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jeudi 9 avril 2026

Merci (enfin) au Musée d’Art et d’Histoire (de Bruxelles) !

un nouveau panneau indicatif bien précieux aux MRAH

C’est à croire qu’un certain nombre d’institutions culturelles ne se s’inquiètent pas trop de frustrer leurs usagers. 

Par exemple, des musées n’ont-ils pas conscience du fait que leurs entrées sont de plus en plus chères et que nombre de leurs visiteurs seront déçus car le « must » de leur collection n’est pas exposé temporairement ou quasi la moitié de leurs salles sont fermées pour travaux, voire par manque de gardiens ou pour faire des économies, de chauffage, d’électricité ?

L’agacement du public est d’autant plus fort s’il n’a pas été prévenu de ces « absences » avant qu’il n’achète son ticket. 

En fait, le plus inconvenant, c’est que le monde muséal n’a pas mis en place jusqu’à présent, et depuis des lustres, un élément de sa déontologie qui concernerait ce thème précis.

Par ses plaintes successives, le visiteur actif pourrait donc tenter de mettre en exergue cette thématique, avec des propositions de solution, auprès des musées eux-mêmes, des médias et du monde politique.

Chaque fois qu’une de ces plaintes aboutit à une évolution en faveur des visiteurs, c’est la fête. Et il convient d’en parler, de décrire les différentes phases du combat mené, en espérant faire des émules.

Aujourd’hui, célébrons un ancien ministre et l’actuelle direction du Musée Royal d’Art et d'Histoire (MRAH) établi à Bruxelles.

Dans le musée Magritte


Bruxelles, Liège, Aix-En-Provence

Il y a déjà eu d’autres pressions d’usagers qui ont abouti en 2020, 2022 et 2023.

En 2018, David H. dépose plainte auprès du Musée Magritte de Bruxelles car de nombreuses œuvres dont trois parmi les plus renommées ne sont pas exposées (« Le Retour », « Le Domaine d’Arnheim » et « L’Empire des Lumières »). Il n’en a pas été averti avant achat de son ticket. Le musée refuse de rembourser celui-ci. L’usager fait alors appel au Médiateur Fédéral puisque cette façon de réagir est conseillée dans le règlement du musée. Le travail de ce dernier s’achèvera par un remboursement réglé par le musée à David H. le 9 juin 2020.

L’Empire des lumières, l’une des toiles les plus connues du Musée Magritte… très souvent exposées à l’étranger.

Instructif : le Médiateur Fédéral argumente le changement d’attitude du Musée Magritte à partir des deux textes légaux suivants :

  1. Un extrait du Code civil : « Le vendeur est tenu d'expliquer clairement ce à quoi il s'oblige. Tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur ».

  2. Le texte d’une obligation administrative au niveau fédéral : « L'administration doit utiliser un langage clair et compréhensible, sa communication doit être efficace. Elle doit veiller à utiliser des canaux de communications diversifiés et adéquats pour toucher le plus grand nombre de citoyens concernés ».

Ce qui est particulièrement significatif dans ce cas, c’est de découvrir sur les réseaux sociaux, à l’époque du dépôt de cette plainte, combien d’autres visiteurs avaient exprimé leur mécontentement :

  • Un beau musée présentant une très belle collection des œuvres du peintre, mais beaucoup de frustration car de nombreuses peintures ont été prêtées à New-York. Compréhensible, mais nous aurions aimé en être informés. Ticket d’entrée à 10 €.

  • Allez visiter les autres musées ou, si vous aimez Magritte, allez visiter la boutique!

  • Des œuvres majeures manquent.

  • Navrant d’apprendre après paiement des tickets qu’une partie de la collection est absente pour prêt. Pièces manquantes remplacées par œuvres faites en 2018 par peintre contemporain.

  • Impression de bouche trou.

  • Déçu. Je m’attendais à voir les œuvres les plus connues de Magritte. Je les ai photographiées à la boutique. Un comble !

  • Intéressant mais pas complet.

  • Très beau musée mais l’entrée est un peu chère pour les œuvres de Magritte que nous voyons, certaines intéressantes, mais manquent les plus importantes (…).

  • Musée sympa mais attention ne venez pas exprès pour les peintures les plus connues. Elles n’étaient pas là quand j’ai eu l’occasion de visiter le musée.

  • Très beau musée, très aéré. Dommage, c’est après avoir franchi l’entrée que nous apprenons que des tableaux ont été prêtés aux USA… et qu’ils sont remplacés par un autre peintre. Visite très agréable malgré tout, avec une vraie volonté de décrire la vie de Magritte.

  • Très déçu. Beaucoup d’œuvres majeures ne sont pas exposées car en déplacement à l’étranger. Le musée manque d’explications hors audioguide, ce n’est pas très ludique.

  • Beau lieu, dommage qu’une partie des toiles étaient aux USA.

  • Un peu décevant car les plus belles œuvres sont en prêt à San Francisco. Intéressant malgré tout.

  • Ceci n’est pas un musée… Blague à part, nous avons appris après avoir payé les tickets d’entrée que, jusqu’en octobre 2018, toutes les œuvres intéressantes et connues de Magritte ne sont pas là mais à San Francisco. Leur absence a été remplacée par un autre peintre largement influencé par Magritte. Du coup, la visite a été beaucoup moins intéressante. J’aurais aimé être prévenu de l’absence de ces œuvres phares avant de payer l’entrée… Mais le lieu est sympa…

  • Magritte sans Magritte, il manque l’essentiel de l’œuvre remplacée par un sous produit « à la manière de »… sans talent. Seul, le prix d’entrée et le personnel restent inchangés, l’un en trop, les autres en pas assez ».
Deux des sept grandes salles du rez-de-chaussée de la Fondation Vassarely dont l’une n’est pas accessible aux visiteurs.

Encore deux autres exemples.

En 2022, à Aix-En-Provence, suite à une plainte, la Fondation Vassarely accepte d’indiquer à son comptoir qu’une des sept salles du rez-de-chaussée qui exposent des œuvres monumentales n’est pas accessible pour travaux. 

Une autre réclamation en 2023 mène Pierre Paquet, le Directeur des Musées de la Ville de Liège, a concrétiser efficacement son annonce au futurs visiteurs de La Boverie des titres des œuvres momentanément nos exposées (notamment sa célèbre toile de Picasso).

La grande toile de Picasso qui quitte souvent les cimaises de la Bovenie pour être exposée dans diverses expositions.


Et un exemple négatif instructif à Oslo

Le 3 avril 2026, le bruxellois Yorick P. visite à Oslo le musée Munch, curieux d’y découvrir la peinture « Le cri ». À l’endroit où elle est habituellement exposée, c’est un mur vide qui s’offre à lui. Le voilà qui quitte déçu cette institution.

Rentrée chez lui, il cherche sur la toile pourquoi cette absence: « Après quelques recherches, je découvre que ce musée Munch a deux versions qui ne sont montrées au public qu’alternativement pour optimiser leur conservation. Apparemment, une des deux versions était accrochée non loin du mur vide, mais en découvrant l’absence du tableau que j’espérais voir, j’ai filé avec amertume dans une autre salle».

Il ne viendrait pas à l’idée du personnel de cette institution d’éviter de laisser un mur vide et d’utiliser plutôt cet espace vacant pour y indiquer où le visiteur peut admirer dans ses propres murs l’autre version de cette toile si célèbre…Ce geste ne coûte quasi rien économiquement et constitue une simple marque de respect pour les visiteurs. Cet exemple montre à quel point les visiteurs sont sensibles à la découverte des œuvres fortement médiatisées, caractéristique dont devraient davantage tenir compte les musées du monde entier…

Le musée Munch à Oslo.


Constats négatifs en 2018 et 2022

En mars 2018, au MRAH, une institution fédérale située au Cinquantenaire à Bruxelles, l’un des plus vastes musées de Belgique, je souhaite admirer l’un des « must » du fond permanent constitué par un original des statues de l’île de Pâques (6,5 tonnes; 3,5 mètres en hauteur).

J’achète mon ticket. Lors de cette visite, il me sera impossible de découvrir cette œuvre ramenée à Bruxelles en 1934. En effet, elle a été incorporée dans l’exposition temporaire « Oceania, Voyages dans l’immensité » qui, elle, se visite avec un autre ticket payant.

Je n’adresserai pas un courrier au musée. Je m’en mordrai les doigts environ quatre années plus tard car un cas de figure analogue s’y représente. Le 28 août 2022, impossible à nouveau de découvrir cette statue. Cette fois-ci, la salle qui l’abrite n’est pas accessible. 

Voilà pourquoi j’envoie le 1er septembre 2022, une plainte où je détaille ce nouveau constat, avec quelques propositions :

« Je n’ai vu aucun avis sur ce fait à l’accueil du musée. Sur le site internet, on peut lire ce jour-là : «Venez vous immerger dans le monde oriental en croisant des Bouddhas d'Asie et voyager jusqu'à l'autre bout de la terre pour apercevoir une gigantesque statue de l'Île de Pâques ». Il conviendrait peut-être de prévoir sur ce site, à un endroit proche de celui où le public peut réserver sa tranche horaire et payer sa visite, une case régulièrement actualisée :
« Voici les œuvres de notre patrimoine qui ne sont pas actuellement accessibles au public ».

De plus, à l’entrée du musée: une pile de son dépliant où l’œuvre qu’il est impossible d’admirer est la seconde renseignée dans sa rubrique « Des chefs-d’œuvre uniques » : on peut y lire « Faites connaissance avec nos incontournables : (…) une impressionnante statue de l’Île de Pâques, offerte à la Belgique par les autorités chiliennes et ramenée à bord du Mercator » (…).

Pour l’accueil au musée lui-même, ne serait-il pas utile de placer un avis sur le comptoir indiquant aux visiteurs qui veulent savoir quelles œuvres du patrimoine ne sont pas exposées qu’ils peuvent demander à pouvoir consulter une liste que leur fournira la personne qui vend les tickets?

Cette statue est une œuvre maîtresse du musée. Pour s’en convaincre, si on n’a pas lu les textes élogieux sur le site internet et dans le dépliant, il suffit de se promener dans le shop. Il y trône une imposante reproduction (environ 6 mètres de hauteur) de l’œuvre. Deux piles de livres axés sur l’Île de Pâques. À vendre, de petites figurines. Plusieurs exemplaires du livre « Museum in Strip » qui reproduit différents extraits de BD reprenant des statues de cette île dans leur scénario. Enfin, le grand catalogue « Les incontournables du musée » lui consacre une page.


Au Shop, on peut acheter trois réductions de la statue qu’on ne peut pas admirer dans la collection du musée.


En 2022: du progrès

Bruno Verbert, le directeur général de l’institution, accuse réception de cette plainte le jour même de son envoi et me répond le 15 septembre 2022 :

« Veuillez accepter ici toutes nos excuses. Il est en effet fort regrettable que vous n’ayez pu être dûment informé préalablement à l’organisation de votre visite au musée. Le texte repris sur la page d’accueil de notre site web, faisant référence à la statue de l’Île de Pâques, a été modifié. Une rubrique « Salles fermées » est désormais également consultable sous l’onglet « Visiter » de notre site. Sous la rubrique « Collections », nous renseignerons aussi dès ce lundi (jour du retour de notre collègue du service Communication) que le colosse n’est malheureusement pas visible temporairement. Cela va sans dire, aussitôt cette œuvre rendue à nouveau accessible au public, nous ne manquerons pas de le communiquer via ce même canal. Enfin, concernant les salles fermées et autres pièces de collections rendues inaccessibles, nos collègues présents à l’accueil du musée restent également toujours disponibles pour bon renseignement. Au plaisir de pouvoir vous accueillir à nouveau prochainement au musée, nous vous prions d’agréer l’expression de nos salutations les plus cordiales ».

Il y a bien sûr dans cette réponse des avancées significatives. Reste cependant un point à résoudre. Le public n’est pas habitué à exercer ce droit à découvrir si telle ou telle œuvre est bien exposée. Comment pourrait-il imaginer que le personnel à l’accueil puisse lui fournir pareilles informations ? Il conviendrait donc qu’à l’entrée du musée un avis écrit informe de cette possibilité.

Dans le shop du MRAH: une immense copie.


La solution complète commence à se mettre en place en 2024

Le 22 mars 2026, au cours d’une visite, je découvre que ce MRAH, alors sous la direction de Géraldine David, respecte enfin entièrement ce droit à être informé du fait que certaines de ses salles sont inaccessibles avant de payer sa place grâce à un avis placé de façon fort visible dans son entrée.

À côté d’un distributeur automatique de tickets, trône en effet un avis qu’il est impossible d’ignorer. Son texte est proposé en français, néerlandais et anglais: « Nous sommes au regret de vous informer que les salles Antiquité son fermées au public pour une durée indéterminée. Nous vous prions de nous excuser pour ce désagrément et vous invitons vivement à découvrir nos autres salles d’expositions ».

Sur le site internet de l’institution, l’information est davantage détaillée. Le public peut ainsi mieux cerner l’ampleur de cette inaccessibilité. On y lit ce qui suit : « L’aile Antiquité est actuellement fermée au public jusqu’au minimum fin juin 2026, pour des travaux de sécurité concernant les plafonds et le chauffage. Les salles Égypte, Grèce, Rome, Proche-Orient & Iran et Arts du monde islamique restent donc temporairement inaccessibles ».

L’avis informatif qui trône à côté du  distributeur automatique de tickets du MRAH.

Qu’est-ce  qui a permis ce changement concret ?

Voici un communiqué de presse diffusé le 29 octobre 2024: « En attendant l’élaboration d’un prochain gouvernement fédéral, la L.U.C. (La ligue des usagers culturels, association que je préside) voit se concrétiser une promesse qui lui a été faite, à plusieurs reprises durant la dernière législature, par le secrétaire d’État (socialiste) Thomas Dermine.

Pour les musées fédéraux, il s’agit de la reprise de l’essentiel du « Code des Usagers Culturels ». Depuis dix-huit ans (2006), celui-ci doit être appliqué par plus de quatre milles opérateurs culturels subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Cette décision a été prise par le Comité de direction de la politique scientifique (BELSPO). Elle va avoir un impact non négligeable sur le quotidien du public culturel. En effet, le 25 avril 2024, le cabinet du secrétaire d’État Dermine avait expliqué à la L.U.C. : « Nos musées fédéraux savent bien indiquer les devoirs des visiteurs, mais moins leurs droits. Bien entendu, le droit général de la consommation s'applique également au public culturel, mais la question est de le préciser ».

Cependant il convenait que chaque musée fédéral y souscrive, ce qui a pris ensuite beaucoup de temps. C’est désormais le cas. Les sites internet du Musée Magritte, du Musée Oldmasters, du Musée des Instruments de Musique, du MRAH, etc. donnent depuis peu accès, d’une part, à leur traditionnel « Règlement des visiteurs » (les devoirs du public) et, d’autre part, ce qui est nouveau, à cette « Charte des visiteurs » (les droits du public) ».

Cette nouvelle obligation impose de fournir aux usagers avant le paiement de leurs billets d’accès « une information la plus complète possible sur la nature de l’activité ».

Se pose ensuite une autre question : au moment où une ou de nombreuses œuvres maîtresses, ou de diverses salles d’un musée sont inaccessibles pendant un certain temps, est-il normal qu’en Europe certaines institutions diminuent durant cette période-là leur prix d’entrée… mais d’autres, pas ? Mais ne gâchons pas notre plaisir du combat remporté au MRAH.



mardi 28 octobre 2025

Comment découvrir un vol dans nos musées ?

 

 

Le public apprécie beaucoup « L’Empire des lumières » de Magritte.

À l’occasion du vol récent déjà qualifié « du siècle » au Musée du Louvre à Paris, nombre de médias belges ont tenté de dresser un bilan « sécurité des œuvres » en Belgique, le plus souvent en interrogeant les musées eux-mêmes. Certains parmi ceux-ci n’ont-ils pas parfois caché un peu de poussière sous le tapis? 

Comment savoir si une œuvre a été volée dans nos musées fédéraux

Il faut savoir que certaines listes des œuvres non exposées temporairement ne sont plus vraiment «gardées à jour ». 

BELSPO est l’organe qui gère la politique scientifique du gouvernement (dont les musées fédéraux). Le 9 juillet 2025, celui-ci confirme par écrit à l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) qu’autrefois, les musées fédéraux tenaient à jour la liste des œuvres qui ne sont pas présentées temporairement au public mais que ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, précisément par les mots suivants :  « La plupart des musées disposait de cette liste dans le passé et en dispose encore parfois mais il est vrai qu’il est de plus en plus difficile de garder ces listes à jour. En effet, nos musées doivent malheureusement faire face à des contraintes importantes, tant en termes de budget que de ressources humaines ».

En visiteur actif des institutions culturelles fédérales depuis tant d’années, j’ai mon idée sur quels musées n’ont plus leur liste à jour. D’où ma question suivante adressée par écrit à BELSPO, le 19 juillet 2025 : « Vous indiquez que certains musées en disposent encore parfois (à l’heure actuelle). Puis-je savoir de quels musées il s’agit précisément? ».

Ma demande reste sans aucune réaction et, finalement après un rappel, BELSPO m’écrit, le 2 octobre 2025… pour ne pas me répondre sur le fond. Cette thématique « n’est pour l’instant plus abordée car les décisions budgétaires forcent d’autres discussions plus pressantes avec les musées. Merci pour votre compréhension. Bien à vous. ».

En 2008, lorsque le musée Magritte fut restauré, « L’Empire des lumières »
 fut choisi pour figurer sur la bâche qui en couvrait toute la façade.

Pas de liste mise à jour, c’est parfois une aubaine

L’argument financier si souvent invoqué pour justifier tout et n’importe quoi est parfois un alibi bien utile pour empêcher tout débat de fond ou toute évolution, même peu coûteuse. 

En fait, certains musées, dans ce cas-ci fédéraux, peuvent avoir intérêt à ce que ces listes des œuvres non exposées temporairement soient inexistantes ou officiellement pas « gardées à jour ». 

L’aveu feutré de BELSPO s’est fait au cours d’échanges concernant le fait que ses musées devraient obligatoirement indiquer clairement à leurs futurs visiteurs AVANT qu’ils n’achètent leur ticket par internet ou à l’accueil quelles salles sont provisoirement fermées ainsi qu’énumérer les titres des œuvres (au moins majeures) de leur patrimoine non exposées momentanément.

Bien entendu, il est impossible d’informer le public s’il n’y a plus de listes mises à jour des peintures, des photos ou des sculptures déposées en réserve provisoirement, ou parties pendant quelques temps en restauration, ou prêtées pour être exposées ailleurs.

Agissant ainsi, les musées fédéraux s’autorisent à ne pas respecter une obligation qui découle de la législation économique qui pourtant s’applique bien à eux puisqu’elle concerne tout ce qui se vend ou s’achète.

Par le passé, David H., un visiteur non averti de l’absence temporaire de « l’Empire des Lumières », avait demandé le remboursement de son ticket au Musée Magritte. Comme celui-ci le lui refusait, il fit appel au Médiateur Fédéral et, après de nombreux mois, il a finalement ainsi obtenu gain de cause.

Cette peinture peut être considérée comme majeure notamment parce que le musée en vend des reproductions sous forme de posters et de cartes postales dans son shop. Il la met en avant régulièrement dans ses publications… et, en 2008, lorsque le musée fut restauré, cette toile fut choisie pour figurer sur la bâche qui en couvrait toute la façade.

Après ce fait, les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) ajoutèrent le point suivant (toujours en vigueur en 2025) dans l’article 3 de leur « Règlement des visites » : « La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines œuvres d’art (en déplacement ou en restauration) ne donne aucunement droit à un quelconque remboursement ou réduction du prix ». Par contre, dans le même règlement, n’est indiqué nulle part que les musées doivent informer de ces faits précis les visiteurs avant achat de leur ticket.

S’en suit des avancées et des retours en arrière en vue d’une information précise de l’usager.

Ainsi, la reconnaissance par les MRBAB qu’il s’agit bien de donner ces informations aux visiteurs à leur accueil et que c’est matériellement possible.

Un reportage de trois minutes dans « Images à l’appui » diffusé le 21 juin 2021 sur RTL TVi le prouve. Un membre du personnel de l’institution s’y fait filmer pour montrer comment la personne à l’accueil peut prêter à tout moment au visiteur qui lui demande un feuille qui contient les titres des œuvres actuellement non exposées. Un avis placé sur le comptoir informe le public sur cette démarche.

Voici ce reportage diffusé par RTL : https://www.facebook.com/watch/?v=287572189455953

Extrait du reportage de RTL : Au comptoir, une membre du personnel
 donne la liste des œuvres non exposées au musée Magritte.


Hélas, cette solution ne sera pas appliquée bien longtemps. Retour donc à la non information des futurs visiteurs. Avant un nouveau coup de théâtre. 

Suite à une très longue pression de la L.U.C., Thomas Dermine (PS), alors ministre des musées fédéraux, impose à BELSPO, à côté des « Règlements des visiteurs » (dont le contenu définit surtout les devoirs plutôt que les droits de ceux-ci) la création d’une « Charte des visiteurs » (qui, elle, s’axe plutôt sur ces droits du public), avec une reprise des trois quarts des textes précis déjà formulés dans le « Code des Usagers Culturels » en 15 points que doivent appliquer depuis 2006 les près de 4.000 organisateurs culturels aidés par la Fédération Wallonie-Bruxelles

Pour être précis, le point 3 de cette « Charte des visiteurs » au fédéral est un copié-collé du point 3 du « Code des Usagers Culturels » de la Fédération W.B. : l’organisateur culturel ou le musée, selon les cas, doit « fournir aux usagers et usagères avant le déroulement de l’activité culturelle envisagée une information la plus complète qui ne comporte pas d’indications ou de représentations susceptibles de les induire en erreur, notamment sur la nature, l’éventuel prix d’accès, la durée et la date de l’activité ».

C’est grâce à ce droit précis que la L.U.C. a réussi à ce que le Musée de la Boverie soit obligé d’indiquer à son accueil les titres de ses œuvres les plus connues non exposées temporairement. Par exemple, ses célèbres peintures de Picasso, Gauguin, Chagall ou Ensor acquises par la ville de Liège lors de la vente dite « d’art dégénéré » de Lucerne en 1939


Fondation Vasarely à Aix-En-Provence : deux des sept salles 
abritant des œuvres monumentales dont une en restauration.

En ce qui concerne les salles fermées, la L.U.C. a également convaincu en 2022 à Aix-En-Provence, après sept mois alimentés par de nombreux échanges de courriers, la Fondation (privée) Vasarely à informer ses futur visiteurs sur son site internet et au comptoir, à son accueil, qu’une de ses sept salles abritant des œuvres monumentales était en restauration et donc inaccessible pendant de nombreux mois.

Grâce à la mise en application de cette nouvelle « Charte des visiteurs », la L.U.C. est revenue assez récemment à la charge auprès de BELSPO pour savoir si ses musées fédéraux allaient enfin respecter leur obligation d’information détaillée à l’usager imposée par la législation économique. Et c’est à ce moment-là que l’organisme fédéral s’est réfugié, pour ne pas répondre, dans son impossibilité à agir conformément vu qu’il ne disposait plus de listes des œuvres non exposées temporairement « gardées à jour ». 

Au musée d’Art et d’Histoire, 
la statue de l’Île de Pâques.

La nouvelle ministre est une « Engagée »

Il conviendrait donc que la nouvelle ministre des musées fédéraux Vanessa Matz (Les Engagés) s’enquière rapidement après de BELSPO pour savoir si , oui ou non, ses institutions disposent de listes actualisés des œuvres exposées. Et qu’elle soit également attentive à ce que les musées fédéraux respectent enfin le point 3 de leur nouvelle « Charte des visiteurs ». 

Des parlementaires pourraient-ils l’interroger à ce sujet? 

Il n’y a pas que les musées de la rue de la Régence (musée d’Art Ancien, Musée Magritte) qui sont à montrer du doigt. À plusieurs reprises, la célèbre statue de l’Île Pâques était manquante dans le fond permanent du Musée d’Art et d’Histoire, sans aucun avertissement aux futurs visiteurs. 

Et, actuellement, il faut conseiller aux futurs visiteurs, dont de nombreux touristes pour les prochaines fêtes de fin d’année, d’éventuellement éviter de rendre visite aux MRBAB s’ils aiment tout particulièrement Jacques Louis David.

Jusqu’au 26 janvier 2026, l’une de ses œuvres parmi les plus connues, « La mort de Marat », a été déménagée à Paris, pour une exposition se déroulant au Louvre. 


La baignoire de Marat est partie à Paris.


mardi 6 juin 2023

Michel Draguet: Pourquoi un bilan que partiel?

Michel Draguet a dirigé pendant dix-huit ans, de 2005 à 2013, le plus grand ensemble de musées fédéraux belges : actuellement, le musée d’Art Ancien, le musée Fin de Siècle, le musée Magritte, le musée d’Art Moderne (évaporé depuis longtemps), le musée Antoine Wiertz et le musée Constantin Meunier.

Le 25 avril 2023, la presse a annoncé que son mandat s’achève, le 30 avril 2023. Cette décision fait suite à de nombreuses critiques sur les relations avec son personnel qui ont été longuement et à plusieurs reprises détaillés par un grand nombre de nos médias.

Cet aspect d’une gestion est bien entendu capital et il faut également s’intéresser à d’autres aspects du travail de direction puisque ces six musées ne sont pas de simple hangars de rangement mais sont gérés pour que les œuvres soient accessibles au public. Qu’en est-il donc du respect de ce directeur à l’égard de ses visiteurs?

Comme la presse faisait l’impasse sur ce point de vue, la Ligue des Usagers Culturels l’a travaillé à destination des autorités qui veillent aux destinées de nos musées fédéraux et des médias.

Le site de l’hebdomadaire « le Vif »

«Michel Draguet aime-t-il des visiteurs?»

Dès le 22 février 2023, le site du Vif a publié la carte blanche du président de la L.U.C. intitulée «Michel Draguet aime-t-il ses visiteurs?».

Deux exemples y détaillent la façon dont les visiteurs ont été régulièrement malmenés sous ce «règne».

Tout d’abord, il y est question d’un exemple de discrimination de la population active : «L’une des pires atteintes aux droits du public culturel est de l’empêcher de participer structurellement à une activité. C’est le cas des Musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz qui appartiennent aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB). La population active – travailleurs et étudiants – ne peut, en raison des horaires pratiqués, visiter ces deux institutions, si ce n’est en rognant sur ses jours de congés légaux. Ces deux musées sont, en effet, fermés tous les week-ends et jours fériées. Du mardi au vendredi, ils sont accessibles de 10h à 17h, mais ils sont clos pendant le temps de midi.
Une pétition «Stop à l’asphyxie des musées Meunier et Wiertz» a été lancée et a recueilli plus de 3 000 signatures: https://www.change.org/p/michel-draguet-stop-à-l-asphyxie-de-musées-constantin-meunier-et-antoine-wiertz
Hélas, la situation n’a pas évolué en près de sept ans. Les éternels arguments relatifs à la «diminution des aides de l’état» et au «manque de gardiens» nous ont bien sûr été opposés, mais c’est le silence qui a accueilli ensuite nos réactions argumentées. Tout débat contradictoire et toute négociation s’avèrent impossibles. Cette situation qui discrimine plus de la moitié de nos concitoyens se poursuit.
Pourtant notre revendication est minimaliste : nous demandons que tous les musées soient obligés de prévoir dans leur horaire mensuel au moins une plage accessible notamment à «population active» (en week-end ou une nocturne).


L’atelier dans la maison où habitait le célèbre peintre et sculpteur Constantin Meunier


Le second exemple détaillé dans cette carte blanche est intitulé «Interdit de dessiner au musée». Il n’est pas exempt, de la part de la direction des MRBAB, de cynisme et de mépris à l’égard des usagers.
« Dès 2012, nous avons relayé la plainte d’une visiteuse qui s’est vue refuser le droit de prendre des notes et de dessiner avec un crayon sur une feuille de papier A4 au Musée Magritte. Cette interdiction ne lui avait pas été signifiée avant qu’elle n’achète son ticket. Il s’agit d’une simple visiteuse et non d’une étudiante en art.

Le refus de rembourser son ticket et la médiatisation de cet incident ont eu pour conséquence la prise de conscience de journalistes français, outrés par ce type d’interdiction qui va à l’encontre de tout travail d’éveil actif et participatif à la culture. Le site Louvre pour tous a réalisé un reportage détaillé sur ce fait: http://www.louvrepourtous.fr/Ces-musees-belges-qui-interdisent,788.html
Avec cette information inédite : «Nous avons contacté la Fondation Magritte, partenaire privilégiée du musée dès sa création… À notre grand étonnement, on nous a répondu personnellement, nous signifiant très clairement au sujet de la prise de notes et de croquis : nous n’avons jamais, et en aucun cas, interdit quoi que ce soit dans un sens ou dans un autre».

Par la suite, le site de l’hebdomadaire culturel français Télérama a dénoncé à son tour l’attitude du Musée Magritte, ce qui fit à ce dernier une bien mauvaise publicité.
Dès le lendemain de cette publication, la presse belge a relayé la plainte. Les MRBAB ont alors annoncé la fin de l’interdiction. Le 4 février 2016, on expliquait, au Musée Magritte, que, désormais, la prise de notes et de photographies par les visiteurs était autorisée, à l’exception de quelques œuvres signalées par le pictogramme d’un appareil photo barré: http://www.louvrepourtous.fr/Le-musee-Magritte-autorise-enfin,795.html

Toutefois, discrètement, les MRBAB ont par la suite mangé leur chapeau. Nous découvrons le pot aux roses en 2021: un visiteur nous écrit pour s’étonner que son enfant s’y est fait interdire de dessiner dans une exposition temporaire. Comme quoi, les avancées sont bien fragiles.
Pourquoi cette interdiction vise seulement le Musée Magritte et les expositions, et non les quatre autres musées des MRBAB ? Peut-être parce qu’ils attirent davantage de public. Il faut donc éviter structurellement tout obstacle qui pourrait ralentir le flot des visiteurs, afin de ne pas restreindre la vente des tickets».

La tribune publiée dans Le Vif se termine par une proposition de solution pour tenter de mettre fin à pareils abus à l’égard des visiteurs : https://www.levif.be/opinions/cartes-blanches/musees-des-beaux-arts-michel-draguet-aime-t-il-ses-visiteurs/?fbclid=IwAR0i3EAnBUJ9HEFztoAeueDneBxkgQB8swU2Ao97YWyiaXUAvWmodyOszyA

Un troisième exemple

Les cartes blanches que publie la presse ne pouvant dépasser un certain nombre de signes, d’autres exemples ne purent y être développés.

Alors, la L.U.C. a fait parvenir aux autorités (le Secrétaire d’État Thomas Dermine et à la direction de BELSPO, Arnaud Vajda), en plus du texte du Vif, un troisième témoignage.

Un article paru dans le quotidien « la Capitale »


Le président de la L.U.C. leur écrit : «Voici une évolution qui me semble contestable du Règlement des Visiteurs des MRBAB. Elle fait suite au remboursement de mon ticket après plus d’une année de plainte aux MRBAB eux-mêmes et suite au recours au Médiateur fédéral pour le fait que les visiteurs ne disposaient pas, avant paiement de leur ticket, d’une annonce précise du fait que des œuvres maîtresses de Magritte de la collection n’étaient pas exposés au Musée Magritte et, de plus, sans en leur citer les titres.


Voici ces deux nouveaux textes du « Règlement des Visiteurs » des MRBAB :

  1. «La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines oeuvres d’art (en déplacement ou en restauration) ne donne droit ni au remboursement, ni à une réduction du billet d’entrée».

  2. «Si les visiteurs se rendent dans les musées pour voir une œuvre d’art en particulier, les MRBAB leur recommandent vivement de consulter au préalable le site internet sous l’onglet «Collections» afin de s’assurer de la présence de l’œuvre d’art aux musées».

Le 21 juin 2021, RTL TVi diffuse au prime time, dans «Images à l’appui» un reportage sur la résolution de cette plainte : https://www.facebook.com/watch/?v=287572189455953
Inga Rossi-Schrimpf, directrice Collection et Recherche du Musée Magritte, y constate que dix-sept œuvres ont quitté les cimaises de son institution pour être exposées à Paris. Au début de la file des visiteurs qui vont payer leur entrée, un panneau indique qu’on peut demander la liste «complète et détaillée» de celle-ci au comptoir. Dans le reportage, on voit la caissière qui donne la liste à la directrice et un plan rapproché permet au téléspectateur d’observer ce qui lui est présenté comme étant la feuille avec la liste des œuvres manquantes.

Ce reportage est, en fait,  un «suivi» pour voir s’il y a eu une évolution dans la problématique proposée. Voici le reportage initial de RTL TVi qui montrait la situation dans sa phase antérieure. Cette autre séquence de « Images à l’appui » a été diffusée le 1er mars 2019: https://www.facebook.com/imagesalappui/posts/2550633081620735
Le second reportage semble n’être qu’une mise en scène pour la caméra car cette façon de respecter le droit du public à être informé ne sera pas appliqué par la suite de façon généralisée, ce qui était pourtant le but de la plainte et de la longue médiation.

En effet, je vais prouver que ces règles ne sont pas respectées lors de l’absence de la toile «Le calvaire breton» de Gauguin au Musée Fin de Siècle. En fait, cette peinture a été enlevée temporairement des cimaises pour être exposée au Museum Ordrupgaard, du 21 janvier au 9 mai 2022. Cette absence n’était ni indiquée au visiteur qui va payer son ticket à l’accueil, ni à ceux qui préparent leur venue en s’informant sur le site internet des MRBAB sous l’onglet «Collections». Après avoir dû recourir aux services du Médiateur Fédéral, j’ai finalement vu mon ticket être remboursé.

La suite? Le règlement change à nouveau. Son texte ne correspond donc plus au résultat de la médiation… Est-ce normal?

Surtout parce que cette nouvelle « solution » me semble bien plus compliquée, voire aléatoire, pour le visiteur. Il n’est plus question, pour lui, de consulter sur le site, mais il faut écrire ou téléphoner (téléphone ne laissera probablement pas de trace, en cas d’erreur par le personnel).
Pire encore. Quand le visiteur paie son ticket à l’entrée du musée, rien n’y indique plus le fait qu’il peut demander au personnel, au comptoir, la liste des œuvres qui ne sont pas exposées.
D’ailleurs ce dernier point qui semblait être un acquis utile pour le visiteur dans le reportage (fiction?) de RTL TVI n’est même pas mentionné dans le «Règlement des Visiteurs» des MRBAB. Un règlement que pour les devoirs, et rien sur les droits du public?  Mensonge par omission?

Voilà le nouveau texte : «Si les visiteurs se rendent dans les musées pour voir une œuvre d’art en particulier, les musées leur recommandent vivement de contacter au préalable le site conservation et recherche afin de s’assurer de la présence de l’œuvre d’art au musées par e-mail via info@fine-arts-museum.be ou par téléphone au 32(0)2/508.33.53».
Voir l’article 3 du règlement des visiteurs (que j’ai lu le 2 février 2023) : https://fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/20220614_reglement_du_visiteur.pdf

Il y a donc actuellement un non respect unilatéral par la Direction des MRBAB du résultat de la médiation menée par le Médiateur Fédéral et qui était pourtant acceptée de part et d’autre.

L’absence de la peinture de Gauguin n’est pas annoncée avant que le visiteur ne paie son entrée, mais bien après.

Sous cloche : l’accueil des visiteurs

Puisque notre association d’usagers n’est pas invitée aux conférences de presse de nos autorités fédérales et ne reçoit pas leurs communiqués de presse (ce qui constitue un problème en soi), la L.U.C. se base donc sur ce que la presse rapporte.

Dans le cas présent, notre analyse repose sur les articles d’Alain Lallemand et de Guy Duplat parus le 25 avril 2023 respectivement dans Le Soir et La Libre, ainsi que les textes de Françoise Baré diffusés par la RTBF, la veille : https://www.rtbf.be/article/michel-draguet-ne-sera-plus-le-directeur-des-musees-royaux-des-beaux-arts-11187479

Dans les commentaires sur l’évaluation faite à propos du travail de Michel Draguet, il est beaucoup question d’attaques au bien être de son personnel, problématique à propos de laquelle il est bien entendu indispensable d’investiguer.
Mais pas un mot sur son rapport aux visiteurs, comme si la L.U.C. n’avait jamais fait part des trois exemples longuement argumentés à nos autorités (lire ci-dessus) et comme si la tribune publiée par Le Vif était passée comme une créance au compte de pertes et profits.

Alors, il est question des visiteurs, mais pas concernant leur accueil. Le Secrétaire d’État Thomas Dermine note : « Sous l’impulsion de Michel Draguet, les musées Royaux ont connu une importante augmentation de nombre de visiteurs ». Aucun résultat précis chiffré ne nous est proposé pour prouver cette assertion.

N’y-a-t-il pas une confusion entre cette «augmentation du nombre ce visiteurs» et une augmentation du nombre de tickets?
Pour rappel, quatre ans après sa nomination, le nombre de tickets a commencé à sensiblement augmenter, et pas nécessairement d’autant, le nombre de visiteurs.
En effet, avant l’ouverture du musée Magritte en 2009, l’ensemble des œuvres d’art ancien et d’art moderne, dont la collection des Magritte, dans tous les bâtiments des MRBAB sis rue de la Régence, se visitaient gratuitement tous les jours, puis avec un seul ticket (à 5 euros à l’époque) pour l’ensemble.

Ensuite, on passe en quelques années de un à trois musées, dans le même lieu, avec des entrées séparées: le musée d’Art Ancien, le musée Magritte, le musée d’Art Moderne (remplacé ensuite par le musée de Fin de Siècle ).
Tout ceci est détaillé ici : http://www.consoloisirs.be/textes/090519carteblanchemagritte.html


Le constat principal réside dans le fait que le souci de l’accueil des visiteurs est à un tel point marginalisé, voir négligé, par nos autorités que, même lorsqu’une association militante et bénévole en démontre plusieurs écueils, il en est fait silence lors de la présentation de bilans au public.

Carte blanche parue dans Le Soir

Gratuité mensuelle: « une politique de droite » !!!

Les gratuités et les tarifications constituent un élément important dans une politique de démocratisation culturelle. Ce thème mérite aussi d’être abordé lors d’un bilan public.

Sur ce thème, le seul moment de débat contradictoire public dans la presse écrite que Michel Draguet a eu avec celui qui deviendra plus tard l’un des fondateurs, puis l’un des présidents de la L.U.C. fut la publication en 2006 par Le Soir de deux interviews faites séparément à propos des gratuités mensuelle « pour tous » dans les musées.

Que veut dire ce « pour tous »?
Pour le responsable des MRBAB, c’est le premier mercredi du mois entre 13H et 17H. Pour que notamment les écoles continuent à payer aussi ce jour-là, de 10H à 13H. Et pour que notre population active (travailleurs et étudiants) ne puisse pas en profiter.

Pour Bernard Hennebert, c’est un jour entier par mois (donc douze jours par an, pas plus) où la population active est d’habitude disponible.

Le Soir du 1er avril 2006 publie donc les déclarations de Michel Draguet sous un titre provocateur, «Sous l’apparence de la gauche, c’est une politique de droite », pointant plus précisément la gratuité du premier dimanche du mois existant en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Voici quelques extraits : «Ce que dit Bernard Hennebert, en fin de compte, c’est: venez vous épanouir gratuitement dans la maison de tous. D’accord, très bien. On ouvre le musée le dimanche, on y organise des actions pédagogiques pour le public, c’est merveilleux. Mais ce n’est pas chiffré (...). L’entrée est à 5 € seulement, et avec ça, les programmes sociaux existent, les programmes d’éducation, de pédagogie (...). Si on m’oblige à ouvrir gratuitement le dimanche, c’est mon meilleur jour de visite qui disparaît. Le « ticketing » du dimanche me permet de financer ces opérations pédagogiques et sociales. De plus, nos visiteurs du dimanche, ce sont des touristes, des Européens, des habitués. Pour eux, 5 € c’est dérisoire (...). Cette gratuité est généreuse, mais aveugle. C’est un libéralisme pur : on ouvre la porte et vient qui veut (...). Ce que je reproche aux tenants du gratuit, c’est que c’est la même formule pour tous. Et je dis que cette formule ne fera que permettre aux coutumiers de la culture de consommer gratuitement. Et pas aux SDF de venir au musée (...). Le tourisme culturel est un fameux enjeu, qui peut rapporter gros, mais qui nécessite des moyens financiers. Et la gratuité empêche d’avoir ces ambitions».

Si l’on comprend bien, il faut empêcher que la gratuité pour tous ne se déroule un jour où la population active peut se déplacer car cela va permettre d’économiser pour financer le tourisme culturel qui coûte cher à mettre en place. Comme si cet objectif était le principal à atteindre pour les MRBAB!
Si les visiteurs du dimanche sont surtout des Européens, des touristes et des habitués, quel aveu d’impuissance ! Les MRBAB semblent donc peu capables de toucher de façon significative la population autochtone, et même avec l’argument d’une journée de gratuité.
Lorsque le directeur reproche que ne soit pas chiffrée la demande de passer à une gratuité mensuelle selon un horaire accessible à la population active, il semble oublier, ce qui n’est pas bien pour un gestionnaire, la liste régulièrement médiatisée des éléments financiers positifs que sous-tend cette évolution : économies dues au fait qu’il n’y a plus d’achat et de contrôle de tickets; promotion possible des expositions temporaires (qui restent payantes) pourquoi pas avec une tarification attractive et auquel serait sensible un public qui, sinon, ne serait jamais venu; dons des visiteurs dans une tirelire présentée de façon attractive et placée à la sortie de l’institution; meilleurs rendements pour le restaurant, le café et le shop (s’ils ne sont pas, hélas, privatisés… ou fermés). Et surtout… création à moyen terme d’un public plus large, prêt à revenir par la suite, et pendant de nombreuses années, aux MRBAB, et ailleurs, les jours payants.
Pour Michel Draguet, en fait, la gratuité ne doit pas exister pour tous. Elle n’est pas un droit. Elle doit faire venir, pour être réussie, les SDF au musée (et, on suppose, les autres publics précarisés).
Ceux-ci viendraient apparemment plus facilement un mercredi qu’un dimanche après-midi ? Dans sa déclaration, il n’en apporte pas la preuve.

N’est pas signalé le fait que certains n’aiment pas montrer patte blanche pour avoir droit à une réduction et qu’une « gratuité pour tous » préserve leur anonymat. -

Enfin, puisque Michel Draguet se lance de façon hasardeuse dans une réflexion « droite-gauche » à sa sauce, il nous apparaît que lorsqu’on analyse en Europe la mise en place de gratuités dans différents pays, elles sont le résultat d’initiatives tant de pouvoirs politiques de gauche que de droite. Tout dépend de quelle gauche ou de quelle droite, d’ailleurs. Et que c’est souvent l’extrême-droite qui revient sur cet avantage lorsqu’elle arrive aux affaires.
Dans cet entretien tel que publié par Le Soir, il y a un grand absent : les résultats détaillés de la gratuité du premier mercredi du mois. Ce qu’elle coûte, ce qu’elle rapporte, son éventuel succès, et auprès de qui. Pourtant, ces sujets-là, on les impose toujours aux défenseurs d’une autre gratuité mensuelle, celle du premier dimanche… Un traitement médiatique inégalitaire ?

À ce propos, voici les résultats d’une enquête fort détaillée sur la fréquentation des premiers dimanche gratuits :
http://www.directionrecherche.cfwb.be/index.php?id=sr_detail&no_cache=1&tx_ttnews%5Btt_news%5D=2077&L=0&cHash=594ce376a3683f4b838714103ca2ea09

Ces déclarations faites en 2006 par Michel Draguet s’opposent donc frontalement aux gratuités mensuelles pour tous.
Dix-sept ans plus tard, il quitte donc les MRBAB et jusqu’à ce moment-là, il a pourtant continué de pratiquer cet avantage, chaque premier mercredi du mois après-midi, à l’inverse d’autres directions consœurs comme celle de cet autre musée fédéral qu’est le Musée Royal d’Afrique Centrale à Tervueren.
Allez donc comprendre!


Une photo prise quand les MRBAB ont daigné organiser une journée de gratuité « pour tous », un jour où la population active ne travaille pas… C’était pour ses 215 ans, le dimanche 27 novembre 2016, et ils ont accueilli 6.852 visiteurs.









lundi 3 avril 2023

Liège ressuscite nos 15 droits culturels du public

Mars 2023 : à Liège, le Musée de la Boverie vient d’afficher à la caisse, dans son hall d’entrée, la nouvelle affiche « Engagements » qui détaille les 15 droits des usagers culturels.
Ainsi, il applique le point 1 du Code que doivent également appliquer plus de 30.000 diffuseurs subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Tous ceux-ci (du centre culturel au festival d’été, en passant par les bibliothèques, les musées, les salles de spectacles, etc.) respectent-ils de façon analogue cette obligation d’affichage qui nous permet de découvrir nos droits de public?

 Le mois de mars 2023 aura été capital pour les usagers culturels en Belgique francophone.

Depuis dix-sept ans, quinze droits pour ceux-ci existent. Ils ont été précisés, le 3 février 2006. Ce jour-là, le « Code de respect des usagers culturels » était adopté par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Ce qui veut dire que, depuis, plus de 3.000 diffuseurs culturels subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles sont obligés d’appliquer chacun des quinze points de ce Code: bibliothèques, salles de spectacles, maisons de la culture, théâtres, cinémas, festivals d’été, concerts, etc.

Étiez-vous au courant?
Un petit exemple concret parmi d’autres: le droit N°7 indique que l’organisateur doit proposer spontanément aux usagers le meilleur tarif qui leur est applicable. Ceci peut paraître normal à beaucoup. Sans doute pas à tout le monde. Et ici, à la différence par rapport à d’autres pays ou régions, c’est que ce n’est pas simplement une possibilité mais bien une obligation.

L’information de l’usager culturel

Le premier point du Code indique notamment que chaque diffuseur doit « afficher le Code en évidence, à l’entrée et à la sortie de tous les lieux où il accueille les usagers ».
C’est un point capital car ce n’est que si on connait ses droits qu’on est attentif à ce qu’ils soient appliqués, et que ces droits vont alors vivre et se développer.
Or, le public culturel, quasi dans le monde entier, n’est pas habitué à avoir des droits…
Il a surtout des devoirs à respecter, et les règlements à destination du public en fourmillent. Voici un de ces règlements particulièrement épicé : https://fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/reglement-du-visiteur

Il est donc original et fort novateur de mettre en place ainsi des « droits » des usagers culturels.
Ceux qui ont préparé ledit Code (des représentants des usagers et des créateurs, des associations de consommateurs, des membres de la Direction Générale de la Culture) furent donc particulièrement attentifs à ce que le public découvre le contenu détaillé de ses droits.

Et pourquoi l’affiche doit-elle se trouver si précisément « à l’entrée ET à la sortie »?
À l’entrée pour que l’usager découvre ses droits dès son arrivée à l’activité, ce qui lui permettra d’être attentif à ce qu’ils soient respectés durant celle-ci.
Et à la sortie, pour le public qui aurait eu affaire à une difficulté. Alors, celui-ci sera bien content de relire les démarches à entreprendre pour la résoudre.

En 2006, le Ministère de la Culture a distribué auprès des diffuseurs des lots d’affiches en couleurs et de grand format (60 x 80 cm).

Le point 1 du Code ajoutait que cette affiche devait aussi être présentée sur les site internet de ces milliers de diffuseurs.

Voici cette affiche de 2006 :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Guy Duplat écrit de façon quasi prémonitoire dans «La Libre» du 20 janvier 2007: «On sait que ce Code veut mieux protéger les droits des usagers. Alors, tout est-il parfait dans les meilleurs des mondes, ou est-ce un manque d’information des usagers qui ne connaissent pas leurs droits? Ne faut-il pas mieux afficher le Code des usagers à l’entrée des lieux?».

Donc ce journaliste bien connu et respecté par la profession laisse entendre dès 2007 que l’affichage à l’entrée et à la sortie des lieux commence à laisser à désirer.

Durant les seize années qui ont suivi la création de ce Code aucune nouvelle affiche n’a été conçue, imprimée et diffusée par la Direction Générale de la Culture.
Aucune autre promotion n’a été faite. Par exemple, personne n’a célébré les dix ans de son existence pour en faire un bilan et construire son avenir, comme cela se pratique pour nombre de nouvelles pratiques sociales ou culturelles.

Enfin, durant tant d’années, aucune évolution n’a été apportée aux quinze points du Code. Et pourtant il existe bien au moins une recherche fort instructive menée par Roland de Bodt.
Pendant près de quatre ans, celui-ci a développé une recherche et en a publié les résultats dans trois numéros de la revue «Repères»: les numéros 8, 9 et 10, publiés en version papier, de l’automne 2018 à l’été 2019, et téléchargeables gratuitement en version numérique : https://opc.cfwb.be/index.php?id=4036 ).
En expert de l’Observatoire des Politiques Culturelles, il y a cherché le bien fondé des 15 points du Code des Usagers culturels et a émis des propositions d’évolution. Dans son inventaire final, il en détaille 54 («Repère» N°10, pages 30 à 29).
C’est un travail préparatoire titanesque pour nous tous. À part un débat qui s’est déroulé à la «Bibliothèque 27 septembre» en sa présence, jusqu’à présent pas grand monde ne s’est emparé de cette somme d’informations et de réflexions.

Il a fallu trois livraisons de «Repères», en 2018 et 2019, pour développer 54 réflexions à propos des 15 points du Code. Quand serviront-elles enfin de base à un travail sur l’évolution et le développement des droits des usagers culturels?

Roland de Bodt, l’auteur de la recherche «Liberté culturelles & droits des usages».

Le Code continue

En 2022, après une longue enquête, la Ligue des Usagers Culturels (L.U.C.) a pu prouver à la Ministre de la Culture Bénédicte Linard qu’une toute petite minorité des diffuseurs et d’usagers connaissaient encore le contenu de ce Code.

S’en est suivi une rencontre (sans la L.U.C.) entre le cabinet de celle-ci, le Médiateur de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Direction générale de la Culture.
Le cabinet de la Ministre a alors confirmé par écrit à la L.U.C., en juillet 2022, que le Code devait poursuivre sa route: «Ce texte, affiché dans de nombreux lieux culturels, donne un source de légitimité aux personnes lésées d’interpeller les organisateurs responsables, afin de régler d’éventuels problèmes. (…) Toucher plus et mieux les populations, les publics, dans leurs diversités et leurs éloignements est la priorité qui mobilise l’AGC, priorité validée par le Gouvernement».

La phrase du regretté Henry Ingberg garde donc ainsi toute son actualité. Celui-ci, lorsqu’il dirigeait notre ministère la culture, donna son feu vert à cette orientation inédite «usagers culturels» et présida à la naissance du Code. La voici : «Le rapport à l’usager est un véritable enjeu. Jusqu’à présent l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a distorsion par rapport à une amplification des pratiques des loisirs par la collectivité».

Mais concrètement, quels types de plaintes sont traitées?
Selon quelques recherches parcellaires menées par la L.U.C., il apparait que nombre de celles-ci concernent le point 2 du Code qui n’est, en fait, qu’une application à la culture de notre législation économique: avant achat, le vendeur est tenu d'expliquer clairement à l’acheteur ce à quoi il s’oblige et «tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur».

À ce sujet, voici quatre exemples précis qui ont permis d’améliorer l’information des usagers culturels.

1: Plusieurs plaintes ont été adressées, avec effets constructifs, à des musées qui pratiquent la gratuité «pour tous» du premier dimanche du mois. Cet avantage mensuel «pour tous» n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de celle-ci pour avoir le choix entre venir un jour payant ou un jour gratuit.

2: Les réductions pour les seniors sont passées progressivement d’un âge unique (les plus de 60 ans) à, soit au maintien à 60 ans, soit 65 ans, ou même 67 ans.
Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par l’organisateur dans les tarifications. Ce n’était pas le cas ni dans un cinéma, ni dans un musée.
Des plaintes sur ce point ont permis à ces deux lieux de mieux détailler leurs tarifications. Plus d’info : http://la-luc.blogspot.com/search/label/Plaza%20Cinema

3: Une plainte a été adressée à un théâtre qui proposait une pièce où des comédiens fument sur scène.
Qu’indique la législation belge? Il est interdit de fumer dans les lieux couverts. Cela devrait donc être, en terme de santé publique, aussi le cas des salles de spectacles mais une dérogation a été donnée par le Ministère des affaires économiques au niveau fédéral afin que des comédiens puissent pratiquer cet acte sur scène, mais à condition que le public en soit informé.
Un théâtre pris en défaut a tenu compte de la plainte qui lui a été adressée et s’est empressé d’indiquer sur son site, quelques jours avant l’événement : «Nous vous signalons que les interprètes fument sur scène pendant la représentation».

Suite à une plainte, en 2021, le Théâtre de Namur a fait évoluer son site en y ajoutant la phrase mise en exergue au bas de la présente illustration.

4: Dans tel lieu culturel, il est permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence.
L’acteur culturel a été interpellé et a répondu par ces mots qu’il allait tenir compte de ladite plainte: «C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer». Voici les détails du déroulement de cette plainte : http://la-luc.blogspot.com/2022/10/y-photos-ou-y-pas-au-bam.html

Bien sûr, les autres points du Code suscitent d’autres réactions. Il a donc permis, même en étant bien peu médiatisé, de résoudre déjà une série de problèmes mais il ne faut pas s’arrêter là. La L.U.C. (qui est une asbl régie par le bénévolat et agissant sans subside, ni sponsor, ni publicité) demande que les exemples les plus significatifs de plaintes, abouties ou non, soient médiatisés régulièrement par le ministère tant auprès des organisateurs, des créateurs et du personnel politique que du public, via une newsletter ou avec l’aide des médias, afin que le «mieux vivre ensemble» culturel profite de ces enseignements et puisse plus facilement se généraliser, s’intensifier.

Ce Code n’est pas du pipeau car les acteurs culturels qui ne le respecteraient pas peuvent encourir diverses sanctions: «S’ils n’en respectent pas les principes, les acteurs culturels reconnus et/ou subventionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui s’engagent à respecter le présent Code pourront être sanctionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles (…) Les sanctions appliquées seront proportionnelles à la gravité et la récurrence des manquements aux engagements (exemples de sanction : suspension temporaire d’une partie de la subvention accordée, suspension temporaire de la totalité de la subvention accordée, diminution de la subvention accordée, résiliation de la convention ou du contrat programme). La Fédération Wallonie-Bruxelles ne sanctionnera les opérateurs culturels défaillants qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre».

Les 15 points du Code intéressent le Fédéral

Les 15 points du Code de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont en passe d’être repris ou adapté au niveau fédéral.
Dès leur mise sur orbite, déjà en 2007, ils ont marqué l’intérêt des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) qui rassemblent le Musée d’Art Ancien, le Musée Fin de Siècle, le Musée d’Art Moderne (fermé «provisoirement» depuis le 1er février 2011), le Musée Magritte, le Musée Meunier et le Musée Wiertz, comme l’indique la lettre que nous publions ici en photo.


D’autre part, dès sa nomination, en tant que Secrétaire d’État chargé notamment de la Politique Scientifique (dont les Musées fédéraux: en plus des MRBAB, ce sont le Musée des Sciences Naturelles, le Musée d’Art et Histoire, le Musée des Instruments de Musique, l’Africa Museum), Thomas Dermine a indiqué à plusieurs reprises par écrit à la L.U.C. sa volonté d’adapter les 15 engagements du Code des usagers culturels aux institutions qui le concerne: http://la-luc.blogspot.com/2020/11/le-secretaire-detat-des-musees-nous.html

Ceci prend un certain temps car il fallut d’abord restructurer BELSPO: https://www.belspo.be
Lorsque cette étape fut franchie, Arnaud Vajda, son nouveau Président du Comité de Direction, a accordé un long entretien à la L.U.C., le 6 février 2023, au cours duquel il a notamment confirmé son intention de concrétiser cette adaptation des 15 points du Code des usagers Culturels.

Le Secrétaire d’État Thomas Dermine souhaite adapter aux musées fédéraux les 15 points du Code de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Comment remédiatiser le Code?

À la mi-décembre 2022, La Direction générale de la Culture a envoyé une instruction aux plus de trois mille diffuseurs qui rappelle qu’ils doivent observer le Code.

Une nouvelle présentation de celui-ci est alors proposée.
Si les 15 points du Code demeurent, le reste du texte a évolué et une nouvelle adresse est indiquée pour le dépôt des plaintes des usagers. Il faut donc oublier l’affiche de 2006 et impérativement utiliser cette nouvelle présentation.

Voici cette nouvelle présentation : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

La bonne volonté du ministère est un fait. Dès que cette nouvelle présentation fut opérationnelle à la mi-décembre 2022 sur le site www.culture.be, la L.U.C. fit plusieurs propositions d’évolution et trois d’entre-elles furent acceptées et mises en place, début mars 2023.

Il serait utile d’ajouter sur cette affiche un QR Code.

Cet e-mail de Direction générale de la Culture omet pourtant d’indiquer aux diffuseurs si elle se charge elle-même d’imprimer et de leur envoyer ces grandes affiches comme elle le fit en 2006. Ce silence cache en fait son souhait de ne plus assumer elle-même cette tâche. Les plus grands diffuseurs peuvent probablement assez facilement imprimer eux-mêmes les grands formats en quelques exemplaires (par exemple en 60 x 80 cm comme ce fut le cas pour la première et seule affiche créée depuis 2006). Mais c’est sans doute bien plus compliqué pour les diffuseurs de plus petite taille. Est-ce à eux qu’il revient d’organiser et de financer la matérialisation de cette obligation alors qu’ils ont dû affronter les effets économiques de la pandémie, de la guerre en Ukraine, des évolutions énergétiques et de l’actuelle inflation des prix?

La L.U.C. pense que la Direction générale de la Culture, en fonction de ses objectifs affichés, devrait continuer à coordonner le travail de médiatisation du Code sur le long terme, d’autant plus qu’elle avait trouvé normal et possible de le faire en 2006.
Il lui semble souhaitable qu’une nouvelle affiche voit le jour non pas seize ans après l’impression de la précédente, mais que, par exemple, elle soit renouvelée tous les deux ans pour tout simplement tirer les leçons de ce passé qui a failli passer au bleu ces 15 droits.
Et si elle s’y refuse, elle devrait au moins l’exprimer clairement aux diffuseurs.

Il faut, bien sûr, que les nouvelles affiches n’aient pas la dimension d’un timbre poste. Il convient de respecter l’esprit qui sous-tend la rédaction du Code. Elles doivent inciter le public à prendre le temps de lire le texte dense qui définit chacun des 15 points.

Le président de « La Ligue des Usagers Culturels » présente l’un des derniers exemplaires de l’affiche de 2006 qui détaille les 15 points du Code ainsi qu’un «mode d’emploi» pour déposer plainte.Celle-ci doit être rapatriée dans ses archives. En effet, il ne faut plus jamais l’exposer car l’adresse pour déposer plainte a entretemps changé. Mais alors ainsi pourquoi la montrer? Pour rappeler sa taille (60 x 80 cm) … afin que des petites sœurs qui vont naître en 2023 soient aussi grandes ! Il faut que les usagers puissent bien lire sans loupe le texte qu’elle est chargée de médiatiser.

 
À Liège, La Boverie a affiché le Code des usagers culturels aussi à la sortie de son institution. Afin que le public, au terme de sa visite, sache où et comment déposer éventuellement plainte.  
C’est le directeur des musées de la ville de Liège, Pierre Paquet, qui a fait parvenir à la L.U.C. cette photo, la suivante ainsi que la première publiée dans cet article. Qu’il en soit remercié.

La ville de Liège commence à agir

La résolution récente en mars 2023 de la plainte adressée par la L.U.C. à un musée de la ville de Liège démontre l’utilité de ce Code. Ici, il s’agissait d’en respecter le point 2.
Voici les échanges de courriels avec la direction du Musée de La Boverie qui ont mené à une solution utile pour bon nombre de visiteurs : http://la-luc.blogspot.com/2023/03/la-boverie-doit-repondre-aux-plaintes.html

Lorsque Pierre Paquet, Directeur des Musées de la ville de Liège, a annoncé cette évolution à la L.U.C., la L.U.C. lui a fait parvenir la lettre suivante :

« Je vous remercie pour votre réaction. Elle vous honore. Nous venons de publier sur notre blog un article détaillé sur cette plainte et son aboutissement. Bien entendu, je vous invite à le diffuser sur vos réseaux.
http://la-luc.blogspot.com/2023/03/la-boverie-doit-repondre-aux-plaintes.html
Vous avez bien compris que le Musée de La Boverie n’est qu’un musée parmi d’autres qui sont sous l’autorité de la ville de Liège.
Pourriez-vous nous indiquer à quelle date ils auront tous mis en place complètement la concrétisation des points 1, 6, 13 et 14 du Code ?
À retrouver ici : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf
Liège serait ainsi sans doute la première ville wallonne à respecter dans ses multiples institutions (il y a aussi les bibliothèques, les salles de spectacle, les cinémas, les centres culturels, etc.) les droits des visiteurs, via ce Code des usagers.
Et pourquoi ne fêteriez-vous pas avec nous pareil événement?  Si vous cherchez des idées pour ceci, on peut en parler! Au plaisir de vous voir réagir».

Ensuite, Pierre Paquet, Directeur des Musées de la ville de Liège, lui répond le 20 mars 2023 en ces termes:

«Vous trouverez ci-joint les vues sur les affichages du Code au Musée de La Boverie.
Nous poursuivons la mise en place pour nos autres sites, en fonction du planning général de travail des collaborateurs, et nous ne manquerons pas de vous tenir informé lorsque ce sera le cas. Des exemplaires de ce code seront également mis à disposition des usagers qui le souhaitent sur nos différents sites. Bien à vous».

Deux « bravos » pour cette plainte au Musée de La Boverie

Remarquons d’abord qu’enfin une institutions culturelle remédiatise la toute nouvelle affiche du Code, et ce, avec ses moyens propres (puisque le Ministère de la Culture n’a pas imprimé lui-même celle-ci jusqu’à présent).

Et d’autre part, il faut constater que le tout nouveau processus pour déposer plainte a bien fonctionné. Ceci demande une explication.

Suite au constat en 2022 de l’état de quasi mort clinique du Code dénoncé par la L.U.C., le cabinet de la Ministre de la culture a organisé une réunion de travail avec le Ministère de la Culture et le Médiateur de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Celle-ci a abouti au maintien des 15 points du Code pour le long terme, mais aussi à un évolution significative de la façon dont le Ministère de la culture traitera les nouvelles plaintes que lui feront parvenir les usagers.

Pour découvrir cette évolution: il suffit de comparer ce qui est mentionné dans la deuxième partie de l’affiche, après l’énoncé des 15 points.

 
Affiche de 2006:
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Affiche de décembre 2022:
https://www.culture.be/index.php?id=5235

Ce qui s’est passé au Musée de La Boverie montre que l’application de ce nouveau fonctionnement est un succès.

Le Code est un atout fondamental pour une amélioration de notre vie culturelle qui devra sans doute de plus en plus lutter non pas contre l’industrialisation de la culture, mais contre des excès de celle-ci, à un niveau régional, national et international.

Pour ne prendre que l’exemple de la musique, est-il normal qu’en quelques décennies, le démarrage de la prévente des tickets de spectacles se fasse de plus en plus tôt? En 1988: 6 à 9 mois pour les spectacles de Pierre Rapsat, de JJ Goldman ou de Michel Sardou. Actuellement: 18 à 21 mois pour ceux de Mylène Farmer ou de Stromae. Est-ce normal lorsque bien de ces activités sont très rapidement sold-out? Qu’en sera-t-il dans quelques années, si aucune régulation ne se met en place?
Ou que penser du développement actuel de la «tarification dynamique» au départ des États-Unis avec un Bruce Springsteen, par exemple?

N’oublions pas que ces évolutions rendent d’abord la culture de moins en moins accessible aux moins nantis d’entre-nous alors qu’elle est un bien essentiel pour tous.

Aussi ce Code en 15 points n’est bien sûr qu’un début. Il faudra le faire fructifier par d’autres mesures afin que le «supplément d’âme» de la culture ne soit jamais menacé mais s’amplifie.

Il est utile que le public lui-même soit attentif au respect de ses droits. Mais pour ce faire, il doit les connaître.

Beaucoup d’organisateurs culturels sont de très bonne volonté et prêts à respecter le mieux possible leurs usagers. À condition d’avoir connaissance notamment du contenu de chacun des points du Code.

Notre ministère de la culture doit donc, selon nous, veiller inlassablement, mois après mois, année après année, et avec imagination, au concret de cette mission d’information, et du public, et des médias, et des plus de trois milles diffuseurs culturels qu’il aide.