jeudi 26 août 2021

L’anglais n’est pas une langue de remplacement.

En couverture du catalogue de 2021 en français (celui-ci est bien siglé FR) des Journées du Patrimoine, découvrez la prouesse d’avoir réussi à évacuer tous les mots en français et même « Bruxelles » !

 Voici une carte blanche de la L.U.C. sélectionnée par La Libre Belgique du 26 août 2021 pour son dossier « Exit l’appellation des Journées du Patrimoine, pas assez inclusive ».

À Bruxelles, les Journées du Patrimoine du 18 et 19 septembre 2021 changent de nom et deviennent «Heritage Days» selon la volonté de Pascal Smet, secrétaire d’État de l’Urbanisme et du Patrimoine.
On passe donc d’une appellation déclinée jusqu’à présent en trois langues (français, néerlandais, anglais) en un nom uniquement en anglais.


Voici le texte de notre cartes blanche.

Une réflexion publique a abouti à la décision de changer l’appellation pour Bruxelles des «Journées du patrimoine». Par contre, je n’ai découvert aucun argument précis justifiant le fait de lui choisir en remplacement un nom uniquement en anglais: « Heritage Days »

Je pense qu’il faut le plus souvent possible encourager le multilinguisme. Ici, c’est l’inverse qui se pratique. C’est d’autant plus regrettable que ce la se produit dans le domaine culturel, la maison des langues et des littératures.

Le français et le néerlandais sont pour Bruxelles les deux langues officielles. Bien entendu, on en utilise beaucoup d’autres, ici et là dans la capitale.
Pour mieux se faire comprendre, il suffit d’ajouter sur les sites internet ou dans la communication (affiches, visuels, etc.) l’une ou (et) l’autre parmi ces autres langues, selon le public ou le territoire visé plus précisément.

Vivre dans une ville où plusieurs langues coexistent peut devenir un atout. Un seul exemple culturel : le sous-titrage des films est ici plus fréquent et plus suivi qu’en France. Cette réalité favorise l’apprentissage des langues, si important dans une civilisation de plus en plus mondialisée.

Des dérives existent. Un titre uniquement en anglais d’une exposition peut tromper énormément. L’affiche à BOZAR (tiens, tiens… BOZAR) de « Beyound Klimt » avec la reproduction d’une oeuvre de Klimt a laissé imaginer à divers bonnets d’âne en anglais qu’il s’agissait d’une rétrospective de cet artiste. Il n’en était rien.

Un peu partout dans notre vie quotidienne? L’anglais peut même s’insinuer seul sur les tickets du Musée Magritte. Certes, un long texte de communication y remercie les visiteurs en français, néerlandais et anglais, mais l’avis concret qui détaille comment introduire une réclamation est, lui, imprimé tout en bas, en tout petit… et uniquement en anglais. Pourquoi?
«By purchassing this ticket you accept the General Terms and Conditions of the Museum».

 
Les habitants qui ne maîtrisent pas l’anglais à Bruxelles doivent être respectés, et tout particulièrement par les services publics (la STIB diffuse dans ses véhicules des avis sonores en trois langues) ou pour les activités culturelles subsidiées. L’usage de l’anglais est un complément particulièrement utile et non une langue de remplacement :

Bernard Hennebert,
Président de La Ligue des Usagers Culturels


Le dossier en entier, dans La Libre Belgique :
https://www.lalibre.be/debats/ripostes/2021/08/25/pascal-smet-a-t-il-eu-raison-de-rebaptiser-les-journees-du-patrimoine-en-heritage-days-BLNMA5Z4CNG4HBVN2KQ6MGMR6Y/?fbclid=IwAR2NipGNxmMfQDVlz96usGBGB3_JAmx-HxFcfXbEZNL2lr7Rx73ayl12uO8

 


samedi 19 juin 2021

Le musée Magritte améliore l’info pour ses visiteurs

Actuellement, le musée Magritte n’expose pas un nombre important de ses œuvres qui ont été prêtées au musée de l’Orangerie à Paris, pour l’exposition René Magritte « Le surréalisme en plein soleil » qui se déroule du 19 mai au 19 juillet 2021 :

https://www.musee-orangerie.fr/fr/evenement/magritte-renoir-le-surrealisme-en-plein-soleil

Ceci n’a rien d’exceptionnel et les échanges d’œuvres entre musées sont bien utiles pour que puissent s’élaborer des expositions temporaires qu’apprécie tellement le public.
Par contre, ce qui est novateur, c’est que les visiteurs seront avertis de ces absences sur les cimaises du musée bruxellois avant qu’ils ne se décident à acheter leur ticket, ce qui n’est en fait que l’application normale du Code civil. L’habitude fait que ce droit n’est le plus souvent, par habitude sans doute, pas appliqué dans le monde culturel, ce qui est particulièrement gênant notamment pour des visiteurs qui se déplacent pour contempler telle ou telle œuvre précise, par nécessité professionnelle ou universitaire, ou par simple préférence personnelle.

Cette évolution, qui aurait intérêt à inspirer les musées du monde entier, est le résultat d’un combat mené par le visiteur David H. et l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels ». Il a démarré par le dépôt d’une plainte et la demande du remboursement d’un ticket, le 18 juillet 2018, il y a donc près de trois ans.

Pourquoi cette demande de remboursement?

En 2018, un grand nombre d’œuvres ne sont pas exposées au musée Magritte car elles sont prêtées du 19 mai au 28 octobre au MoMA de San Francisco dont trois parmi les plus renommées : Le Retour, Le Domaine d’Arnheim et L’Empire des Lumières.

Au même moment, à Bruxelles, aucune information en ce sens n’est fournie au visiteur avant qu’il n’achète son ticket au comptoir du musée Magritte. De plus, durant tout cet été 2018, s’est déroulée une importante campagne de communication dans le métro bruxellois (aux stations De Brouckère, Rogier, Bourse, Comte de Flandre, etc.) avec, sur de grandes affiches lumineuses, une reproduction justement de cette dernière œuvre qui sert habituellement d’emblème au musée, ce qui peut encore davantage induire en erreur les futurs visiteurs.

Outre une demande de remboursement de son ticket pour manque d’info lors de son achat, David H. suggère également avec insistance que le musée place un avis explicatif indiquant notamment le nombre d’œuvres non exposées et leurs titres au comptoir pour éviter à l’institution fédérale d’avoir affaire avec d’autres visiteurs mécontents. Sur la toile, on peut en effet découvrir plusieurs dizaines de plaintes analogues, comme « Déçu. Je m’attendais à voir les œuvres les plus connues de Magritte. Je les ai photographiées à la boutique. Un comble! » (lire d’autres plaintes en annexe 1).

Le musée Magritte préfère offrir un ticket gratuit

Le musée refuse le remboursement mais est prêt à offrir un ticket gratuit pour une visite ultérieure, ce que refuse énergiquement David H. : « Ce positionnement m’a paru inopportun. J’ai donc réécrit au musée pour réaffirmer ma volonté d’être remboursé en expliquant que son règlement (extrêmement détaillé) qu’il m’était possible de lire avant l’achat de mon ticket n’abordait pas ce cas précis. Malgré mon exigence à être remboursé, le musée, de façon autoritaire (la politique du fait accompli), m’adressa un courriel, le 15 octobre 2018, où il m’indiqua « Comme promis, nous vous avons envoyé un ticket combi gratuit » et me fit parvenir effectivement par la poste un ticket « All Museum Press » (alors que je ne suis pas journaliste… est-ce déontologique?). Comment, dans pareil cas, les MRBAB (les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique dont le musée Magritte fait partie) peuvent-ils refuser le remboursement? Il me semble que les visiteurs doivent être traités de façon égale et qu’il serait bien sûr ahurissant de proposer un ticket combi plutôt qu’un remboursement à des visiteurs qui habitent à 100 ou 10.000 kilomètres ! ».
Il est vrai que le musée Magritte déclare lui-même, lorsqu’il fête ses dix ans en 2019, que son public est composé en moyenne de 67% d’étrangers (avant le début de la pandémie).

La sécurité… Quelle sécurité?

La raison principale donnée à plusieurs reprises par la chargée de communication du musée, outre le manque de moyens financiers et un personnel pas assez nombreux, est la sécurité « qui doit toujours être prioritaire ».
Dans ce débat fort instructif de BX1, la télé bruxelloise francophone, vous pouvez découvrir son argumentaire: https://bx1.be/categories/news/musee-visiteurs-insuffisamment-prevenus-oeuvres-pretees/?fbclid=IwAR3_bgJlkDJS_iGFCDwfHqJhfKNV4otLvuSZwad3dUfbXwe51cHcYZkniUQ

Pourtant, il y aura évolution. Dans un premier temps, un panneau au comptoir indiquera que « quelques œuvres » (mais une quinzaine de toiles, c’est, selon nous, « beaucoup de toiles ») ne sont pas visibles, sans préciser ni leur nombre, ni leurs titres.
Ensuite, quelques mois plus tard, alors qu’à nouveau 14 œuvres sont décrochées, cette fois-ci pour être prêtées au musée Dali en Floride, un panneau indique ce nombre de 14, mais ne mentionne toujours pas les titres des œuvres.
Le reportage de « Images à l’appui » de RTL TVi a filmé ce panneau :
https://www.facebook.com/imagesalappui/posts/2550633081620735

Plainte au Médiateur Fédéral

Le 5 novembre 2018, une plainte est déposée au Service de médiation fédéral pour dénoncer l’autoritarisme des MRBAB.
Texte complet de cette plainte:
http://la-luc.blogspot.com/2018/12/le-musee-magritte-ceci-nest-pas-un-musee.html

Le 9 juin 2020, les MRBAB effectueront un remboursement de 15 euros au visiteur plaignant, après avoir reçu en retour le ticket combi non utilisé par envoi postal.

Le Médiateur Fédéral argumente à partir des deux textes légaux suivants le changement d’attitude de la direction du musée Magritte :

  1. Un extrait du Code civil : « Le vendeur est tenu d'expliquer clairement ce à quoi il s'oblige. Tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur ».

  2. Le texte d’une obligation administrative au niveau fédéral : « L'administration doit utiliser un langage clair et compréhensible, sa communication doit être efficace. Elle doit veiller à utiliser des canaux de communications diversifiés et adéquats pour toucher le plus grand nombre de citoyens concernés ».

Reste à tirer les leçons de ce remboursement parce qu’il est fréquent que de nombreuses toiles quittent les cimaises du musée Magritte et des autres institutions des MRBAB. Le Médiateur Fédéral explique ainsi sa décision datée du 14 avril 2021 : «  (…) Pour l'avenir, les MRBAB ont pris des mesures pour améliorer l'information des visiteurs au sujet des œuvres exposées. Il est certes malheureusement paru très difficile, tant pour des raisons pratiques que d'organisation, que les musées informent en permanence les visiteurs (à l'accueil des musées et sur le site) des œuvres momentanément non exposées pour différentes raisons. Il est apparu par contre plus pratique et efficace d'appeler l'attention des visiteurs sur le fait que, de manière générale, toutes les œuvres possédées par les musées ne peuvent être exposées. C'est ainsi que des avis en ce sens figurent à l'accueil des musées comme sur la page de la billetterie en ligne.

Nous sommes d'avis que ces mesures sont susceptibles d'améliorer l'information des visiteurs et répondent ainsi à vos griefs même si elles ne rencontrent pas exactement les souhaits que vous formuliez. C'est là le résultat que nous avons obtenu suite à nos contacts réitérés avec les MRBAB au cours des derniers mois. Nous vous remercions de nous avoir fait part de vos préoccupations au sujet du fonctionnement des MRBAB et restons à votre écoute si vous deviez exprimer une nouvelle plainte à ce sujet ».

En 2021 : le musée annonce mieux le départ de 17 œuvres à Paris

Comment le musée Magritte tire-t-il la leçon de son « remboursement » à l’occasion du prêt de 17 œuvres, du 19 mai au 19 juillet 2021, au musée de l’Orangerie à Paris pour l’exposition René Magritte « Le surréalisme en plein soleil »?

Il l’indique clairement sur son site dans sa rubrique « Planifiez votre visite » :
https://fineartsmuseum.recreatex.be/Exhibitions/Overview?smallmenu=0/tickets.aspx

Cet avis figure également à l’accueil, dans les les locaux du musée.
La liste de chacune des œuvres en voyage, avec leur titre et une photo figure ici :
https://www.fine-arts-museum.be/uploads/news/files/musee_magritte_museum_travelling_art_works.pdf

Dans la « base de données » du musée, il est indiqué au bas des descriptions si l’œuvre est exposée ou non. L’exemple est probant avec « La moisson » de Magritte (exposée à l’Orangerie de Paris pour le moment) :
http://www.opac-fabritius.be/fr/F_database.htm

La Ligue des Usagers Culturels considère que si la consultation de la « base de données » pour savoir quelles œuvres sont exposées constitue une mesure adéquate pour un public attentif à une peinture ou une sculpture précise, il n’en est pas de même pour le reste du public et donc, il serait utile que l’absence de toute œuvre emblématique lui soit plus directement et clairement signalée. Au médiateur fédéral, la L.U.C. a proposé une définition de ce type d’œuvres : celles que l’institution met en valeur dans sa médiatisation. Par exemple, celles qui figurent sur des cartes postales ou dans les catalogues émis par l’institution.

Texte léonin?

De plus, dans le cadre de la résolution de cette plainte, le Médiateur Fédéral a signalé que les MRBAB avaient fait évoluer l’article 3 de leur « Règlement du visiteur » : « La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines œuvres d’art, en déplacement ou en réparation, ne donne droit, ni au remboursement, ni à une réduction du prix du billet d’entrée » :
https://www.fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/reglement-du-visiteur#

L’avenir nous dira s’il s’agit là d’un texte léonin comme celui que l’on trouve encore trop régulièrement au dos de tickets de spectacles : « Ce ticket ne sera ni échangé, ni remboursé ».

Impossibilité d’admirer la statue de l’île de Pâques

En Fédération Wallonie-Bruxelles, cette problématique n’est plus sensée exister depuis 2006, année de la naissance du Code de respect des usagers culturels, dont les points 2 et 3 traitent de la présente thématique : « Fournir aux usagers avant le déroulement de l’activité culturelle envisagée une information la plus complète » et « Informer les usagers dans les plus brefs délais, en cas de modification substantielle de l’activité concernée. Prévoir au moins des modalités de remboursement des usagers » :
http://www.culture.be/index.php?id=5235

Michel Draguet, le responsable des MRBAB, avait signifié par écrit, le 3 septembre 2007, qu’il souscrivait à ces points, après analyse de son service technique.

Thomas Dermine (PS), le nouveau Secrétaire d’État qui est notamment chargé de la politique scientifique (dont les musées fédéraux) a écrit, le 10 novembre 2020, à La Ligue des Usagers Culturels : «Je fais miens à la fois les objectifs et les 15 premiers engagements du « Code du respect des usagers culturels » (les 3 derniers engagements étant, dans leur formulation, spécifiques à la Communauté française) :
http://la-luc.blogspot.com/2020/11/le-secretaire-detat-des-musees-nous.html

Alors, pour bientôt, un « Code » analogue au niveau fédéral pour éviter d’autres erreurs proches de celle des MRBAB?
Par exemple, le Musée d’Art et d’Histoire, sis au Cinquantenaire, qui oublia d’indiquer à ses visiteurs du fond permanent qu’ils ne pourraient pas admirer l’un des must, une gigantesque statue de l’île de Pâques, car visible pendant plusieurs mois uniquement sur présentation du ticket d’une exposition temporaire…

ANNEXE

Voici d’autres plaintes analogues, ce qui permet de constater qu’une partie non négligeable du public attache de l’importance à cette thématique. Et parfois ne manque pas d’humour. 

  •  Nous sommes hyper déçus de notre visite! Déjà, il n’y avait plus aucun audioguide de disponible et zéro explication dans le musée (…). Résultat nous avons déambulé dans le musée sans savoir ce que nous regardions. Ensuite, on voit partout dans la ville des affiches avec les œuvres les plus connues de Magritte pour faire la promotion du musée. Problème? Il y en a AUCUNE dans le musée (elles sont toutes ou presque aux US). Bref, allez visiter les autres musées ou si vous aimez Magritte, allez visiter la boutique!

  • Des œuvres majeures manquent.

  • Un beau musée présentant une très belle collection des œuvres du peintre mais beaucoup de frustration car de nombreuses peintures ont été prêtées à New-York. Compréhensible mais nous aurions aimé en être informé. Ticket d’entrée à 10 euros.

  • Navrant d’apprendre après paiement des tickets qu’une partie de la collection est absente pour prêt. Pièces manquantes remplacées par œuvres faites en 2018 par peintre contemporain. Impression de bouche trou.

  • Déçu. Je m’attendais à voir les œuvres les plus connues de Magritte. Je les ai photographiées à la boutique. Un comble!

  • Intéressant mais pas complet.
     
  • Très beau musée mais l’entrée est un peu cher pour les œuvres de Magritte que nous voyons, certaines intéressantes, mais manquent les plus importantes (…).

  • Musée sympa mais attention ne venez pas exprès pour les peintures les plus connues. Elles n’étaient pas là quand j’ai eu l’occasion de visiter le musée.

  • Très beau musée, très aéré. Dommage, c’est après avoir franchi l’entrée que nous apprenons que des tableaux ont été prêtés aux USA… et qu’ils sont remplacés par un autre peintre. Visite très agréable malgré tout, avec une vraie volonté de décrire la vie de Magritte.

  • Très déçu. Beaucoup d’œuvres majeures ne sont pas exposées car en déplacement à l’étranger. Le musée manque d’explications hors audioguide, ce n’est pas très ludique.

  • Beau lieu, dommage qu’une partie des toiles étaient aux USA.

  • Un peu décevant car les plus belles œuvres sont en prêt à San Francisco. Intéressant malgré tout.

  • Ceci n’est pas un musée… Blague à part, nous avons appris après avoir payé les tickets d’entrée que, jusqu’en octobre 2018, toutes les œuvres intéressantes et connues de Magritte ne sont pas là mais à San Francisco. Leur absence a été remplacée par un autre peintre largement influencé par Magritte. Du coup, la visite a été beaucoup moins intéressante. J’aurais aimé être prévenu de l’absence de ses œuvres phares avant de payer l’entée… Mais le lieu est sympa…

  • Magritte sans Magritte, il manque l’essentiel de l’œuvre remplacé par un sous produit « à la manière de »… sans talent. Seul, le prix d’entrée et le personnel restent inchangés, l’un en trop, les autres en pas assez.

 

La promotion de « L’Empire des Lumières »
dans une station de métro bruxelloise, durant l'été 2018.

jeudi 18 mars 2021

Réaction positive et instructive du nouveau patron !

 

Bruno Verbert, le nouveau directeur général
des Musées d’Art et d’Histoire.

Bruno Verbert est le nouveau directeur général des Musées d’Art et d’Histoire (MRAH) de Bruxelles qui regroupent :

1 : Le musée du Cinquantenaire,
2 : Le Pavillon Horta-Lambeaux,
3 : Le musée de la Porte de Hal,
4 : La Tour Japonaise et le Pavillon Chinois (en travaux depuis longtemps),
5 : Le Musée des instruments de musique.

L’un de ses premiers actes a été de répondre de façon positive et instructive à une plainte de la Ligue des Usagers Culturels traitée par le Médiateur Fédéral.

NOTRE PLAINTE

Le 12 mars 2021, en un peu moins d’un mois et demi, le Médiateur Fédéral a apporté une réponse circonstanciée à la plainte déposée par l’ASBL « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) à l’égard du Musée d’Art et d’Histoire (MRAH) sis au Parc du Cinquantenaire de Bruxelles.

Il donne raison au plaignant qui regrettait que l’institution avait omis d’indiquer aux journalistes et aux futurs visiteurs le nombre d’estampes exposées dans le cadre d’une exposition temporaire.

Elle se contentait de mentionner qu’on pourrait admirer « certaines » de ses estampes. Alors qu’il est de notoriété publique que les MRAH possèdent une collection de près de sept milles cinq cents estampes japonaises parmi les plus riches et les mieux conservées au monde, son exposition « Exclusif : Pop-Up Estampes Japonaises » qui s’est déroulée durant le week-end des 26 et 27 décembre 2020 en proposa six.

L’absence malencontreuse de ce chiffre (pourtant connu du musée) dans sa communication n’a pas permis de faire prendre conscience à beaucoup qu’il s’agissait d’une exposition d’ampleur limitée. Donc de nombreux médias se sont emballés. En conséquence, un public très nombreux a réservé et l’événement fut rapidement sold out, ce qui créa sur la toile beaucoup de déception. Et parmi les usagers qui avaient réussi à réserver, plusieurs, après leur visite, exprimèrent leur déception sur la page Facebook du musée.

Cette non mention du nombre d’œuvres exposées pourrait se comparer, dans la consommation de la nourriture, à une omission (punissable) sur l’étiquetage (qui peut se lire avant achat) de l’indication du poids du produit.

Voici la plainte de la L.U.C., telle qu’elle a été formulée :
http://la-luc.blogspot.com/2021/02/son-poids-en-fait-que-six-estampes.html


LA RÉPONSE À NOTRE PLAINTE

Voici la décision datée du 12 mars 2020 du Médiateur fédéral :

La réponse du nouveau directeur général des Musées d’Art et d’Histoire (MRAH), M. Bruno Verbergt, que nous avions interpellé au sujet de votre plainte du 1er février 2021, rencontre en tous points vos observations et vos critiques et nous permet par conséquent de clôturer cette plainte.

En résumé, le directeur général :

1 : vous remercie d'avoir pris le temps de faire part de vos observations qui contribuent, comme d'autres, à "améliorer nos prestations et notre communication »;

2 : comprend votre déception et celles de nombreux autres visiteurs de l'événement « Pop-up » consacré aux estampes japonaises, les 26 et 27 décembre dernier, en particulier sur la durée de l’événement;

3 : regrette que les musées n'aient pas répondu d'emblée plus adéquatement à vos messages;

4 : estime que le concept de « Pop-up » est encore trop méconnu; qu'il s'agit d'un événement de durée limitée et de petit échelle; mais que cet concept se prêtait parfaitement à l'exposition d’œuvres fragiles;

5 : estime qu'en raison de cette méconnaissance, les attentes du public ont dépassé l'importance de l'événement et regrette l'absence d’une communication plus adaptée et plus rapide qui eut permis de décevoir moins de visiteurs intéressés;

6 : tire les leçons de cette expérience pour améliorer à l'avenir la communication au grand public et à la presse autour de ce type d'événements.

Nous sommes d'avis que cette réponse rencontre à présent la norme de bonne conduite administrative d'information passive qui recommande notamment aux administrations fédérales de répondre adéquatement aux griefs qui leur sont adressés et procédons par conséquent à la clôture de votre plainte.
N'hésitez pas à contacter notre collaborateur pour toute information complémentaire.

Cordialement,

Le Médiateur fédéral.

mardi 16 février 2021

Son poids? En fait : (que) six estampes…

 

La page d’accueil du site du musée.

 

Le Musée d’Art et d’Histoire sis au Parc du Cinquantenaire de Bruxelles développe un projet astucieux peu onéreux pour tenter de faire revenir le public pendant la période de la pandémie Covid : sortir des réserves quelques œuvres appréciées du public et les mettre en valeur pendant un week-end.

Le titre de cette opération? « Exclusif : Pop-Up Estampes Japonaises ».
Sur les réseaux sociaux, il explique : « Pour terminer en beauté cette étrange année, nous organisons quelque chose de spécial le week-end des 26 et 27 décembre 2020 : vous pourrez venir admirer certaines de nos estampes japonaises ce week-end ! Notre conservateur a fait une petite sélection d’estampes de Hokusai, Hiroshige et Hasui spécialement pour cette occasion ».

Beaucoup de journalistes spécialisés savent que ce musée possède une collection de près de 7.500 estampes japonaises parmi les plus riches et les mieux conservées au monde et ils se souviennent d’une exposition temporaire où nombre d’entre-elles furent présentées avec un beau succès de fréquentation.

Fin 2020, la presse écrite fait grand cas de ce « Pop-Up », les journaux télévisés francophones et néerlandophones y consacrent des reportages comme si c’était une nouvelle exposition temporaire qui va faire sensation. Les réservations battent leur plein et de très nombreux visiteurs potentiels seront frustrés car c’est le sold-out en quelques heures.

IMPRÉCISION ET DES DÉCEPTIONS

Après l’évènement, la majorité des avis sur Facebook seront négatifs alors qu’à l’annonce de ce projet, l’engouement était bien réel :
- Je comprends que les tirages soient vulnérables mais je m’attendais à un peu plus d’une poignée de l’énorme collection que vous avez. Sinon, c’était très bien organisé.
- Je me suis précipité dans la collection permanente pour ne voir que six tirages. Éclairage et présentation médiocres.
- Déçu… Une poignée de tirages d’œuvres magnifiques qui n’ont malheureusement pas été mises en évidence. Une occasion ratée.

La médiatisation aurait sans doute été moins disproportionnée et le public aurait été mieux informé, et donc pas déçu après coup, si le service de communication n’avait pas omis de signaler le « poids » précis du Pop-Up: au lieu d’écrire que le conservateur « a fait une petite sélection » et qu’on pourra admirer « certaines de nos estampes », être simplement précis en indiquant que (seulement) six estampes ont été retirées des réserves. Quand le monde culturel confond malencontreusement information du public et communication…

Cette plainte concernant le Musée d’Art et d’Histoire est significative : elle constitue un nouvel exemple qui illustre concrètement le pourquoi de la 2ème de nos 4 revendications présentées ici à la fin de notre carte blanche publiée par Le Vif :
https://www.levif.be/actualite/belgique/quatre-propositions-pour-mieux-respecter-les-visiteurs-des-musees-federaux/article-opinion-1343325.html?fbclid=IwAR2WU6CxtHGtCWvQdmUC-ogKUv1YQkiU830TyD41S4DcNHoAkfSm7PXQ3dc


AUCUNE RÉPONSE POUR NOS DEUX QUESTIONS

Le Musée d’Art et d’Histoire n’a pas répondu à nos deux questions envoyées le 22 décembre 2020.

Voilà donc un nouvel exemple de non respect des visiteurs qui devrait être pris en compte pour créer un « Code de Respect des Usagers Culturels ».
En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce cas de figure est répréhensible puisque l’un des quinze points du Code prévoit le droit à une réponse aux plaintes des usagers dans le mois et de manière détaillée.

Cette création d’un Code au niveau Fédéral constitue la première de nos 4 revendications présentées ici à la fin de notre carte blanche publiée par Le Vif :
https://www.levif.be/actualite/belgique/quatre-propositions-pour-mieux-respecter-les-visiteurs-des-musees-federaux/article-opinion-1343325.html?fbclid=IwAR2WU6CxtHGtCWvQdmUC-ogKUv1YQkiU830TyD41S4DcNHoAkfSm7PXQ3dc

Voici donc les deux questions pour lesquelles nous n’avons reçu ni accusé de réception, ni réponse.

- 1 : Votre exposition Pop-Up se compose de six estampes sorties de vos réserves. Pourquoi ce chiffre six n’a-t-il pas été indiqué dans vos informations?
Considérez-vous qu’il aurait mieux valu que votre service de communication l’indique?
Il s’agit un peu du « poids » de votre activité. Cette information aurait permis de faire mieux comprendre au public l’ampleur de votre initiative (que par ailleurs je trouve très sympathique et utile… sachez que j’ai soutenu, par exemple, le Grand Cursius à Liège quand il mit en exergue, à l’entrée de son institution, chaque mois, une œuvre différente, « L’Objet du mois » : http://www.consoloisirs.be/dimanches/091004.html).

- 2 : Pourriez-vous nous indiquer combien de temps au maximum, afin de les préserver, vous pourriez sortir de vos réserves et exposer ces six estampes?

 

Extrait de la page Facebook du Musée.
Il est indiqué « certaines de nos estampes ».
Le nombre de celles-ci n’est pas mentionné,
à savoir, six estampes,
ce qui semble bien peu pour une telle communication. 


 

mercredi 16 décembre 2020

Un Code des usagers qui serait utile aussi aux institutions fédérales elles-même !



Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR) a heureusement réussi à mettre fin à la «pratique» suivante dommageable pour son public.
Si un Code fédéral des usagers culturels existait et avait consacré un de ses points à une leçon tirée de cette expérience, le nouveau musée de la KBR (Bibliothèque Royale) qui vient d’être inauguré durant le premier déconfinement 2020 aurait pu s’en inspirer.
Ainsi, pareil Code serait aussi utile aux organisateurs culturels fédéraux.


Frida Kahlo et El Greco


De quoi s’agit-il?
Pour son exposition «Frida Kahlo y su mundo» (du 16 janvier au 18 avril 2010), B0ZAR indique sur son site: «Accès à heure fixe. Réservations conseillées». Cet avis est répercuté par la presse écrite. Sur le site de l’organisateur, il est également mentionné que la réservation par téléphone est impossible.
Se procurer une place à l’avance via internet, c’est sans obstacle pour les visiteurs qui paient le prix plein (8,00 €) ou qui bénéficient des réductions les moins importantes (5,00 € pour les +60 ans ou les -26 ans).

Par contre, il est techniquement impossible de réserver sur le site pour les personnes qui ont droit aux réductions les plus fortes: les professeurs et les demandeurs d’emploi (3,00 €), ainsi que les «Article 27» (1,25 €).

Exemple d’un problème concret survenu suite à cette discrimination: le samedi 23 janvier 2010, trois visiteurs venus de Flandre purent visiter l’exposition car ils avaient payé 8 € avec réservation par internet. Mais ils étaient accompagnés par cinq professeurs qui ne pouvaient pas réserver de cette façon, à cause de leur forte réduction. Comme c’était sold out, ils n’ont pas pu entrer. À quoi donc cela sert-il d’accorder des réductions si les personnes à qui on juge socialement utile d’offrir pareil avantage sont contraintes de se déplacer une première fois à B0ZAR pour réserver, et une deuxième fois pour enfin visiter l’exposition?
Qu’est-ce qui empêche l’institution de vérifier, quelques instants avant leur visite, si les détenteurs des réductions à 3 € et 1,25 € ont bien droit à pareils avantages? C’est d’ailleurs bien prévu pour les +60 ans ou les -26 ans (réductions à 5,00 €) qui, eux, peuvent réserver via internet et seront invités à montrer leur carte d’identité lors de la réception de leur place.

À une plainte envoyée le 25 janvier 2010, suivie de son rappel le 3 février 2010, le directeur du lieu, Paul Dujardin, répond le 18 février 2010. Il ne prévoit pas d’élargir la possibilité de réserver par internet aux trois catégories d’usagers «exclus». Sa réponse se termine par ce qu’on peut considérer comme une promesse: «Nous nous attelons à trouver une solution pour toute personne qui nous informe d’une difficulté spécifique. C’est d’ailleurs, vous le savez, une volonté (de Bozar que) d’ouvrir nos activités à toutes les catégories de visiteurs et notre politique tarifaire s’inscrit dans cette perspective».
Aucun changement ne sera mis en place avant la fin de cette exposition. Elle n’est pas un cas isolé: le même processus discriminatoire de réservation via internet a été utilisé plus tard par BOZAR pour d’autres expositions comme celle consacrée à El Greco (du 4 février au 9 mai 2010).


La solution de BOZAR


En 2020, une solution a été trouvée. Le service de presse de BOZAR nous explique: les réservations en ligne pour les expositions sont obligatoires depuis la réouverture des expositions, le 19 mai 2020, en raison de la crise Covid (uniquement des ventes en ligne, pas d’argent liquide, nominativement en raison de la traçabilité et dans des créneaux horaires avec une limitation du nombre de personnes).
Pour pouvoir bénéficier de l’une des réductions, BOZAR demande aux visiteurs de fournir une attestation.Ils peuvent envoyer une copie de leur attestation par e-mail. Après, BOZAR contactera ces personnes pour le paiement du ticket. Il est proposé de faire la demande un jour avant la visite.


Si le Code avait tiré la leçon…


À moins d’un kilomètre de BOZAR, à la mi-septembre 2020, est inauguré le nouveau musée de la KBR (la Librairie des Ducs de Bourgogne) et certains visiteurs se retrouvent face au même problème que ceux vécus lors de l’exposition «Frida Kahlo y su mundo». 

En effet, l’institution inscrit dans sa tarification (alors qu’on réserve par tranche horaire, 50 visiteurs maximum par heure) «Les tickets gratuits sont seulement disponibles sur place». Conséquence: les moins de 18 ans, les chômeurs et les moins valides doivent venir sur place (puisque leur entrée est gratuite), et si c’est plein, tant pis pour eux.

Suite à une plainte de La Ligue des Usagers Culturels, une réponse sera donnée rapidement par Églantine Lebacq sur la page facebook «Bruxelles est en Bourgogne»: «Pour notre système de réservation des tickets gratuits en ligne, nous sommes bien conscients du problème actuel et nous mettons tout en œuvre pour y remédier au plus vite».

Quelques jours plus tard, le site KBR prévoira, pour le public qui a droit à l’entrée gratuite, la possibilité de réserver sa place via internet comme tous les autres visiteurs, avec cette remarque particulière qui est tout-à-fait normale: «(…) Les visiteurs bénéficiant de la gratuité doivent prouver qu’ils y ont droit. Après vérification, vous recevrez un ticket d’accès au musée».