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samedi 19 juin 2021

Le musée Magritte améliore l’info pour ses visiteurs

Actuellement, le musée Magritte n’expose pas un nombre important de ses œuvres qui ont été prêtées au musée de l’Orangerie à Paris, pour l’exposition René Magritte « Le surréalisme en plein soleil » qui se déroule du 19 mai au 19 juillet 2021 :

https://www.musee-orangerie.fr/fr/evenement/magritte-renoir-le-surrealisme-en-plein-soleil

Ceci n’a rien d’exceptionnel et les échanges d’œuvres entre musées sont bien utiles pour que puissent s’élaborer des expositions temporaires qu’apprécie tellement le public.
Par contre, ce qui est novateur, c’est que les visiteurs seront avertis de ces absences sur les cimaises du musée bruxellois avant qu’ils ne se décident à acheter leur ticket, ce qui n’est en fait que l’application normale du Code civil. L’habitude fait que ce droit n’est le plus souvent, par habitude sans doute, pas appliqué dans le monde culturel, ce qui est particulièrement gênant notamment pour des visiteurs qui se déplacent pour contempler telle ou telle œuvre précise, par nécessité professionnelle ou universitaire, ou par simple préférence personnelle.

Cette évolution, qui aurait intérêt à inspirer les musées du monde entier, est le résultat d’un combat mené par le visiteur David H. et l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels ». Il a démarré par le dépôt d’une plainte et la demande du remboursement d’un ticket, le 18 juillet 2018, il y a donc près de trois ans.

Pourquoi cette demande de remboursement?

En 2018, un grand nombre d’œuvres ne sont pas exposées au musée Magritte car elles sont prêtées du 19 mai au 28 octobre au MoMA de San Francisco dont trois parmi les plus renommées : Le Retour, Le Domaine d’Arnheim et L’Empire des Lumières.

Au même moment, à Bruxelles, aucune information en ce sens n’est fournie au visiteur avant qu’il n’achète son ticket au comptoir du musée Magritte. De plus, durant tout cet été 2018, s’est déroulée une importante campagne de communication dans le métro bruxellois (aux stations De Brouckère, Rogier, Bourse, Comte de Flandre, etc.) avec, sur de grandes affiches lumineuses, une reproduction justement de cette dernière œuvre qui sert habituellement d’emblème au musée, ce qui peut encore davantage induire en erreur les futurs visiteurs.

Outre une demande de remboursement de son ticket pour manque d’info lors de son achat, David H. suggère également avec insistance que le musée place un avis explicatif indiquant notamment le nombre d’œuvres non exposées et leurs titres au comptoir pour éviter à l’institution fédérale d’avoir affaire avec d’autres visiteurs mécontents. Sur la toile, on peut en effet découvrir plusieurs dizaines de plaintes analogues, comme « Déçu. Je m’attendais à voir les œuvres les plus connues de Magritte. Je les ai photographiées à la boutique. Un comble! » (lire d’autres plaintes en annexe 1).

Le musée Magritte préfère offrir un ticket gratuit

Le musée refuse le remboursement mais est prêt à offrir un ticket gratuit pour une visite ultérieure, ce que refuse énergiquement David H. : « Ce positionnement m’a paru inopportun. J’ai donc réécrit au musée pour réaffirmer ma volonté d’être remboursé en expliquant que son règlement (extrêmement détaillé) qu’il m’était possible de lire avant l’achat de mon ticket n’abordait pas ce cas précis. Malgré mon exigence à être remboursé, le musée, de façon autoritaire (la politique du fait accompli), m’adressa un courriel, le 15 octobre 2018, où il m’indiqua « Comme promis, nous vous avons envoyé un ticket combi gratuit » et me fit parvenir effectivement par la poste un ticket « All Museum Press » (alors que je ne suis pas journaliste… est-ce déontologique?). Comment, dans pareil cas, les MRBAB (les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique dont le musée Magritte fait partie) peuvent-ils refuser le remboursement? Il me semble que les visiteurs doivent être traités de façon égale et qu’il serait bien sûr ahurissant de proposer un ticket combi plutôt qu’un remboursement à des visiteurs qui habitent à 100 ou 10.000 kilomètres ! ».
Il est vrai que le musée Magritte déclare lui-même, lorsqu’il fête ses dix ans en 2019, que son public est composé en moyenne de 67% d’étrangers (avant le début de la pandémie).

La sécurité… Quelle sécurité?

La raison principale donnée à plusieurs reprises par la chargée de communication du musée, outre le manque de moyens financiers et un personnel pas assez nombreux, est la sécurité « qui doit toujours être prioritaire ».
Dans ce débat fort instructif de BX1, la télé bruxelloise francophone, vous pouvez découvrir son argumentaire: https://bx1.be/categories/news/musee-visiteurs-insuffisamment-prevenus-oeuvres-pretees/?fbclid=IwAR3_bgJlkDJS_iGFCDwfHqJhfKNV4otLvuSZwad3dUfbXwe51cHcYZkniUQ

Pourtant, il y aura évolution. Dans un premier temps, un panneau au comptoir indiquera que « quelques œuvres » (mais une quinzaine de toiles, c’est, selon nous, « beaucoup de toiles ») ne sont pas visibles, sans préciser ni leur nombre, ni leurs titres.
Ensuite, quelques mois plus tard, alors qu’à nouveau 14 œuvres sont décrochées, cette fois-ci pour être prêtées au musée Dali en Floride, un panneau indique ce nombre de 14, mais ne mentionne toujours pas les titres des œuvres.
Le reportage de « Images à l’appui » de RTL TVi a filmé ce panneau :
https://www.facebook.com/imagesalappui/posts/2550633081620735

Plainte au Médiateur Fédéral

Le 5 novembre 2018, une plainte est déposée au Service de médiation fédéral pour dénoncer l’autoritarisme des MRBAB.
Texte complet de cette plainte:
http://la-luc.blogspot.com/2018/12/le-musee-magritte-ceci-nest-pas-un-musee.html

Le 9 juin 2020, les MRBAB effectueront un remboursement de 15 euros au visiteur plaignant, après avoir reçu en retour le ticket combi non utilisé par envoi postal.

Le Médiateur Fédéral argumente à partir des deux textes légaux suivants le changement d’attitude de la direction du musée Magritte :

  1. Un extrait du Code civil : « Le vendeur est tenu d'expliquer clairement ce à quoi il s'oblige. Tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur ».

  2. Le texte d’une obligation administrative au niveau fédéral : « L'administration doit utiliser un langage clair et compréhensible, sa communication doit être efficace. Elle doit veiller à utiliser des canaux de communications diversifiés et adéquats pour toucher le plus grand nombre de citoyens concernés ».

Reste à tirer les leçons de ce remboursement parce qu’il est fréquent que de nombreuses toiles quittent les cimaises du musée Magritte et des autres institutions des MRBAB. Le Médiateur Fédéral explique ainsi sa décision datée du 14 avril 2021 : «  (…) Pour l'avenir, les MRBAB ont pris des mesures pour améliorer l'information des visiteurs au sujet des œuvres exposées. Il est certes malheureusement paru très difficile, tant pour des raisons pratiques que d'organisation, que les musées informent en permanence les visiteurs (à l'accueil des musées et sur le site) des œuvres momentanément non exposées pour différentes raisons. Il est apparu par contre plus pratique et efficace d'appeler l'attention des visiteurs sur le fait que, de manière générale, toutes les œuvres possédées par les musées ne peuvent être exposées. C'est ainsi que des avis en ce sens figurent à l'accueil des musées comme sur la page de la billetterie en ligne.

Nous sommes d'avis que ces mesures sont susceptibles d'améliorer l'information des visiteurs et répondent ainsi à vos griefs même si elles ne rencontrent pas exactement les souhaits que vous formuliez. C'est là le résultat que nous avons obtenu suite à nos contacts réitérés avec les MRBAB au cours des derniers mois. Nous vous remercions de nous avoir fait part de vos préoccupations au sujet du fonctionnement des MRBAB et restons à votre écoute si vous deviez exprimer une nouvelle plainte à ce sujet ».

En 2021 : le musée annonce mieux le départ de 17 œuvres à Paris

Comment le musée Magritte tire-t-il la leçon de son « remboursement » à l’occasion du prêt de 17 œuvres, du 19 mai au 19 juillet 2021, au musée de l’Orangerie à Paris pour l’exposition René Magritte « Le surréalisme en plein soleil »?

Il l’indique clairement sur son site dans sa rubrique « Planifiez votre visite » :
https://fineartsmuseum.recreatex.be/Exhibitions/Overview?smallmenu=0/tickets.aspx

Cet avis figure également à l’accueil, dans les les locaux du musée.
La liste de chacune des œuvres en voyage, avec leur titre et une photo figure ici :
https://www.fine-arts-museum.be/uploads/news/files/musee_magritte_museum_travelling_art_works.pdf

Dans la « base de données » du musée, il est indiqué au bas des descriptions si l’œuvre est exposée ou non. L’exemple est probant avec « La moisson » de Magritte (exposée à l’Orangerie de Paris pour le moment) :
http://www.opac-fabritius.be/fr/F_database.htm

La Ligue des Usagers Culturels considère que si la consultation de la « base de données » pour savoir quelles œuvres sont exposées constitue une mesure adéquate pour un public attentif à une peinture ou une sculpture précise, il n’en est pas de même pour le reste du public et donc, il serait utile que l’absence de toute œuvre emblématique lui soit plus directement et clairement signalée. Au médiateur fédéral, la L.U.C. a proposé une définition de ce type d’œuvres : celles que l’institution met en valeur dans sa médiatisation. Par exemple, celles qui figurent sur des cartes postales ou dans les catalogues émis par l’institution.

Texte léonin?

De plus, dans le cadre de la résolution de cette plainte, le Médiateur Fédéral a signalé que les MRBAB avaient fait évoluer l’article 3 de leur « Règlement du visiteur » : « La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines œuvres d’art, en déplacement ou en réparation, ne donne droit, ni au remboursement, ni à une réduction du prix du billet d’entrée » :
https://www.fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/reglement-du-visiteur#

L’avenir nous dira s’il s’agit là d’un texte léonin comme celui que l’on trouve encore trop régulièrement au dos de tickets de spectacles : « Ce ticket ne sera ni échangé, ni remboursé ».

Impossibilité d’admirer la statue de l’île de Pâques

En Fédération Wallonie-Bruxelles, cette problématique n’est plus sensée exister depuis 2006, année de la naissance du Code de respect des usagers culturels, dont les points 2 et 3 traitent de la présente thématique : « Fournir aux usagers avant le déroulement de l’activité culturelle envisagée une information la plus complète » et « Informer les usagers dans les plus brefs délais, en cas de modification substantielle de l’activité concernée. Prévoir au moins des modalités de remboursement des usagers » :
http://www.culture.be/index.php?id=5235

Michel Draguet, le responsable des MRBAB, avait signifié par écrit, le 3 septembre 2007, qu’il souscrivait à ces points, après analyse de son service technique.

Thomas Dermine (PS), le nouveau Secrétaire d’État qui est notamment chargé de la politique scientifique (dont les musées fédéraux) a écrit, le 10 novembre 2020, à La Ligue des Usagers Culturels : «Je fais miens à la fois les objectifs et les 15 premiers engagements du « Code du respect des usagers culturels » (les 3 derniers engagements étant, dans leur formulation, spécifiques à la Communauté française) :
http://la-luc.blogspot.com/2020/11/le-secretaire-detat-des-musees-nous.html

Alors, pour bientôt, un « Code » analogue au niveau fédéral pour éviter d’autres erreurs proches de celle des MRBAB?
Par exemple, le Musée d’Art et d’Histoire, sis au Cinquantenaire, qui oublia d’indiquer à ses visiteurs du fond permanent qu’ils ne pourraient pas admirer l’un des must, une gigantesque statue de l’île de Pâques, car visible pendant plusieurs mois uniquement sur présentation du ticket d’une exposition temporaire…

ANNEXE

Voici d’autres plaintes analogues, ce qui permet de constater qu’une partie non négligeable du public attache de l’importance à cette thématique. Et parfois ne manque pas d’humour. 

  •  Nous sommes hyper déçus de notre visite! Déjà, il n’y avait plus aucun audioguide de disponible et zéro explication dans le musée (…). Résultat nous avons déambulé dans le musée sans savoir ce que nous regardions. Ensuite, on voit partout dans la ville des affiches avec les œuvres les plus connues de Magritte pour faire la promotion du musée. Problème? Il y en a AUCUNE dans le musée (elles sont toutes ou presque aux US). Bref, allez visiter les autres musées ou si vous aimez Magritte, allez visiter la boutique!

  • Des œuvres majeures manquent.

  • Un beau musée présentant une très belle collection des œuvres du peintre mais beaucoup de frustration car de nombreuses peintures ont été prêtées à New-York. Compréhensible mais nous aurions aimé en être informé. Ticket d’entrée à 10 euros.

  • Navrant d’apprendre après paiement des tickets qu’une partie de la collection est absente pour prêt. Pièces manquantes remplacées par œuvres faites en 2018 par peintre contemporain. Impression de bouche trou.

  • Déçu. Je m’attendais à voir les œuvres les plus connues de Magritte. Je les ai photographiées à la boutique. Un comble!

  • Intéressant mais pas complet.
     
  • Très beau musée mais l’entrée est un peu cher pour les œuvres de Magritte que nous voyons, certaines intéressantes, mais manquent les plus importantes (…).

  • Musée sympa mais attention ne venez pas exprès pour les peintures les plus connues. Elles n’étaient pas là quand j’ai eu l’occasion de visiter le musée.

  • Très beau musée, très aéré. Dommage, c’est après avoir franchi l’entrée que nous apprenons que des tableaux ont été prêtés aux USA… et qu’ils sont remplacés par un autre peintre. Visite très agréable malgré tout, avec une vraie volonté de décrire la vie de Magritte.

  • Très déçu. Beaucoup d’œuvres majeures ne sont pas exposées car en déplacement à l’étranger. Le musée manque d’explications hors audioguide, ce n’est pas très ludique.

  • Beau lieu, dommage qu’une partie des toiles étaient aux USA.

  • Un peu décevant car les plus belles œuvres sont en prêt à San Francisco. Intéressant malgré tout.

  • Ceci n’est pas un musée… Blague à part, nous avons appris après avoir payé les tickets d’entrée que, jusqu’en octobre 2018, toutes les œuvres intéressantes et connues de Magritte ne sont pas là mais à San Francisco. Leur absence a été remplacée par un autre peintre largement influencé par Magritte. Du coup, la visite a été beaucoup moins intéressante. J’aurais aimé être prévenu de l’absence de ses œuvres phares avant de payer l’entée… Mais le lieu est sympa…

  • Magritte sans Magritte, il manque l’essentiel de l’œuvre remplacé par un sous produit « à la manière de »… sans talent. Seul, le prix d’entrée et le personnel restent inchangés, l’un en trop, les autres en pas assez.

 

La promotion de « L’Empire des Lumières »
dans une station de métro bruxelloise, durant l'été 2018.

mardi 17 novembre 2020

BOZAR n’aime pas beaucoup les chômeurs

 

La façade de BOZAR en plein confinement (novembre 2020)


Depuis plusieurs années, pour ses expositions, BOZAR (Palais des Beaux-Arts de Belgique) pratiquait l’entrée à 2 euros tous les mercredis pour deux catégories de visiteurs: les moins de 30 ans et les demandeurs d’emplois.

Le 6 décembre 2019, avec le démarrage de la rétrospective consacrée à Keith Haring, la tarification a évolué: cet avantage a été maintenu pour les moins de 30 ans, mais supprimé pour les demandeurs d’emploi, et ce, sans aucune explication du pourquoi au public.

Pour nous, la démocratisation culturelle exige, pour ne pas rester théorique, que le public soit informé de l’évolution du fonctionnement économique des institutions. Les usagers doivent être mis au courant des raisons pour lesquelles des réductions et des gratuités sont octroyées ou supprimées à telle ou telle catégorie d’entre-eux.

 

Traitement différent pour les chômeurs et les moins de 30 ans

Complémentairement, était également proposé un tarif réduit applicable tous les jours pour tous les demandeurs d’emploi.

Celui-ci a également évolué. Il s’est précisé dans sa formulation, ce qui en limite l’usage pour certains.

Le 6 novembre 2020, Barbara Porteman, responsable au service de presse, répond à notre demande d’information, à ce sujet: «La recherche d’emploi «tout court» n’est en effet plus un tarif réduit. Nous appliquons désormais l’intervention majorée. Cela concerne les retraités, les invalides, les demandeurs d’emploi,… Les personnes qui bénéficient d’une allocation augmentée grâce à leur mutualité bénéficient toujours d’une réduction chez nous. Il s’agit de 50%. Les demandeurs d’emploi qui ne sont pas en situation de «pauvreté», et qui n’ont donc pas de formulaire de leur caisse d’assurance maladie, ne bénéficient pas d’une réduction».

Quant à l’évolution du tarif des mercredis à 2 euros pour les moins de 30 ans et les demandeurs d’emploi?

Barbara Porteman: «Il n’est valable que pour les moins 30 ans. La direction a pris cette décision pour éviter les réductions cumulatives».

Effectivement, pas cumulative pour les demandeurs d’emploi… mais, au contraire, bien cumulative pour les moins de 30 ans puisqu’ils ont droit, et au mercredi à 2 euros, et à une réduction quotidienne de 50% sur le tarif plein: https://www.bozar.be/fr/static-pages/120950-tickets-tarifs-reductions

Voilà donc un exemple concret récent de plus pour inciter le gouvernement fédéral Vivaldi à demander à Thomas Dermine (pour les institutions scientifiques), Sophie Wilmès (pour BOZAR notamment) et Ludivine Dedonder (pour le Musée de l’Armée) de préparer, de concert, un Code de bonne conduite en faveur des usagers qui fréquentent toutes nos institutions culturelles et scientifiques au niveau fédéral.

Au fil des années, on constate à plusieurs reprises que les demandeurs d’emploi étaient la cible de petites discriminations organisées par ce vaisseau culturel bruxellois.

Dans un article publié dans Le Ligueur (l’hebdo de La Ligue des Familles) daté du 28 janvier 2004 (http://www.consoloisirs.be/articles/leligueur/057.html), on découvre, à propos de deux expositions d’Europalia Italie («Une Renaissance singulière» et «Vénus dévoilée») que: «Les tarifications affichées aux guichets indiquent des réductions pour les seniors et pour les étudiants. La réduction pour les chômeurs n’y figure pas et, pourtant, elle est annoncée dans les dépliants. Pensant qu’une tarification est par nature exhaustive, combien de chômeurs pudiques n’auront même pas demandé si leur statut leur donnait droit à un avantage financier. Contactés, les organisateurs ont reconnu leur erreur. Le courriel de la plainte a été envoyé le 24 décembre 2003. Les tarifications plus conformes (de simples photocopies) ont été affichées le 14 janvier 2004. Entretemps, plusieurs rappels furent nécessaires. L’obstination paie!».

Il faut savoir que la responsable des relations extérieures avait indiqué dans un e-mail envoyé dès le 8 janvier 2004 qu’elle allait procéder à la rectification. Cinq jours plus tard, à aucun des trois points de vente du musée, la tarification avec sa version chômeurs-admis n’a été affichée, à l’inverse de feuillets annonçant la prolongation de ces expositions… Ce fait fut fermement signalé à l’institution, le 13 janvier 2004. La situation évoluera enfin favorablement, et se règlera en moins de 24 heures.

Acte manqué? Au fil des années, BOZAR a vraiment des difficultés à communiquer sur cette gratuité spécifique.

Plus récemment, lorsque l’institution lança sa réduction à 2 euros pour l’entrée de ses expositions, chaque mercredi, à destination des jeunes et des chômeurs, elle en fit une promotion qui ne mentionnait pas ces derniers, et il a fallu batailler ferme et longtemps pour qu’il y ait une évolution, hélas pas celle souhaitée: l’arrêt pur et simple de cette promo au lieu d’une annonce analogue avec la mention des deux types de bénéficiaires.

Pour la com, c’est peut-être plus frappant de mettre en avant une seule catégorie de visiteurs et de choisir la jeunesse, mais n’attend-on pas d’un organe culturel fortement subsidié qu’il respecte tout le public en l’informant de façon exhaustive de ses devoirs, droits et avantages?

 

Également aux MRBAB

BOZAR n’a pas le monopole. Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) actuellement dirigés par Michel Draguet ont eux aussi, au fil des années, joué au yoyo avec la gratuité/réduction des chômeurs, ou pas; médiatisée, ou pas.

La création d’un Code pour les usagers serait d’autant plus important que certaines directions semblent bien peu se préoccuper des droits des usagers. En voici un exemple concret assez étonnant, toujours à propos des chômeurs.

Au cours d’un entretien réalisé en novembre 2003, s’est déroulé un fait assez inattendu et qui nous semble significatif. Pour répondre aux questions du Ligueur, Helena Bussers, la conservatrice en chef faisant fonction aux MRBAB, entourée de ses collaborateurs: Thérèse Marlier, attachée de presse, et Régis Hespel, le responsable de la sécurité, du personnel technique et des chantiers.

Cet entretien était réalisé par celui qui deviendra bien plus tard le président de la L.U.C. Bernard Hennebert : «   (…) Pour valoriser son institution que j’égratignais sur différents points, Madame Bussers me déclare tout de go qu’elle tenait beaucoup au fait que les chômeurs aient droit à entrer gratuitement dans les musées dont elle a la charge: «C’est normal pour ces gens pour qui toutes les portes se ferment. Qu’on ouvre les nôtres! C’est l’aspect service public des musées. Qu’un maximum de gens s’y sentent bien».

Me voilà alors sans voix. J’hésite même un instant à mettre mon interlocutrice face à la réalité des faits. Finalement, j’explique: ces deux «gratuités» (car le même avantage est également accordé aux personnes handicapées) ont été supprimées quelques mois plus tôt et remplacées par une réduction à 2€, mesure imposée aux musées par un arrêté du ministre Charles Picqué (PS). Aucun des trois représentants des MRBAB présents à cet entretien ne me croit et, finalement, l’un d’eux téléphone à une autre responsable de leur équipe qui confirme mes dires.

Découvrant ainsi cette évolution, mon interviewée m’annonce derechef qu’elle va tout mettre en œuvre pour tenter de la modifier. Mme Bussers sera également étonnée d’apprendre de ma bouche que la présentation de la tarification au guichet principal a été changée. Jusqu’il y a peu, un panneau indiquait toutes les réductions et gratuités dont celles des chômeurs et personnes handicapées. Avec l’évolution récente de la tarification, il a fallu revoir l’affichage. Désormais, le panneau n’indique plus que des prix sans expliquer à quoi ils correspondent: 5 €, 3 €, 5 € et 2 €. À quoi servent donc ces réductions si elles ne sont pas clairement précisées où l’on s’acquitte de son droit d’entrée?

Mon interlocutrice prend alors l’initiative de me déclarer qu’elle va revoir cette tarification afin qu’elle soit affichée de manière exhaustive:«…Même si cela ne sera pas facile car il faut le faire en quatre langues! (…) ».

Pour la direction du musée, les évolutions des conditions d’entrée des visiteurs constituent-elles une priorité?

Supprimer des «gratuités» est pourtant une mesure qui se décide rarement

Voici l’article où l'on retrouvera l’entièreté de cet entretien avec la direction des MRBAB: http://www.consoloisirs.be/articles/leligueur/052.html