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mardi 28 octobre 2025

Comment découvrir un vol dans nos musées ?

 

 

Le public apprécie beaucoup « L’Empire des lumières » de Magritte.

À l’occasion du vol récent déjà qualifié « du siècle » au Musée du Louvre à Paris, nombre de médias belges ont tenté de dresser un bilan « sécurité des œuvres » en Belgique, le plus souvent en interrogeant les musées eux-mêmes. Certains parmi ceux-ci n’ont-ils pas parfois caché un peu de poussière sous le tapis? 

Comment savoir si une œuvre a été volée dans nos musées fédéraux

Il faut savoir que certaines listes des œuvres non exposées temporairement ne sont plus vraiment «gardées à jour ». 

BELSPO est l’organe qui gère la politique scientifique du gouvernement (dont les musées fédéraux). Le 9 juillet 2025, celui-ci confirme par écrit à l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) qu’autrefois, les musées fédéraux tenaient à jour la liste des œuvres qui ne sont pas présentées temporairement au public mais que ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, précisément par les mots suivants :  « La plupart des musées disposait de cette liste dans le passé et en dispose encore parfois mais il est vrai qu’il est de plus en plus difficile de garder ces listes à jour. En effet, nos musées doivent malheureusement faire face à des contraintes importantes, tant en termes de budget que de ressources humaines ».

En visiteur actif des institutions culturelles fédérales depuis tant d’années, j’ai mon idée sur quels musées n’ont plus leur liste à jour. D’où ma question suivante adressée par écrit à BELSPO, le 19 juillet 2025 : « Vous indiquez que certains musées en disposent encore parfois (à l’heure actuelle). Puis-je savoir de quels musées il s’agit précisément? ».

Ma demande reste sans aucune réaction et, finalement après un rappel, BELSPO m’écrit, le 2 octobre 2025… pour ne pas me répondre sur le fond. Cette thématique « n’est pour l’instant plus abordée car les décisions budgétaires forcent d’autres discussions plus pressantes avec les musées. Merci pour votre compréhension. Bien à vous. ».

En 2008, lorsque le musée Magritte fut restauré, « L’Empire des lumières »
 fut choisi pour figurer sur la bâche qui en couvrait toute la façade.

Pas de liste mise à jour, c’est parfois une aubaine

L’argument financier si souvent invoqué pour justifier tout et n’importe quoi est parfois un alibi bien utile pour empêcher tout débat de fond ou toute évolution, même peu coûteuse. 

En fait, certains musées, dans ce cas-ci fédéraux, peuvent avoir intérêt à ce que ces listes des œuvres non exposées temporairement soient inexistantes ou officiellement pas « gardées à jour ». 

L’aveu feutré de BELSPO s’est fait au cours d’échanges concernant le fait que ses musées devraient obligatoirement indiquer clairement à leurs futurs visiteurs AVANT qu’ils n’achètent leur ticket par internet ou à l’accueil quelles salles sont provisoirement fermées ainsi qu’énumérer les titres des œuvres (au moins majeures) de leur patrimoine non exposées momentanément.

Bien entendu, il est impossible d’informer le public s’il n’y a plus de listes mises à jour des peintures, des photos ou des sculptures déposées en réserve provisoirement, ou parties pendant quelques temps en restauration, ou prêtées pour être exposées ailleurs.

Agissant ainsi, les musées fédéraux s’autorisent à ne pas respecter une obligation qui découle de la législation économique qui pourtant s’applique bien à eux puisqu’elle concerne tout ce qui se vend ou s’achète.

Par le passé, David H., un visiteur non averti de l’absence temporaire de « l’Empire des Lumières », avait demandé le remboursement de son ticket au Musée Magritte. Comme celui-ci le lui refusait, il fit appel au Médiateur Fédéral et, après de nombreux mois, il a finalement ainsi obtenu gain de cause.

Cette peinture peut être considérée comme majeure notamment parce que le musée en vend des reproductions sous forme de posters et de cartes postales dans son shop. Il la met en avant régulièrement dans ses publications… et, en 2008, lorsque le musée fut restauré, cette toile fut choisie pour figurer sur la bâche qui en couvrait toute la façade.

Après ce fait, les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) ajoutèrent le point suivant (toujours en vigueur en 2025) dans l’article 3 de leur « Règlement des visites » : « La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines œuvres d’art (en déplacement ou en restauration) ne donne aucunement droit à un quelconque remboursement ou réduction du prix ». Par contre, dans le même règlement, n’est indiqué nulle part que les musées doivent informer de ces faits précis les visiteurs avant achat de leur ticket.

S’en suit des avancées et des retours en arrière en vue d’une information précise de l’usager.

Ainsi, la reconnaissance par les MRBAB qu’il s’agit bien de donner ces informations aux visiteurs à leur accueil et que c’est matériellement possible.

Un reportage de trois minutes dans « Images à l’appui » diffusé le 21 juin 2021 sur RTL TVi le prouve. Un membre du personnel de l’institution s’y fait filmer pour montrer comment la personne à l’accueil peut prêter à tout moment au visiteur qui lui demande un feuille qui contient les titres des œuvres actuellement non exposées. Un avis placé sur le comptoir informe le public sur cette démarche.

Voici ce reportage diffusé par RTL : https://www.facebook.com/watch/?v=287572189455953

Extrait du reportage de RTL : Au comptoir, une membre du personnel
 donne la liste des œuvres non exposées au musée Magritte.


Hélas, cette solution ne sera pas appliquée bien longtemps. Retour donc à la non information des futurs visiteurs. Avant un nouveau coup de théâtre. 

Suite à une très longue pression de la L.U.C., Thomas Dermine (PS), alors ministre des musées fédéraux, impose à BELSPO, à côté des « Règlements des visiteurs » (dont le contenu définit surtout les devoirs plutôt que les droits de ceux-ci) la création d’une « Charte des visiteurs » (qui, elle, s’axe plutôt sur ces droits du public), avec une reprise des trois quarts des textes précis déjà formulés dans le « Code des Usagers Culturels » en 15 points que doivent appliquer depuis 2006 les près de 4.000 organisateurs culturels aidés par la Fédération Wallonie-Bruxelles

Pour être précis, le point 3 de cette « Charte des visiteurs » au fédéral est un copié-collé du point 3 du « Code des Usagers Culturels » de la Fédération W.B. : l’organisateur culturel ou le musée, selon les cas, doit « fournir aux usagers et usagères avant le déroulement de l’activité culturelle envisagée une information la plus complète qui ne comporte pas d’indications ou de représentations susceptibles de les induire en erreur, notamment sur la nature, l’éventuel prix d’accès, la durée et la date de l’activité ».

C’est grâce à ce droit précis que la L.U.C. a réussi à ce que le Musée de la Boverie soit obligé d’indiquer à son accueil les titres de ses œuvres les plus connues non exposées temporairement. Par exemple, ses célèbres peintures de Picasso, Gauguin, Chagall ou Ensor acquises par la ville de Liège lors de la vente dite « d’art dégénéré » de Lucerne en 1939


Fondation Vasarely à Aix-En-Provence : deux des sept salles 
abritant des œuvres monumentales dont une en restauration.

En ce qui concerne les salles fermées, la L.U.C. a également convaincu en 2022 à Aix-En-Provence, après sept mois alimentés par de nombreux échanges de courriers, la Fondation (privée) Vasarely à informer ses futur visiteurs sur son site internet et au comptoir, à son accueil, qu’une de ses sept salles abritant des œuvres monumentales était en restauration et donc inaccessible pendant de nombreux mois.

Grâce à la mise en application de cette nouvelle « Charte des visiteurs », la L.U.C. est revenue assez récemment à la charge auprès de BELSPO pour savoir si ses musées fédéraux allaient enfin respecter leur obligation d’information détaillée à l’usager imposée par la législation économique. Et c’est à ce moment-là que l’organisme fédéral s’est réfugié, pour ne pas répondre, dans son impossibilité à agir conformément vu qu’il ne disposait plus de listes des œuvres non exposées temporairement « gardées à jour ». 

Au musée d’Art et d’Histoire, 
la statue de l’Île de Pâques.

La nouvelle ministre est une « Engagée »

Il conviendrait donc que la nouvelle ministre des musées fédéraux Vanessa Matz (Les Engagés) s’enquière rapidement après de BELSPO pour savoir si , oui ou non, ses institutions disposent de listes actualisés des œuvres exposées. Et qu’elle soit également attentive à ce que les musées fédéraux respectent enfin le point 3 de leur nouvelle « Charte des visiteurs ». 

Des parlementaires pourraient-ils l’interroger à ce sujet? 

Il n’y a pas que les musées de la rue de la Régence (musée d’Art Ancien, Musée Magritte) qui sont à montrer du doigt. À plusieurs reprises, la célèbre statue de l’Île Pâques était manquante dans le fond permanent du Musée d’Art et d’Histoire, sans aucun avertissement aux futurs visiteurs. 

Et, actuellement, il faut conseiller aux futurs visiteurs, dont de nombreux touristes pour les prochaines fêtes de fin d’année, d’éventuellement éviter de rendre visite aux MRBAB s’ils aiment tout particulièrement Jacques Louis David.

Jusqu’au 26 janvier 2026, l’une de ses œuvres parmi les plus connues, « La mort de Marat », a été déménagée à Paris, pour une exposition se déroulant au Louvre. 


La baignoire de Marat est partie à Paris.


vendredi 6 septembre 2024

L’œuvre est repartie… discrètement

 

Dans le JT de 20H de France2 du 21 août 2024, la rubrique vacancière « Art d’été » est consacrée à l’explication du contenu de la toile « La nuit étoilée » de Vincent Van Gogh. Après sa diffusion, la présentatrice en studio indique qu’on peut découvrir à Arles cette œuvre « jusqu’au 25 août ».

Or, l’exposition « Van Gogh et les étoiles » où elle trône à la « Fondation Vincent Van Gogh Arles » est annoncée jusqu’au 8 septembre.

Qui donc se trompe? Il faut savoir que cette manifestation culturelle fortement médiatisée est construite avec des œuvres de près de quatre-vingt autres artistes autour du chef d’œuvre prêté par le musée d’Orsay dans le cadre de l’opération nationale « Les 150 ans de l’impressionnisme ». Mais l’œuvre essentielle qui est à l’origine de la conception même de l’exposition quitte Arles le 26 août, soit près de deux semaines avant la clôture de l’activité. Avant de départ de celle-ci, le public n’a pas droit à en connaître la ou les raisons, et cela ne suscite guère une investigation de la part des journalistes qui s’intéressent à cet événement majeur. Pour assouvir sa curiosité sur ce sujet précis, il fallait, Entre le 27 août et le 8 septembre visiter l’exposition lorsque « La nuit étoilée » n’est plus là. Alors, sur le très grand mur brun foncé déserté, à côté d’une photo qui reproduit l’œuvre, un petit écriteau signale que la peinture a été décrochée pour rejoindre l’exposition « Van Gogh: poètes et amants » qui commencera le 14 septembre 2024 à la National Gallery de Londres.

 

La panneau de l’exposition après le départ de l’œuvre majeure « La nuit étoilée ». Et le petit avis qui indique le pourquoi de cette disparition (photo Cv)


Le JT de France 2 respecte donc bien son public. La Fondation organisatrice aussi. En effet, elle a multiplié les avertissement concernant ce départ prématuré. Sur le site, l’information est donnée dès la page d’accueil. Puis, lorsqu’on clique sur l’onglet « Découvrez l’exposition » l’absence est particulièrement mise en valeur graphiquement dans les « informations pratiques » notamment par un point d’exclamation en noir entouré de jaune qui attire immanquablement le regard. Au moment d’acheter le ticket via le site, l’information est à nouveau signalée. Il y est même ajouté : « Pas de vente en ligne (des tickets) après le 25 août ». Effectivement, il est impossible de réserver un créneau horaire ou de se procurer une place via le site pour la période de l’exposition sans l’œuvre maîtresse :

https://www.fondation-vincentvangogh-arles.org/exposition/van-gogh-et-les-etoiles/

Le communiqué de presse mentionne aussi le départ de la peinture et de nombreux quotidiens répercutent cette donnée utile, dont « Le Figaro » ou « Le Soir ».

À Arles, un parcours d’indications sur plaques permet de découvrir les lieux où Van Gogh a planté son chevalet. Ici, pour peindre sa toile « La Nuit Étoilée ».

La conservatrice en chef était bien au courant

Cet avis de … disparition indiqué aux futurs visiteurs n’est pas si fréquent. Bien avant la création du musée Magritte, les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) avaient organisé dans leurs locaux de la rue de la Régence la « Rétrospective Magritte » du 6 mars au 28 juin 1998. Elle attira plus de 300.000 visiteurs qui purent contempler plus de trois cents cinquante œuvres.

Le 24 juin 1998, Bernard Hennebert, le futur président de « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) envoie une plainte pour « tromperie volontaire dans la promotion ». Les organisateurs ont choisi comme emblème pour cet événement la toile «Le château des Pyrénées». On la retrouve sur l’affiche, le dépliant, la couverture du catalogue… et elle sera même le sujet d’un timbre édité par la poste. Mais cette toile est rapatriée à mi-parcours de la rétrospective à son institution prêteuse, l’Israël Museum.

Une enquête auprès du personnel lui permet de découvrir que lorsque ce choix de mise en valeur d’une des œuvres exposées fut fait, la date de retour de l’œuvre à Jérusalem était déjà connue.

Le 7 août 1998, Éliane De Wilde, la conservatrice en chef des MRBAB, lui confirme les faits par écrit: «Il est vrai que le tableau est parti avant la fin de l’exposition et nous le regrettons».

Et dans ce cas, aucune information n’a filtré pour annoncer aux journalistes et aux visiteurs ce retrait, pas même une petite ligne en bas d’une des page du dépliant!

Dans sa réponse, Madame De Wilde a omis de répondre à d’autres questions plus pointues: «Considérez-vous qu’il était judicieux de choisir comme emblème de cette exposition une toile qui ne sera pas exposée durant toute la durée de la manifestation? Pourquoi le public n’a-t-il pas été averti avant l’achat de ses tickets? Pourquoi le dépliant ne le mentionne-t-il pas?». 


L’affiche, le dépliant en français et les timbres postes d’une exposition qui a attiré 300.000 visiteurs … dont nombre furent un peu trompés!

Remboursement du ticket à 6 €

Ce type de problématique est récurrent même s’il n’est quasi jamais évoqué dans les réflexions « droits des usagers ».

Ainsi, près de six mois de pression ont été nécessaires pour conduire Henri Simons, alors échevin de la culture (ÉCOLO) de la ville de Bruxelles, à écrire à l’avocate de Bernard Hennebert (B.H.), le 14 octobre 2002 : « C’est avec plaisir que je charge mes services de rembourser à votre client le montant de 6 € ». Cette somme correspond au prix de l’entrée (avec réduction) de l’exposition « Rubens » qui s’est tenue du 12 mars au 28 juillet 2002 à l’Hôtel de Ville de Bruxelles.

Trois mois avant la fin de cette exposition, le « Silène Rêvant » a été rapatrié à Vienne. Il faut savoir que cette toile avait souvent été mise en évidence par la critique dans ses comptes-rendus. Elle a d’ailleurs illustré la majorité des articles parus dans la presse écrite.

Quelques jours plus tard après la défection, B.H. visite cette exposition.

Sur le trottoir de la Grand Place, un panneau facilement transportable affichant un poster de cette œuvre prématurément décrochée est toujours disposé pour baliser l’entrée de l’exposition. On attire donc le badaud avec la toile qu’il ne pourra justement pas contempler en vrai!

La photo de l’entrée de l’exposition Rubens sur la Grand Place de Bruxelles. Pourquoi continuer à utiliser le panneau qui est à droite de la porte d’entrée et qui doit reprendre place chaque matin devant l’Hôtel de ville?

Autre détail qui semble significatif: dans la salle d’accueil, sur le comptoir où l’on paie sa dîme, une petite vitrine éclairée présente un catalogue… malencontreusement ouvert à la page qui reproduit l’œuvre manquante. Aucun avis n’est affiché pour informer le visiteur de ce retrait. Le dépliant n’est pas plus loquace.

« Le Silène Rêvant » dans le catalogue de l’exposition.

Il ne s’agit pas de cas unique. En voici un autre qui s’est déroulé à la même époque : l’exposition « La Belle Époque » qui s’est tenue du 26 octobre 2001 au 28 avril 2002 aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles. Y ont été décrochées avant terme des œuvres de Théo Van Rysselberghe, Fernand Khnopff, Pablo Picasso et Rick Wauters.

En ce qui concerne l’exposition Rubens, la lettre eut deux conséquences : le rangement du panneau litigieux qui se trouvait sur le trottoir et le changement de page du catalogue exposé.

En revanche, aucun avertissement ne fut affiché sur l’œuvre manquante, ce qui est inexcusable. L’évolution du contenu de l’exposition n’est toujours pas indiquée au visiteur. Une sorte de mensonge par omission. Alors B.H. a décidé de se faire rembourser son ticket à titre symbolique et ce fut laborieux. Les simples courriers d’usager, même en envoi recommandé, n’aboutiront à aucun résultat concret.

Finalement, Mr Simons réagira positivement à la lettre envoyée le 2 octobre 2002 par l’avocate Isabelle L. : « (...) Mon client (B.H.) n’entend actuellement qu’être remboursé du prix déboursé pour visiter cette exposition ne présentant pas l’un des tableaux de Rubens annoncés (...). À défaut de règlement amiable de ce litige, mon client ne manquera pas de faire valoir ses droits, se réservant expressément, en outre, de réclamer notamment des dommages et intérêts pour les désagréments que lui causerait votre attitude ».

Sans doute que ce revirement tardif de l’échevin fut aussi consécutif à plusieurs articles qui dénoncèrent le problème dans la presse écrite, dont une enquête signée par Guy Duplat qui s’était rendu sur les lieux pour constater les faits et avait titré en « une » de « La Libre » : « Combat : Ces tableaux que l’on n’a pas vus... », le développement de l’article en page intérieure s’intitulant « Une expo, cela peut tromper ».

Contacté par B.H. sur ce cas concret dès le 28 juin 2002, Charles Picqué, alors Ministre des affaires économiques au niveau fédéral qui avait en charge, notamment, la protection des droits des consommateurs, répondra le 29 octobre 2002.

Sa lettre, dont voici quelques extraits, confirma la base d’un droit à la protection des consommateurs culturels : « Un principe de droit exige, qu’avant la conclusion de tout contrat, la partie « dominante » doit fournir à son futur cocontractant toutes les informations utiles à une prise de décision en connaissance de cause. Agir autrement enfreindrait la bonne foi. Les Cours et Tribunaux ont depuis longtemps reconnu l’existence d’une obligation générale de renseignements à charge des fabricants, vendeurs et prestataires de services professionnels. Ce principe juridique permet de sanctionner un comportement fautif au cours de la période pré-contractuelle. Dès lors, je suis également d’avis que la Ville de Bruxelles aurait dû faire le nécessaire afin que les visiteurs soient avertis de la disparition d’une œuvre maîtresse de l’exposition ».

Combien de visiteurs osent ou peuvent se permettre pareille obstination ? Il existe donc bel et bien des droits en faveur des visiteurs, mais ceux-ci leur sont le plus souvent méconnus. D’où tout un travail d’information à faire auprès de ceux-ci, et voilà pourquoi la L.U.C. n’a pas voulu, en publiant le présent article, rater cette occasion estivale concernant Arles.

Un enjeu économique sous-jacent?

Signaler plus régulièrement ces départs pendant les déroulement d’expositions permettrait de mettre en évidence l’irrespect du monde muséal à l’égard des visiteurs mais aussi des journalistes qui travaillent pour présenter de façon critique et argumentée une exposition comme un tout, comme une œuvre elle-même, et qui n’a bien sûr plus le même sens étant malheureusement devenue incomplète.

Or, dans certains cas, l’intérêt économique de propriétaires d’œuvres peut consister à multiplier les traces des présences dans les expositions afin que leur chef d’œuvre prenne davantage de valeur.

Cette pratique détestable à l’égard tant du journaliste culturel que du public de ce « Je te prête ma peinture, mais que pour une partie de la manifestation, et toujours pour une excellente justification » devrait, au minimum, être systématiquement indiquée lorsqu’elle se déroule, ce qui s’est heureusement bien déroulé à Arles. Afin de tenter de réduire pareille pratique et surtout de la rendre plus visible auprès de tous.

Articles (La Libre) et agendas (Le MAD du Soir)de la presse écrite utilisent souvent comme illustration la toile qui ne restera pas visible durant toute la durée de l’exposition.


vendredi 26 janvier 2024

Prix excessif : le ticket 2024 du Musée d’Art Ancien

Le Musée d’Art Ancien
 

À Bruxelles, il y a une quinzaine d’années, dans les bâtiments des MRBAB (Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique), rue de la Régence, étaient situés, aux étages, le Musée d’Art Ancien, et dans les sous-sols, le Musée d’Art Moderne.

Il existait un seul prix d’entrée et il était valable pour les deux musées à découvrir le même jour, soit 8 euros. Mais en février 2011, ce second musée est fermé abruptement. Le prix du ticket reste inchangé alors qu’il ne permet plus de visiter que le Musée d’Art Ancien. Est-ce normal?

Voici une carte blanche publiée en ce sens à l’époque :

Rebelote


Un scénario analogue se rejoue désormais en 2024.

C’est en décembre 2013 que le Musée Fin de Siècle prend la place du Musée d’Art Moderne.
À partir de 2018, le public est obligé d’acheter un seul ticket à 10 euros pour une sorte de vente en lot qui concerne ce nouveau musée ainsi que le Musée d’Art Ancien. Il n’est plus permis de les visiter séparément pour un prix moindre.

Mais début janvier 2024, voilà le Musée Fin de Siècle qui ferme pour plusieurs années. Et que se passe-t-il alors avec la tarification pour admirer uniquement le nouveau veuf qu’est le Musée d’Art Ancien? L’offre est-elle réduite de près de 50% ? Le ticket passe-t-il à 5 euros? Non, il reste inchangé, à 10 euros.

Cette attitude qui équivaut à une forme d’augmentation tarifaire du simple au double contraste avec ce qui se passe, en cas de réduction d’espace à visiter, en France ou en Italie, avec régulièrement une réduction proportionnelle de ce qu’il faut payer. 

Et il en est de même en région flamande avec, par exemple, le Mu.ZEE d’Ostende qui a annoncé par voie de presse que, du 7 novembre au 14 décembre 2023, il ne pratiquerait pas sa tarification complète à 15 euros car le public n’aura droit qu’à une « présentation réduite » de sa collection permanente à cause de la préparation de son exposition temporaire consacrée aux natures mortes de James Ensor.
Et sa proposition ne manquait pas d’originalité: « Choisissez votre tarif. Vous pouvez vous permettre de payer plus cher? Aidez les autres à payer moins cher ».
 

Le « Musée Fin de Siècle » fermé depuis janvier 2024 pour plusieurs années :
une grande toile de Léon Frédéric et une sculpture de Constantin Meunier.



mardi 6 juin 2023

Michel Draguet: Pourquoi un bilan que partiel?

Michel Draguet a dirigé pendant dix-huit ans, de 2005 à 2013, le plus grand ensemble de musées fédéraux belges : actuellement, le musée d’Art Ancien, le musée Fin de Siècle, le musée Magritte, le musée d’Art Moderne (évaporé depuis longtemps), le musée Antoine Wiertz et le musée Constantin Meunier.

Le 25 avril 2023, la presse a annoncé que son mandat s’achève, le 30 avril 2023. Cette décision fait suite à de nombreuses critiques sur les relations avec son personnel qui ont été longuement et à plusieurs reprises détaillés par un grand nombre de nos médias.

Cet aspect d’une gestion est bien entendu capital et il faut également s’intéresser à d’autres aspects du travail de direction puisque ces six musées ne sont pas de simple hangars de rangement mais sont gérés pour que les œuvres soient accessibles au public. Qu’en est-il donc du respect de ce directeur à l’égard de ses visiteurs?

Comme la presse faisait l’impasse sur ce point de vue, la Ligue des Usagers Culturels l’a travaillé à destination des autorités qui veillent aux destinées de nos musées fédéraux et des médias.

Le site de l’hebdomadaire « le Vif »

«Michel Draguet aime-t-il des visiteurs?»

Dès le 22 février 2023, le site du Vif a publié la carte blanche du président de la L.U.C. intitulée «Michel Draguet aime-t-il ses visiteurs?».

Deux exemples y détaillent la façon dont les visiteurs ont été régulièrement malmenés sous ce «règne».

Tout d’abord, il y est question d’un exemple de discrimination de la population active : «L’une des pires atteintes aux droits du public culturel est de l’empêcher de participer structurellement à une activité. C’est le cas des Musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz qui appartiennent aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB). La population active – travailleurs et étudiants – ne peut, en raison des horaires pratiqués, visiter ces deux institutions, si ce n’est en rognant sur ses jours de congés légaux. Ces deux musées sont, en effet, fermés tous les week-ends et jours fériées. Du mardi au vendredi, ils sont accessibles de 10h à 17h, mais ils sont clos pendant le temps de midi.
Une pétition «Stop à l’asphyxie des musées Meunier et Wiertz» a été lancée et a recueilli plus de 3 000 signatures: https://www.change.org/p/michel-draguet-stop-à-l-asphyxie-de-musées-constantin-meunier-et-antoine-wiertz
Hélas, la situation n’a pas évolué en près de sept ans. Les éternels arguments relatifs à la «diminution des aides de l’état» et au «manque de gardiens» nous ont bien sûr été opposés, mais c’est le silence qui a accueilli ensuite nos réactions argumentées. Tout débat contradictoire et toute négociation s’avèrent impossibles. Cette situation qui discrimine plus de la moitié de nos concitoyens se poursuit.
Pourtant notre revendication est minimaliste : nous demandons que tous les musées soient obligés de prévoir dans leur horaire mensuel au moins une plage accessible notamment à «population active» (en week-end ou une nocturne).


L’atelier dans la maison où habitait le célèbre peintre et sculpteur Constantin Meunier


Le second exemple détaillé dans cette carte blanche est intitulé «Interdit de dessiner au musée». Il n’est pas exempt, de la part de la direction des MRBAB, de cynisme et de mépris à l’égard des usagers.
« Dès 2012, nous avons relayé la plainte d’une visiteuse qui s’est vue refuser le droit de prendre des notes et de dessiner avec un crayon sur une feuille de papier A4 au Musée Magritte. Cette interdiction ne lui avait pas été signifiée avant qu’elle n’achète son ticket. Il s’agit d’une simple visiteuse et non d’une étudiante en art.

Le refus de rembourser son ticket et la médiatisation de cet incident ont eu pour conséquence la prise de conscience de journalistes français, outrés par ce type d’interdiction qui va à l’encontre de tout travail d’éveil actif et participatif à la culture. Le site Louvre pour tous a réalisé un reportage détaillé sur ce fait: http://www.louvrepourtous.fr/Ces-musees-belges-qui-interdisent,788.html
Avec cette information inédite : «Nous avons contacté la Fondation Magritte, partenaire privilégiée du musée dès sa création… À notre grand étonnement, on nous a répondu personnellement, nous signifiant très clairement au sujet de la prise de notes et de croquis : nous n’avons jamais, et en aucun cas, interdit quoi que ce soit dans un sens ou dans un autre».

Par la suite, le site de l’hebdomadaire culturel français Télérama a dénoncé à son tour l’attitude du Musée Magritte, ce qui fit à ce dernier une bien mauvaise publicité.
Dès le lendemain de cette publication, la presse belge a relayé la plainte. Les MRBAB ont alors annoncé la fin de l’interdiction. Le 4 février 2016, on expliquait, au Musée Magritte, que, désormais, la prise de notes et de photographies par les visiteurs était autorisée, à l’exception de quelques œuvres signalées par le pictogramme d’un appareil photo barré: http://www.louvrepourtous.fr/Le-musee-Magritte-autorise-enfin,795.html

Toutefois, discrètement, les MRBAB ont par la suite mangé leur chapeau. Nous découvrons le pot aux roses en 2021: un visiteur nous écrit pour s’étonner que son enfant s’y est fait interdire de dessiner dans une exposition temporaire. Comme quoi, les avancées sont bien fragiles.
Pourquoi cette interdiction vise seulement le Musée Magritte et les expositions, et non les quatre autres musées des MRBAB ? Peut-être parce qu’ils attirent davantage de public. Il faut donc éviter structurellement tout obstacle qui pourrait ralentir le flot des visiteurs, afin de ne pas restreindre la vente des tickets».

La tribune publiée dans Le Vif se termine par une proposition de solution pour tenter de mettre fin à pareils abus à l’égard des visiteurs : https://www.levif.be/opinions/cartes-blanches/musees-des-beaux-arts-michel-draguet-aime-t-il-ses-visiteurs/?fbclid=IwAR0i3EAnBUJ9HEFztoAeueDneBxkgQB8swU2Ao97YWyiaXUAvWmodyOszyA

Un troisième exemple

Les cartes blanches que publie la presse ne pouvant dépasser un certain nombre de signes, d’autres exemples ne purent y être développés.

Alors, la L.U.C. a fait parvenir aux autorités (le Secrétaire d’État Thomas Dermine et à la direction de BELSPO, Arnaud Vajda), en plus du texte du Vif, un troisième témoignage.

Un article paru dans le quotidien « la Capitale »


Le président de la L.U.C. leur écrit : «Voici une évolution qui me semble contestable du Règlement des Visiteurs des MRBAB. Elle fait suite au remboursement de mon ticket après plus d’une année de plainte aux MRBAB eux-mêmes et suite au recours au Médiateur fédéral pour le fait que les visiteurs ne disposaient pas, avant paiement de leur ticket, d’une annonce précise du fait que des œuvres maîtresses de Magritte de la collection n’étaient pas exposés au Musée Magritte et, de plus, sans en leur citer les titres.


Voici ces deux nouveaux textes du « Règlement des Visiteurs » des MRBAB :

  1. «La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines oeuvres d’art (en déplacement ou en restauration) ne donne droit ni au remboursement, ni à une réduction du billet d’entrée».

  2. «Si les visiteurs se rendent dans les musées pour voir une œuvre d’art en particulier, les MRBAB leur recommandent vivement de consulter au préalable le site internet sous l’onglet «Collections» afin de s’assurer de la présence de l’œuvre d’art aux musées».

Le 21 juin 2021, RTL TVi diffuse au prime time, dans «Images à l’appui» un reportage sur la résolution de cette plainte : https://www.facebook.com/watch/?v=287572189455953
Inga Rossi-Schrimpf, directrice Collection et Recherche du Musée Magritte, y constate que dix-sept œuvres ont quitté les cimaises de son institution pour être exposées à Paris. Au début de la file des visiteurs qui vont payer leur entrée, un panneau indique qu’on peut demander la liste «complète et détaillée» de celle-ci au comptoir. Dans le reportage, on voit la caissière qui donne la liste à la directrice et un plan rapproché permet au téléspectateur d’observer ce qui lui est présenté comme étant la feuille avec la liste des œuvres manquantes.

Ce reportage est, en fait,  un «suivi» pour voir s’il y a eu une évolution dans la problématique proposée. Voici le reportage initial de RTL TVi qui montrait la situation dans sa phase antérieure. Cette autre séquence de « Images à l’appui » a été diffusée le 1er mars 2019: https://www.facebook.com/imagesalappui/posts/2550633081620735
Le second reportage semble n’être qu’une mise en scène pour la caméra car cette façon de respecter le droit du public à être informé ne sera pas appliqué par la suite de façon généralisée, ce qui était pourtant le but de la plainte et de la longue médiation.

En effet, je vais prouver que ces règles ne sont pas respectées lors de l’absence de la toile «Le calvaire breton» de Gauguin au Musée Fin de Siècle. En fait, cette peinture a été enlevée temporairement des cimaises pour être exposée au Museum Ordrupgaard, du 21 janvier au 9 mai 2022. Cette absence n’était ni indiquée au visiteur qui va payer son ticket à l’accueil, ni à ceux qui préparent leur venue en s’informant sur le site internet des MRBAB sous l’onglet «Collections». Après avoir dû recourir aux services du Médiateur Fédéral, j’ai finalement vu mon ticket être remboursé.

La suite? Le règlement change à nouveau. Son texte ne correspond donc plus au résultat de la médiation… Est-ce normal?

Surtout parce que cette nouvelle « solution » me semble bien plus compliquée, voire aléatoire, pour le visiteur. Il n’est plus question, pour lui, de consulter sur le site, mais il faut écrire ou téléphoner (téléphone ne laissera probablement pas de trace, en cas d’erreur par le personnel).
Pire encore. Quand le visiteur paie son ticket à l’entrée du musée, rien n’y indique plus le fait qu’il peut demander au personnel, au comptoir, la liste des œuvres qui ne sont pas exposées.
D’ailleurs ce dernier point qui semblait être un acquis utile pour le visiteur dans le reportage (fiction?) de RTL TVI n’est même pas mentionné dans le «Règlement des Visiteurs» des MRBAB. Un règlement que pour les devoirs, et rien sur les droits du public?  Mensonge par omission?

Voilà le nouveau texte : «Si les visiteurs se rendent dans les musées pour voir une œuvre d’art en particulier, les musées leur recommandent vivement de contacter au préalable le site conservation et recherche afin de s’assurer de la présence de l’œuvre d’art au musées par e-mail via info@fine-arts-museum.be ou par téléphone au 32(0)2/508.33.53».
Voir l’article 3 du règlement des visiteurs (que j’ai lu le 2 février 2023) : https://fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/20220614_reglement_du_visiteur.pdf

Il y a donc actuellement un non respect unilatéral par la Direction des MRBAB du résultat de la médiation menée par le Médiateur Fédéral et qui était pourtant acceptée de part et d’autre.

L’absence de la peinture de Gauguin n’est pas annoncée avant que le visiteur ne paie son entrée, mais bien après.

Sous cloche : l’accueil des visiteurs

Puisque notre association d’usagers n’est pas invitée aux conférences de presse de nos autorités fédérales et ne reçoit pas leurs communiqués de presse (ce qui constitue un problème en soi), la L.U.C. se base donc sur ce que la presse rapporte.

Dans le cas présent, notre analyse repose sur les articles d’Alain Lallemand et de Guy Duplat parus le 25 avril 2023 respectivement dans Le Soir et La Libre, ainsi que les textes de Françoise Baré diffusés par la RTBF, la veille : https://www.rtbf.be/article/michel-draguet-ne-sera-plus-le-directeur-des-musees-royaux-des-beaux-arts-11187479

Dans les commentaires sur l’évaluation faite à propos du travail de Michel Draguet, il est beaucoup question d’attaques au bien être de son personnel, problématique à propos de laquelle il est bien entendu indispensable d’investiguer.
Mais pas un mot sur son rapport aux visiteurs, comme si la L.U.C. n’avait jamais fait part des trois exemples longuement argumentés à nos autorités (lire ci-dessus) et comme si la tribune publiée par Le Vif était passée comme une créance au compte de pertes et profits.

Alors, il est question des visiteurs, mais pas concernant leur accueil. Le Secrétaire d’État Thomas Dermine note : « Sous l’impulsion de Michel Draguet, les musées Royaux ont connu une importante augmentation de nombre de visiteurs ». Aucun résultat précis chiffré ne nous est proposé pour prouver cette assertion.

N’y-a-t-il pas une confusion entre cette «augmentation du nombre ce visiteurs» et une augmentation du nombre de tickets?
Pour rappel, quatre ans après sa nomination, le nombre de tickets a commencé à sensiblement augmenter, et pas nécessairement d’autant, le nombre de visiteurs.
En effet, avant l’ouverture du musée Magritte en 2009, l’ensemble des œuvres d’art ancien et d’art moderne, dont la collection des Magritte, dans tous les bâtiments des MRBAB sis rue de la Régence, se visitaient gratuitement tous les jours, puis avec un seul ticket (à 5 euros à l’époque) pour l’ensemble.

Ensuite, on passe en quelques années de un à trois musées, dans le même lieu, avec des entrées séparées: le musée d’Art Ancien, le musée Magritte, le musée d’Art Moderne (remplacé ensuite par le musée de Fin de Siècle ).
Tout ceci est détaillé ici : http://www.consoloisirs.be/textes/090519carteblanchemagritte.html


Le constat principal réside dans le fait que le souci de l’accueil des visiteurs est à un tel point marginalisé, voir négligé, par nos autorités que, même lorsqu’une association militante et bénévole en démontre plusieurs écueils, il en est fait silence lors de la présentation de bilans au public.

Carte blanche parue dans Le Soir

Gratuité mensuelle: « une politique de droite » !!!

Les gratuités et les tarifications constituent un élément important dans une politique de démocratisation culturelle. Ce thème mérite aussi d’être abordé lors d’un bilan public.

Sur ce thème, le seul moment de débat contradictoire public dans la presse écrite que Michel Draguet a eu avec celui qui deviendra plus tard l’un des fondateurs, puis l’un des présidents de la L.U.C. fut la publication en 2006 par Le Soir de deux interviews faites séparément à propos des gratuités mensuelle « pour tous » dans les musées.

Que veut dire ce « pour tous »?
Pour le responsable des MRBAB, c’est le premier mercredi du mois entre 13H et 17H. Pour que notamment les écoles continuent à payer aussi ce jour-là, de 10H à 13H. Et pour que notre population active (travailleurs et étudiants) ne puisse pas en profiter.

Pour Bernard Hennebert, c’est un jour entier par mois (donc douze jours par an, pas plus) où la population active est d’habitude disponible.

Le Soir du 1er avril 2006 publie donc les déclarations de Michel Draguet sous un titre provocateur, «Sous l’apparence de la gauche, c’est une politique de droite », pointant plus précisément la gratuité du premier dimanche du mois existant en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Voici quelques extraits : «Ce que dit Bernard Hennebert, en fin de compte, c’est: venez vous épanouir gratuitement dans la maison de tous. D’accord, très bien. On ouvre le musée le dimanche, on y organise des actions pédagogiques pour le public, c’est merveilleux. Mais ce n’est pas chiffré (...). L’entrée est à 5 € seulement, et avec ça, les programmes sociaux existent, les programmes d’éducation, de pédagogie (...). Si on m’oblige à ouvrir gratuitement le dimanche, c’est mon meilleur jour de visite qui disparaît. Le « ticketing » du dimanche me permet de financer ces opérations pédagogiques et sociales. De plus, nos visiteurs du dimanche, ce sont des touristes, des Européens, des habitués. Pour eux, 5 € c’est dérisoire (...). Cette gratuité est généreuse, mais aveugle. C’est un libéralisme pur : on ouvre la porte et vient qui veut (...). Ce que je reproche aux tenants du gratuit, c’est que c’est la même formule pour tous. Et je dis que cette formule ne fera que permettre aux coutumiers de la culture de consommer gratuitement. Et pas aux SDF de venir au musée (...). Le tourisme culturel est un fameux enjeu, qui peut rapporter gros, mais qui nécessite des moyens financiers. Et la gratuité empêche d’avoir ces ambitions».

Si l’on comprend bien, il faut empêcher que la gratuité pour tous ne se déroule un jour où la population active peut se déplacer car cela va permettre d’économiser pour financer le tourisme culturel qui coûte cher à mettre en place. Comme si cet objectif était le principal à atteindre pour les MRBAB!
Si les visiteurs du dimanche sont surtout des Européens, des touristes et des habitués, quel aveu d’impuissance ! Les MRBAB semblent donc peu capables de toucher de façon significative la population autochtone, et même avec l’argument d’une journée de gratuité.
Lorsque le directeur reproche que ne soit pas chiffrée la demande de passer à une gratuité mensuelle selon un horaire accessible à la population active, il semble oublier, ce qui n’est pas bien pour un gestionnaire, la liste régulièrement médiatisée des éléments financiers positifs que sous-tend cette évolution : économies dues au fait qu’il n’y a plus d’achat et de contrôle de tickets; promotion possible des expositions temporaires (qui restent payantes) pourquoi pas avec une tarification attractive et auquel serait sensible un public qui, sinon, ne serait jamais venu; dons des visiteurs dans une tirelire présentée de façon attractive et placée à la sortie de l’institution; meilleurs rendements pour le restaurant, le café et le shop (s’ils ne sont pas, hélas, privatisés… ou fermés). Et surtout… création à moyen terme d’un public plus large, prêt à revenir par la suite, et pendant de nombreuses années, aux MRBAB, et ailleurs, les jours payants.
Pour Michel Draguet, en fait, la gratuité ne doit pas exister pour tous. Elle n’est pas un droit. Elle doit faire venir, pour être réussie, les SDF au musée (et, on suppose, les autres publics précarisés).
Ceux-ci viendraient apparemment plus facilement un mercredi qu’un dimanche après-midi ? Dans sa déclaration, il n’en apporte pas la preuve.

N’est pas signalé le fait que certains n’aiment pas montrer patte blanche pour avoir droit à une réduction et qu’une « gratuité pour tous » préserve leur anonymat. -

Enfin, puisque Michel Draguet se lance de façon hasardeuse dans une réflexion « droite-gauche » à sa sauce, il nous apparaît que lorsqu’on analyse en Europe la mise en place de gratuités dans différents pays, elles sont le résultat d’initiatives tant de pouvoirs politiques de gauche que de droite. Tout dépend de quelle gauche ou de quelle droite, d’ailleurs. Et que c’est souvent l’extrême-droite qui revient sur cet avantage lorsqu’elle arrive aux affaires.
Dans cet entretien tel que publié par Le Soir, il y a un grand absent : les résultats détaillés de la gratuité du premier mercredi du mois. Ce qu’elle coûte, ce qu’elle rapporte, son éventuel succès, et auprès de qui. Pourtant, ces sujets-là, on les impose toujours aux défenseurs d’une autre gratuité mensuelle, celle du premier dimanche… Un traitement médiatique inégalitaire ?

À ce propos, voici les résultats d’une enquête fort détaillée sur la fréquentation des premiers dimanche gratuits :
http://www.directionrecherche.cfwb.be/index.php?id=sr_detail&no_cache=1&tx_ttnews%5Btt_news%5D=2077&L=0&cHash=594ce376a3683f4b838714103ca2ea09

Ces déclarations faites en 2006 par Michel Draguet s’opposent donc frontalement aux gratuités mensuelles pour tous.
Dix-sept ans plus tard, il quitte donc les MRBAB et jusqu’à ce moment-là, il a pourtant continué de pratiquer cet avantage, chaque premier mercredi du mois après-midi, à l’inverse d’autres directions consœurs comme celle de cet autre musée fédéral qu’est le Musée Royal d’Afrique Centrale à Tervueren.
Allez donc comprendre!


Une photo prise quand les MRBAB ont daigné organiser une journée de gratuité « pour tous », un jour où la population active ne travaille pas… C’était pour ses 215 ans, le dimanche 27 novembre 2016, et ils ont accueilli 6.852 visiteurs.









mercredi 22 décembre 2021

Thomas Dermine, Secrétaire d’État : « Mon adhésion aux 15 engagements du Code des usagers culturels »

Le 13 décembre 2021, Thomas Dermine, le Secrétaire d’État socialiste chargé notamment des musées fédéraux, répond à la longue lettre du président de « La Ligue des Usagers Culturels » qui lui a été adressée le 10 novembre 2021, puis en premier rappel le 10 décembre 2021.


 

Les deux premiers tiers de cette réponse font le point sur l’ensemble de ses actions entreprises dans le secteur qui nous concerne depuis sa nomination. 

Le dernier tiers s’attache plus précisément nos demandes et réflexions:

  • élaborer une charte des usagers culturels au fédéral (il réitère son avis positif concernant les 15 premiers points du « Code de Respect des Usagers Culturels » qui s’applique déjà depuis 2006 en Fédération Wallonie-Bruxelles);
  • création d’un site internet qui regrouperait les livres d’or avec les avis des visiteurs des différents musées;
  • avancer (peut-être) dans le dossier d’une gratuité mensuelle pour tous.

Nous publions ci-dessous dans leur intégralité d’abord la lettre de la L.U.C. et ensuite la réponse du Secrétaire d’État.

LA LETTRE DE « LA LIGUE DES USAGERS CULTURELS »

Monsieur le Secrétaire d’État, 

1 : C’était le 10 novembre 2020. Il y a juste un an, vous nous écriviez : « Les usagers doivent pour nous être au centre des préoccupations des acteurs culturels ».

Nous pensons qu’au cours de l’année qui vient de s’écouler, il existe une série de thématiques où les droits et les intérêts des visiteurs ont été négligé, et parfois sous le prétexte fallacieux qu’il s’agirait d’un effet de la pandémie qui a parfois bon dos. 

Nous vous remercions d’avoir récemment annoncé l’octroi de 2,9 millions d’euros complémentaires pour nos musées fédéraux afin de contrebalancer les effets négatifs de cette période Covid en terme de rentrées financières liées aux baisses de fréquentation des divers établissements. 

Nous espérons qu’ensuite, bien rapidement, vous pourrez davantage porter votre attention sur les thématiques suivantes que vous aviez évoquées dans votre précédent courrier:

http://la-luc.blogspot.com/2020/11/le-secretaire-detat-des-musees-nous.html

Nous avons attendu une année avant de reprendre contact avec vous.

Voilà, selon nous, le temps venu pour un premier « état des lieux », dans l’espoir qu’il vous permettra de construire d’ici la fin de la présente législature avec les musées une série d’évolutions concrètes utiles aux usagers. 

2 : Vous nous indiquiez : « Je fais miens à la fois les objectifs et les 15 premiers engagements du Code du respect des usagers culturels (les 3 derniers engagements étant, dans leur formulation, spécifiques à la Communauté française) ». 

Michel Draguet (MRBAB) s’est positionné exactement de la même façon que vous, par rapport à ces 15 premiers points de ce Code. Voici la copie de sa lettre signée.


 

Pourtant sous sa direction, le musée Magritte n’a pas respecté le point 2 de ce Code :

http://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

À ce sujet, la L.U.C. a soutenu et accompagné un visiteur dans son dépôt d’une plainte au musée Magritte et sa demande du remboursement d’un ticket. Celle-ci a été envoyée le 18 juillet 2018.

Il a fallu attendre le 14 avril 2021, soit plus de 2 ans 1/2 et un long travail déterminé du Médiateur Fédéral pour que le musée Magritte accepte de rembourser ce ticket et surtout qu’il accepte et mette en place une évolution concrète structurelle pour mettre fin, à l’avenir, à cette « pratique » qui ne respectait par ce point 2 du Code. 

Pour mieux et rapidement (en trois minutes) comprendre les enjeux de cette plainte que nous considérons comme emblématique, nous vous conseillons de découvrir le reportage que RTL TVI y a consacré, ce 25 juin 2021.

Il a été tourné en deux phases : quand le musée Magritte refusait de rembourser, et plus récemment, lorsque le musée évolué : 

https://www.facebook.com/imagesalappui/videos/287572189455953

Voilà d’ailleurs un exemple concret qui devrait vous inciter encore davantage à la création d’un Code fédéral des visiteurs car il arrive que d’autres institutions fédérales ne respectent pas d’une manière analogue ce point 2 du Code.

Notre travail bénévole n’est pas fort utile si nous devons consacrer tant de temps à la longue gestion de pareille plainte sans que la leçon ne soit tirée par la suite pour l’ensemble des institutions fédérales. 

Alors, existe-t-il bien au moins un autre exemple concret du même type?

Le Musée d’Art et d’Histoire oublia d’indiquer à ses visiteurs du fond permanent qu’ils ne pourraient pas admirer l’un de ses must, une gigantesque statue de l’île de Pâques, car elle ne fut visible, pendant plusieurs mois, uniquement sur présentation du ticket de l’exposition temporaire.

NOS QUESTIONS :

2 - A : Pourriez-vous nous indiquer votre positionnement par rapport à cette plainte concrète et son aboutissement?

 2 - B : En une année, vos services ont-ils évolué dans la préparation d’un Code de respect des usagers culturels?

2 - C : Notre asbl (il y en a peu dont l’objectif unique est le respect des droits et des devoirs des usagers culturels, nous semble-t-il) sera-t-elle conviée à participer aux travaux de son élaboration? De quelle manière? 

3 : Vous nous indiquiez : « Il serait intéressant que les musées organisent des rencontres sur les droits des usagers et permettent à ceux-ci de laisser une appréciation, positive ou négative, sur un livre d’or en ligne, cela même si des sites proposent déjà ce genre de services ».

Nous n’allons pas reprendre ici notre argumentaire puisqu’il vous a intéressé au point que vous nous indiquiez ce point de vue concordant. 

 

NOS QUESTIONS :

 3 - A : Concernant ces rencontres annuelles sur les droits de leurs visiteurs que devrait organiser chaque musée fédéral, pourriez-vous nous indiquer si elles sont prévues pour l’année prochaine, en 2022, et de quelle manière elles vont se dérouler?

Comment et auprès de qui seront-elles promues?

Enfin, comment leur contenu sera-t-il par la suite diffusé sur le court et le long terme, et auprès de qui?

3 - B : Comment évolue ce projet de livre d’or en ligne?  

Vous affirmez que des sites proposent déjà ce type de service : pourriez-vous nous en dire davantage car nous n’en avons pas connaissance? 

L’originalité et surtout l’utilité de notre proposition consiste justement à proposer sur un seul site les divers « livres d’or » afin que celui-ci rassemble l’ensemble des visiteurs pour une réflexion globale sur leurs droits et devoirs.

Le but est aussi de permettre à des visiteurs d’un musée de découvrir le fonctionnement et l’attrait d’autres institutions qu’ils n’ont pas encore fréquenté et ainsi, peut-être, leur donner aussi l’envie de s’y rendre. 

4 : Vous nous indiquiez : « Je soutiens (…) les musées qui pratiquent la gratuité pour tous un mercredi par mois ».

NOS QUESTIONS :

4- A : Sur ce sujet précis, plus d’un an après le début de votre mandat, la situation est malheureusement catastrophique : ce mercredi 3 novembre 2021, il n’y a eu qu’une minorité (deux institutions fédérales) qui pratique cette gratuité: le musée Magritte et le musée Fin de Siècle (qui sera bientôt remplacé par le musée d’Art Ancien).

Comment envisagez-vous de remédier à cette situation qui a commencé bien avant le début de la pandémie (celle-ci n’en est donc pas la cause unique)? 

Comptez-vous tout particulièrement la restaurer à l’Africa Museum et l’introduire au nouveau musée de la KBR?

À quelle(s) date(s)? 

Nous nous permettons de vous rappeler le contenu de notre carte blanche sur ce sujet. Elle est parue alors qu’aucun média ne s’était préoccupé jusqu’alors de cette progressive élimination de ce qui est considéré comme un droit minimum des usagers faisant suite à la suppression en 1997 de la gratuité QUOTIDIENNE des musées fédéraux par l’un de vos prédécesseur, le ministre Yvan Ylieff (PS).

Ce texte est paru dans La Libre du 14 septembre 2020 :

https://www.lalibre.be/debats/opinions/2020/09/14/musees-federaux-vers-la-fin-de-la-gratuite-mensuelle-JOU3BZWXYJARHB3N6VETHGT4FU/

4 - B : Concernant cette gratuité, n’a jamais existé, au minimum, un feuillet photocopié (les MRBAB ont utilisé ce moyen récemment pour communiquer sur la gratuité quotidienne pour les jeunes) mentionnant les noms, coordonnées et horaires de l’ensemble des musées qui la pratiquent.

Rien donc en ce sens qui serait destiné à être distribué au public qui utilise déjà cette gratuité pour au moins un musée, afin de lui faire découvrir ces autres occasions de visites pour les mois suivants. Un des buts de la gratuité mensuelle, moins souvent mentionné et pourtant important, étant de donner envie à des visiteurs « une fois par an » de devenir des passionnés qui fréquentent régulièrement musées et expositions.

L’objectif majeur de cette gratuité, selon la majorité des musées eux-même et , en gros, le pouvoir politique, consiste à attirer de nouveaux publics.

Pour l’atteindre, il faut que ces futurs publics soient informés de l’existence de cet avantage pour tous. Ce qui n’est que bien peu le cas actuellement. 

Comptez-vous y remédier? Comment et quand? Le vaste public a droit à ce type d’informations, nous semble-t-il. 

Vous savez sans doute que l’asbl « Arts & Publics » vient de publier pour la huitième fois une brochure annuelle de 48 pages présentant les 150 musées belges qui pratiquent la gratuité du premier dimanche du mois.

Comme chaque année, elle est insérée dans LE SOIR (ce 29 octobre 2021). Elle annonce aussi toutes les autres journées de gratuité « pour tous » belges dont celles des musées fédéraux.


 

Outre cette insertion dans le quotidien francophone, la brochure est diffusée dans divers lieux culturels comme les bibliothèques et même dans les salles d’attente des médecins. 

Comment comptez-vous médiatiser la gratuité fédérale d’une demi-journée du premier mercredi du mois, lorsqu’elle sera très bientôt, du moins nous le supposons, à nouveau d’application?

Cette question nous semble correspondre à ces deux autres déclarations que vous nous avez faite :

 

  • « J’accorde aussi une importance toute particulière aux efforts fournis pour élargir les publics »,
  • « L’accès (entendu au sens large) pour tous à ces collections est donc non seulement une dimension essentielle, mais il constitue un véritable droit ».

4 - C : Puisque cette gratuité d’une demi journée du premier mercredi du mois est réduite à peau de chagrin, ne serait-il pas logique de remettre sur le tapis derechef les acquis des travaux de la précédente législature qui s’interrogea sur l’opportunité de transformer la gratuité du premier dimanche du mois en une gratuité du premier dimanche du mois? 

C’est le moment idéal puisque désormais l’habitude de réserver sa venue au musée est, et restera sans doute, bien davantage ancrée au sein du public. L’argument bien réel du « il y aurait ce jour-là beaucoup trop de monde aux musées fédéraux, et donc des files interminables » devient donc ainsi caduc.

Pour rappel, hélas, la gratuité du premier mercredi du mois n’est pas du tout une gratuité mensuelle « pour tous » puisqu’elle discrimine la population active (travailleurs, étudiants), soit près ou même plus de 50% du public potentiel auquel elle devrait être destinée.

Nous avons utilisé une partie du temps du premier confinement pour mettre par écrit une réflexion sur l’utilité de la gratuité du premier dimanche du mois.

Nous y tentons même d’y prouver qu’elle peut rapporter davantage économiquement que le manque à gagner financier qu’elle occasionne.

Ce texte n’est pas encore rendu public mais nous pouvons vous le transmettre à titre confidentiel, si vous le souhaitez. 

Il nous semble qu’il serait intéressant que le fédéral puisse se lancer, encore au cours de l’actuelle législature, de façon expérimentale dans l’aventure de la gratuité mensuelle du premier dimanche en la mettant en place de façon prioritaire dans trois de ses musées : un grand, deux plus petits. 

Cette option pourrait devenir une des missions « citoyennes » novatrices « grand public » pour le musée d’Art et d’Histoire auquel vous portez particulièrement attention en vue des célébrations du deuxième centenaire de notre pays. Un projet avec une mise en exergue, mois après mois, chaque premier dimanche, d’une des nombreuses sections de cette institution, pourrait être particulièrement attractif.  

Quant en ce qui concerne les deux institutions de tailles plus réduites, Il serait intéressant de choisir les musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz.

Car pareille décision répondrait favorablement à la pétition signée par plus de 3.000 signataires (ce qui est très important, vu qu’il s’agit d’une revendication très spécifique, et pour des musées qui font rarement la « une » des médias) et qui est restée lettre morte jusqu’à présent de la part des MRBAB. 

La voici : https://www.change.org/p/michel-draguet-stop-à-l-asphyxie-de-musées-constantin-meunier-et-antoine-wiertz

Si vous n’optez pas pour cette solution, avez-vous l’intention, pour ces deux musées, de faire évoluer leurs horaires afin que ceux-ci ne discriminent plus la population active?

Ce serait un moyen très utile pour faire augmenter leur fréquentation qui, depuis des années, est tellement peu élevée que les responsables de ces institutions méritent un bonnet d’âne, surtout lorsqu’on les compare aux succès d’autres musées « maisons ou ateliers d’artistes » que l’on peut, par exemple, visiter à Paris (notamment le musée de la Vie Romantique ou la maison de Victor Hugo). 

5 : Vous nous indiquiez : « Je vous remercie pour les efforts que vous déployez afin de faire valoir les droits des usagers ».

Puisque nos efforts pour faire valoir les droits des usagers vous agréent et que nous avons patienté une année avant de vous recontacter, il nous semble  nécessaire de vous demander de réagir aux trois points suivants. 

NOS QUESTIONS : 

5 - A : Sur leurs sites, les musées fédéraux indiquent à propos de l’envoi de plaintes : « Vous recevez d’abord un accusé de réception avec un numéro d’enregistrement unique et, dans les 30 jours, nous vous faisons parvenir : une réponse motivée, une rectification, une solution ».

https://www.fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/folder_klachtenprocedure_fr.pdf

Il se fait que récemment tant le musée d’Art et d’Histoire que les MRBAB n’ont pas concrétisé ce qui est annoncé dans cet avis.

Voilà donc un nouvel exemple de non respect des visiteurs qui devrait être pris en compte pour créer un « Code de Respect des Usagers Culturels ».

En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce cas de figure est répréhensible puisque l’un des quinze points du Code prévoit le droit à une réponse aux plaintes des usagers dans le mois et de manière détaillée. 

Cette création d’un Code au niveau fédéral constitue la première de nos quatre revendications présentées ici à la fin de notre carte blanche publiée par Le Vif : 

https://www.levif.be/actualite/belgique/quatre-propositions-pour-mieux-respecter-les-visiteurs-des-musees-federaux/article-opinion-1343325.html?fbclid=IwAR2WU6CxtHGtCWvQdmUC-ogKUv1YQkiU830TyD41S4DcNHoAkfSm7PXQ3dc

Tout d’abord, voici notre plainte au musée d’Art et d’Histoire où vous découvrirez sans doute qu’il y a un refus évident de répondre de façon détaillée à l’argumentaire proposé :

http://la-luc.blogspot.com/2021/02/son-poids-en-fait-que-six-estampes.html

Il nous a fallu déposer plainte pour non réponse du musée d’Art et d’Histoire au Médiateur fédéral qui, dans ce cas précis, a réussi à faire entendre raison à l’institution.

Finalement, peut-être aussi parce qu’il y a eu changement de direction entretemps, une réponse positive et constructive nous est ainsi parvenue, ce qui permet sans doute de conclure que notre critique était utile et justifiée :

http://la-luc.blogspot.com/2021/03/reaction-positive-et-instructive-du.html

D’autre part, une autre plainte a été envoyée le 29 avril 2021 aux MRBAB. Ce 5 novembre 2021, pour la seconde fois, nous avons dû alerter le Médiateur fédéral concernant ce cas précis.

En effet, les MRBAB se refusent jusqu’à présent de répondre sérieusement sur le fond de la problématique que nous lui avons soumise, tant à nous qu’au Médiateur fédéral.

Sur le contenu de cette plainte, nous revenons dans le point suivant (5-B)

Ces deux exemples récents tendent à démontrer qu’il n’est pas rare que certains musées fédéraux refusent de pratiquer l’honnêteté dans leurs réponses aux plaintes d’usagers.

Sans doute tous les visiteurs déçus n’ont-ils pas notre obstination et notre flegme (ne jamais s’énerver, rester poli, respecter et être solidaire du personnel), et donc risquent d’être déçus, voire fatalistes, d’avoir entamé une telle démarche bénévole qui pourrait améliorer le fonctionnement de ces institutions à l’égard de leurs visiteurs. 

Contacté, le Médiateur fédéral a donc mené à bien sa mission en ce qui concerne la plainte adressée au musée d’Art et d’Histoire. Il n’est est pas de même, du moins jusqu’à présent, dans l’autre cas qui concerne les MRBAB. 

Que peut envisager le Secrétaire d’État pour garantir un meilleur traitement à l’avenir de certaines plaintes que les musées ont … plus difficile à gérer? 

Vous semble-t-il utile que nous vous contactions dans le cas où même le Médiateur fédéral n’arriverait pas à résoudre un dossier de non réponse détaillé à des plaintes de visiteurs?

Dans ces cas-là, quel autre recours possible (et si possible, efficace) existe-t-il pour le public? Il faut tenir compte que le recours à un avocat est chose quasi impossible dans le domaine muséal où le prix relativement limité du ticket rend totalement illusoire économiquement pareille pareille démarche.

5 - B : Avant la pandémie, les MRBAB avaient mis fin à la possibilité d’acheter un ticket pour visiter le musée d’Art Ancien ou le musée Fin de Siècle séparément et ils avaient opté pour la «vente couplée», que certains appellent «vente forcée»: le visiteur est obligé d’acheter donc un même ticket 10 € (+ diverses réductions) pour les deux sections.

Depuis quelques mois, les MRBAB ferment en alternance pendant plusieurs mois ces musées (x mois l’un, puis x mois l’autre), ce que nous nous comprenons bien sûr. 

Par contre, alors qu’on ne peut plus visiter qu’un des deux musées, les MRBAB maintiennent le prix « couplé » , soit 10 euros. 

Il ne s’agit pas d’une nécessité liée à la pandémie comme ils veulent le faire croire. En effet, les MRBAB poursuivent cette stratégie tarifaire depuis bien longtemps. En 2011, nous avions déjà publié dans La Libre Belgique une carte blanche pour la dénoncer: https://www.lalibre.be/debats/opinions/un-musee-pour-le-prix-de-deux-51b8cf53e4b0de6db9c04e10

En effet, en février 2011, le musée d’Art Moderne des MRBAB fut fermé pendant plus d’un an.

Pendant ce temps-là, situé à la même adresse (au 3, rue de la Régence), le musée d’Art Ancien resta accessible aux visiteurs. À l’époque, un seul ticket au prix de 8 € permettait de visiter ces deux entités muséales. Alors que la moitié de l’offre est supprimée, le prix de l’entrée du musée n’est pas passé de 8 à 4€.

Aucune explication sur ce qui s’apparente à une hausse tarifaire indirecte de 100% ne fut proposée aux visiteurs, dont les plus avisés furent plus que surpris.

Dans des cas analogues, d’autres institutions agissent bien différemment.

En Bretagne, le musée des Beaux-Arts de Rennes fut en travaux de mars 2008 à février 2010. La fermeture a porté sur la totalité du 1er étage qui accueillait l’ensemble de la collection permanente des peintures (Georges de La Tour, Jordaens, Rubens, Gauguin, etc.). En période normale, le ticket aurait coûté 4,45 €. Durant les travaux, il fut ramené à 1,05 €.

N’est-il pas temps de prendre exemple à Bruxelles, dans nos musées fédéraux, sur pareille pratique plus démocratique?

Un autre exemple, celui-ci se déroulant pendant le présente pandémie : un habitué de notre page « Ligue des Usagers Culturels » sur facebook publie ce qui suit, le 31 juillet 2021 : « À noter : à Venise Ca d'Oro. Suite à la crise sanitaire, le 2e étage est fermé. C'est indiqué sur le site. On nous le signale à l'entrée et le prix du billet est réduit d'un tiers. Plus précisément, parcours temporairement restreint (cour monumentale, jardin, itinéraire parmi les chefs-d’œuvre du premier étage et loggia sur le Grand Canal): billet à prix réduit pour tous à € 6,00 ». 


 

En d’autre mots, si une situation analogue à celle de 2011 et de 2021 devait se reproduire ultérieurement, les MRBAB peuvent-ils s’engager dès à présent à ne plus avoir la même attitude qui consiste à faire payer au visiteur « un musée pour le prix de deux »? 

Puisqu’il s’agit d’une habitude bien ancrée des MRBAB, sans doute même une façon de penser et de gérer sans aucun esprit de « démocratisation culturelle », nous vous demandons de décider que pareille « pratique » commerciale soit à l’avenir proscrite aux musées fédéraux.

Ce point mériterait d’ailleurs de figure dans un futur Code en faveur des visiteurs. 

5 - C : Pour l’usager, il n’est pas évident de découvrir où il peut déposer plainte. 

Il nous semble que la case concernant cette thématique devrait figurer à plusieurs endroits sur le site des MRBAB, là où c’est le plus logique pour les visiteurs qui la recherchent.

Nous proposons les deux lieux suivants:

- Près du règlement du visiteur : 

https://www.fine-arts-museum.be/fr/contact

- Dans le rubrique « Votre visite » :

https://www.fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/mesures-de-prevention-covid-19

Cela compléterait harmonieusement le lieu où cette case se situe actuellement et qui ne nous semble pas le plus facile à pister pour le visiteur : tout au bout de la rubrique « Contact »:

https://www.fine-arts-museum.be/fr/contact

 

6 : Vous nous indiquiez : « Les associations qui se font l’intermédiaire entre le public (et le « non-public ») et les pouvoirs publics jouent un rôle fondamental et j’entends bien prendre en compte leurs recommandations dans la définition des politiques que je mènerai tout au long de cette législature ».

Nous espérons que notre veille et que nos réflexions permettront une série d’avancées en faveur des visiteurs, en général peu coûteuses dans leur mise en place.

Nos musées fédéraux vivent sans doute, et pour longtemps encore, une nouvelle ère où l’attention à l’égard des habitants de notre pays doit être encore davantage prise en compte.

Puisse une concrétisation de nos propositions contribuer à un accueil encore meilleur.  

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions de croire en l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Bernard Hennebert, Président de La Ligue des Usagers Culturels »

 

LA RÉPONSE DU SECRÉTAIRE D’ÉTAT

Cher Monsieur Hennebert, la première année de cette législature a été très chargée. Nous avons remis le Département de la Politique scientifique fédérale en ordre de marche en donnant des cadres linguistiques à tous les Etablissements scientifiques fédéraux, en complétant tous les organes de gestion, en arrivant au bout de la procédure de désignation du Président du Comité de direction, en réformant les règles de délégation de signatures, en réalisant une réforme nécessaire de divers textes juridiques, … Nous avons entamé une montée en puissance de la Politique scientifique fédérale en augmentant les moyens liés aux programmes de recherche, aux infrastructures fédérales de recherche, aux partenariats européens et nous allons pouvoir lancer, grâce aux fonds européens, un appel à projets dans les domaines aéronautique et spatial. Nous avons également lancé des projets importants comme le Centre climat, le redéploiement du site du Cinquantenaire, la nouvelle approche sur la restitution (reconstitution),S’agissant plus spécifiquement des musées, nous les avons soutenus financièrement pour compenser la diminution considérable de recettes propres consécutive à la pandémie. Nous continuerons évidemment à les aider à faire face aux conséquences de cette crise. Nous avons également soutenu spécifiquement les Musées royaux des Beaux-Arts, tant de façon pérenne que pour l’organisation de l’exposition Tracks to modernity dans le cadre du festival Europalia. D’autre part, les Old masters et le Musée Fin de Siècle sont désormais tous les deux accessibles et de nombreuses expositions temporaires ont eu lieu dans tous nos musées. Si les collections d’art moderne et contemporain ont fait l’objet de telles expositions temporaires, nous avançons également sur une piste permettant de les présenter de façon plus pérenne.

Par ailleurs, des crédits importants sont prévus par la Régie des Bâtiments pour opérer les rénovations prioritaires de nos Etablissements scientifiques fédéraux et notamment des Musées royaux des Beaux-Arts et des Musées Royaux d’Art et d’Histoire. Certaines de ces rénovations ont d’ailleurs débuté. Par ailleurs, les procédures de désignation des DG de 7 des 10 ESF, parmi lesquels les Musées royaux d’Art et d’Histoire, l’Institut royal des Sciences naturelles et le Musée royal de l’Afrique centrale, vont être lancées.

Nous avons également élaboré, à l’issue d’un processus participatif avec toutes les entités de BELSPO, un projet de Contrat d’administration. Ce contrat prévoit, parmi un grand nombre de réformes visant une meilleure efficience du Département dans son ensemble, le développement d’une fonction de soutien à la politique des publics et des collections de nos musées. Il s’agit donc d’offrir, au niveau de l’administration centrale, un appui aux Directeurs généraux à la tête des musées, pour améliorer la gestion de leurs publics et celle de leurs collections. Le plan de personnel du SPP Politique scientifique prévoit déjà le recrutement de personnel pour remplir cette fonction. Une fois ces personnes recrutées, nous les chargerons de travailler, en réseau avec les musées, aux différents chantiers que vous citez et qui, en effet, me paraissent importants : charte des usagers, livre d’or, … Les conseils des associations d’usagers comme la vôtre seront bien entendu très précieux.

Quant à la gratuité le premier mercredi du mois, je soutiens les musées qui la pratiquent mais n’entends pas l’imposer aux autres. En effet, il me semble nécessaire de laisser une autonomie sur ce point aux Directions. Les tarifs sont les seules marges de manœuvre dont elles disposent budgétairement dès lors que le niveau des dotations leur est imposé. Je suis, cela dit, plutôt favorable à des tarifs différenciés permettant à chacun d’aller au musée qu’à des mesures générales de gratuité qui profitent également aux visiteurs les plus aisés et qui augmentent le besoin de fonds publics nécessaires pour assurer le fonctionnement des Institutions. Je suis toutefois évidemment intéressé par votre projet de texte et le lirai avec beaucoup d’intérêt. C’est un débat difficile mais je partage évidemment l’idée que le prix est un des leviers permettant d’élargir le public des musées.

S’agissant des points que vous citez, et qui sont spécifiques à l’un ou l’autre musée, je me permets de vous renvoyer vers leur Directeur général. Vous pouvez déduire mon point de vue sur ces questions de mon adhésion aux 15 premiers engagements du Code des usagers culturels.

Je vous remercie à nouveau pour le travail que vous réalisez dans l’intérêt des publics des musées et vous prie d’agréer, cher Monsieur Hennebert, l’assurance de toute ma considération.

Thomas Dermine