Affichage des articles dont le libellé est BOZAR. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est BOZAR. Afficher tous les articles

jeudi 29 janvier 2026

À fêter avant la fin 2026 !

 Le 3 février 2006, le « Code de respect des usagers culturels » est adopté par le gouvernement de la Communauté française (qu’on nommera par la suite Fédération Wallonie Bruxelles) grâce au travail de la ministre de la culture Fadila Laanan, de son cabinet et du ministère de la Communauté française de Belgique alors dirigé par Henri Ingberg, son Secrétaire général.

Ce dernier commentait ainsi cette initiative:  « Le rapport à l’usager culturel est un véritable enjeu. Jusqu’à présent, l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a là distorsion par rapport à une amplification des pratiques de loisirs par la collectivité. »

Grâce au point 2 du Code des usagers culturels, le musée de La Boverie de Liège a été obligé d’afficher à l’accueil où le visiteur achète son ticket une annonce qui explique que ses plus célèbres tableaux (Gauguin, Picasso, Ensor, etc.) ne sont pas exposés pendant près de quatre mois.


« 365 jours en 2026 »

Ce 3 février 2026, le vingtième anniversaire de cette « pratique » culturelle ne sera pas fêté, malgré les efforts de l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.).

Cependant tout ne semble pas perdu!

En effet, ce 30 décembre 2025, le cabinet d’Élisabeth Degryse (Les Engagés), l’actuelle ministre de la culture, répond ainsi aux très nombreux courriels envoyés durant toute l’année 2025 sur ce sujet par la L.U.C. : « Heureusement, nous ne sommes pas encore en 2026. Heureusement, 2026 compte 365 jours ce qui laisse le temps, notamment, aux célébrations. Le 30 septembre dernier, vous avez été reçu et écouté. Nous avons bien pris note de l’importance du Code des usagers culturels et de l’anniversaire qui se profile ».

Ce Code détaille quinze droits des usagers culturels que doivent observer plus de quatre milles organisateurs aidés par la Fédération Wallonie Bruxelles : bibliothèques, festivals d’été, salles de spectacles, musées, cinémas, maisons de la culture, etc. 

En cas de non respect d’un de ces droits, les sanctions peuvent aller jusqu’à la suspension temporaire d’une partie ou de la totalité de la subvention accordée (ceci, qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre).

Voici le texte de ces quinze droits : 

https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=2572079553b7042061108dc113245b057db3f07c&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/2025-06-codeusagers-FR.pdf

Extrait de l’article de Moustique intitulé « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait ? ».


Fêter pour réveiller

Pourquoi fêter ce vingtième anniversaire?

Parce que l’AGC (notre ministère de la culture) n’a pas fêté le dixième anniversaire… Et n’a guère communiqué sur ce Code auprès du public depuis plus d’une quinzaine d’années.

En fait, aujourd’hui, très peu d’usagers connaissent ces quinze droits et donc ne cherchent pas à les faire respecter. La plupart des organisateurs sont hélas dans le même cas. En fait, bien peu d’entre-eux appliquent cette obligation du point 1 du Code : « AFFICHER LE PRÉSENT CODE EN ÉVIDENCE, à l’entrée et à la sortie de tous les lieux où (l’organisateur) accueille les usagers, celui-ci doit être lisible et accessible par tous les usagers (conseil : format A3 minimum) ».

Si quelques organisateurs respectent en 2026 cette obligation d’affichage, c’est en partie parce que la L.U.C. a déposé plainte elle-même, de façon symbolique, pour leur non application de ce point 1 pendant des années: les musées de la ville de Liège, le Théâtre National ou le cinéma Le Palace à Bruxelles.

Ce dernier a eu droit d’ailleurs à deux plaintes complémentaires. La deuxième parce que son affichage mis en place après la plainte initiale était critiquable : une petite feuille A4 qui rendait impossible la lecture des différents points du Code, d’autant plus qu’elle était placée au bas de la porte d’entrée principale du cinéma . Gare au mal de dos, attention aux spectateurs qui entrent et sortent… et besoin d’une loupe. Le but n’est pas que cela soit affiché, mais que cela soit lu, ce qui est bien différent. 

Au cinéma Le Palace, impossible de lire les 15 droits du Code à cause d’une affiche bien trop petite (c’est un A4 alors qu’il est recommandé d’utiliser au moins un A3) et à cause du fait qu’elle est placée bien trop bas: gare au mal de dos !


Il y a près de vingt ans, l’AGC avait elle-même réalisé, imprimé et envoyé à chaque organisateur des lots d’affiches avec le texte détaillé des quinze droits.

À la L.U.C., les deux récents Administrateurs généraux de l’AGC, successivement Freddy Cabaraux et Jeanne Brunfaut, ont clairement indiqué qu’ils avaient l’intention de ne plus imprimer, ni d’envoyer les affiches car « Il n’est pas opportun de débloquer un budget qui ne serait, dès lors, pas consacré aux politiques de création» (et c’est donc à chacun de ces si nombreux organisateurs de prendre de le temps se débrouiller par eux-même).

La L.U.C. a réagi en ironisant: il faut débaptiser le ministère de la culture. Sa nouvelle appellation serait celle d’un ministère des artistes et des organisateurs. 

Le « détricotage » de ces droits du public a atteint son sommet lorsque la L.U.C. a réussi à prouver auprès de la ministre de la culture précédente, Bénédicte Linard (ECOLO), que l’AGC ne traitait pas certaines plaintes qui lui étaient envoyées, et pourtant à la bonne adresse, et parfois même en envoi recommandé.

Donc, la proposition de célébrer un vingtième anniversaire est un moyen pour compenser tant d’années de silence … et de bévues.

En 2023, l’hebdo Moustique a consacré trois pages à son enquête sur le Code des Usagers Culturels. Son titre: « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait ? »

https://www.moustique.be/notre-selection/2023/05/06/les-usagers-culturels-ont-des-droits-quel-est-ce-code-que-personne-ne-connait-XHRKCYPVYBA2HEXYDJZGLYKS6Y/

Extrait de l’article de Moustique intitulé « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait ? ».

Nos six partis démocratiques disent « oui »

Sur ce sujet, la L.U.C. a demandé aux six partis démocratiques de se positionner durant la campagne pour les dernière élections du 9 juin 2024.

ECOLO, DéFI, Les Engagés, le MR, le PS et le PTB ont marqué leur accord par écrit sur le point suivant: « Notre parti s’engage durant la prochaine législature à soutenir l’organisation festive du 20ème anniversaire du « Code des Usagers Culturels » par l’AGC, en veillant que celui-ci soit accompagné d’un travail d’élargissement de son contenu nécessité par l’évolution des pratiques économiques du monde culturel durant ces deux dernières décennies. Cette tâche coordonnée par l’AGC devra se réaliser avec la collaboration de représentants et d’experts des usagers culturels ».

En plus, plusieurs de ces partis ont complété ce positionnement. Côté majorité au pouvoir actuellement, le MR n’a pas proposé de remarque plus précise. Quant aux Engagés, le parti de notre ministre de la culture actuelle, ils ont ajouté : « Les Engagés partagent la volonté de profiter du 20e anniversaire pour mener une réflexion autour de l’évolution du contenu du Code des usagers culturels, en collaboration avec l’ « Observatoire des politiques culturelles », et pour en faire la promotion auprès des opérateurs concernés ».

Voici l’ensemble des réponses des différents partis à nos autres questions :

https://la-luc.blogspot.com/search?q=élection

Archive : l’affiche du Code diffusée par le ministère de la culture en 2006. Sa taille permet au public de bien lire la présentation de ses 15 droits. Rien à voir le … timbre poste utilisé par le cinéma Le Palace (voir une autre photo, plus haut).

Que la ministre Degryse sorte du bois

Non subsidiée, la L.U.C. a joué son rôle de lanceur d’alerte dans ce dossier. Pour elle, c’est désormais au cabinet d’Élisabeth Degryse de concrétiser son engagement pris, et donc avant la fin 2026.

Elle a indiqué à celui-ci deux éléments complémentaires:

  1. Lors d’un long entretien avec la L.U.C. qui s’est déroulé le 21 octobre 2024, Jeanne Brunfaut, l’Administratrice générale du ministère de la culture (AGC), a indiqué que l’AGC n’avait pas l’intention de fêter ce 20ème anniversaire du Code.

    À croire que, au-delà des belles paroles, l’AGC ne s’intéresse pas beaucoup aux droits du public culturel! De plus, au cours de cet entretien, il a été confirmé que les inspecteurs du ministère de la culture ne devaient pas vérifier si le Code était appliqué (et même pas donc son point 1).

  2. Le projet des Engagés de collaborer avec l’« Observatoire des politiques culturelles » est prometteur car cette asbl a publié en 2018 trois numéros de sa revue « Repères » (numéros 8, 9 et 10) consacrés entièrement au thème « Libertés culturelles & droits des usagers ». Ils ont publié une enquête de son directeur de recherche Roland de Bodt concernant le contenu du « Code de respect des usagers culturels », avec de multiples propositions pour le faire évoluer et l’actualiser.

    Ces trois revues sont téléchargeables :

    https://opc.cfwb.be/fileadmin/sites/opc/uploads/documents/Publications_OPC/Reperes/Reperes_N__8_BD.pdf


En plein travail, Roland de Bodt, le directeur de recherche chez «  L’Observatoire des politiques culturelles ».

Tout cela sert à quoi ?

Des plaintes, il y en a eu. Pas très nombreuses vu l’absence de médiatisation du Code.

Ont un intérêt bien concret certaines que la L.U.C. a découvertes car des usagers les lui ont transmises. En voici quelques unes. Et ce n’est sans doute qu’un sommet de l’iceberg. 

A: Plusieurs plaintes ont été adressées, avec effets constructifs, à des musées qui pratiquent la gratuité du premier dimanche du mois. Cet avantage «pour tous» n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de cette possibilité, avant toute visite, pour avoir le choix entre venir un jour payant ou un jour gratuit.

B: La réduction pour les seniors est passée progressivement d’un âge unique (les plus de 60 ans) à, soit au maintien à 60 ans, soit à 65 ans, (ou même à 67 ans pendant plusieurs années chez BOZAR, à Bruxelles).

Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par l’organisateur dans les tarifications. Ce n’était pas le cas ni dans un cinéma, ni dans un musée. Des plaintes sur ce point ont permis à ces deux lieux de mieux détailler leurs tarifications.

C: Une plainte a été adressée à un théâtre qui proposait une pièce où des comédiens fumaient sur scène, ce qui peut importuner physiquement une partie du public.

Que dit la législation belge? Il est interdit de fumer dans les lieux couverts. Cela devrait donc être, en terme de santé publique, aussi le cas des salles de spectacles mais une dérogation a été accordée par le Ministère des affaires économiques au niveau fédéral afin que des comédiens puissent pratiquer cet acte sur scène, mais à condition que le public en soit informé préalablement.

Une maison de la culture prise en défaut a tenu compte de la plainte qui lui a été adressée et s’est empressé d’indiquer sur son site, quelques jours avant l’événement : «Nous vous signalons que les interprètes fument sur scène pendant la représentation».

D: Dans tel lieu culturel, il est permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence. 

L’acteur culturel a été interpellé et a répondu par ces mots qu’il allait tenir compte de ladite plainte: « C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer ».











lundi 13 mai 2024

Un « Tintin » qui ne s’achète qu’avec deux autres

Dans tous les commerces, quand plusieurs éléments distincts sont vendus ensemble, il serait normal que le consommateur puisse également les acheter séparément – fut-ce à un prix légèrement supérieur. Ne pas le permettre constitue en effet une forme de « vente forcée », en principe prohibée dans les étalages de nos hyper marchés. Et même des autres commerces à taille plus humaine.

 


les deux côtés du coffret aux trois albums colorisés de Tintin : une « vente forcée »?


Dans le domaine culturel, cette contestable stratégie commerciale existe également.
Par exemple pour la mise sur le marché d’une nouvelle version de l’album colorisé « Tintin au Congo», que l’amateur ne peut se procurer qu’en achetant deux autres albums de Tintin… même s’il les possède déjà par ailleurs.
Cette façon de faire n’est pas nouvelle et semble encore avoir de beaux jours devant elle, comme le montrent d’autres exemples pris dans diverses disciplines artistiques : des expos de David Hockney, la nouvelle « Maison Gainsbourg », la commercialisation de l’œuvre d’un Brel ou d’un Ferré.

DANS L’ÉDITION

La « Ligue des usagers Culturels » (L.U.C.) a découvert un cas de « vente forcée » dans le secteur de l’édition et adresse la lettre suivante, le 27 février 2024 (suivie d’un rappel, le 28 mars 2024) à la société « Moulinsart » :

« Le 1er novembre 2023, paraît un coffret de trois volumes intitulé « les Colorisés ». Sous emballage scellé, on y trouve trois livres: « Tintin en Amérique», « Tintin au pays des Soviets » et « Tintin au Congo ». Puis-je savoir si chacun de ces trois albums est vendu séparément, et dans cette version précise ?
Pour le « Tintin au Congo », il s’agit bien de la version avec une préface qui a été confiée à Philippe Goddin, expert de BD et Président de l’association « Les Amis de Hergé ». Je pense que ce n’est pas le cas.
Si chacun de ces trois albums ne peut actuellement se vendre séparément, cette option est-elle programmée ultérieurement? Une date précise de publication est-elle prévue? Laquelle? ».

« Moulinsart » oriente cette plainte vers les responsables de l’édition des albums de Tintin chez Casterman. Au nom de cet éditeur, Benoît Mouchart répond le 28 mars 2024 : « Au moment où nous échangeons, la vente de ces trois albums dans leur version colorisée n’est pas prévue hors coffret. En dehors de votre courriel, nous n’avons pas reçu à ce jour de demandes de libraires ou de lecteurs pour une telle offre éditoriale ».
Pour les usagers culturels, il est bien entendu impossible de découvrir si Monsieur Mouchart dit vrai en ce qui concerne les demandes des libraires qui lui parviennent.
Par contre, notre interlocuteur ferait bien d’être plus attentif aux réactions lorsque les éditions qu’il représente proposent au public de s’exprimer sur le site officiel de Tintin.

On peut y découvrir, par exemple, à l’information « Coffret Tintin Les Colorisés » postée le 31 octobre 2023, cette réaction d’un lecteur québécois qui s’insurge le 23 novembre 2023 (à 02H33) : « Je n'ai jamais vu passer Tintin au Congo colorisé et je ne le vois pas en vente (…). S’il vous plaît, rééditez la version colorisée de Tintin au Congo en version seule. Non dans un coffret que je n'achèterai pas, possédant déjà Soviets, Amérique et Cigares. Vous savez qu'en tant que tintinophiles, nous achèterons tout de même les albums, ce qui est d'autant plus très malhonnête ».
Donc, au moment où me parvient cette réponse de Mr Mouchart, cela fait près de cinq mois que les éditions Casterman contraignent le public qui souhaite acquérir uniquement le « Tintin au Congo colorisé », à acheter en même temps deux autres albums (qui, eux, peuvent s’acquérir séparément).

Il ne faut pas oublier que, dans cet album « Tintin au Congo colorisé », figure la préface de Philippe Goddin, qui se positionne par rapport au colonialisme. La publication de ce texte est une élément non négligeable dans la vie des Éditions Casterman. Et pourtant, inédite et donc pas disponible ailleurs, on ne la trouve donc qu'ici, entre deux autres albums des « Aventures de Tintin» qu’il faut nécessairement se procurer « en plus » pour pouvoir la lire.

Notre correspondant évite de répondre clairement aux deux questions finales de la plainte : allez-vous mettre fin à l’effet négatif de cette « vente en lot » et quand, précisément.
Respect des libraires : va savoir… Respect du public : non.

La culture n’est plus, dans certains cas, qu’une affaire industrielle. Mais, bien sûr, cela met mal à l’aise les protagonistes de sa commercialisation, du moins lorsqu’ils s’expriment publiquement. On le voit ici: pour tenter d’expliquer, ou de justifier, sa politique éditoriale, chercher recours auprès de la volonté des libraires, mais aussi des lecteurs. Et bardaf, l’info concernant ces derniers n’est pas exacte.

 

« Tintin en Amérique » (colorisé) et « Tintin au pays des Soviets » (colorisé) peuvent s’acheter séparément, à l’inverse de « Tintin au Congo » (colorisé) avec sa préface à valeur historique.

À la découverte de cette réaction de la L.U.C., le représentant des éditions Casterman lui répond succinctement le 4 avril 2024: « Je n’avais pas connaissance de cette réaction sur le site. Merci de me l’avoir transmise ».
Il faut rappeler qu’il ne s’agit nullement de demander d’imprimer un nouveau livre, mais de simplement diffuser quelques exemplaires supplémentaires pour respecter le droit du public à l’acheter séparément. Vendre ainsi des exemplaires en plus serait plutôt un choix économiquement gagnant, non?

On ne peut qu’émettre des hypothèses sur l’obstination des éditions Casterman. Avec « Tintin au Congo» (créé en noir et blanc en1933), on est depuis longtemps sur une affaire délicate où il est souvent question de colonialisme, de racisme et de violence. Par exemple, en Angleterre et aux États-Unis, depuis 2007, dans certaines librairies (la chaîne Borders), l'album a été déplacé au rayon « adultes »;  https://www.letemps.ch/monde/linterminable-controverse-tintin-congo

Casterman et Moulinsart pourraient chercher à ne pas trop attirer l'attention sur cet album, tout en ayant tenté de répondre (par la préface de Philippe Goddin) aux actions et aux attaques de différentes associations antiracistes.
Le fait d'avoir couplé cet album avec deux autres est peut-être ainsi une manière de rendre sa création plus discrète.
La préface souhaitée par certains existe, mais n’en faisons pas un fromage. Moins on la lira, mieux cela vaudra, car tout le monde ne sera peut-être pas d’accord avec son contenu…

À ce sujet, l’Agence France Presse (relayée par La Dernière Heure) titre ainsi sa dépêche du 10 décembre 2023 : « Tintin au Congo » enfin muni d'une préface sur son contexte colonial.
Elle indique que « L'éditeur a très peu communiqué sur cette parution, malgré son importance ». L’Agence interroge notamment Pascal Blanchard, historien spécialiste de l'imaginaire et de la propagande colonialistes. Celui-ci n’avait jamais entendu parler de cette préface avant que l'AFP ne la lui montre: « Je trouve étonnant que la couverture ne mentionne pas cet avant-propos (…) Cette préface est très contestable. Elle nous dit que Hergé serait une simple éponge de son époque. C'est léger, c'est faux » https://www.dhnet.be/medias/livresbd/2023/12/10/tintin-au-congo-enfin-muni-dune-preface-sur-son-contexte-colonial-6ZWIKFZR5NCCFI7VOLQUVUA6F4/

DES EXPOSITIONS

Bien d’autres disciplines culturelles sont particulièrement inventives lorsqu’il s’agit de recourir, généralement fort discrètement, à des « ventes forcées ».

Du 7 octobre 2021 au 23 janvier 2022, BOZAR, à Bruxelles, propose deux expositions consacrées à l’œuvre de David Hockney : la première présente l’essentiel de sa carrière (1954-2017) et l’autre dévoile des tableaux que l’artiste a réalisé sur son iPad lors du premier confinement de la pandémie du COVID.
C’est en fait une vente couplée, puisqu’un seul ticket est prévu pour les deux expositions au prix plein de 20 euros!
Or il est rare qu’une institution mette ainsi en évidence cet aspect « double exposition » pour présenter les œuvres d’un seul artiste.
BOZAR aurait-il agi ainsi, pour cette rétrospective David Hockney, afin de tenter d’atténuer la prise de conscience par le public de l’augmentation de sa tarification ? Du style : « Vous savez, pour ce prix, vous avez droit à deux expositions ». Car il y a bien eu une augmentation de la tarification : pour la rétrospective Keith Haring dans la même institution, du 6 décembre 2019 au 19 avril 2020, le prix plein était de 18 euros, ce qui était déjà un prix élevé pour une exposition temporaire à Bruxelles.

En septembre 2023 s’inaugure à Paris, rue de Verneuil, la « Maison Gainsbourg ».
On peut visiter une partie de la demeure où le chanteur vivait, ainsi que la maison en face qui est transformée en musée, avec son fond permanent et son lot d’expositions temporaires, une librairie-boutique et un bar. Le billet couplé coûte 25 euros.
Beaucoup espèrent surtout arpenter le lieu assez petit où vivait l’artiste et ses proches, à tel point que lors de l’ouverture, l’entièreté des créneaux horaires étaient déjà réservés pour l’option « Maison & Musée » jusqu’à la fin de l’année 2023. Et il fallait impérativement acheter les tickets via le site internet. Aucun ne se vend sur place.
Pour découvrir la suite des possibilités de réservations, il est conseillé de s’abonner à la newsletter. Il est alors toujours possible de réserver des tickets à 12 euros pour visiter uniquement le musée.
Par contre, le billet « Maison seule » n’existe pas. Cette tarification semble donc aussi s’apparenter à une vente forcée.

… ET DES CHANSONS

Vingt-cinq ans après son décès, cinq inédits de Jacques Brel sont rendus public en 2003. À l’époque, j’interviewe le journaliste Jacques Vassal qui a consacré plusieurs biographies à cet artiste.
Ma question : « Au moment où leur sortie est inéluctable, n’est-il pas regrettable que les cinq inédits ne soient pas divulgués sur un simple CD? Pourquoi revendre en même temps quinze autres titres, même remastérisés ! Cela peut ressembler à de la vente forcée… ». Réponse du journaliste biographe : « Un peu, oui, en effet ».

Autre cas musical assez proche : Doris H. de Marly (France) constate qu’elle ne peut acheter séparément le disque N°7 du coffret N°2 de Léo Ferré (son œuvre de 1968 à 1974) alors qu’elle possède déjà les six autres enregistrements du coffret.
Elle s’en plaint ainsi auprès de la firme de disques Barclay : « Il me semble que la législation de la vente en lot précise que le consommateur doit pouvoir, s’il le désire, se procurer l’un des composants du lot au détail, c’est-à-dire que le fabricant et le détaillant doivent tout mettre en œuvre pour satisfaire cette exigence du consommateur. Dans le cas contraire, il s’agit d’une vente forcée, interdite par la loi. Aussi, je vous prie de bien vouloir m’apporter satisfaction dans les plus brefs délais ». La firme a refusé de l’entendre.

La revue hebdomadaire « L’Asymptomatique » du chanteur, comédien et journaliste CLAUDE SEMAL publie également cet article: https://www.asymptomatique.be/tintin-vendu-par-lot-de-trois-par-bernard-hennebert/

Léo Ferré photographié dans la loge du Théâtre 140 à Bruxelles (photo Gérard Michaux).


jeudi 11 août 2022

Réductions seniors: à 60, 65 ou 67 ans ?

Pour BOZAR: être senior, c’est avoir 60 ans, puis 67 ans, puis 65 ans.
 

Pendant de très nombreuses années, des réductions « seniors » étaient accordées aux plus de 60 ans.
C’est le ministre lui-même (et non les directions des institutions culturelles) qui décide  du montant des tarifications pour les musées fédéraux en Belgique. Et donc le ministre Paul Magnette opta pour que les musées fédéraux n’accordent plus à partir du 1er janvier 2013 leur réduction senior qu’aux plus de 65 ans.

L’excès de BOZAR

Deux ans plus tard, BOZAR (le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles) osa franchir un cap supplémentaire et passe d’un coup de 60 à 67 ans, pour l’octroi de cet avantage.
Il pratiqua ainsi pendant de nombreuses années avant de choisir le cap des 65 ans.
Difficile de donner une date plus précise de ce petit retour en arrière car le monde culturel publie rarement des communiqués de presse pour annoncer ce type d’infos, et même si elles sont utiles au public concerné. Ils préfèrent si souvent faire de la com plutôt que de l’info.

Une sorte de désordre

En Fédération Wallonie-Bruxelles, il n’y a pas eu une ruée vers les  « senior = + de 65 ans ». Actuellement, en 2022, beaucoup d’acteurs culturels respectent le « + de 60 ans » naguère considéré comme la règle : le Théâtre de Poche de Bruxelles ou les Halles de Schaerbeek, par exemple.

Par contre, bien discrètement, toujours à Bruxelles, le Théâtre National de Bruxelles et le Théâtre des Tanneurs passent du « + de 60 » au « + de 65 » pour leur saison 2022-2023.

Il y a bien entendu des arguments en faveur des changements de cette réduction senior, et d’autres contre. Et il est difficile de les départager. Mais tout le monde peut se mettre d’accord sur l’évolution suivante qui n’est pas anodine.
On est ainsi passé d’une période où il y avait une pratique généralisée (partout, c’était le + de 60 ans) à cette sorte de désordre où chacun fait ce qu’il veut, et en informe souvent mal le public.
Cette nouvelle habitude peut permettre plus facilement ce que l’on pourrait sans doute nommer des abus (comme on l’a lu plus haut avec BOZAR).
Par rapport à cette évolution qui ne doit pas réjouir le public, on ne voit pas le secteur de la culture subsidiée de type « service public » se positionner, voire se différencier du secteur culturel privé. C’est un sujet dont on traite peu en public, bien peu.
On ne voit pas non plus le monde syndical prendre la défense de leurs travailleurs dont, hélas, beaucoup auront de petites pensions. Certaines évolutions économiques (c’en est une) de notre industrie culturelle passent, disons, inaperçues. Sauf chez les moins nantis de nos citoyens qui ont entre 60 ans et… 64 ans et 364 jours.

Saison 2022-2023 au Théâtre National: la réduction senior passe de « + de 60 ans » à « + de 65 ans ». Et le Théâtre des Tanneurs l’imite.

 À La Louvière et à Mons

Alors, puisqu’actuellement, coexistent en Belgique cet avantage pour « les + de 60 ans » et pour « les + de 65 ans », il est impératif que les tarifications affichées par tous les organismes culturels le précisent. C’est une info précise que tout usager est censé connaître avant de décider de se déplacer pour aller découvrir une activité culturelle et avant d’acheter son ticket.
On limite drastiquement son avantage financier, on ne va pas en même temps, en plus, mal l’en informer!

Or, tous les acteurs culturels n’ont pas mieux précisé cette information dans leur tarification.
En 2015, nous avions adressé la plainte suivante au Musée Keramis de La Louvière: «Votre tarification indique une réduction pour senior mais ne précise pas à partir de quel âge celle-ci se pratique. Lors de notre visite, nous avons demandé aux deux personnes qui assuraient l’accueil des précisions. En vain».
Ce musée qui pratique le « + de 65 ans » a suivi notre demande. Voici comment s’affiche actuellement sa tarification:
https://www.keramis.be/tarifs-horaires

L’imprécision reste monnaie courante, même en 2022. Parfois, il suffit de le faire remarquer pour qu’une évolution se mette en place, donc n’hésitons pas.

Ainsi, la Ligue des Usagers Culturels a constaté, début juillet 2022, que le cinéma d’art et essai « Plaza Arthouse Cinema » de Mons (12, rue de Nimy) omettait dans son programme mensuel d’indiquer l’âge à partir duquel il octroyait sa réduction de 2 euros aux seniors (prix plein : 8 euros).
Nous avons contacté sa direction par courriel et nous nous sommes réjoui de découvrir, dans son programme suivant, celui d’août 2022 (voir photos), qu’elle proposait cet avantage aux plus de 60 ans.


À Mons, le cinéma Plaza respecte son public !

Relisez le point 2 du Code !

Informer le public avant l’achat de son ticket. Le monde culturel peut vraiment mieux faire.
Pour les activités subsidiées par la Fédération Wallonie Bruxelles, il existe depuis avril 2006 un Code bien précis sur ce sujet (Code des usagers Culturels), et toujours en vigueur.
(Re)lisez donc son point 2 :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Avant l’achat du ticket

Notre Ligue des Usagers Culturels est très attentive à ce point 2.
Petit à petit, nous montrons comment souvent il n’est pas respecté.
Ainsi, grâce à des plaintes ciblées, nous avons réussi à ce que, avant achat de votre ticket, certains musées annoncent les titres des œuvres de leur fond qui ne sont pas momentanément exposées, que les activités culturelles indiquent si la prise de photo est permise ou pas, etc.
Ou, aujourd’hui, que la mention de l’âge des personnes qui ont droit à un avantage économique (réduction, gratuité) soit toujours clairement mentionné.

mercredi 16 décembre 2020

Un Code des usagers qui serait utile aussi aux institutions fédérales elles-même !



Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR) a heureusement réussi à mettre fin à la «pratique» suivante dommageable pour son public.
Si un Code fédéral des usagers culturels existait et avait consacré un de ses points à une leçon tirée de cette expérience, le nouveau musée de la KBR (Bibliothèque Royale) qui vient d’être inauguré durant le premier déconfinement 2020 aurait pu s’en inspirer.
Ainsi, pareil Code serait aussi utile aux organisateurs culturels fédéraux.


Frida Kahlo et El Greco


De quoi s’agit-il?
Pour son exposition «Frida Kahlo y su mundo» (du 16 janvier au 18 avril 2010), B0ZAR indique sur son site: «Accès à heure fixe. Réservations conseillées». Cet avis est répercuté par la presse écrite. Sur le site de l’organisateur, il est également mentionné que la réservation par téléphone est impossible.
Se procurer une place à l’avance via internet, c’est sans obstacle pour les visiteurs qui paient le prix plein (8,00 €) ou qui bénéficient des réductions les moins importantes (5,00 € pour les +60 ans ou les -26 ans).

Par contre, il est techniquement impossible de réserver sur le site pour les personnes qui ont droit aux réductions les plus fortes: les professeurs et les demandeurs d’emploi (3,00 €), ainsi que les «Article 27» (1,25 €).

Exemple d’un problème concret survenu suite à cette discrimination: le samedi 23 janvier 2010, trois visiteurs venus de Flandre purent visiter l’exposition car ils avaient payé 8 € avec réservation par internet. Mais ils étaient accompagnés par cinq professeurs qui ne pouvaient pas réserver de cette façon, à cause de leur forte réduction. Comme c’était sold out, ils n’ont pas pu entrer. À quoi donc cela sert-il d’accorder des réductions si les personnes à qui on juge socialement utile d’offrir pareil avantage sont contraintes de se déplacer une première fois à B0ZAR pour réserver, et une deuxième fois pour enfin visiter l’exposition?
Qu’est-ce qui empêche l’institution de vérifier, quelques instants avant leur visite, si les détenteurs des réductions à 3 € et 1,25 € ont bien droit à pareils avantages? C’est d’ailleurs bien prévu pour les +60 ans ou les -26 ans (réductions à 5,00 €) qui, eux, peuvent réserver via internet et seront invités à montrer leur carte d’identité lors de la réception de leur place.

À une plainte envoyée le 25 janvier 2010, suivie de son rappel le 3 février 2010, le directeur du lieu, Paul Dujardin, répond le 18 février 2010. Il ne prévoit pas d’élargir la possibilité de réserver par internet aux trois catégories d’usagers «exclus». Sa réponse se termine par ce qu’on peut considérer comme une promesse: «Nous nous attelons à trouver une solution pour toute personne qui nous informe d’une difficulté spécifique. C’est d’ailleurs, vous le savez, une volonté (de Bozar que) d’ouvrir nos activités à toutes les catégories de visiteurs et notre politique tarifaire s’inscrit dans cette perspective».
Aucun changement ne sera mis en place avant la fin de cette exposition. Elle n’est pas un cas isolé: le même processus discriminatoire de réservation via internet a été utilisé plus tard par BOZAR pour d’autres expositions comme celle consacrée à El Greco (du 4 février au 9 mai 2010).


La solution de BOZAR


En 2020, une solution a été trouvée. Le service de presse de BOZAR nous explique: les réservations en ligne pour les expositions sont obligatoires depuis la réouverture des expositions, le 19 mai 2020, en raison de la crise Covid (uniquement des ventes en ligne, pas d’argent liquide, nominativement en raison de la traçabilité et dans des créneaux horaires avec une limitation du nombre de personnes).
Pour pouvoir bénéficier de l’une des réductions, BOZAR demande aux visiteurs de fournir une attestation.Ils peuvent envoyer une copie de leur attestation par e-mail. Après, BOZAR contactera ces personnes pour le paiement du ticket. Il est proposé de faire la demande un jour avant la visite.


Si le Code avait tiré la leçon…


À moins d’un kilomètre de BOZAR, à la mi-septembre 2020, est inauguré le nouveau musée de la KBR (la Librairie des Ducs de Bourgogne) et certains visiteurs se retrouvent face au même problème que ceux vécus lors de l’exposition «Frida Kahlo y su mundo». 

En effet, l’institution inscrit dans sa tarification (alors qu’on réserve par tranche horaire, 50 visiteurs maximum par heure) «Les tickets gratuits sont seulement disponibles sur place». Conséquence: les moins de 18 ans, les chômeurs et les moins valides doivent venir sur place (puisque leur entrée est gratuite), et si c’est plein, tant pis pour eux.

Suite à une plainte de La Ligue des Usagers Culturels, une réponse sera donnée rapidement par Églantine Lebacq sur la page facebook «Bruxelles est en Bourgogne»: «Pour notre système de réservation des tickets gratuits en ligne, nous sommes bien conscients du problème actuel et nous mettons tout en œuvre pour y remédier au plus vite».

Quelques jours plus tard, le site KBR prévoira, pour le public qui a droit à l’entrée gratuite, la possibilité de réserver sa place via internet comme tous les autres visiteurs, avec cette remarque particulière qui est tout-à-fait normale: «(…) Les visiteurs bénéficiant de la gratuité doivent prouver qu’ils y ont droit. Après vérification, vous recevrez un ticket d’accès au musée».

mardi 17 novembre 2020

BOZAR n’aime pas beaucoup les chômeurs

 

La façade de BOZAR en plein confinement (novembre 2020)


Depuis plusieurs années, pour ses expositions, BOZAR (Palais des Beaux-Arts de Belgique) pratiquait l’entrée à 2 euros tous les mercredis pour deux catégories de visiteurs: les moins de 30 ans et les demandeurs d’emplois.

Le 6 décembre 2019, avec le démarrage de la rétrospective consacrée à Keith Haring, la tarification a évolué: cet avantage a été maintenu pour les moins de 30 ans, mais supprimé pour les demandeurs d’emploi, et ce, sans aucune explication du pourquoi au public.

Pour nous, la démocratisation culturelle exige, pour ne pas rester théorique, que le public soit informé de l’évolution du fonctionnement économique des institutions. Les usagers doivent être mis au courant des raisons pour lesquelles des réductions et des gratuités sont octroyées ou supprimées à telle ou telle catégorie d’entre-eux.

 

Traitement différent pour les chômeurs et les moins de 30 ans

Complémentairement, était également proposé un tarif réduit applicable tous les jours pour tous les demandeurs d’emploi.

Celui-ci a également évolué. Il s’est précisé dans sa formulation, ce qui en limite l’usage pour certains.

Le 6 novembre 2020, Barbara Porteman, responsable au service de presse, répond à notre demande d’information, à ce sujet: «La recherche d’emploi «tout court» n’est en effet plus un tarif réduit. Nous appliquons désormais l’intervention majorée. Cela concerne les retraités, les invalides, les demandeurs d’emploi,… Les personnes qui bénéficient d’une allocation augmentée grâce à leur mutualité bénéficient toujours d’une réduction chez nous. Il s’agit de 50%. Les demandeurs d’emploi qui ne sont pas en situation de «pauvreté», et qui n’ont donc pas de formulaire de leur caisse d’assurance maladie, ne bénéficient pas d’une réduction».

Quant à l’évolution du tarif des mercredis à 2 euros pour les moins de 30 ans et les demandeurs d’emploi?

Barbara Porteman: «Il n’est valable que pour les moins 30 ans. La direction a pris cette décision pour éviter les réductions cumulatives».

Effectivement, pas cumulative pour les demandeurs d’emploi… mais, au contraire, bien cumulative pour les moins de 30 ans puisqu’ils ont droit, et au mercredi à 2 euros, et à une réduction quotidienne de 50% sur le tarif plein: https://www.bozar.be/fr/static-pages/120950-tickets-tarifs-reductions

Voilà donc un exemple concret récent de plus pour inciter le gouvernement fédéral Vivaldi à demander à Thomas Dermine (pour les institutions scientifiques), Sophie Wilmès (pour BOZAR notamment) et Ludivine Dedonder (pour le Musée de l’Armée) de préparer, de concert, un Code de bonne conduite en faveur des usagers qui fréquentent toutes nos institutions culturelles et scientifiques au niveau fédéral.

Au fil des années, on constate à plusieurs reprises que les demandeurs d’emploi étaient la cible de petites discriminations organisées par ce vaisseau culturel bruxellois.

Dans un article publié dans Le Ligueur (l’hebdo de La Ligue des Familles) daté du 28 janvier 2004 (http://www.consoloisirs.be/articles/leligueur/057.html), on découvre, à propos de deux expositions d’Europalia Italie («Une Renaissance singulière» et «Vénus dévoilée») que: «Les tarifications affichées aux guichets indiquent des réductions pour les seniors et pour les étudiants. La réduction pour les chômeurs n’y figure pas et, pourtant, elle est annoncée dans les dépliants. Pensant qu’une tarification est par nature exhaustive, combien de chômeurs pudiques n’auront même pas demandé si leur statut leur donnait droit à un avantage financier. Contactés, les organisateurs ont reconnu leur erreur. Le courriel de la plainte a été envoyé le 24 décembre 2003. Les tarifications plus conformes (de simples photocopies) ont été affichées le 14 janvier 2004. Entretemps, plusieurs rappels furent nécessaires. L’obstination paie!».

Il faut savoir que la responsable des relations extérieures avait indiqué dans un e-mail envoyé dès le 8 janvier 2004 qu’elle allait procéder à la rectification. Cinq jours plus tard, à aucun des trois points de vente du musée, la tarification avec sa version chômeurs-admis n’a été affichée, à l’inverse de feuillets annonçant la prolongation de ces expositions… Ce fait fut fermement signalé à l’institution, le 13 janvier 2004. La situation évoluera enfin favorablement, et se règlera en moins de 24 heures.

Acte manqué? Au fil des années, BOZAR a vraiment des difficultés à communiquer sur cette gratuité spécifique.

Plus récemment, lorsque l’institution lança sa réduction à 2 euros pour l’entrée de ses expositions, chaque mercredi, à destination des jeunes et des chômeurs, elle en fit une promotion qui ne mentionnait pas ces derniers, et il a fallu batailler ferme et longtemps pour qu’il y ait une évolution, hélas pas celle souhaitée: l’arrêt pur et simple de cette promo au lieu d’une annonce analogue avec la mention des deux types de bénéficiaires.

Pour la com, c’est peut-être plus frappant de mettre en avant une seule catégorie de visiteurs et de choisir la jeunesse, mais n’attend-on pas d’un organe culturel fortement subsidié qu’il respecte tout le public en l’informant de façon exhaustive de ses devoirs, droits et avantages?

 

Également aux MRBAB

BOZAR n’a pas le monopole. Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) actuellement dirigés par Michel Draguet ont eux aussi, au fil des années, joué au yoyo avec la gratuité/réduction des chômeurs, ou pas; médiatisée, ou pas.

La création d’un Code pour les usagers serait d’autant plus important que certaines directions semblent bien peu se préoccuper des droits des usagers. En voici un exemple concret assez étonnant, toujours à propos des chômeurs.

Au cours d’un entretien réalisé en novembre 2003, s’est déroulé un fait assez inattendu et qui nous semble significatif. Pour répondre aux questions du Ligueur, Helena Bussers, la conservatrice en chef faisant fonction aux MRBAB, entourée de ses collaborateurs: Thérèse Marlier, attachée de presse, et Régis Hespel, le responsable de la sécurité, du personnel technique et des chantiers.

Cet entretien était réalisé par celui qui deviendra bien plus tard le président de la L.U.C. Bernard Hennebert : «   (…) Pour valoriser son institution que j’égratignais sur différents points, Madame Bussers me déclare tout de go qu’elle tenait beaucoup au fait que les chômeurs aient droit à entrer gratuitement dans les musées dont elle a la charge: «C’est normal pour ces gens pour qui toutes les portes se ferment. Qu’on ouvre les nôtres! C’est l’aspect service public des musées. Qu’un maximum de gens s’y sentent bien».

Me voilà alors sans voix. J’hésite même un instant à mettre mon interlocutrice face à la réalité des faits. Finalement, j’explique: ces deux «gratuités» (car le même avantage est également accordé aux personnes handicapées) ont été supprimées quelques mois plus tôt et remplacées par une réduction à 2€, mesure imposée aux musées par un arrêté du ministre Charles Picqué (PS). Aucun des trois représentants des MRBAB présents à cet entretien ne me croit et, finalement, l’un d’eux téléphone à une autre responsable de leur équipe qui confirme mes dires.

Découvrant ainsi cette évolution, mon interviewée m’annonce derechef qu’elle va tout mettre en œuvre pour tenter de la modifier. Mme Bussers sera également étonnée d’apprendre de ma bouche que la présentation de la tarification au guichet principal a été changée. Jusqu’il y a peu, un panneau indiquait toutes les réductions et gratuités dont celles des chômeurs et personnes handicapées. Avec l’évolution récente de la tarification, il a fallu revoir l’affichage. Désormais, le panneau n’indique plus que des prix sans expliquer à quoi ils correspondent: 5 €, 3 €, 5 € et 2 €. À quoi servent donc ces réductions si elles ne sont pas clairement précisées où l’on s’acquitte de son droit d’entrée?

Mon interlocutrice prend alors l’initiative de me déclarer qu’elle va revoir cette tarification afin qu’elle soit affichée de manière exhaustive:«…Même si cela ne sera pas facile car il faut le faire en quatre langues! (…) ».

Pour la direction du musée, les évolutions des conditions d’entrée des visiteurs constituent-elles une priorité?

Supprimer des «gratuités» est pourtant une mesure qui se décide rarement

Voici l’article où l'on retrouvera l’entièreté de cet entretien avec la direction des MRBAB: http://www.consoloisirs.be/articles/leligueur/052.html