Affichage des articles dont le libellé est Code des usagers culturels. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Code des usagers culturels. Afficher tous les articles

samedi 6 avril 2024

Un musée de Verviers malmène son mécène humaniste


L’inauguration de la réouverture du Musée des Beaux-Arts de Verviers en janvier 2024 après les inondations de 2021 (photo extraite du profil facebook de la ministre Bénédicte Linard).

Dès le 15 avril 2024, le Musée des Beaux-Arts de Verviers retrouve son obligation fort originale voulue depuis 1885 par son mécène : être « accessible au public, à titre gratuit, au moins deux fois par semaine».
Lorsque la Ligue des Usagers Culturels a découvert qu’il avait été mis fin à cette gratuité « pour tous », elle a déposé plainte auprès du Musée. Comme quoi, être attentif aux droits culturels du public est utile.
Pourtant, l’histoire ne se termine pas si bien… Le mécène aurait dû être sans doute plus précis dans la formulation de cet avantage pour les visiteurs…

Depuis 1885

Les obligations contractées avec des sponsors sont souvent appliquées avec ferveur, voire révérence, comme, par exemple, leur garantir les meilleures places pour assister à un spectacle.

Et qu’en est-il d’accords conclus avec des mécènes qui, eux, parfois, rêvent de démocratisation de la culture?
Que la sombre histoire Verviétoise qui suit reste unique en son genre…

Avant les inondations de la mi-juillet 2021 qui ont dramatiquement endommagé le musée des Beaux-Arts de Verviers (près de Liège), celui-ci pratiquait une gratuité « pour tous » tous les mercredis et dimanche de 13H à 17H.
Lors de la réouverture de cette institution, cet avantage disparait dans la présentation de la nouvelle tarification.

Il faut savoir que l’Arrêté royal du 23 janvier 1885 autorise le conseil communal de Verviers à accepter la « donation Renier » en faisant référence à l’acte notarié du 12 août 1884 par lequel Jean Simon Renier « fait donation entre-vils et irrévocable à cette ville » d’une collection d’art (un remarquable ensemble d’œuvres gravées des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, des peintures, des céramiques et des sculptures) sous diverses conditions parmi lesquelles le fait que le musée communal « soit accessible au public, à titre gratuit, au moins deux fois par semaine ». C’est le 22 mai 1885 que Mr Renier, « par acceptation pour signification », déclare avoir pris connaissance de l’Arrêté Royal qui approuve la donation.

Le site internet actuel (avril 2024) du musée est très loquace sur ce donateur mais omet d’indiquer qu’il avait demandé la création de cette gratuité pour tous les visiteurs. Cela ne me semble pas fort éducatif à l’égard du public d’aujourd’hui que de lui soustraire cette information significative et relativement rare: https://musees.verviers.be/les-implantations/footer-mini-site

 
Qu’est-ce qui n’est pas renseigné sur le site du musée à propos de la donation Renier?

Une plainte qui aboutit

Le 2 février 2024, la Ligue es Usagers Culturels (L.U.C.) écrit à Caroline Henry, le directrice des musées de Verviers, afin de savoir si le respect de cette partie de l’accord avec le mécène n’est plus d’actualité.

Le 12 février 2024, elle répond qu’une nouvelle formule intermédiaire a désormais cours, à savoir la gratuité du premier dimanche du mois.
Le compte est vite fait: cette évolution rétrécit chaque mois par huit l’obligation voulue par le mécène. Pour tenter d’expliquer ce choix, elle énumère d’autres instruments en cours dans son institution «permettant une accessibilité pour les publics les plus précarisés et les autres publics ».

Le 1er mars 2024, la L.U.C. dépose plainte officiellement « pour non respect d’un avantage destiné aux visiteurs scellé avec le donateur Renier ».
Le musée est aidé par la Fédération Wallonie Bruxelles et doit donc respecter les 15 points du Code des usagers culturels. Ainsi il est obligé de répondre de manière circonstanciée dans le mois. Si ce n’était le cas, ou si la L.U.C. n’était pas d’accord avec le contenu de sa réponse, il lui est loisible ensuite de relayer cette situation conflictuelle auprès de l’Administration Générale de la Culture « qui est chargée de la traiter dans un délai raisonnable et d’en informer le Médiateur de la Fédération Wallonie-Bruxelles ».
https://www.culture.be/vous-cherchez/droits-des-usagers-et-publics-de-la-culture/

L’affiche qui détaille les 15 droits de l’usager culturel se découvre à l’entrée et à la sortie du musée verviétois.

Dans ce courrier, la L.U.C. réplique ainsi à une partie de l’argumentaire qui lui a été fourni pour tenter de justifier l’évolution tarifaire.

«  (…) Vous expliquez : « S’y ajoutent également divers autres instruments permettant une accessibilité facilitée pour les publics les plus précarisés (article 27, Pass Museum pour article 27) et les autres publics (Pass Museum, gratuité scolaire, gratuité pour les enfants, etc.) ».
Le Pass Museum ne doit pas entrer dans notre discussion car il ne s’agit nullement d’une gratuité et, en plus, il faut avoir la possibilité économique de débourser un an à l’avance le financement de ses futures visites.
Les mesures pour des publics spécifiques (pour les enfants, par exemple) coexistent habituellement en culture et ne remplacent pas les gratuités pour tous. Ce sont des sujets différents qui se complètent et donc qui ne s’excluent pas. Nous ne voyons donc pas de raison d’en parler pour tenter de justifier ou d’adoucir l’interruption d’une obligation vous liant au mécène.
Enfin, il y a la gratuité du premier dimanche du mois mais il nous semble peu adéquat de la mentionner dans le présent dossier. Pourquoi organiser ainsi l’éclairage sur un jour de gratuité pour tous par mois… ce qui met à l’ombre les sept autres jours par mois que votre institution est censée appliquer pour respecter la volonté de votre mécène? ».

La L.U.C. demande également dans sa lettre à quelle date sera rétabli un horaire qui respecte l’accord conclu avec le mécène.

Dans les délais prévus par le Code des Usagers Culturels, le 22 mars 2024, sous entête « Verviers Musées », une lettre informe la L.U.C. que le Collège Communal en sa séance du 21 mars 2024 prend en compte sa plainte et lui donne raison. La tarification va être réaménagée. Le musée sera accessible au public, à titre gratuit, au moins deux fois par semaine, dès le 15 avril 2024.

Pas pour travailleurs et étudiants

Cette décision respecte-t-elle l’esprit de l’accord conclu avec Jean Simon Renier?
En tous les cas, le nouvel horaire prévu « deux fois par semaine »  est un camouflet pour la population active (travailleurs, étudiants) car ils n’y auront plus accès.
D’autre part, une nouvelle mesure complémentaire désormais officialisée pour y avoir accès (et pas prévue explicitement dans l’accord avec le mécène) empêche toute visite spontanée du public et contraint le futur visiteur à communiquer ses coordonnées à l’institution.

Quel est donc cet horaire proposé par la « Commission administrative des musées » et décidé ensuite par le Collège Communal? Désormais, le musée sera gratuit les lundis et mardis (non fériés) de 10H à 12H sur réservation préalable 15 jours à l’avance via l’e-guichet de la ville.

Est-ce ainsi que cette institution développera le nombre des visites, ce qui pourrait lui permettre peut-être de prétendre à des aides publiques plus importantes?

L’autre élément interpellant au niveau économique, c’est que les deux nouveaux jours sélectionnés pour cette « gratuité pour tous » sont les lundis et les mardis alors que dans l’horaire habituel, ces jours-là, le musée est fermé. Donc, ce sont autant de nouvelles heures de travail pour des gardiens, ce qui est un sacré budget, à moins que les décideurs ne se soient dit que l’obligation de réserver deux semaines à l’avance serait dissuasive au point que la population ne se déplacerait pas, la porte d’entrée du musée resterait close, d’où l’absence de personnel accueillant, et autant de tickets gratuits non accordés. Bref, organiser de façon machiavélique deux fois deux heures de gratuité hebdomadaire pour qu’elles soient un bide.

La façade du musée.

Un beau souvenir

Documentation: à quoi ressemblait ce musée avant les inondations, et à une époque où il respectait mieux son public?

http://www.consoloisirs.be/dimanches/090503.html

À l’époque, cette institution aimait aussi beaucoup la gratuité du premier dimanche. Et à un point tel qu’elle mettait en exergue, ce jour-là, mois après mois, une œuvre différente.
Deux années de suite, la ville publia même un calendrier destiné à la population avec les photos de ces douze œuvres particulièrement célébrées. Magnifique!

Bravo !

À l’occasion de cette plainte, à la demande de la L.U.C., le Musée a rajouté sur son site le lien vers internet qui permet au public de découvrir les 15 points du Code des Usagers Culturels :
https://musees.verviers.be/les-informations-pratiques

Ce texte est également affiché à l’entrée et à la sortie du musée et des exemplaires papier sont à disposition des visiteurs, sur demande auprès des agents d’accueil (voir deux photos). 

Pour ramener chez vous le texte de vos 15 droits, il suffit de le demander à l’agent d’accueil du musée des Beaux-Arts de Verviers.

jeudi 16 mars 2023

La Boverie doit répondre aux plaintes


Enfin, la présente plainte a porté ses fruits en mars 2023.
Pour la troisième fois, le Musée de La Boverie était surpris, les doigts dans le pot de confiture, au fil des années, à propos d’une absence d’information, toujours la même, qui pouvait être trompeuse, voire manipulatrice, à l’égard de ses visiteurs.

Heureusement que ceci se passe en Fédération Wallonie-Bruxelles car les organisateurs culturels subsidiés y sont obligés de répondre dans les trente jours de manière circonstanciée aux plaintes écrites des usagers culturels.
C’est le thème du point 15 du Code des Usagers Culturels qui existe depuis 2016 et qui a été rappelée à ceux et celles qui reçoivent des subsides, à la mi-décembre 2022.

Comme la direction du Musée de la Boverie n’avait répondu ni à la plainte, ni à son rappel, le ministère de la culture est intervenu et le lien s’est alors rapidement établi entre ce musée de la ville de Liège et l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) qui a traité ce dossier.

Et il en ressort que les deux points qu’elle abordait étaient justifiés et que donc, très probablement, La Boverie va évoluer concrètement sur le long terme dans son quotidien, concernant ce sujet.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le débat contradictoire entre usagers, organisateurs et créateurs est donc possible. Pareil fait est si rare dans notre vie collective qu’il mérite d’être souligné, apprécié… et utilisé, et tout particulièrement en faveur du bien commun.

Voici en quatre points (A, B, C, D), l’intégralité des échanges d’e-mails qui ont mené à ces deux changements concrets, utiles à tous les futurs visiteurs.

En espérant que beaucoup d’autres institutions culturelles évoluent de même.

« La famille Soler » de Picasso est un tableau imposant qui est classé « trésor » par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Il est l’une des oeuvres du Musée de La Boverie parmi les plus convoitées pour prêt par les expositions les plus prestigieuses du monde entier.
Si vous désirez voir entièrement ce tableau, regardez cette vidéo : https://www.rtc.be/video/culutre/muse/lige-chefs-d-oeuvre-la-famille-soler_1503041.html
Notre photo ne vous le fait que deviner et pourtant elle ne manque pas d’intérêt.
Elle a été prise de 5 septembre 2010. Ce jour-là, un groupe de visiteurs faisait la fête à la «gratuité du premier dimanche du mois». Or, il était interdit de photographier notamment cette peinture de Picasso. Et donc, en résistance ludique, ce n’est pas une photo de la toile elle-même qui a été prise, mais bien celle de cette bande d’amis qui s’agglutinaient devant.
Lire ici, le dernier paragraphe intitulé «Interdit, ou pas, de photographier» qui détaille cette action symbolique : http://www.consoloisirs.be/dimanches/100905.html

A : LA PLAINTE

Le 15 décembre 2022, est envoyé par le président de la L.U.C. une plainte en deux parties à la direction du Musée La Boverie de Liège :

À l’attention de Monsieur Pierre Paquet, Directeur - Copie à l’échevin de la culture Mehmet Aydogdu

Monsieur le Directeur,

Je me permets de déposer auprès de vous une double plainte concernant la façon dont La Boverie informe ses visiteurs avant qu’ils n’achètent leur ticket.

POINT 1 : Défauts d’information.

Jusqu’au 19 février 2023, plusieurs œuvres maîtresses de La Boverie sont exposées en Suisse au Kunstmuseum Basel, pour l’exposition «La modernité déchirée. Les acquisitions bâloises d'art dégénéré»: celles de Paul Gauguin, James Ensor, Marie Laurencin et Pablo Picasso.

Le 20 novembre 2022, la page de facebook laboverieliege l’a indiqué : «Les œuvres voyagent... Quatre œuvres majeures de la collection du musée, issues de la Vente de Lucerne, ont récemment été décrochées des cimaises liégeoises».

Mais cette information n’est pas suffisante. Nous avons reçu une plainte d’un visiteur qui souhaite conserver l’anonymat, plainte qu’il nous demande de porter ici.

La liste de ces œuvres momentanément non exposées et les noms de leurs auteurs n’est pas présentée aux visiteurs potentiels, ni sur le site du musée, ni dans son hall d’entrée (si possible sur, ou proche du comptoir), et ce, avant que ceux-ci ne paient leur ticket.

Par contre, sur le site du musée, dans le texte « Collection permanente », on découvre durant cette période de prêt des quatre œuvres un texte qui détaille un « moment fort du parcours est consacré aux œuvres achetées lors de la vente de Lucerne (Suisse) en 1939 ». À côté de ce texte, l’onglet très voyant « RÉSERVER » mène à l’achat du ticket, sans aucune annonce des titres de chacune de ces œuvres non accessibles pendant plusieurs mois: https://billetterie.laboverie.com/index-css5-laboverie-pg1.html

Cette double absence d’information au public ne respecte pas notre législation économique qui veut qu’avant achat, le vendeur est tenu d'expliquer clairement à l’acheteur ce à quoi il s’oblige et que «tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur».

D’autre part, elle est également contraire au point 2 du Code des usagers culturels qui s’applique en Fédération Wallonie Bruxelles : «Fournir aux usagers - avant le déroulement de l’activité culturelle envisagée et si l’accès est payant, avant le paiement du billet d’accès - une information la plus complète qui ne porte pas d’indications ou de représentations susceptibles de les induire en erreur, notamment sur la nature, l’éventuel prix d’accès, la durée et la date de l’activité». Code que l’on peut découvrir ici : https://www.culture.be/index.php?id=5235

En Belgique, le Musée Magritte à Bruxelles n’avait pas non plus indiqué explicitement au public avant paiement du ticket les titres des œuvres non exposées momentanément de son fond permanent et il a été obligé par le Médiateur Fédéral de rembourser un ticket à un visiteur qui s’est plaint, suite à un combat de plusieurs années mené par la Ligue des Usagers Culturels (L.U.C.).
Voici le détail des étapes de ce combat :https://www.culture.be/index.php?id=5235

En France, la L.U.C. vient également de gagner un combat analogue. la Fondation Vasarely d’Aix-En-Provence nous écrit, le 2 novembre 2022, en réponse à notre plainte : «Nous avons bien pris en compte votre remarque dés votre premier envoi de mail en inscrivant la mention suivante : Chers visiteurs, l'alvéole n°6 est temporairement fermée pour cause de restauration. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour la gêne occasionnée. Cette mention est visible sur notre affichage tarifaire en billetterie / boutique et apparaît également sur notre site internet : https://www.fondationvasarely.org/horaires-et-tarifs/.».

Il se fait que l’institution culturelle établie à La Boverie, au fil des années, a été déjà prise en défaut à propos de cette thématique à plusieurs reprises (voir annexe 1).

Puisque les fêtes de fin d’années de 2022 approchent, pourriez-vous remédier rapidement à ce double manque (une information écrite à l’accueil pouvant sans doute se concrétiser plus rapidement qu’une évolution du site internet), afin de mieux respecter l’information adéquate de vos futurs visiteurs?

POINT 2 : Où sont les deux affiches obligatoires?

Nous constatons également que La Boverie ne respecte pas actuellement le point 1 du Code : «AFFICHER LE PRÉSENT CODE EN ÉVIDENCE, à l’entrée et à la sortie de tous les lieux où il accueille les usagers et sur son site Internet ».

Vous trouverez ici la liste des 15 points du Code à respecter :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Historiquement, cette place (le point 1) n’a pas été suggérée par hasard par le groupe de travail préparatoire à la rédaction de ce Code. Il avait conscience que ce principe d’affichage était essentiel pour que le public découvre ainsi le contenu de ses droits, car pareille démarche était, et reste d’ailleurs, tout-à-fait inhabituelle pour ce dernier.
Et pourquoi si précisément « à l’entrée et à la sortie »?
À l’entrée pour que l’usager découvre ses droits dès son arrivée à l’activité, ce qui lui permettra d’être attentif à ce qu’ils soient respectés durant celle-ci. Et à la sortie, pour le public qui aurait eu affaire à une difficulté. Alors, celui-ci sera bien content de relire les démarches à entreprendre pour la résoudre.

Pourriez-vous trouver une solution rapidement à cet autre manquement?

ANNEXE :

Il y a donc au moins deux antécédents concernant ce manque d’information du public avant qu’il ne paie soin ticket.

EXEMPLE N°1

Extrait du livre « Les musées aiment-ils le public? » de Bernard Hennebert, publié aux éditions « Couleur livres », sous le sous-titre « Je retiens votre idée… » : http://www.consoloisirs.be/presentation/livre04.html

(…) L’exemple suivant peut induire que, pour certains conservateurs, toute évolution, même limitée par rapport à la problématique que nous venons de soulever, reste inconcevable. Et lorsque des promesses sont faites, elles ne seront pas tenues.

Le Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC) situé dans le Parc de la Boverie à Liège détient neuf toiles de première importance acquises à la vente de Lucerne en 1939. Par son organisation, Hitler voulait voir ce qu’il considérait être « de l’art dégénéré » quitter les musées allemands.
Une œuvre majeure de Picasso ainsi acquise, La famille Soler, datant de 1903, fut notamment présentée à l’exposition Picasso et les Maîtres du 8 octobre 2008 au 2 février 2009 aux Galeries Nationales du Grand Palais à Paris.
Cette peinture, le « clou » du musée, et deux autres, n’étaient pas exposées lors de ma visite du 25 avril 1998. J’envoie la lettre suivante, quatre jours plus tard, à sa conservatrice, Françoise Safin-Crahay : «...C’est votre dépliant qui m’a donné envie de découvrir votre musée. Il reproduit notamment trois œuvres célèbres de votre collection permanente : « Les masques et la mort » de James Ensor, « la famille Soler » de Pablo Picasso et « Le sorcier d’Hiva-Oa » de Paul Gauguin. Hélas, ces toiles n’étaient pas exposées. Je peux comprendre que des peintures ne soient pas présentées temporairement. Par contre, je trouve tout-à-fait incorrect qu’un avis informant le visiteur de ce fait ne lui soit pas accessible avant qu’il ne paie son entrée (50 FB). Voici mes deux questions. Pourriez-vous m’indiquer s’il existe une pratique déontologique qui va dans ce sens, dans votre profession ? Pourriez-vous prendre l’initiative de mettre en place ce type d’information pour vos visiteurs ? Quand ? ».
Cette lettre et son premier rappel, un mois plus tard, restèrent sans réponse. Le 27 juin, je dus donc envoyer un second rappel en recommandé auquel me répondit la conservatrice, le 16 juillet 1998 : « Notre dépliant de présentation est destiné à donner une idée de nos collections mais pas nécessairement de ce qui est exposé. En effet, notre musée conserve plus de 1.000 œuvres dont seulement 100 à 200 sont exposées. Un roulement est effectué dans l’accrochage afin qu’un maximum d’œuvres soient montrées sur une année. De plus, certaines œuvres sont prêtées à des expositions temporaires, ou parties en restauration, ou sont remises en réserve pour faire place à d’autres. Je pense que c’est le cas de tous les musées et je n’ai pas connaissance de règles déontologiques à ce sujet. Je retiens votre idée de signaler l’absence d’œuvres (du moins celles qui sont dans le dépliant qui propose 22 œuvres, au comptoir d’entrée, afin d’éviter toute surprise au visiteur ».
Cinq mois plus tard, j’effectue une visite de contrôle décevante. Je réécris donc à la direction du MAMAC : « Ce 21 novembre, je découvre que vous ne signalez pas au comptoir d’entrée que les toiles suivantes présentées dans votre dépliant ne sont pas exposées : « Le sorcier d’Hiva-Oa » de Paul Gauguin et « La maison bleue » de Chagall. Or, cela fait plusieurs mois que ces deux toiles ne sont plus exposées dans votre musée : la première est présentée à la Fondation Pierre Gianadda de Martigny, du 10 juin au 22 novembre 1998 (cette œuvre illustre d’ailleurs l’affiche de cette exposition), et la seconde peut s’admirer à l’exposition consacrée à Marc Chagall dans la salle Féronstrée à Liège, du 25 septembre au 20 décembre 1998. J’aimerais donc savoir ce que signifie votre expression « je retiens votre idée de signaler... » ».

La conservatrice qui avait mangé son chapeau ne répondra ni à cette lettre, ni à ses deux rappels, le dernier étant à nouveau envoyé en recommandé.
Solide leçon sur le « non droit » absolu de l’usager actif d’un établissement à vocation culturelle. Et sur l’importance de conquérir un simple acquis qui constitue la base indispensable pour tout début de dialogue : le droit pour le public de recevoir une réponse détaillée. A fortiori pour des lettres qui ne se contentent pas d’être plaintives mais qui détaillent des propositions de solutions réalistes et peu onéreuses, utiles pour l’ensemble des visiteurs.

Quant à la problématique concrète soulevée, j’ai eu l’occasion à la mi-juin 2008 de la soumettre publiquement à deux personnalités françaises de premier plan, en participant à « Vive la Culture ! », le Forum du quotidien Libération organisé au Théâtre des Amandiers à Nanterre.
Au cours du débat « Jusqu’où ira le mécénat ? », Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la culture, puis directeur du Château de Versailles, et Françoise Cachin, directrice honoraire des Musées de France, constatèrent que de plus en plus d’œuvres étaient prêtées ou louées à des tierces institutions muséales. À ma question de savoir s’il ne devenait pas évident, dès lors que le public devrait être informé avant d’acheter son ticket de ce qui était réellement exposé, ils constatèrent qu’effectivement il n’était plus adéquat de simplement signaler, comme cela se pratique actuellement, ces décrochages à l’endroit où lesdites œuvres auraient pu être admirées et qu’il faudrait trouver à l’avenir le moyen d’informer, dès le hall d’entrée du musée, de leur accessibilité ou non, au moins pour les œuvres maîtresses.

Encore faudra-t-il passer des déclarations aux actes.

EXEMPLE N°2

Voir ici, le point 14 dans la partie B intitulée « 14 propositions pour le Prix Flop » :
http://la-luc.blogspot.com/2019/01/liste-complete-des-propositions-pour.html

Du 21 décembre 2018 au 18 août 2019 se tient à La Boverie de Liège l’exposition temporaire « Liège. Chefs-d’œuvre » qui se définit comme un voyage inédit à travers «  (…) 200 oeuvres-phares » de la collection du musée des Beaux-Arts de Liège.

À propos du nom «PICASSO» mentionné en deuxième position sur cette affiche, le directeur actuel du Musée de la Boverie : «À l’époque, la direction du musée était autre et nous aurions pu, en effet, privilégier l'ordre alphabétique à l’ordre aléatoire. Nous prenons bonne notre de votre suggestion».
Il s’agit que l’exposition temporaire « Liège. Chefs-d’œuvre » qui s’est déroulée du 21 décembre 2018 au 18 août 2019 à La Boverie de Liège.
Alors que la toile « La famille Soler », l’une des plus connues du musée, ne fut pas exposée pendant une partie de cette exposition, cette affiche est censée faire allusion à une autre toile de Picasso, petite et peu connue, de cette institution.
À quelle toile pensent donc les visiteurs en découvrant cette affiche?
Ceci pose le problème du droit à l’information de l’usager culturel. La communication a pris la place de l’information quasi partout, avec ses dérives.


La promotion (dépliants, affiches, site), propose une liste d’une vingtaine de noms de famille d’artistes exposés, en lettres majuscules. Ceux-ci ne sont pas présentés par ordre alphabétique mais apparemment par ordre d’importance. Le nom de PICASSO figure en deuxième position (après INGRES, et suivi par ENSOR, MONET, GAUGUIN et LÉGER dont les œuvres constituent depuis longtemps les « oeuvres-phares » de l’institution).

Est bien exposée une toute petite toile de Picasso, « Deux têtes », pas du tout mise en évidence puisque placée tout en haut d’un panneau, quasi invisible pour les visiteurs qui mesurent moins de 1m70, à moins qu’ils se promènent avec un escabeau, ce qui est sans doute interdit.

«Deux têtes»: toute petite toile de Picasso acquise par le Musée de La Boverie.

Il ne s’agit bien entendu pas de la fameuse œuvre de Picasso détenue par le musée, l’un de ses « must » célébré depuis son acquisition en 1939 dans tous les guides touristiques : « La Famille Soler ». L’une des toiles maîtresses de l’historique acquisition de la Ville de Liège lors de la vente d’art « dégénéré » (selon les nazis) à Lucerne : https://www.laboverie.com/les-collections/le-musee-des-beaux-arts/historique-des-acquisitions-de-la-ville-de-liege/les-acquisitions-de-la-ville-de-liege

En fait, cette toile n’est pas exposée, du moins durant les premiers mois de l’exposition « Liège. Chefs-d’œuvre » car ce tableau imposant qui est classé « trésor » par la Fédération Wallonie-Bruxelles a été prêté au Musée d’Orsay de Paris pour son exposition « Picasso. Bleu et rose »   (du 18/09/2018 au 06/01/2019).

Il ne s’agit pas ici de critiquer cette absence mais de dénoncer le fait que l’affichage et les dépliants peuvent laisser imaginer que « La Famille Soler » est bien exposée. Plusieurs gardiens de La Boverie ont d’ailleurs confirmé à un visiteur que plusieurs personnes leur avaient demandé où était placée cette toile et avaient regretté son absence.

Ce n’est pas respecter le visiteur que de ne pas placer un avis précis sur cette absence, notamment sur le comptoir à l’entrée, ce qui permet au public d’avoir connaissance du contenu de l’exposition avant d’acheter son ticket.

B : LE RAPPEL … AVEC UN MERCI !

Aucune réponse circonstanciée (et même pas un accusé de réception) n’est adressé dans les 30 jours (comme c’est obligatoire) à la L.U.C.

Le 18 janvier 2023, un premier rappel est envoyé sous la forme suivante.

Monsieur le Directeur,

Je suis très content que vous avez tenu compte concrètement du point 1 de notre plainte envoyée le 15 décembre 2023. Je vous en remercie vivement.

En effet, vous avez affiché à l’entrée un grand panneau avec photos qui indique quelles œuvres de votre collection permanente qui ne sont pas exposées momentanément.

Vous avez détaillé des informations analogues sur votre site, en évidence, avec les photos de quatre de vos œuvres, sur la page d’accueil et dans la rubrique « Votre visite » :
https://www.laboverie.com/les-collections/le-musee-des-beaux-arts/oeuvres-de-la-collection-permanente-actuellement-en-pret

Cependant, je m’étonne que, depuis plus d’un mois, vous n’ayez ni accusé réception, ni répondu à notre lettre. Pourtant le Code des usagers, dans son quinzième point vous y oblige :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Pourriez-vous donc nous répondre, pas pour la forme, mais surtout pour aborder le point 2 de notre plainte pour lequel nous sommes sans réaction de votre part?

C :  FACE AU SILENCE, PLAINTE AU MINISTÈRE

Un mois plus tard, malgré ce rappel envoyé le 18 janviers 2023 (lire ci-dessus), aucune réponse n’est envoyée par la direction du Musée de la Boverie à la L.U.C.

La L.U.C. dépose alors plainte, le 21 février 2023, auprès du «Guichet Culture» de notre Ministère de la Culture, à l’adresse suivante : culture.info@cfwb.be

Le fait de ne pas répondre de façon détaillée à une plainte est grave et l’organisateur qui commet cette infraction peut risquer gros :
« Les sanctions appliquées par la Fédération Wallonie-Bruxelles seront proportionnelles à la gravité et la récurrence des manquements aux engagements. Exemples de sanction : «suspension temporaire d’une partie de la subvention accordée, suspension temporaire de la totalité de la subvention accordée, diminution de la subvention accordée, résiliation de la convention ou du contrat programme. La Fédération Wallonie-Bruxelles ne sanctionnera les opérateurs culturels défaillants qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre».

À l’attention des responsables du « Guichet Culture »

Le 21 février 2023,

Madame, Monsieur,

Je me permets de déposer plainte auprès de vos service comme prévu par la Code des droits des usagers culturels :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Pierre Paquet, le directeur du Musée de le Boverie de Liège, n’a ni accusé réception, ni répondu de manière circonstanciée, à ma double plainte adressée le 15 décembre 2022, puis à son rappel du 18 janvier 2023.

Ainsi, il ne respecte pas le point 15 du Code.

Je pense qu’il a bien reçu et lu ma lettre du 15 décembre 2022 puisqu’il a partiellement tenu compte d’une partie du contenu de celle-ci.

Pourriez-vous tenter de faire respecter par cet interlocuteur ce droit afin ce que je reçoive une réponse détaillée de sa part sur le deux sujets de ma missive?

Le site internet de La Boverie de Liège affiche le sigle de la Fédération Wallonie-Bruxelles :
https://www.laboverie.com

D : ENFIN, LA RÉPONSE DU MUSÉE « LA BOVERIE »

Le 9 mars 2023, soit une quinzaine de jours après la plainte adressée par la L.U.C. au « Guichet Culture» du Ministère, Pierre Paquet, le Directeur des Musées de la Ville de Liège (dont La Boverie) répond à la L.U.C. :

Monsieur,

Monsieur Jean-Louis Blanchart, Directeur général adjoint du Service général du Patrimoine, nous a bien transmis votre plainte concernant une situation non conforme au musée de La Boverie et le défaut de réponse à vos messages.

Nous sommes vraiment navrés de cette situation car nous mettons toujours un point d'honneur à répondre aussi vite que possible aux nombreux messages que nous recevons via divers canaux, à tout le moins à accuser réception. Un malheureux concours de circonstances fait que nous nous trouvons à vous répondre avec plus de deux mois de retard et nous vous prions d'accepter toutes nos excuses pour ces délais.

Pour répondre spécifiquement à votre plainte et aux remarques antérieures que vous avez formulées, voici ce dont nous souhaitons vous faire part.

Point 1

A : Le prêt de 4 œuvres à Bâle

En attendant de mettre en place le dispositif d'information affiché à l'entrée du musée concernant le prêt momentané de 4 œuvres à Bâle (4 sur les 9 acquises lors de la vente de Lucerne en 1939), il était prévu que les agents d'accueil en informent systématiquement les visiteurs au moment de l'achat du billet d'entrée.
Nous sommes désolés si l'agent a justement oublié de vous signaler ce point lors de votre visite.

Après le départ des œuvres (Picasso, Ensor, Gauguin, Laurencin), l'information a été diffusée via nos réseaux sociaux, le panneau d'information a été placé aux caisses puis l'information précisée sur notre site internet.
Nous reconnaissons que tout cela a pris un peu trop de temps en effet; les équipes en sous-effectif en sont, sinon une excuse, à tout le moins une explication.
Notons toutefois que, des achats de Lucerne, restaient néanmoins aux cimaises d'autres œuvres importantes : Kokoschka, Chagall, Pascin, Liebermann (le dernier, Franz Mark, est une œuvre sur papier, très fragile, et ne peut pas être exposée en permanence).

B : La présentation de la collection permanente sur notre site

Au niveau du site internet, la section consacrée à la collection permanente présente divers articles de fond sur une sélection de la collection. Parmi ces articles, certaines œuvres ont été retirées du musée pour en proposer d’autres.
Toutefois, après réception de votre courrier, nous avons pris bonne note des remarques et avons modifié le texte en conséquence (y compris le texte de présentation au niveau de la billetterie en ligne).


Suite à la plainte de la L.U.C., le Musée de La Boverie a affiché un grand panneau informatif annonçant le décrochage des cimaises de plusieurs toiles de son fond permanent. Il n’est pas possible pour un visiteur qui achète son ticket à la caisse, dans le hall d’entrée, de ne pas, ainsi, en être informé. Bravo!
De plus, le texte de cet avis fait indirectement la promotion de La Boverie puisqu’ainsi le public découvre que ses toiles sont appréciées par d’autres musées.



Ces deux photos ont été prises pendant le week-end des 11 et 12 mars 2023 par deux visiteuses actives liégeoises sensibles au travail de la L.U.C.
Mais ce jour-là, le musée n’avait pas encore placé à l’entrée et à la sortie de son institution (comme il est obligé de le faire) des affiches du «Code des usagers culturels» qui détaillent les 15 droits de ceux-ci. Elles reviendront…
Et les autres musées de la ville de Liège devraient bien sûr agir de même. Ainsi que les centres culturels, les salles de spectacles, les cinémas, les bibliothèques, les festivals d’été, etc. qui sont subsidiées par la Fédération Wallonie-Bruxelles à Liège (et partout ailleurs en Wallonie et à Bruxelles).
Voici cette obligation. C’est le point 1 : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

 

C : Problèmes similaires antérieurs

Concernant les deux plaintes antérieures mentionnées, si elles relèvent le même problème d'information aux visiteurs, l'un de ces incidents remonte à plus de vingt ans, longtemps avant la rénovation du musée. Le fonctionnement du musée a été modifié en profondeur depuis, tant sur le plan architectural qu'au niveau des équipes en place, de la direction et des conservateurs notamment.

Le deuxième point concerne l'exposition "Liège Chefs-d’œuvres" ; en effet, le dépliant y fait mention de Picasso parmi les artistes exposés : "La Famille Soler" étant en prêt au musée d'Orsay en début d'exposition, il a été décidé de mettre en valeur "Les deux têtes", une œuvre exceptionnelle qui venait d'arriver au musée pour un dépôt à long terme et que nous souhaitions mettre en évidence et la faire découvrir aux visiteurs. Il s'agissait donc, pour le musée, d'une œuvre importante.
Le dépliant citait plusieurs artistes de renom présent parmi ces chefs-d‘œuvres de nos collections.
À l'époque la Direction du musée était autre et nous aurions pu, en effet, privilégier l'ordre alphabétique à l’ordre aléatoire. Nous prenons bonne notre de votre suggestion.

 
Point 2 - Le code des usagers culturels

C'est en effet votre courrier qui nous a rappelé ce bon usage. Nous l'avons fait figurer au sein de notre site (onglet "infos pratiques" et il est affiché à l'accueil du musée/(https://www.laboverie.com/votre-visite/code-des-usagers-culturels). Il sera également affiché sur place.

Nous avons donc bel et bien reçu le courrier et tenté dans les plus brefs délais d'accorder une suite à ces remarques pertinentes, malgré le délai très tardif de réponse au mail que nous vous faisons aujourd'hui.

Sachez que nous tenons compte de votre message - comme d'ailleurs de ceux d'autres visiteurs - pour améliorer toujours notre accueil, la valorisation de nos œuvres et notre communication.

En vous remerciant de votre compréhension, veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de notre parfaite considération.

Pierre Paquet, Directeur des musées de la ville de Liège.


mercredi 28 septembre 2022

Où est la statue de l’Île de Pâques ?

Certaines institutions culturelles de premier plan se créent un règlement destiné au public qui regorge d’obligations dont certaines sont parfois à la limite de la légalité. Par contre, la plupart du temps il arrive que ce texte bien sévère et souvent prolixe oublie de mentionner, à propos des mêmes thématiques, les droits évidents qui reviennent aux visiteurs.

Ainsi, le Musée des Beaux-Arts d’Anvers qui retrouve ses visiteurs en septembre 2022 après onze ans de travaux impose cet article 8 dans ses « Conditions générales de visite »:
« En cas de non-accessibilité ou d'accès incomplet à certaines salles d'exposition, aucun remboursement ou réduction ne sera accordé ».
Voir: https://kmska.be/fr/conditions-generales-de-visite
Par contre, le même texte se tait sur le fait que le public a le droit d’être informé de façon précise (sur le site internet et à l’accueil du musée) sur ces éléments de non accessibilités avant qu’il ne paie son ticket, ce qui constitue la simple application de notre législation économique. Ce n’est d’ailleurs pas parce que cette donnée s’est volatilisée dans ce texte anversois qu’elle n’est pas d’application.

Dans le présent blog, nous avons déjà longuement expliqué comment, après trois ans de combat, un visiteur avait finalement eu gain de cause en se faisant rembourser son ticket par le Musée Magritte de Bruxelles. La raison : celui-ci avait omis d’indiquer avant que le visiteur ne paie son entrée que n’étaient pas exposées plusieurs peintures du maître surréaliste qui font partie de la collection de cette institution fédérale:
http://la-luc.blogspot.com/2021/12/thomas-dermine-secretaire-detat-mon.html

Dans ce présent article, nous pouvons revenir sur ce thème avec un nouvel exemple qui nous donne raison.  

En mars 2018, au Musée royal d’Art et d’Histoire de Bruxelles (anciennement dénommé « Musée du Cinquantenaire »), celui qui deviendra plus tard le président de « La Ligue des Usagers Culturels » souhaite admirer l’un des « must » du fond permanent, une des statues de l’Île de Pâques (6,5 tonnes; 3,5 mètres en hauteur).
Il achète à l’accueil son ticket. Il visite le reste du musée mais il lui sera impossible de découvrir cette œuvre ramenée à Bruxelles en 1934 par l’expédition du Mercator.
En effet, elle a été incorporée dans l’exposition temporaire « Oceania, Voyages dans l’immensité » qui se visite avec un ticket spécifique.

Il n’envoie pas de plainte au musée. Quatre ans plus tard, il s’en mordra les doigts car exactement le même cas de figure s’y représente à lui.

Dans le shop trône une imposante reproduction d’une statue de l’Île de Pâques (environ 6 mètres de hauteur) mais la vraie statue moins imposante qui appartient à l’institution n’est pas accessible dans le musée lui-même.

 

UNE PLAINTE…

Le 28 août 2022, impossible à nouveau de découvrir cette statue car la salle qui l’abrite n’est pas accessible.

Cette fois-ci, il envoie la plainte suivante, le 1er septembre 2022, au Musée royal d’Art et d’Histoire. Elle détaille ce nouveau constat, avec quelques propositions : « Aucun avis à l’accueil du musée. Sur le site internet, on peut lire le jour de la visite contrariée : « Venez vous immerger dans le monde oriental en croisant des Bouddhas d'Asie et voyager jusqu'à l'autre bout de la terre pour apercevoir une gigantesque statue de l'Île de Pâques ». Il conviendrait peut-être de prévoir sur ce site, à un endroit proche de celui où le public peut réserver sa tranche horaire et payer sa visite, une case régulièrement actualisée : « Les œuvres de notre patrimoine qui ne sont pas actuellement accessibles au public ».

De plus, à l’entrée du musée: une pile du dépliants détaillant les objets les plus connus du musée. L’œuvre momentanément invisible y est la seconde à être renseignée dans la rubrique « Des chefs-d’œuvre uniques ». On peut y lire : « Faites connaissance avec nos incontournables (…) Une impressionnante statue de l’Île de Pâques offerte à la Belgique par les autorités chiliennes (…) ».
Pour l’accueil au musée lui-même, ne serait-il pas utile de placer un avis sur le comptoir indiquant aux visiteurs qu’ils peuvent demander à pouvoir consulter une liste que lui fournirait la personne qui vend les tickets, à propos des œuvres du patrimoine ne sont pas exposées?

Cette statue est un «incontournable » du musée. Pour s’en convaincre définitivement, si on n’a pas lu les textes élogieux sur le site internet et dans le dépliant, il suffit de se promener dans le shop.
Il y trône une imposante reproduction d’environ 6 mètres de hauteur. Deux piles de livres axés sur l’Île de Pâques.
À vendre : de petites figurines de différentes couleurs, à 30 euros. Plusieurs exemplaires du livre «Museum in Strip » qui reproduit différents extraits de BD reprenant des statues de cette île dans leur scénario. Enfin, le grand catalogue « Les incontournables du musée » lui consacre une page ».

À vendre au shop : de petites figurines de différentes couleurs, à 30 euros.



 …ET LA RÉPONSE DU MUSÉE

La direction de l’institution accuse réception de cette plainte le jour même de son envoi et répond de façon détaillée le 15 septembre 2022 :

« Veuillez accepter ici toutes nos excuses. Il est en effet fort regrettable que vous n’ayez pu être dûment informé préalablement à l’organisation de votre visite au musée.
Le texte repris sur la page d’accueil de notre site web, faisant référence à la statue de l’Île de Pâques, a été modifié. Une rubrique « Salles fermées » est désormais également consultable sous l’onglet «Visiter» de notre site. Sous la rubrique « Collections », nous renseignerons aussi dès ce lundi (jour du retour de notre collègue du service Communication) que le colosse n’est malheureusement pas visible temporairement.
Cela va sans dire, aussitôt cette œuvre rendue à nouveau accessible au public, nous ne manquerons pas de le communiquer via ce même canal.
Enfin, concernant les salles fermées et autres pièces de collections rendues inaccessibles, nos collègues présents à l’accueil du musée restent également toujours disponibles pour bon renseignement ».

Le grand catalogue « Les incontournables du musée » consacre une page à la statue du Musée royal d’Art et d’Histoire.
 

QU’EN PENSE LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT THOMAS DERMINE ?

Il y a dans cette réponse des avancées significatives qui font suite à la plainte de La Ligue des Usagers Culturels.
Reste quand même un point à résoudre. Le public n’est pas habitué à exercer ce droit à découvrir si telle ou telle œuvre est bien exposée. Comment pourrait-il imaginer que le personnel à l’accueil puisse lui fournir pareilles informations? Il convient donc qu’à l’entrée du musée un avis détaille clairement cette possibilité.
Ce droit découle du point 2 du Code des usagers culturels qui est applicable en Fédération Wallonie Bruxelles : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Le Secrétaire d’État chargé des musées fédéraux Thomas Dermine nous a clairement indiqué quelques semaines après sa nomination qu’il tenait à reprendre les 15 points de ce Code pour les voir appliqués par les institutions dont il a la charge : http://la-luc.blogspot.com/2021/12/thomas-dermine-secretaire-detat-mon.html

Il nous semble donc qu’il est temps de passer à l’acte, en découvrant que non seulement les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique mais aussi le Musée royal d’Art et d’Histoire n’appliquent pas ce point 2.
Et enquêtons aussi sur les 14 autres obligations!

jeudi 11 août 2022

Réductions seniors: à 60, 65 ou 67 ans ?

Pour BOZAR: être senior, c’est avoir 60 ans, puis 67 ans, puis 65 ans.
 

Pendant de très nombreuses années, des réductions « seniors » étaient accordées aux plus de 60 ans.
C’est le ministre lui-même (et non les directions des institutions culturelles) qui décide  du montant des tarifications pour les musées fédéraux en Belgique. Et donc le ministre Paul Magnette opta pour que les musées fédéraux n’accordent plus à partir du 1er janvier 2013 leur réduction senior qu’aux plus de 65 ans.

L’excès de BOZAR

Deux ans plus tard, BOZAR (le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles) osa franchir un cap supplémentaire et passe d’un coup de 60 à 67 ans, pour l’octroi de cet avantage.
Il pratiqua ainsi pendant de nombreuses années avant de choisir le cap des 65 ans.
Difficile de donner une date plus précise de ce petit retour en arrière car le monde culturel publie rarement des communiqués de presse pour annoncer ce type d’infos, et même si elles sont utiles au public concerné. Ils préfèrent si souvent faire de la com plutôt que de l’info.

Une sorte de désordre

En Fédération Wallonie-Bruxelles, il n’y a pas eu une ruée vers les  « senior = + de 65 ans ». Actuellement, en 2022, beaucoup d’acteurs culturels respectent le « + de 60 ans » naguère considéré comme la règle : le Théâtre de Poche de Bruxelles ou les Halles de Schaerbeek, par exemple.

Par contre, bien discrètement, toujours à Bruxelles, le Théâtre National de Bruxelles et le Théâtre des Tanneurs passent du « + de 60 » au « + de 65 » pour leur saison 2022-2023.

Il y a bien entendu des arguments en faveur des changements de cette réduction senior, et d’autres contre. Et il est difficile de les départager. Mais tout le monde peut se mettre d’accord sur l’évolution suivante qui n’est pas anodine.
On est ainsi passé d’une période où il y avait une pratique généralisée (partout, c’était le + de 60 ans) à cette sorte de désordre où chacun fait ce qu’il veut, et en informe souvent mal le public.
Cette nouvelle habitude peut permettre plus facilement ce que l’on pourrait sans doute nommer des abus (comme on l’a lu plus haut avec BOZAR).
Par rapport à cette évolution qui ne doit pas réjouir le public, on ne voit pas le secteur de la culture subsidiée de type « service public » se positionner, voire se différencier du secteur culturel privé. C’est un sujet dont on traite peu en public, bien peu.
On ne voit pas non plus le monde syndical prendre la défense de leurs travailleurs dont, hélas, beaucoup auront de petites pensions. Certaines évolutions économiques (c’en est une) de notre industrie culturelle passent, disons, inaperçues. Sauf chez les moins nantis de nos citoyens qui ont entre 60 ans et… 64 ans et 364 jours.

Saison 2022-2023 au Théâtre National: la réduction senior passe de « + de 60 ans » à « + de 65 ans ». Et le Théâtre des Tanneurs l’imite.

 À La Louvière et à Mons

Alors, puisqu’actuellement, coexistent en Belgique cet avantage pour « les + de 60 ans » et pour « les + de 65 ans », il est impératif que les tarifications affichées par tous les organismes culturels le précisent. C’est une info précise que tout usager est censé connaître avant de décider de se déplacer pour aller découvrir une activité culturelle et avant d’acheter son ticket.
On limite drastiquement son avantage financier, on ne va pas en même temps, en plus, mal l’en informer!

Or, tous les acteurs culturels n’ont pas mieux précisé cette information dans leur tarification.
En 2015, nous avions adressé la plainte suivante au Musée Keramis de La Louvière: «Votre tarification indique une réduction pour senior mais ne précise pas à partir de quel âge celle-ci se pratique. Lors de notre visite, nous avons demandé aux deux personnes qui assuraient l’accueil des précisions. En vain».
Ce musée qui pratique le « + de 65 ans » a suivi notre demande. Voici comment s’affiche actuellement sa tarification:
https://www.keramis.be/tarifs-horaires

L’imprécision reste monnaie courante, même en 2022. Parfois, il suffit de le faire remarquer pour qu’une évolution se mette en place, donc n’hésitons pas.

Ainsi, la Ligue des Usagers Culturels a constaté, début juillet 2022, que le cinéma d’art et essai « Plaza Arthouse Cinema » de Mons (12, rue de Nimy) omettait dans son programme mensuel d’indiquer l’âge à partir duquel il octroyait sa réduction de 2 euros aux seniors (prix plein : 8 euros).
Nous avons contacté sa direction par courriel et nous nous sommes réjoui de découvrir, dans son programme suivant, celui d’août 2022 (voir photos), qu’elle proposait cet avantage aux plus de 60 ans.


À Mons, le cinéma Plaza respecte son public !

Relisez le point 2 du Code !

Informer le public avant l’achat de son ticket. Le monde culturel peut vraiment mieux faire.
Pour les activités subsidiées par la Fédération Wallonie Bruxelles, il existe depuis avril 2006 un Code bien précis sur ce sujet (Code des usagers Culturels), et toujours en vigueur.
(Re)lisez donc son point 2 :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Avant l’achat du ticket

Notre Ligue des Usagers Culturels est très attentive à ce point 2.
Petit à petit, nous montrons comment souvent il n’est pas respecté.
Ainsi, grâce à des plaintes ciblées, nous avons réussi à ce que, avant achat de votre ticket, certains musées annoncent les titres des œuvres de leur fond qui ne sont pas momentanément exposées, que les activités culturelles indiquent si la prise de photo est permise ou pas, etc.
Ou, aujourd’hui, que la mention de l’âge des personnes qui ont droit à un avantage économique (réduction, gratuité) soit toujours clairement mentionné.

mercredi 22 décembre 2021

Thomas Dermine, Secrétaire d’État : « Mon adhésion aux 15 engagements du Code des usagers culturels »

Le 13 décembre 2021, Thomas Dermine, le Secrétaire d’État socialiste chargé notamment des musées fédéraux, répond à la longue lettre du président de « La Ligue des Usagers Culturels » qui lui a été adressée le 10 novembre 2021, puis en premier rappel le 10 décembre 2021.


 

Les deux premiers tiers de cette réponse font le point sur l’ensemble de ses actions entreprises dans le secteur qui nous concerne depuis sa nomination. 

Le dernier tiers s’attache plus précisément nos demandes et réflexions:

  • élaborer une charte des usagers culturels au fédéral (il réitère son avis positif concernant les 15 premiers points du « Code de Respect des Usagers Culturels » qui s’applique déjà depuis 2006 en Fédération Wallonie-Bruxelles);
  • création d’un site internet qui regrouperait les livres d’or avec les avis des visiteurs des différents musées;
  • avancer (peut-être) dans le dossier d’une gratuité mensuelle pour tous.

Nous publions ci-dessous dans leur intégralité d’abord la lettre de la L.U.C. et ensuite la réponse du Secrétaire d’État.

LA LETTRE DE « LA LIGUE DES USAGERS CULTURELS »

Monsieur le Secrétaire d’État, 

1 : C’était le 10 novembre 2020. Il y a juste un an, vous nous écriviez : « Les usagers doivent pour nous être au centre des préoccupations des acteurs culturels ».

Nous pensons qu’au cours de l’année qui vient de s’écouler, il existe une série de thématiques où les droits et les intérêts des visiteurs ont été négligé, et parfois sous le prétexte fallacieux qu’il s’agirait d’un effet de la pandémie qui a parfois bon dos. 

Nous vous remercions d’avoir récemment annoncé l’octroi de 2,9 millions d’euros complémentaires pour nos musées fédéraux afin de contrebalancer les effets négatifs de cette période Covid en terme de rentrées financières liées aux baisses de fréquentation des divers établissements. 

Nous espérons qu’ensuite, bien rapidement, vous pourrez davantage porter votre attention sur les thématiques suivantes que vous aviez évoquées dans votre précédent courrier:

http://la-luc.blogspot.com/2020/11/le-secretaire-detat-des-musees-nous.html

Nous avons attendu une année avant de reprendre contact avec vous.

Voilà, selon nous, le temps venu pour un premier « état des lieux », dans l’espoir qu’il vous permettra de construire d’ici la fin de la présente législature avec les musées une série d’évolutions concrètes utiles aux usagers. 

2 : Vous nous indiquiez : « Je fais miens à la fois les objectifs et les 15 premiers engagements du Code du respect des usagers culturels (les 3 derniers engagements étant, dans leur formulation, spécifiques à la Communauté française) ». 

Michel Draguet (MRBAB) s’est positionné exactement de la même façon que vous, par rapport à ces 15 premiers points de ce Code. Voici la copie de sa lettre signée.


 

Pourtant sous sa direction, le musée Magritte n’a pas respecté le point 2 de ce Code :

http://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

À ce sujet, la L.U.C. a soutenu et accompagné un visiteur dans son dépôt d’une plainte au musée Magritte et sa demande du remboursement d’un ticket. Celle-ci a été envoyée le 18 juillet 2018.

Il a fallu attendre le 14 avril 2021, soit plus de 2 ans 1/2 et un long travail déterminé du Médiateur Fédéral pour que le musée Magritte accepte de rembourser ce ticket et surtout qu’il accepte et mette en place une évolution concrète structurelle pour mettre fin, à l’avenir, à cette « pratique » qui ne respectait par ce point 2 du Code. 

Pour mieux et rapidement (en trois minutes) comprendre les enjeux de cette plainte que nous considérons comme emblématique, nous vous conseillons de découvrir le reportage que RTL TVI y a consacré, ce 25 juin 2021.

Il a été tourné en deux phases : quand le musée Magritte refusait de rembourser, et plus récemment, lorsque le musée évolué : 

https://www.facebook.com/imagesalappui/videos/287572189455953

Voilà d’ailleurs un exemple concret qui devrait vous inciter encore davantage à la création d’un Code fédéral des visiteurs car il arrive que d’autres institutions fédérales ne respectent pas d’une manière analogue ce point 2 du Code.

Notre travail bénévole n’est pas fort utile si nous devons consacrer tant de temps à la longue gestion de pareille plainte sans que la leçon ne soit tirée par la suite pour l’ensemble des institutions fédérales. 

Alors, existe-t-il bien au moins un autre exemple concret du même type?

Le Musée d’Art et d’Histoire oublia d’indiquer à ses visiteurs du fond permanent qu’ils ne pourraient pas admirer l’un de ses must, une gigantesque statue de l’île de Pâques, car elle ne fut visible, pendant plusieurs mois, uniquement sur présentation du ticket de l’exposition temporaire.

NOS QUESTIONS :

2 - A : Pourriez-vous nous indiquer votre positionnement par rapport à cette plainte concrète et son aboutissement?

 2 - B : En une année, vos services ont-ils évolué dans la préparation d’un Code de respect des usagers culturels?

2 - C : Notre asbl (il y en a peu dont l’objectif unique est le respect des droits et des devoirs des usagers culturels, nous semble-t-il) sera-t-elle conviée à participer aux travaux de son élaboration? De quelle manière? 

3 : Vous nous indiquiez : « Il serait intéressant que les musées organisent des rencontres sur les droits des usagers et permettent à ceux-ci de laisser une appréciation, positive ou négative, sur un livre d’or en ligne, cela même si des sites proposent déjà ce genre de services ».

Nous n’allons pas reprendre ici notre argumentaire puisqu’il vous a intéressé au point que vous nous indiquiez ce point de vue concordant. 

 

NOS QUESTIONS :

 3 - A : Concernant ces rencontres annuelles sur les droits de leurs visiteurs que devrait organiser chaque musée fédéral, pourriez-vous nous indiquer si elles sont prévues pour l’année prochaine, en 2022, et de quelle manière elles vont se dérouler?

Comment et auprès de qui seront-elles promues?

Enfin, comment leur contenu sera-t-il par la suite diffusé sur le court et le long terme, et auprès de qui?

3 - B : Comment évolue ce projet de livre d’or en ligne?  

Vous affirmez que des sites proposent déjà ce type de service : pourriez-vous nous en dire davantage car nous n’en avons pas connaissance? 

L’originalité et surtout l’utilité de notre proposition consiste justement à proposer sur un seul site les divers « livres d’or » afin que celui-ci rassemble l’ensemble des visiteurs pour une réflexion globale sur leurs droits et devoirs.

Le but est aussi de permettre à des visiteurs d’un musée de découvrir le fonctionnement et l’attrait d’autres institutions qu’ils n’ont pas encore fréquenté et ainsi, peut-être, leur donner aussi l’envie de s’y rendre. 

4 : Vous nous indiquiez : « Je soutiens (…) les musées qui pratiquent la gratuité pour tous un mercredi par mois ».

NOS QUESTIONS :

4- A : Sur ce sujet précis, plus d’un an après le début de votre mandat, la situation est malheureusement catastrophique : ce mercredi 3 novembre 2021, il n’y a eu qu’une minorité (deux institutions fédérales) qui pratique cette gratuité: le musée Magritte et le musée Fin de Siècle (qui sera bientôt remplacé par le musée d’Art Ancien).

Comment envisagez-vous de remédier à cette situation qui a commencé bien avant le début de la pandémie (celle-ci n’en est donc pas la cause unique)? 

Comptez-vous tout particulièrement la restaurer à l’Africa Museum et l’introduire au nouveau musée de la KBR?

À quelle(s) date(s)? 

Nous nous permettons de vous rappeler le contenu de notre carte blanche sur ce sujet. Elle est parue alors qu’aucun média ne s’était préoccupé jusqu’alors de cette progressive élimination de ce qui est considéré comme un droit minimum des usagers faisant suite à la suppression en 1997 de la gratuité QUOTIDIENNE des musées fédéraux par l’un de vos prédécesseur, le ministre Yvan Ylieff (PS).

Ce texte est paru dans La Libre du 14 septembre 2020 :

https://www.lalibre.be/debats/opinions/2020/09/14/musees-federaux-vers-la-fin-de-la-gratuite-mensuelle-JOU3BZWXYJARHB3N6VETHGT4FU/

4 - B : Concernant cette gratuité, n’a jamais existé, au minimum, un feuillet photocopié (les MRBAB ont utilisé ce moyen récemment pour communiquer sur la gratuité quotidienne pour les jeunes) mentionnant les noms, coordonnées et horaires de l’ensemble des musées qui la pratiquent.

Rien donc en ce sens qui serait destiné à être distribué au public qui utilise déjà cette gratuité pour au moins un musée, afin de lui faire découvrir ces autres occasions de visites pour les mois suivants. Un des buts de la gratuité mensuelle, moins souvent mentionné et pourtant important, étant de donner envie à des visiteurs « une fois par an » de devenir des passionnés qui fréquentent régulièrement musées et expositions.

L’objectif majeur de cette gratuité, selon la majorité des musées eux-même et , en gros, le pouvoir politique, consiste à attirer de nouveaux publics.

Pour l’atteindre, il faut que ces futurs publics soient informés de l’existence de cet avantage pour tous. Ce qui n’est que bien peu le cas actuellement. 

Comptez-vous y remédier? Comment et quand? Le vaste public a droit à ce type d’informations, nous semble-t-il. 

Vous savez sans doute que l’asbl « Arts & Publics » vient de publier pour la huitième fois une brochure annuelle de 48 pages présentant les 150 musées belges qui pratiquent la gratuité du premier dimanche du mois.

Comme chaque année, elle est insérée dans LE SOIR (ce 29 octobre 2021). Elle annonce aussi toutes les autres journées de gratuité « pour tous » belges dont celles des musées fédéraux.


 

Outre cette insertion dans le quotidien francophone, la brochure est diffusée dans divers lieux culturels comme les bibliothèques et même dans les salles d’attente des médecins. 

Comment comptez-vous médiatiser la gratuité fédérale d’une demi-journée du premier mercredi du mois, lorsqu’elle sera très bientôt, du moins nous le supposons, à nouveau d’application?

Cette question nous semble correspondre à ces deux autres déclarations que vous nous avez faite :

 

  • « J’accorde aussi une importance toute particulière aux efforts fournis pour élargir les publics »,
  • « L’accès (entendu au sens large) pour tous à ces collections est donc non seulement une dimension essentielle, mais il constitue un véritable droit ».

4 - C : Puisque cette gratuité d’une demi journée du premier mercredi du mois est réduite à peau de chagrin, ne serait-il pas logique de remettre sur le tapis derechef les acquis des travaux de la précédente législature qui s’interrogea sur l’opportunité de transformer la gratuité du premier dimanche du mois en une gratuité du premier dimanche du mois? 

C’est le moment idéal puisque désormais l’habitude de réserver sa venue au musée est, et restera sans doute, bien davantage ancrée au sein du public. L’argument bien réel du « il y aurait ce jour-là beaucoup trop de monde aux musées fédéraux, et donc des files interminables » devient donc ainsi caduc.

Pour rappel, hélas, la gratuité du premier mercredi du mois n’est pas du tout une gratuité mensuelle « pour tous » puisqu’elle discrimine la population active (travailleurs, étudiants), soit près ou même plus de 50% du public potentiel auquel elle devrait être destinée.

Nous avons utilisé une partie du temps du premier confinement pour mettre par écrit une réflexion sur l’utilité de la gratuité du premier dimanche du mois.

Nous y tentons même d’y prouver qu’elle peut rapporter davantage économiquement que le manque à gagner financier qu’elle occasionne.

Ce texte n’est pas encore rendu public mais nous pouvons vous le transmettre à titre confidentiel, si vous le souhaitez. 

Il nous semble qu’il serait intéressant que le fédéral puisse se lancer, encore au cours de l’actuelle législature, de façon expérimentale dans l’aventure de la gratuité mensuelle du premier dimanche en la mettant en place de façon prioritaire dans trois de ses musées : un grand, deux plus petits. 

Cette option pourrait devenir une des missions « citoyennes » novatrices « grand public » pour le musée d’Art et d’Histoire auquel vous portez particulièrement attention en vue des célébrations du deuxième centenaire de notre pays. Un projet avec une mise en exergue, mois après mois, chaque premier dimanche, d’une des nombreuses sections de cette institution, pourrait être particulièrement attractif.  

Quant en ce qui concerne les deux institutions de tailles plus réduites, Il serait intéressant de choisir les musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz.

Car pareille décision répondrait favorablement à la pétition signée par plus de 3.000 signataires (ce qui est très important, vu qu’il s’agit d’une revendication très spécifique, et pour des musées qui font rarement la « une » des médias) et qui est restée lettre morte jusqu’à présent de la part des MRBAB. 

La voici : https://www.change.org/p/michel-draguet-stop-à-l-asphyxie-de-musées-constantin-meunier-et-antoine-wiertz

Si vous n’optez pas pour cette solution, avez-vous l’intention, pour ces deux musées, de faire évoluer leurs horaires afin que ceux-ci ne discriminent plus la population active?

Ce serait un moyen très utile pour faire augmenter leur fréquentation qui, depuis des années, est tellement peu élevée que les responsables de ces institutions méritent un bonnet d’âne, surtout lorsqu’on les compare aux succès d’autres musées « maisons ou ateliers d’artistes » que l’on peut, par exemple, visiter à Paris (notamment le musée de la Vie Romantique ou la maison de Victor Hugo). 

5 : Vous nous indiquiez : « Je vous remercie pour les efforts que vous déployez afin de faire valoir les droits des usagers ».

Puisque nos efforts pour faire valoir les droits des usagers vous agréent et que nous avons patienté une année avant de vous recontacter, il nous semble  nécessaire de vous demander de réagir aux trois points suivants. 

NOS QUESTIONS : 

5 - A : Sur leurs sites, les musées fédéraux indiquent à propos de l’envoi de plaintes : « Vous recevez d’abord un accusé de réception avec un numéro d’enregistrement unique et, dans les 30 jours, nous vous faisons parvenir : une réponse motivée, une rectification, une solution ».

https://www.fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/folder_klachtenprocedure_fr.pdf

Il se fait que récemment tant le musée d’Art et d’Histoire que les MRBAB n’ont pas concrétisé ce qui est annoncé dans cet avis.

Voilà donc un nouvel exemple de non respect des visiteurs qui devrait être pris en compte pour créer un « Code de Respect des Usagers Culturels ».

En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce cas de figure est répréhensible puisque l’un des quinze points du Code prévoit le droit à une réponse aux plaintes des usagers dans le mois et de manière détaillée. 

Cette création d’un Code au niveau fédéral constitue la première de nos quatre revendications présentées ici à la fin de notre carte blanche publiée par Le Vif : 

https://www.levif.be/actualite/belgique/quatre-propositions-pour-mieux-respecter-les-visiteurs-des-musees-federaux/article-opinion-1343325.html?fbclid=IwAR2WU6CxtHGtCWvQdmUC-ogKUv1YQkiU830TyD41S4DcNHoAkfSm7PXQ3dc

Tout d’abord, voici notre plainte au musée d’Art et d’Histoire où vous découvrirez sans doute qu’il y a un refus évident de répondre de façon détaillée à l’argumentaire proposé :

http://la-luc.blogspot.com/2021/02/son-poids-en-fait-que-six-estampes.html

Il nous a fallu déposer plainte pour non réponse du musée d’Art et d’Histoire au Médiateur fédéral qui, dans ce cas précis, a réussi à faire entendre raison à l’institution.

Finalement, peut-être aussi parce qu’il y a eu changement de direction entretemps, une réponse positive et constructive nous est ainsi parvenue, ce qui permet sans doute de conclure que notre critique était utile et justifiée :

http://la-luc.blogspot.com/2021/03/reaction-positive-et-instructive-du.html

D’autre part, une autre plainte a été envoyée le 29 avril 2021 aux MRBAB. Ce 5 novembre 2021, pour la seconde fois, nous avons dû alerter le Médiateur fédéral concernant ce cas précis.

En effet, les MRBAB se refusent jusqu’à présent de répondre sérieusement sur le fond de la problématique que nous lui avons soumise, tant à nous qu’au Médiateur fédéral.

Sur le contenu de cette plainte, nous revenons dans le point suivant (5-B)

Ces deux exemples récents tendent à démontrer qu’il n’est pas rare que certains musées fédéraux refusent de pratiquer l’honnêteté dans leurs réponses aux plaintes d’usagers.

Sans doute tous les visiteurs déçus n’ont-ils pas notre obstination et notre flegme (ne jamais s’énerver, rester poli, respecter et être solidaire du personnel), et donc risquent d’être déçus, voire fatalistes, d’avoir entamé une telle démarche bénévole qui pourrait améliorer le fonctionnement de ces institutions à l’égard de leurs visiteurs. 

Contacté, le Médiateur fédéral a donc mené à bien sa mission en ce qui concerne la plainte adressée au musée d’Art et d’Histoire. Il n’est est pas de même, du moins jusqu’à présent, dans l’autre cas qui concerne les MRBAB. 

Que peut envisager le Secrétaire d’État pour garantir un meilleur traitement à l’avenir de certaines plaintes que les musées ont … plus difficile à gérer? 

Vous semble-t-il utile que nous vous contactions dans le cas où même le Médiateur fédéral n’arriverait pas à résoudre un dossier de non réponse détaillé à des plaintes de visiteurs?

Dans ces cas-là, quel autre recours possible (et si possible, efficace) existe-t-il pour le public? Il faut tenir compte que le recours à un avocat est chose quasi impossible dans le domaine muséal où le prix relativement limité du ticket rend totalement illusoire économiquement pareille pareille démarche.

5 - B : Avant la pandémie, les MRBAB avaient mis fin à la possibilité d’acheter un ticket pour visiter le musée d’Art Ancien ou le musée Fin de Siècle séparément et ils avaient opté pour la «vente couplée», que certains appellent «vente forcée»: le visiteur est obligé d’acheter donc un même ticket 10 € (+ diverses réductions) pour les deux sections.

Depuis quelques mois, les MRBAB ferment en alternance pendant plusieurs mois ces musées (x mois l’un, puis x mois l’autre), ce que nous nous comprenons bien sûr. 

Par contre, alors qu’on ne peut plus visiter qu’un des deux musées, les MRBAB maintiennent le prix « couplé » , soit 10 euros. 

Il ne s’agit pas d’une nécessité liée à la pandémie comme ils veulent le faire croire. En effet, les MRBAB poursuivent cette stratégie tarifaire depuis bien longtemps. En 2011, nous avions déjà publié dans La Libre Belgique une carte blanche pour la dénoncer: https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10

En effet, en février 2011, le musée d’Art Moderne des MRBAB fut fermé pendant plus d’un an.

Pendant ce temps-là, situé à la même adresse (au 3, rue de la Régence), le musée d’Art Ancien resta accessible aux visiteurs. À l’époque, un seul ticket au prix de 8 € permettait de visiter ces deux entités muséales. Alors que la moitié de l’offre est supprimée, le prix de l’entrée du musée n’est pas passé de 8 à 4€.

Aucune explication sur ce qui s’apparente à une hausse tarifaire indirecte de 100% ne fut proposée aux visiteurs, dont les plus avisés furent plus que surpris.

Dans des cas analogues, d’autres institutions agissent bien différemment.

En Bretagne, le musée des Beaux-Arts de Rennes fut en travaux de mars 2008 à février 2010. La fermeture a porté sur la totalité du 1er étage qui accueillait l’ensemble de la collection permanente des peintures (Georges de La Tour, Jordaens, Rubens, Gauguin, etc.). En période normale, le ticket aurait coûté 4,45 €. Durant les travaux, il fut ramené à 1,05 €.

N’est-il pas temps de prendre exemple à Bruxelles, dans nos musées fédéraux, sur pareille pratique plus démocratique?

Un autre exemple, celui-ci se déroulant pendant le présente pandémie : un habitué de notre page « Ligue des Usagers Culturels » sur facebook publie ce qui suit, le 31 juillet 2021 : « À noter : à Venise Ca d'Oro. Suite à la crise sanitaire, le 2e étage est fermé. C'est indiqué sur le site. On nous le signale à l'entrée et le prix du billet est réduit d'un tiers. Plus précisément, parcours temporairement restreint (cour monumentale, jardin, itinéraire parmi les chefs-d’œuvre du premier étage et loggia sur le Grand Canal): billet à prix réduit pour tous à € 6,00 ». 


 

En d’autre mots, si une situation analogue à celle de 2011 et de 2021 devait se reproduire ultérieurement, les MRBAB peuvent-ils s’engager dès à présent à ne plus avoir la même attitude qui consiste à faire payer au visiteur « un musée pour le prix de deux »? 

Puisqu’il s’agit d’une habitude bien ancrée des MRBAB, sans doute même une façon de penser et de gérer sans aucun esprit de « démocratisation culturelle », nous vous demandons de décider que pareille « pratique » commerciale soit à l’avenir proscrite aux musées fédéraux.

Ce point mériterait d’ailleurs de figure dans un futur Code en faveur des visiteurs. 

5 - C : Pour l’usager, il n’est pas évident de découvrir où il peut déposer plainte. 

Il nous semble que la case concernant cette thématique devrait figurer à plusieurs endroits sur le site des MRBAB, là où c’est le plus logique pour les visiteurs qui la recherchent.

Nous proposons les deux lieux suivants:

- Près du règlement du visiteur : 

https://www.fine-arts-museum.be/fr/contact

- Dans le rubrique « Votre visite » :

https://www.fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/mesures-de-prevention-covid-19

Cela compléterait harmonieusement le lieu où cette case se situe actuellement et qui ne nous semble pas le plus facile à pister pour le visiteur : tout au bout de la rubrique « Contact »:

https://www.fine-arts-museum.be/fr/contact

 

6 : Vous nous indiquiez : « Les associations qui se font l’intermédiaire entre le public (et le « non-public ») et les pouvoirs publics jouent un rôle fondamental et j’entends bien prendre en compte leurs recommandations dans la définition des politiques que je mènerai tout au long de cette législature ».

Nous espérons que notre veille et que nos réflexions permettront une série d’avancées en faveur des visiteurs, en général peu coûteuses dans leur mise en place.

Nos musées fédéraux vivent sans doute, et pour longtemps encore, une nouvelle ère où l’attention à l’égard des habitants de notre pays doit être encore davantage prise en compte.

Puisse une concrétisation de nos propositions contribuer à un accueil encore meilleur.  

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions de croire en l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Bernard Hennebert, Président de La Ligue des Usagers Culturels »

 

LA RÉPONSE DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT

Cher Monsieur Hennebert, la première année de cette législature a été très chargée. Nous avons remis le Département de la Politique scientifique fédérale en ordre de marche en donnant des cadres linguistiques à tous les Etablissements scientifiques fédéraux, en complétant tous les organes de gestion, en arrivant au bout de la procédure de désignation du Président du Comité de direction, en réformant les règles de délégation de signatures, en réalisant une réforme nécessaire de divers textes juridiques, … Nous avons entamé une montée en puissance de la Politique scientifique fédérale en augmentant les moyens liés aux programmes de recherche, aux infrastructures fédérales de recherche, aux partenariats européens et nous allons pouvoir lancer, grâce aux fonds européens, un appel à projets dans les domaines aéronautique et spatial. Nous avons également lancé des projets importants comme le Centre climat, le redéploiement du site du Cinquantenaire, la nouvelle approche sur la restitution (reconstitution),S’agissant plus spécifiquement des musées, nous les avons soutenus financièrement pour compenser la diminution considérable de recettes propres consécutive à la pandémie. Nous continuerons évidemment à les aider à faire face aux conséquences de cette crise. Nous avons également soutenu spécifiquement les Musées royaux des Beaux-Arts, tant de façon pérenne que pour l’organisation de l’exposition Tracks to modernity dans le cadre du festival Europalia. D’autre part, les Old masters et le Musée Fin de Siècle sont désormais tous les deux accessibles et de nombreuses expositions temporaires ont eu lieu dans tous nos musées. Si les collections d’art moderne et contemporain ont fait l’objet de telles expositions temporaires, nous avançons également sur une piste permettant de les présenter de façon plus pérenne.

Par ailleurs, des crédits importants sont prévus par la Régie des Bâtiments pour opérer les rénovations prioritaires de nos Etablissements scientifiques fédéraux et notamment des Musées royaux des Beaux-Arts et des Musées Royaux d’Art et d’Histoire. Certaines de ces rénovations ont d’ailleurs débuté. Par ailleurs, les procédures de désignation des DG de 7 des 10 ESF, parmi lesquels les Musées royaux d’Art et d’Histoire, l’Institut royal des Sciences naturelles et le Musée royal de l’Afrique centrale, vont être lancées.

Nous avons également élaboré, à l’issue d’un processus participatif avec toutes les entités de BELSPO, un projet de Contrat d’administration. Ce contrat prévoit, parmi un grand nombre de réformes visant une meilleure efficience du Département dans son ensemble, le développement d’une fonction de soutien à la politique des publics et des collections de nos musées. Il s’agit donc d’offrir, au niveau de l’administration centrale, un appui aux Directeurs généraux à la tête des musées, pour améliorer la gestion de leurs publics et celle de leurs collections. Le plan de personnel du SPP Politique scientifique prévoit déjà le recrutement de personnel pour remplir cette fonction. Une fois ces personnes recrutées, nous les chargerons de travailler, en réseau avec les musées, aux différents chantiers que vous citez et qui, en effet, me paraissent importants : charte des usagers, livre d’or, … Les conseils des associations d’usagers comme la vôtre seront bien entendu très précieux.

Quant à la gratuité le premier mercredi du mois, je soutiens les musées qui la pratiquent mais n’entends pas l’imposer aux autres. En effet, il me semble nécessaire de laisser une autonomie sur ce point aux Directions. Les tarifs sont les seules marges de manœuvre dont elles disposent budgétairement dès lors que le niveau des dotations leur est imposé. Je suis, cela dit, plutôt favorable à des tarifs différenciés permettant à chacun d’aller au musée qu’à des mesures générales de gratuité qui profitent également aux visiteurs les plus aisés et qui augmentent le besoin de fonds publics nécessaires pour assurer le fonctionnement des Institutions. Je suis toutefois évidemment intéressé par votre projet de texte et le lirai avec beaucoup d’intérêt. C’est un débat difficile mais je partage évidemment l’idée que le prix est un des leviers permettant d’élargir le public des musées.

S’agissant des points que vous citez, et qui sont spécifiques à l’un ou l’autre musée, je me permets de vous renvoyer vers leur Directeur général. Vous pouvez déduire mon point de vue sur ces questions de mon adhésion aux 15 premiers engagements du Code des usagers culturels.

Je vous remercie à nouveau pour le travail que vous réalisez dans l’intérêt des publics des musées et vous prie d’agréer, cher Monsieur Hennebert, l’assurance de toute ma considération.

Thomas Dermine