’est-ce  qui a permis ce changement concret ?

Voici un communiqué de presse diffusé le 29 octobre 2024: « En attendant l’élaboration d’un prochain gouvernement fédéral, la L.U.C. (La ligue des usagers culturels, association que je préside) voit se concrétiser une promesse qui lui a été faite, à plusieurs reprises durant la dernière législature, par le secrétaire d’État (socialiste) Thomas Dermine.

Pour les musées fédéraux, il s’agit de la reprise de l’essentiel du « Code des Usagers Culturels ». Depuis dix-huit ans (2006), celui-ci doit être appliqué par plus de quatre milles opérateurs culturels subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Cette décision a été prise par le Comité de direction de la politique scientifique (BELSPO). Elle va avoir un impact non négligeable sur le quotidien du public culturel. En effet, le 25 avril 2024, le cabinet du secrétaire d’État Dermine avait expliqué à la L.U.C. : « Nos musées fédéraux savent bien indiquer les devoirs des visiteurs, mais moins leurs droits. Bien entendu, le droit général de la consommation s'applique également au public culturel, mais la question est de le préciser ».

Cependant il convenait que chaque musée fédéral y souscrive, ce qui a pris ensuite beaucoup de temps. C’est désormais le cas. Les sites internet du Musée Magritte, du Musée Oldmasters, du Musée des Instruments de Musique, du MRAH, etc. donnent depuis peu accès, d’une part, à leur traditionnel « Règlement des visiteurs » (les devoirs du public) et, d’autre part, ce qui est nouveau, à cette « Charte des visiteurs » (les droits du public) ».

Cette nouvelle obligation impose de fournir aux usagers avant le paiement de leurs billets d’accès « une information la plus complète possible sur la nature de l’activité ».

Se pose ensuite une autre question : au moment où une ou de nombreuses œuvres maîtresses, ou de diverses salles d’un musée sont inaccessibles pendant un certain temps, est-il normal qu’en Europe certaines institutions diminuent durant cette période-là leur prix d’entrée… mais d’autres, pas ? Mais ne gâchons pas notre plaisir du combat remporté au MRAH.