Affichage des articles dont le libellé est Guy Duplat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Guy Duplat. Afficher tous les articles

vendredi 6 septembre 2024

L’œuvre est repartie… discrètement

 

Dans le JT de 20H de France2 du 21 août 2024, la rubrique vacancière « Art d’été » est consacrée à l’explication du contenu de la toile « La nuit étoilée » de Vincent Van Gogh. Après sa diffusion, la présentatrice en studio indique qu’on peut découvrir à Arles cette œuvre « jusqu’au 25 août ».

Or, l’exposition « Van Gogh et les étoiles » où elle trône à la « Fondation Vincent Van Gogh Arles » est annoncée jusqu’au 8 septembre.

Qui donc se trompe? Il faut savoir que cette manifestation culturelle fortement médiatisée est construite avec des œuvres de près de quatre-vingt autres artistes autour du chef d’œuvre prêté par le musée d’Orsay dans le cadre de l’opération nationale « Les 150 ans de l’impressionnisme ». Mais l’œuvre essentielle qui est à l’origine de la conception même de l’exposition quitte Arles le 26 août, soit près de deux semaines avant la clôture de l’activité. Avant de départ de celle-ci, le public n’a pas droit à en connaître la ou les raisons, et cela ne suscite guère une investigation de la part des journalistes qui s’intéressent à cet événement majeur. Pour assouvir sa curiosité sur ce sujet précis, il fallait, Entre le 27 août et le 8 septembre visiter l’exposition lorsque « La nuit étoilée » n’est plus là. Alors, sur le très grand mur brun foncé déserté, à côté d’une photo qui reproduit l’œuvre, un petit écriteau signale que la peinture a été décrochée pour rejoindre l’exposition « Van Gogh: poètes et amants » qui commencera le 14 septembre 2024 à la National Gallery de Londres.

 

La panneau de l’exposition après le départ de l’œuvre majeure « La nuit étoilée ». Et le petit avis qui indique le pourquoi de cette disparition (photo Cv)


Le JT de France 2 respecte donc bien son public. La Fondation organisatrice aussi. En effet, elle a multiplié les avertissement concernant ce départ prématuré. Sur le site, l’information est donnée dès la page d’accueil. Puis, lorsqu’on clique sur l’onglet « Découvrez l’exposition » l’absence est particulièrement mise en valeur graphiquement dans les « informations pratiques » notamment par un point d’exclamation en noir entouré de jaune qui attire immanquablement le regard. Au moment d’acheter le ticket via le site, l’information est à nouveau signalée. Il y est même ajouté : « Pas de vente en ligne (des tickets) après le 25 août ». Effectivement, il est impossible de réserver un créneau horaire ou de se procurer une place via le site pour la période de l’exposition sans l’œuvre maîtresse :

https://www.fondation-vincentvangogh-arles.org/exposition/van-gogh-et-les-etoiles/

Le communiqué de presse mentionne aussi le départ de la peinture et de nombreux quotidiens répercutent cette donnée utile, dont « Le Figaro » ou « Le Soir ».

À Arles, un parcours d’indications sur plaques permet de découvrir les lieux où Van Gogh a planté son chevalet. Ici, pour peindre sa toile « La Nuit Étoilée ».

La conservatrice en chef était bien au courant

Cet avis de … disparition indiqué aux futurs visiteurs n’est pas si fréquent. Bien avant la création du musée Magritte, les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) avaient organisé dans leurs locaux de la rue de la Régence la « Rétrospective Magritte » du 6 mars au 28 juin 1998. Elle attira plus de 300.000 visiteurs qui purent contempler plus de trois cents cinquante œuvres.

Le 24 juin 1998, Bernard Hennebert, le futur président de « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) envoie une plainte pour « tromperie volontaire dans la promotion ». Les organisateurs ont choisi comme emblème pour cet événement la toile «Le château des Pyrénées». On la retrouve sur l’affiche, le dépliant, la couverture du catalogue… et elle sera même le sujet d’un timbre édité par la poste. Mais cette toile est rapatriée à mi-parcours de la rétrospective à son institution prêteuse, l’Israël Museum.

Une enquête auprès du personnel lui permet de découvrir que lorsque ce choix de mise en valeur d’une des œuvres exposées fut fait, la date de retour de l’œuvre à Jérusalem était déjà connue.

Le 7 août 1998, Éliane De Wilde, la conservatrice en chef des MRBAB, lui confirme les faits par écrit: «Il est vrai que le tableau est parti avant la fin de l’exposition et nous le regrettons».

Et dans ce cas, aucune information n’a filtré pour annoncer aux journalistes et aux visiteurs ce retrait, pas même une petite ligne en bas d’une des page du dépliant!

Dans sa réponse, Madame De Wilde a omis de répondre à d’autres questions plus pointues: «Considérez-vous qu’il était judicieux de choisir comme emblème de cette exposition une toile qui ne sera pas exposée durant toute la durée de la manifestation? Pourquoi le public n’a-t-il pas été averti avant l’achat de ses tickets? Pourquoi le dépliant ne le mentionne-t-il pas?». 


L’affiche, le dépliant en français et les timbres postes d’une exposition qui a attiré 300.000 visiteurs … dont nombre furent un peu trompés!

Remboursement du ticket à 6 €

Ce type de problématique est récurrent même s’il n’est quasi jamais évoqué dans les réflexions « droits des usagers ».

Ainsi, près de six mois de pression ont été nécessaires pour conduire Henri Simons, alors échevin de la culture (ÉCOLO) de la ville de Bruxelles, à écrire à l’avocate de Bernard Hennebert (B.H.), le 14 octobre 2002 : « C’est avec plaisir que je charge mes services de rembourser à votre client le montant de 6 € ». Cette somme correspond au prix de l’entrée (avec réduction) de l’exposition « Rubens » qui s’est tenue du 12 mars au 28 juillet 2002 à l’Hôtel de Ville de Bruxelles.

Trois mois avant la fin de cette exposition, le « Silène Rêvant » a été rapatrié à Vienne. Il faut savoir que cette toile avait souvent été mise en évidence par la critique dans ses comptes-rendus. Elle a d’ailleurs illustré la majorité des articles parus dans la presse écrite.

Quelques jours plus tard après la défection, B.H. visite cette exposition.

Sur le trottoir de la Grand Place, un panneau facilement transportable affichant un poster de cette œuvre prématurément décrochée est toujours disposé pour baliser l’entrée de l’exposition. On attire donc le badaud avec la toile qu’il ne pourra justement pas contempler en vrai!

La photo de l’entrée de l’exposition Rubens sur la Grand Place de Bruxelles. Pourquoi continuer à utiliser le panneau qui est à droite de la porte d’entrée et qui doit reprendre place chaque matin devant l’Hôtel de ville?

Autre détail qui semble significatif: dans la salle d’accueil, sur le comptoir où l’on paie sa dîme, une petite vitrine éclairée présente un catalogue… malencontreusement ouvert à la page qui reproduit l’œuvre manquante. Aucun avis n’est affiché pour informer le visiteur de ce retrait. Le dépliant n’est pas plus loquace.

« Le Silène Rêvant » dans le catalogue de l’exposition.

Il ne s’agit pas de cas unique. En voici un autre qui s’est déroulé à la même époque : l’exposition « La Belle Époque » qui s’est tenue du 26 octobre 2001 au 28 avril 2002 aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles. Y ont été décrochées avant terme des œuvres de Théo Van Rysselberghe, Fernand Khnopff, Pablo Picasso et Rick Wauters.

En ce qui concerne l’exposition Rubens, la lettre eut deux conséquences : le rangement du panneau litigieux qui se trouvait sur le trottoir et le changement de page du catalogue exposé.

En revanche, aucun avertissement ne fut affiché sur l’œuvre manquante, ce qui est inexcusable. L’évolution du contenu de l’exposition n’est toujours pas indiquée au visiteur. Une sorte de mensonge par omission. Alors B.H. a décidé de se faire rembourser son ticket à titre symbolique et ce fut laborieux. Les simples courriers d’usager, même en envoi recommandé, n’aboutiront à aucun résultat concret.

Finalement, Mr Simons réagira positivement à la lettre envoyée le 2 octobre 2002 par l’avocate Isabelle L. : « (...) Mon client (B.H.) n’entend actuellement qu’être remboursé du prix déboursé pour visiter cette exposition ne présentant pas l’un des tableaux de Rubens annoncés (...). À défaut de règlement amiable de ce litige, mon client ne manquera pas de faire valoir ses droits, se réservant expressément, en outre, de réclamer notamment des dommages et intérêts pour les désagréments que lui causerait votre attitude ».

Sans doute que ce revirement tardif de l’échevin fut aussi consécutif à plusieurs articles qui dénoncèrent le problème dans la presse écrite, dont une enquête signée par Guy Duplat qui s’était rendu sur les lieux pour constater les faits et avait titré en « une » de « La Libre » : « Combat : Ces tableaux que l’on n’a pas vus... », le développement de l’article en page intérieure s’intitulant « Une expo, cela peut tromper ».

Contacté par B.H. sur ce cas concret dès le 28 juin 2002, Charles Picqué, alors Ministre des affaires économiques au niveau fédéral qui avait en charge, notamment, la protection des droits des consommateurs, répondra le 29 octobre 2002.

Sa lettre, dont voici quelques extraits, confirma la base d’un droit à la protection des consommateurs culturels : « Un principe de droit exige, qu’avant la conclusion de tout contrat, la partie « dominante » doit fournir à son futur cocontractant toutes les informations utiles à une prise de décision en connaissance de cause. Agir autrement enfreindrait la bonne foi. Les Cours et Tribunaux ont depuis longtemps reconnu l’existence d’une obligation générale de renseignements à charge des fabricants, vendeurs et prestataires de services professionnels. Ce principe juridique permet de sanctionner un comportement fautif au cours de la période pré-contractuelle. Dès lors, je suis également d’avis que la Ville de Bruxelles aurait dû faire le nécessaire afin que les visiteurs soient avertis de la disparition d’une œuvre maîtresse de l’exposition ».

Combien de visiteurs osent ou peuvent se permettre pareille obstination ? Il existe donc bel et bien des droits en faveur des visiteurs, mais ceux-ci leur sont le plus souvent méconnus. D’où tout un travail d’information à faire auprès de ceux-ci, et voilà pourquoi la L.U.C. n’a pas voulu, en publiant le présent article, rater cette occasion estivale concernant Arles.

Un enjeu économique sous-jacent?

Signaler plus régulièrement ces départs pendant les déroulement d’expositions permettrait de mettre en évidence l’irrespect du monde muséal à l’égard des visiteurs mais aussi des journalistes qui travaillent pour présenter de façon critique et argumentée une exposition comme un tout, comme une œuvre elle-même, et qui n’a bien sûr plus le même sens étant malheureusement devenue incomplète.

Or, dans certains cas, l’intérêt économique de propriétaires d’œuvres peut consister à multiplier les traces des présences dans les expositions afin que leur chef d’œuvre prenne davantage de valeur.

Cette pratique détestable à l’égard tant du journaliste culturel que du public de ce « Je te prête ma peinture, mais que pour une partie de la manifestation, et toujours pour une excellente justification » devrait, au minimum, être systématiquement indiquée lorsqu’elle se déroule, ce qui s’est heureusement bien déroulé à Arles. Afin de tenter de réduire pareille pratique et surtout de la rendre plus visible auprès de tous.

Articles (La Libre) et agendas (Le MAD du Soir)de la presse écrite utilisent souvent comme illustration la toile qui ne restera pas visible durant toute la durée de l’exposition.


mardi 6 juin 2023

Michel Draguet: Pourquoi un bilan que partiel?

Michel Draguet a dirigé pendant dix-huit ans, de 2005 à 2013, le plus grand ensemble de musées fédéraux belges : actuellement, le musée d’Art Ancien, le musée Fin de Siècle, le musée Magritte, le musée d’Art Moderne (évaporé depuis longtemps), le musée Antoine Wiertz et le musée Constantin Meunier.

Le 25 avril 2023, la presse a annoncé que son mandat s’achève, le 30 avril 2023. Cette décision fait suite à de nombreuses critiques sur les relations avec son personnel qui ont été longuement et à plusieurs reprises détaillés par un grand nombre de nos médias.

Cet aspect d’une gestion est bien entendu capital et il faut également s’intéresser à d’autres aspects du travail de direction puisque ces six musées ne sont pas de simple hangars de rangement mais sont gérés pour que les œuvres soient accessibles au public. Qu’en est-il donc du respect de ce directeur à l’égard de ses visiteurs?

Comme la presse faisait l’impasse sur ce point de vue, la Ligue des Usagers Culturels l’a travaillé à destination des autorités qui veillent aux destinées de nos musées fédéraux et des médias.

Le site de l’hebdomadaire « le Vif »

«Michel Draguet aime-t-il des visiteurs?»

Dès le 22 février 2023, le site du Vif a publié la carte blanche du président de la L.U.C. intitulée «Michel Draguet aime-t-il ses visiteurs?».

Deux exemples y détaillent la façon dont les visiteurs ont été régulièrement malmenés sous ce «règne».

Tout d’abord, il y est question d’un exemple de discrimination de la population active : «L’une des pires atteintes aux droits du public culturel est de l’empêcher de participer structurellement à une activité. C’est le cas des Musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz qui appartiennent aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB). La population active – travailleurs et étudiants – ne peut, en raison des horaires pratiqués, visiter ces deux institutions, si ce n’est en rognant sur ses jours de congés légaux. Ces deux musées sont, en effet, fermés tous les week-ends et jours fériées. Du mardi au vendredi, ils sont accessibles de 10h à 17h, mais ils sont clos pendant le temps de midi.
Une pétition «Stop à l’asphyxie des musées Meunier et Wiertz» a été lancée et a recueilli plus de 3 000 signatures: https://www.change.org/p/michel-draguet-stop-à-l-asphyxie-de-musées-constantin-meunier-et-antoine-wiertz
Hélas, la situation n’a pas évolué en près de sept ans. Les éternels arguments relatifs à la «diminution des aides de l’état» et au «manque de gardiens» nous ont bien sûr été opposés, mais c’est le silence qui a accueilli ensuite nos réactions argumentées. Tout débat contradictoire et toute négociation s’avèrent impossibles. Cette situation qui discrimine plus de la moitié de nos concitoyens se poursuit.
Pourtant notre revendication est minimaliste : nous demandons que tous les musées soient obligés de prévoir dans leur horaire mensuel au moins une plage accessible notamment à «population active» (en week-end ou une nocturne).


L’atelier dans la maison où habitait le célèbre peintre et sculpteur Constantin Meunier


Le second exemple détaillé dans cette carte blanche est intitulé «Interdit de dessiner au musée». Il n’est pas exempt, de la part de la direction des MRBAB, de cynisme et de mépris à l’égard des usagers.
« Dès 2012, nous avons relayé la plainte d’une visiteuse qui s’est vue refuser le droit de prendre des notes et de dessiner avec un crayon sur une feuille de papier A4 au Musée Magritte. Cette interdiction ne lui avait pas été signifiée avant qu’elle n’achète son ticket. Il s’agit d’une simple visiteuse et non d’une étudiante en art.

Le refus de rembourser son ticket et la médiatisation de cet incident ont eu pour conséquence la prise de conscience de journalistes français, outrés par ce type d’interdiction qui va à l’encontre de tout travail d’éveil actif et participatif à la culture. Le site Louvre pour tous a réalisé un reportage détaillé sur ce fait: http://www.louvrepourtous.fr/Ces-musees-belges-qui-interdisent,788.html
Avec cette information inédite : «Nous avons contacté la Fondation Magritte, partenaire privilégiée du musée dès sa création… À notre grand étonnement, on nous a répondu personnellement, nous signifiant très clairement au sujet de la prise de notes et de croquis : nous n’avons jamais, et en aucun cas, interdit quoi que ce soit dans un sens ou dans un autre».

Par la suite, le site de l’hebdomadaire culturel français Télérama a dénoncé à son tour l’attitude du Musée Magritte, ce qui fit à ce dernier une bien mauvaise publicité.
Dès le lendemain de cette publication, la presse belge a relayé la plainte. Les MRBAB ont alors annoncé la fin de l’interdiction. Le 4 février 2016, on expliquait, au Musée Magritte, que, désormais, la prise de notes et de photographies par les visiteurs était autorisée, à l’exception de quelques œuvres signalées par le pictogramme d’un appareil photo barré: http://www.louvrepourtous.fr/Le-musee-Magritte-autorise-enfin,795.html

Toutefois, discrètement, les MRBAB ont par la suite mangé leur chapeau. Nous découvrons le pot aux roses en 2021: un visiteur nous écrit pour s’étonner que son enfant s’y est fait interdire de dessiner dans une exposition temporaire. Comme quoi, les avancées sont bien fragiles.
Pourquoi cette interdiction vise seulement le Musée Magritte et les expositions, et non les quatre autres musées des MRBAB ? Peut-être parce qu’ils attirent davantage de public. Il faut donc éviter structurellement tout obstacle qui pourrait ralentir le flot des visiteurs, afin de ne pas restreindre la vente des tickets».

La tribune publiée dans Le Vif se termine par une proposition de solution pour tenter de mettre fin à pareils abus à l’égard des visiteurs : https://www.levif.be/opinions/cartes-blanches/musees-des-beaux-arts-michel-draguet-aime-t-il-ses-visiteurs/?fbclid=IwAR0i3EAnBUJ9HEFztoAeueDneBxkgQB8swU2Ao97YWyiaXUAvWmodyOszyA

Un troisième exemple

Les cartes blanches que publie la presse ne pouvant dépasser un certain nombre de signes, d’autres exemples ne purent y être développés.

Alors, la L.U.C. a fait parvenir aux autorités (le Secrétaire d’État Thomas Dermine et à la direction de BELSPO, Arnaud Vajda), en plus du texte du Vif, un troisième témoignage.

Un article paru dans le quotidien « la Capitale »


Le président de la L.U.C. leur écrit : «Voici une évolution qui me semble contestable du Règlement des Visiteurs des MRBAB. Elle fait suite au remboursement de mon ticket après plus d’une année de plainte aux MRBAB eux-mêmes et suite au recours au Médiateur fédéral pour le fait que les visiteurs ne disposaient pas, avant paiement de leur ticket, d’une annonce précise du fait que des œuvres maîtresses de Magritte de la collection n’étaient pas exposés au Musée Magritte et, de plus, sans en leur citer les titres.


Voici ces deux nouveaux textes du « Règlement des Visiteurs » des MRBAB :

  1. «La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines oeuvres d’art (en déplacement ou en restauration) ne donne droit ni au remboursement, ni à une réduction du billet d’entrée».

  2. «Si les visiteurs se rendent dans les musées pour voir une œuvre d’art en particulier, les MRBAB leur recommandent vivement de consulter au préalable le site internet sous l’onglet «Collections» afin de s’assurer de la présence de l’œuvre d’art aux musées».

Le 21 juin 2021, RTL TVi diffuse au prime time, dans «Images à l’appui» un reportage sur la résolution de cette plainte : https://www.facebook.com/watch/?v=287572189455953
Inga Rossi-Schrimpf, directrice Collection et Recherche du Musée Magritte, y constate que dix-sept œuvres ont quitté les cimaises de son institution pour être exposées à Paris. Au début de la file des visiteurs qui vont payer leur entrée, un panneau indique qu’on peut demander la liste «complète et détaillée» de celle-ci au comptoir. Dans le reportage, on voit la caissière qui donne la liste à la directrice et un plan rapproché permet au téléspectateur d’observer ce qui lui est présenté comme étant la feuille avec la liste des œuvres manquantes.

Ce reportage est, en fait,  un «suivi» pour voir s’il y a eu une évolution dans la problématique proposée. Voici le reportage initial de RTL TVi qui montrait la situation dans sa phase antérieure. Cette autre séquence de « Images à l’appui » a été diffusée le 1er mars 2019: https://www.facebook.com/imagesalappui/posts/2550633081620735
Le second reportage semble n’être qu’une mise en scène pour la caméra car cette façon de respecter le droit du public à être informé ne sera pas appliqué par la suite de façon généralisée, ce qui était pourtant le but de la plainte et de la longue médiation.

En effet, je vais prouver que ces règles ne sont pas respectées lors de l’absence de la toile «Le calvaire breton» de Gauguin au Musée Fin de Siècle. En fait, cette peinture a été enlevée temporairement des cimaises pour être exposée au Museum Ordrupgaard, du 21 janvier au 9 mai 2022. Cette absence n’était ni indiquée au visiteur qui va payer son ticket à l’accueil, ni à ceux qui préparent leur venue en s’informant sur le site internet des MRBAB sous l’onglet «Collections». Après avoir dû recourir aux services du Médiateur Fédéral, j’ai finalement vu mon ticket être remboursé.

La suite? Le règlement change à nouveau. Son texte ne correspond donc plus au résultat de la médiation… Est-ce normal?

Surtout parce que cette nouvelle « solution » me semble bien plus compliquée, voire aléatoire, pour le visiteur. Il n’est plus question, pour lui, de consulter sur le site, mais il faut écrire ou téléphoner (téléphone ne laissera probablement pas de trace, en cas d’erreur par le personnel).
Pire encore. Quand le visiteur paie son ticket à l’entrée du musée, rien n’y indique plus le fait qu’il peut demander au personnel, au comptoir, la liste des œuvres qui ne sont pas exposées.
D’ailleurs ce dernier point qui semblait être un acquis utile pour le visiteur dans le reportage (fiction?) de RTL TVI n’est même pas mentionné dans le «Règlement des Visiteurs» des MRBAB. Un règlement que pour les devoirs, et rien sur les droits du public?  Mensonge par omission?

Voilà le nouveau texte : «Si les visiteurs se rendent dans les musées pour voir une œuvre d’art en particulier, les musées leur recommandent vivement de contacter au préalable le site conservation et recherche afin de s’assurer de la présence de l’œuvre d’art au musées par e-mail via info@fine-arts-museum.be ou par téléphone au 32(0)2/508.33.53».
Voir l’article 3 du règlement des visiteurs (que j’ai lu le 2 février 2023) : https://fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/20220614_reglement_du_visiteur.pdf

Il y a donc actuellement un non respect unilatéral par la Direction des MRBAB du résultat de la médiation menée par le Médiateur Fédéral et qui était pourtant acceptée de part et d’autre.

L’absence de la peinture de Gauguin n’est pas annoncée avant que le visiteur ne paie son entrée, mais bien après.

Sous cloche : l’accueil des visiteurs

Puisque notre association d’usagers n’est pas invitée aux conférences de presse de nos autorités fédérales et ne reçoit pas leurs communiqués de presse (ce qui constitue un problème en soi), la L.U.C. se base donc sur ce que la presse rapporte.

Dans le cas présent, notre analyse repose sur les articles d’Alain Lallemand et de Guy Duplat parus le 25 avril 2023 respectivement dans Le Soir et La Libre, ainsi que les textes de Françoise Baré diffusés par la RTBF, la veille : https://www.rtbf.be/article/michel-draguet-ne-sera-plus-le-directeur-des-musees-royaux-des-beaux-arts-11187479

Dans les commentaires sur l’évaluation faite à propos du travail de Michel Draguet, il est beaucoup question d’attaques au bien être de son personnel, problématique à propos de laquelle il est bien entendu indispensable d’investiguer.
Mais pas un mot sur son rapport aux visiteurs, comme si la L.U.C. n’avait jamais fait part des trois exemples longuement argumentés à nos autorités (lire ci-dessus) et comme si la tribune publiée par Le Vif était passée comme une créance au compte de pertes et profits.

Alors, il est question des visiteurs, mais pas concernant leur accueil. Le Secrétaire d’État Thomas Dermine note : « Sous l’impulsion de Michel Draguet, les musées Royaux ont connu une importante augmentation de nombre de visiteurs ». Aucun résultat précis chiffré ne nous est proposé pour prouver cette assertion.

N’y-a-t-il pas une confusion entre cette «augmentation du nombre ce visiteurs» et une augmentation du nombre de tickets?
Pour rappel, quatre ans après sa nomination, le nombre de tickets a commencé à sensiblement augmenter, et pas nécessairement d’autant, le nombre de visiteurs.
En effet, avant l’ouverture du musée Magritte en 2009, l’ensemble des œuvres d’art ancien et d’art moderne, dont la collection des Magritte, dans tous les bâtiments des MRBAB sis rue de la Régence, se visitaient gratuitement tous les jours, puis avec un seul ticket (à 5 euros à l’époque) pour l’ensemble.

Ensuite, on passe en quelques années de un à trois musées, dans le même lieu, avec des entrées séparées: le musée d’Art Ancien, le musée Magritte, le musée d’Art Moderne (remplacé ensuite par le musée de Fin de Siècle ).
Tout ceci est détaillé ici : http://www.consoloisirs.be/textes/090519carteblanchemagritte.html


Le constat principal réside dans le fait que le souci de l’accueil des visiteurs est à un tel point marginalisé, voir négligé, par nos autorités que, même lorsqu’une association militante et bénévole en démontre plusieurs écueils, il en est fait silence lors de la présentation de bilans au public.

Carte blanche parue dans Le Soir

Gratuité mensuelle: « une politique de droite » !!!

Les gratuités et les tarifications constituent un élément important dans une politique de démocratisation culturelle. Ce thème mérite aussi d’être abordé lors d’un bilan public.

Sur ce thème, le seul moment de débat contradictoire public dans la presse écrite que Michel Draguet a eu avec celui qui deviendra plus tard l’un des fondateurs, puis l’un des présidents de la L.U.C. fut la publication en 2006 par Le Soir de deux interviews faites séparément à propos des gratuités mensuelle « pour tous » dans les musées.

Que veut dire ce « pour tous »?
Pour le responsable des MRBAB, c’est le premier mercredi du mois entre 13H et 17H. Pour que notamment les écoles continuent à payer aussi ce jour-là, de 10H à 13H. Et pour que notre population active (travailleurs et étudiants) ne puisse pas en profiter.

Pour Bernard Hennebert, c’est un jour entier par mois (donc douze jours par an, pas plus) où la population active est d’habitude disponible.

Le Soir du 1er avril 2006 publie donc les déclarations de Michel Draguet sous un titre provocateur, «Sous l’apparence de la gauche, c’est une politique de droite », pointant plus précisément la gratuité du premier dimanche du mois existant en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Voici quelques extraits : «Ce que dit Bernard Hennebert, en fin de compte, c’est: venez vous épanouir gratuitement dans la maison de tous. D’accord, très bien. On ouvre le musée le dimanche, on y organise des actions pédagogiques pour le public, c’est merveilleux. Mais ce n’est pas chiffré (...). L’entrée est à 5 € seulement, et avec ça, les programmes sociaux existent, les programmes d’éducation, de pédagogie (...). Si on m’oblige à ouvrir gratuitement le dimanche, c’est mon meilleur jour de visite qui disparaît. Le « ticketing » du dimanche me permet de financer ces opérations pédagogiques et sociales. De plus, nos visiteurs du dimanche, ce sont des touristes, des Européens, des habitués. Pour eux, 5 € c’est dérisoire (...). Cette gratuité est généreuse, mais aveugle. C’est un libéralisme pur : on ouvre la porte et vient qui veut (...). Ce que je reproche aux tenants du gratuit, c’est que c’est la même formule pour tous. Et je dis que cette formule ne fera que permettre aux coutumiers de la culture de consommer gratuitement. Et pas aux SDF de venir au musée (...). Le tourisme culturel est un fameux enjeu, qui peut rapporter gros, mais qui nécessite des moyens financiers. Et la gratuité empêche d’avoir ces ambitions».

Si l’on comprend bien, il faut empêcher que la gratuité pour tous ne se déroule un jour où la population active peut se déplacer car cela va permettre d’économiser pour financer le tourisme culturel qui coûte cher à mettre en place. Comme si cet objectif était le principal à atteindre pour les MRBAB!
Si les visiteurs du dimanche sont surtout des Européens, des touristes et des habitués, quel aveu d’impuissance ! Les MRBAB semblent donc peu capables de toucher de façon significative la population autochtone, et même avec l’argument d’une journée de gratuité.
Lorsque le directeur reproche que ne soit pas chiffrée la demande de passer à une gratuité mensuelle selon un horaire accessible à la population active, il semble oublier, ce qui n’est pas bien pour un gestionnaire, la liste régulièrement médiatisée des éléments financiers positifs que sous-tend cette évolution : économies dues au fait qu’il n’y a plus d’achat et de contrôle de tickets; promotion possible des expositions temporaires (qui restent payantes) pourquoi pas avec une tarification attractive et auquel serait sensible un public qui, sinon, ne serait jamais venu; dons des visiteurs dans une tirelire présentée de façon attractive et placée à la sortie de l’institution; meilleurs rendements pour le restaurant, le café et le shop (s’ils ne sont pas, hélas, privatisés… ou fermés). Et surtout… création à moyen terme d’un public plus large, prêt à revenir par la suite, et pendant de nombreuses années, aux MRBAB, et ailleurs, les jours payants.
Pour Michel Draguet, en fait, la gratuité ne doit pas exister pour tous. Elle n’est pas un droit. Elle doit faire venir, pour être réussie, les SDF au musée (et, on suppose, les autres publics précarisés).
Ceux-ci viendraient apparemment plus facilement un mercredi qu’un dimanche après-midi ? Dans sa déclaration, il n’en apporte pas la preuve.

N’est pas signalé le fait que certains n’aiment pas montrer patte blanche pour avoir droit à une réduction et qu’une « gratuité pour tous » préserve leur anonymat. -

Enfin, puisque Michel Draguet se lance de façon hasardeuse dans une réflexion « droite-gauche » à sa sauce, il nous apparaît que lorsqu’on analyse en Europe la mise en place de gratuités dans différents pays, elles sont le résultat d’initiatives tant de pouvoirs politiques de gauche que de droite. Tout dépend de quelle gauche ou de quelle droite, d’ailleurs. Et que c’est souvent l’extrême-droite qui revient sur cet avantage lorsqu’elle arrive aux affaires.
Dans cet entretien tel que publié par Le Soir, il y a un grand absent : les résultats détaillés de la gratuité du premier mercredi du mois. Ce qu’elle coûte, ce qu’elle rapporte, son éventuel succès, et auprès de qui. Pourtant, ces sujets-là, on les impose toujours aux défenseurs d’une autre gratuité mensuelle, celle du premier dimanche… Un traitement médiatique inégalitaire ?

À ce propos, voici les résultats d’une enquête fort détaillée sur la fréquentation des premiers dimanche gratuits :
http://www.directionrecherche.cfwb.be/index.php?id=sr_detail&no_cache=1&tx_ttnews%5Btt_news%5D=2077&L=0&cHash=594ce376a3683f4b838714103ca2ea09

Ces déclarations faites en 2006 par Michel Draguet s’opposent donc frontalement aux gratuités mensuelles pour tous.
Dix-sept ans plus tard, il quitte donc les MRBAB et jusqu’à ce moment-là, il a pourtant continué de pratiquer cet avantage, chaque premier mercredi du mois après-midi, à l’inverse d’autres directions consœurs comme celle de cet autre musée fédéral qu’est le Musée Royal d’Afrique Centrale à Tervueren.
Allez donc comprendre!


Une photo prise quand les MRBAB ont daigné organiser une journée de gratuité « pour tous », un jour où la population active ne travaille pas… C’était pour ses 215 ans, le dimanche 27 novembre 2016, et ils ont accueilli 6.852 visiteurs.









samedi 27 mai 2023

Ce «Moustique» qui pique

Il a eu un sacré effet, l’article posté sur notre blog, le 3 avril 2023.
C’est celui qui félicitait la ville de Liège qui a commencé à afficher à l’entrée et à la sortie de ses musées une nouvelle affiche qui détaille les 15 droits du Code du public culturel en Fédération Wallonie Bruxelles: http://la-luc.blogspot.com/2023/04/liege-ressuscite-nos-15-droits.html

En effet, «Moustique» a enquêté sur cette thématique et a publié un article de trois pages de Thomas Depicke intitulé «Exposition des droits», illustré par Kanar, dans son numéro 5.070 du 26 avril 2023 (pages 42 et suivantes).

Ce «Moustique» qui pique est un rendez-vous culturel de qualité depuis de très nombreuses décennies pour ses lecteurs, une référence de sérieux, et donc un lieu d’exposition idéal pour des revendications d’usagers culturels belges.
Pour nos lecteurs de France, on pourrait dire qu’il s’agit à peu près d’un alliage quasi surréaliste de leurs hebdos «Télérama» et «Télé 7 jours».

Moustique a ajouté cet article sur son site au cours du premier week-end de mai 2023. On peut le lire dans son intégralité et gratuitement.
Le titre initial a été modifié et remplacé par: « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait? ».
À découvrir (et partager…) ici. Ne vous privez pas!
https://www.moustique.be/culture/2023/05/06/les-usagers-culturels-ont-des-droits-quel-est-ce-code-que-personne-ne-connait-261495

Nourrie par plusieurs révélations de cette enquête, la lettre suivante a ensuite été adressée par la L.U.C. à différents parlementaires de chaque parti démocratique, ceux qui animent la commission « culture » au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles.
Bien entendu, nous vous publierons ultérieurement les éventuels et espérés résultats de cette action de sensibilisation après d’eux.
Voici le texte intégral de cette lettre envoyée le 2 mai 2023.

Quatre questions

Cher parlementaire, vous trouverez ci-dessous en PDF un article courageux paru cette semaine (ce mardi, dernier jour en librairie) dans l’hebdomadaire «Moustique» qui pourrait vous interpeller.

Et nous nous permettons de vous poser 4 questions.
Nous espérons que vous nous y apporterez des réponses détaillées que nous avons l’intention de publier.

Nous aimerions également que ce sujet puisse être abordé par la commission
qui traite de la culture au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles.

«Exposition des droits» est le titre d’une enquête de trois pages réalisée par Thomas Depicker, et publiée dans les pages «Grands formats - L’analyse» de l’hebdomadaire belge «Moustique» du 26 avril 2023.

Sachez que ce n’est qu’une minorité d’opérateurs culturels en Belgique à qui il arrive de ne pas respecter les droits de leur public. Mais elle existe… comme le démontre encore le nouvel article publié sur notre blog, ce 7 avril 2023.
L’un de ces opérateurs , de fort bonne réputation et responsable d’ailleurs de passionnantes activités, prévoit, sans que cela ne choque personne depuis plusieurs années (ce qui devrait également faire réfléchir chacun de nous), dans sa tarification sur son site internet, la possibilité d’infliger lui-même «des amendes » à certains de ses visiteurs. Ce qui nous semble illégal.
http://la-luc.blogspot.com/2023/04/art-nouveau-gaffe-une-amende.html

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions de croire en l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Bernard Hennebert,
Président de l’asbl « La Ligue des usagers culturels » (L.U.C.)
C’est quoi, la L.U.C.?
http://la-luc.blogspot.com/2018/12/definition-objectifs-et-activites.html


La première page de l’enquête de «Moustique» illustrée par Kanar.

Question 1 : « Poussière » au Ministère de la Culture?

Le sujet du «Code des usagers culturels» revient dans l’actualité.

En effet, la L.U.C. a réussi à apporter la preuve à notre ministre de la culture Bénédicte Linard que celui-ci était tellement devenu inopérant que la Direction Générale de la Culture n’accusait même pas réception d’une plainte qui lui avait été envoyée d’abord par courriel (+ rappel), puis en lettre recommandée à son « Bureau de conciliation », le 22 décembre 2021, au 44, Bd Léopold II à 1080 Bruxelles.

Malgré d’autres rappels bien plus tard, au moment où nous vous écrivons le présent texte (fin avril 2023), la L.U.C. n’a toujours pas été informée du fait que cette plainte aurait été traitée, et comment.

Il s’en est suivi des échanges entre le cabinet de la ministre et les services du Ministère de la Culture ainsi que ceux du Médiateur de Wallonie et de la FWB.

Leurs discussions ont heureusement permis de sauver l’existence même des 15 points concrets mentionnés dans ledit Code. Qui dit « sauver » laisse entendre qu’ils étaient pour le moins menacés. Mais subsistent plusieurs problèmes connexes.

Le résumé liminaire de l’enquête de «Moustique» indique : «Déçu par l’absence de votre œuvre favorite au musée? En tant que visiteur, selon le « Code », vous étiez en droit d’en être informé. Sauf que le « Code » prenait la poussière au ministère de la culture».

Ce Code des usagers culturels existe depuis 2006, comporte 15 points concrets et doit être respecté par plus de 3.000 organismes ou personnes aidés par la FWB, sous peine d’éventuelles sanctions pouvant aller, en cas de récidive, jusqu’à des diminutions de subventions.

Des plaintes sont résolues régulièrement par le simple échange de courriers entre opérateurs et usagers (en annexe 1, pour vous faire une idée concrète, quatre exemples parmi ces plaintes résolues).

Mais lorsque l’accord n’est pas possible entre eux, dans un deuxième temps, l’usager peut s’adresser au Ministère pour un arbitrage, via son Bureau de Conciliation.

Il n’existe pas de bilan du nombre et du contenu des plaintes les plus nombreuses, celles qui se concluent directement par un accord entre opérateurs et usagers.
Par contre, il serait logique que les archives du Ministère de la Culture soient bien plus loquaces en ce qui concerne le déroulement des réunions et des échanges du Bureau de Conciliation, même en gardant un anonymat des différents protagonistes.

L’enquête de l’hebdomadaire constate : «Les lieux culturels de la FWB seraient-ils parfaits? Non. On se rend compte que les inspecteurs prévus pour vérifier le respect du Code n’avaient pas fait grand-chose».

Il serait utile de savoir si, à l’avenir, ces inspecteurs vérifieront, par exemple, si les opérateurs placent bien à l’entrée ET à la sortie de leurs lieux des affiches qui permettent au public de découvrir ses 15 droits (c’est une obligation, selon le point 1 du Code).
Car, hélas, comme le laisse deviner «Moustique», la grande majorité du public ignore tout du contenu du Code, ce qui en atténue fortement l’usage.

Globalement, vous-même et le parti politique que vous représentez, souhaitez-vous concrètement ce « dépoussiérage » (terme utilisé par l’hebdomadaire qui pique)?
Et quels moyens envisagez-vous pour y parvenir, notamment lors de la prochaine législature?

La deuxième page de l’enquête a la bonne idée utile de synthétiser les 15 droits du Code
  
.

Question 2 : Faut-il arrêter à l’avenir les rapports annuels envoyés au Gouvernement?

Il existe bien peu de groupes de pression qui informent des droits du public culturel, à l’inverse de ce qui se passe pour les droits des créateurs, et pourtant les deux types de préoccupations se complètent.  

La Ligue des Usagers culturels est une asbl axée uniquement sur le bénévolat : aucun subside, aucun sponsor, pas de publicité, ni de placement de produit.

Le groupe de travail qui a préparé Le Code a donc trouvé utile d’informer fortement sur ce sujet particulier le gouvernement par le biais d’un rapport annuel préparé et remis CHAQUE ANNÉE au gouvernement par le ministère de la culture et le médiateur.

Selon «Moustique» : «Chaque année (depuis 2006), le ministère et le médiateur de la FWB devaient également remettre un rapport au gouvernement. Il y en a eu, tout au plus, trois. Depuis, plus rien».

Les usagers n’ont pas à eux-mêmes à traiter du fait que c’est le ministre ou/et le médiateur qui est/sont responsables de cette situation problématique. Par contre, sur l’affiche, le point C indique clairement l’existence de ce rapport annuel. Durant combien d’années (plus de 10 ans sans doute), les usagers ont-ils ainsi été mal informés pour le site culture.be, en ce qui concerne ce fait?

La Ligue des Usagers Culturels ne réussit pas actuellement à savoir combien de ces rapports annuels n’ont pas été remis au gouvernement, ni en quelles années. Elle n’a pas non plus accès au contenu de ceux qui ont vraisemblablement existé. Elle suppose que ces rapports indiquent le nombre de plaintes traitées par le Bureau de Conciliation.

Il est utile de constater qu’ici, on en est donc au stade où les usagers culturels n’ont pas connaissance de ce qui s’écrit à leur sujet alors que, paradoxalement, le Code oblige, notamment dans ses points 2 et 3, les opérateurs à respecter davantage le droit du public culturel à être mieux informé.

En 2022, le médiateur a relayé par courriel la déclaration suivante qui lui a été faite par l’AGC : «Le Bureau de Conciliation, prévu par le Code de respect de usagers culturels (2006), n’est actuellement pas actif. En effet, peu, voire pas, de plaintes, ont été déposées dans ce cadre depuis la création du Code».

Le « pas » (qui est faux et nous l’avons déjà démontré à plusieurs reprises) semble afficher un certain cynisme ou un autre sentiment négatif arbitraire dans une lettre pourtant officielle à l’égard de cette thématique des « droits des usagers » qui mérite tant d’être développée. Pourquoi donc l’AGC s’est-elle sentie obligée d’indiquer ce « pas » (qui est faux) au médiateur? C’est une question qu'il nous semble utile de poser.
D’où l’importance de connaître le contenu des (sans doute très rares) rapports annuels remis au gouvernement qui, probablement, indique le nombre réel de plaintes traitées par le Bureau de Conciliation.

D’autre part, un de ces rapports annuels explique-t-il au Gouvernement comment et pourquoi  le Ministère a décidé unilatéralement (à quelle date?) de supprimer ce Bureau de Conciliation (qui est composé à sa création de deux représentants d’associations d’usagers - le CRIOC et La Ligue des Familles - et d’une représentant du Ministère lui-même)?

Quant à nous, nous pouvons prouver que des plaintes ont bel bien été traitées depuis sa création par le Bureau de Conciliation (voir annexe 2).

Le texte complet du Code qui vient d’être réaménagé et envoyé par courriel aux opérateurs à la mi décembre 2023 fait silence sur l’existence de ce rapport annuel. Reste-t-il officiellement d’actualité?

S’il n’existe plus, comment nos autorités politiques seront tenues au courant des (éventuels) problèmes qui se posent aux usagers culturels en FWB?

S’il n’existe plus, c’est sans doute un recul dans le secteur culturel tout entier. Est-ce acceptable?

Les paroles de feu Henry Ingberg, ancien Directeur général de la Culture et Secrétaire général de la Communauté française, qui sont à l’origine de la création du Code, sont-elles devenues désuètes? «Le rapport à l’usager est un véritable enjeu. Jusqu’à présent l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a distorsion par rapport à une amplification des pratiques des loisirs par la collectivité».

A : Dans l’affiche de 2006, le public est informé de l’existence de ce rapport annuel : lire le point C
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

B : Dans le texte remodelé en décembre 2022, l’annonce de l’existence de ce rapport annuel s’est évaporée :
Voici cette nouvelle présentation : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Quid donc de ces rapport annuels?

Question 3 : Qui va imprimer les 6.000 affiches? Et avec quelle périodicité?

Cette question nous semble majeure pour l’avenir du Code qui vient d’être pérennisé.

En 2006, notre Ministère de la Culture a distribué auprès des diffuseurs des lots d’affiches en couleurs et de grand format (60 x 80 cm).

Déjà en 2007, Guy Duplat écrit de façon quasi prémonitoire dans «La Libre» du 20 janvier: «On sait que ce Code veut mieux protéger les droits des usagers. Alors, tout est-il parfait dans les meilleurs des mondes, ou est-ce un manque d’information des usagers qui ne connaissent pas leurs droits? Ne faut-il pas mieux afficher le Code des usagers à l’entrée des lieux?».

Donc ce journaliste bien connu et respecté par la profession laisse entendre dès 2007 que l’affichage à l’entrée et à la sortie des lieux commence déjà à laisser à désirer.

Contrairement à ce qui avait été clairement annoncé à l’époque par la ministre Fadila Laanan et par le Ministère de la culture lui-même, au cours des seize années qui ont suivi la création de ce Code, aucune nouvelle affiche n’a été conçue, imprimée et diffusée par la Direction Générale de la Culture.

D’ailleurs aucune autre promotion n’a non plus été faite. Par exemple, personne n’a célébré les dix ans de son existence pour en faire un bilan et construire son avenir, comme cela se pratique pour nombre de nouvelles pratiques sociales ou culturelles.

Quels lieux culturels affichent actuellement à l’entrée ET à la sortie de leurs lieux ladite affiche? Or, c’est une obligation.
Quel merveilleux moyen et si peu coûteux pour atteindre, jour après jour, année après année, la population concernée, et notamment sensibiliser régulièrement de ces avancées citoyennes les nouvelles générations des organisateurs et des usagers?

Il n’y a quasi plus aucune affiche pour informer le public dans ces plus de 3.000 lieux concernés. Et depuis de nombreuses années.

La grande majorité de ceux qui doivent appliquer le Code sont dans le même cas: l’ignorance.
«Moustique» donne deux exemples concrets.

1 : «Récemment, le coordinateur d’un grand théâtre bruxellois a réalisé une enquête sur le degré de connaissance du Code par son personnel. Aucun employé n’était au courant de son existence».

2 : «Même son de cloche du côté de Pierre Paquet, directeur des musées pour la ville de Liège. «On ne le savait pas et clairement, ce n’est pas normal. C’est une obligation imposée par la FWB et toutes les institutions culturelles doivent avoir connaissance de ce Code. Mais ça nous avait effectivement échappé (…)
Mais nul n’est censé ignorer la loi, donc on devait le savoir (…)
Cela fait partie d’une démarche louable et si certains estiment cela bénin, nous pas. Le Code est venu formaliser des dispositifs qui existent dans la plupart des musées et rappeler à certains qui n’avaient pas conscience de tous les points à respecter. Notamment l’affichage, qui est probablement le moins bien respecté.
Indiquer au visiteur qu’il peut se plaindre, c’est la moindre des choses.
Pour moi, ce Code ne coûte rien et n’est pas un caillou dans la chaussure des institutions culturelles».

Dans l’envoi par courriel, le 16 décembre 2022, par culture.be , aux opérateurs culturels, de la nouvelle version du Code, aucune indication n’est fournie aux opérateurs sur qui va imprimer ces affiches.
Pourtant le point 1 du Code reste obligatoire : l’organisateur doit « afficher le présent Code en évidence, à l’entrée ET à la sortie de tous les lieux où il accueille les usagers ».

Puisque c’est le silence (un silence bien embarrassant pour les diffuseurs qui ne savent pas ce qu’ils doivent faire : attendre un envoi de l’AGC avec un lot de nouvelles affiches ou s’organiser eux-mêmes pour imprimer l’affiche dans ce grand format et au moins en deux exemplaires), la L.U.C. est partie de l’idée que l’AGC va bientôt imprimer et diffuser ces affiches (comme elle fit en 2006) et a interrogé sur ce sujet le cabinet de la ministre Linard.

Si ce n’était pas le cas, il y aurait un recul significatif sur les droits acquis en 2006 par les usagers, et masqué par le silence à ce propos dans l’envoi du 16 décembre 2022 aux opérateurs.

Or, on l’a vu, le non réimpression d’affiches depuis 2006 a eu des conséquences dévastatrices. Va-t-on en tirer leçon? Apparemment, non. Au contraire.

De plus, maintenant, il faut absolument utiliser d’autres affiches car sur celles de 2066 l’adresse où le public peut déposer plainte est devenue inopérante puisque celle-ci vient de changer, fin 2022.
En 2023, la L.U.C. a déjà détecté deux lieux, à Bruxelles et en Wallonie, où des affiches de 2006 ont été ressorties et réaffichées, trompant ainsi le public avec cette adresse désormais caduque. Pour rappel, le L.U.C. a fait la preuve que le ministère n’accusait même pas réception d’une plainte envoyée en recommandé à cette adresse-là.

Le cabinet de la ministre nous a transmis la réponse suivante, le 13 février 2023 :
« La publication du Code à destination de ses plus de 3000 opérateurs  + de deux affiches pour l’afficher à l’entrée et la sortie de tous les lieux subventionnés est conséquent. Pour le moment, il n’est pas opportun de débloquer un budget (qui ne serait dès lors pas consacré aux politiques de création) ».

Implicitement donc: « Tous les millions d’aides (sans doute insuffisants d’ailleurs) pour la création? Et quasi rien pour les droits du public face à certains excès de notre industrie culturelle… ».
Excès d’ailleurs croissants dans le monde qui nécessitent donc davantage de prévention aux niveaux international, national, régional. Par exemple, que penser, côté musées, des tarifications souvent fort élevées des expositions immersives ou, côté musique, de la tarification dynamique (utilisée notamment par Bruce Springsteen pour sa tournée 2023)?

N’oublions pas que ces excès auront aussi bien souvent des répercussions négatives sur la vie économique de nos créateurs et organisateurs, du moins ceux qui ne sont pas les géants du secteur. Ce qui mènera, en bout de course, à l’appauvrissement probable de la diversité culturelle.

Est-ce à nos plus de 3.000 opérateurs qu’il revient d’organiser et de financer la matérialisation de cette obligation imposée par le ministère (le point 1 du Code, et chaque mot y compte) alors qu’ils ont dû affronter les effets économiques de la pandémie, de la guerre en Ukraine, des évolutions énergétiques et de l’actuelle inflation des prix?

La L.U.C. pense que la Direction générale de la Culture, en fonction de ses objectifs affichés, devrait continuer à coordonner le travail de médiatisation du Code sur le long terme, à l’égard tant des opérateurs que des usagers, d’autant plus qu’elle avait trouvé normal et possible de le faire auparavant.

Il lui semble souhaitable qu’une nouvelle affiche voit le jour non pas seize ans après l’impression de la précédente, mais que, par exemple, elle soit renouvelée tous les deux ans (nous pourrions préférer un  « tous les ans » mais faisons l’effort de ne pas trop charger la barque), pour tout simplement tirer les leçons de ce passé qui a failli passer au bleu ces 15 droits.

Et si elle s’y refuse, elle devrait au moins l’exprimer clairement aux diffuseurs, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Il faut, bien sûr, que les nouvelles affiches n’aient pas la dimension d’un timbre poste. Il convient de respecter l’esprit qui sous-tend le texte du Code. Ces affiches doivent inciter le public à prendre le temps de lire le texte dense qui définit chacun des 15 droits.
Bien entendu, il serait utile non pas de les remplacer par un QR Code mais bien d’y en ajouter un, ce qui n’est pas le cas actuellement.  

Extrait de la page 4 » de l’enquête de « Moustique».

Question 4 : Comment mettre fin à une « portée juridique limitée »?

André-Marie Poncelet, alors Administrateur général de la Culture, nous écrivait déjà le 3 mars 2016: « le Code des usagers a une portée juridique limitée puisque ce texte n’est pas approuvé par un arrêté et n’a donc, en soi, aucune force légale ».

La L.U.C. ne pense pas qu’une initiative au niveau du ministère ou au niveau politique  pour faire évoluer cette situation ait été prise durant les sept années qui ont suivi cette déclaration.

Voilà donc un problème majeur pour tous ceux qui souhaitent qu’on fasse vivre et s’épanouir durablement les droits du public culturel, sur le moyen et le long terme, dans notre Fédération.

Lorsque la L.U.C. a interrogé le cabinet de notre ministre de la culture sur ce sujet, voici la réponse qui lui a été faite le 13 février 2023 : « Cette réflexion devrait avoir lieu au sein du Conseil Supérieur de la Culture qui traite des orientations des politiques culturelles».

Pouvez-vous nous indiquer quel est le pourcentage de personnalités participants à ce Conseil Supérieur de la Culture qui sont des experts des droits des usagers culturels face à certains excès d’une industrialisation de la culture?

Et pour conclure

Pourquoi devrait-il exister en FWB une association d’usagers culturels d’envergure?

La fin de l’enquête de «Moustique» donne la parole sur ce sujet au président de la L.U.C.:

«Il faut inventer une sorte de contre-pouvoir contre les abus d’une trop grande industrialisation de la culture, qui la transforme en simple produit sans supplément d’âme. Ce qui est sain dans la vie sociale, c’est quand il y a Test-Achats, la Ligue des droits humains… Tout cela n’existe pas en culture. À chaque problème, on revient à zéro».

Il est difficile qu’une association d’envergure d’usagers culturels émerge en FWB.

Assez récemment, lorsque l’ancienne Médiathèque de notre Communauté, devenue «PointCulture », se cherchait de nouveaux objectifs, des objectifs novateurs, des objecteurs précurseurs pour la suite de ce siècle, nous avons proposé que l’une de ces évolutions soit justement la création d’un mouvement d’usagers culturels.
Nous avons consacré beaucoup d’énergie dans la préparation d’un dossier envoyé aux différentes instances concernées.
Nous n’avons même pas reçu une réponse écrite détaillée qui aurait, par exemple, démonté notre analyse.
Le débat contradictoire sur ce sujet précis semble, jusqu’à présent, pour le moins inopportun.
S’en rendre compte est peut-être déjà une toute première étape pour avancer.

Conclusion de l’article de «Moustique» en page 44.

ANNEXE 1

Concrètement, quels types de plaintes sont traitées et trouvent des solutions par des échanges entre usagers et opérateurs ?

Selon quelques recherches parcellaires menées par la L.U.C., il apparait que nombre de celles-ci concernent le point 2 du Code qui n’est, en fait, qu’une application à la culture de notre législation économique: avant achat, le vendeur est tenu d'expliquer clairement à l’acheteur ce à quoi il s’oblige et «tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur».

À ce sujet, voici quatre exemples précis qui ont permis d’améliorer l’information des usagers culturels.

  1. Plusieurs plaintes ont été adressées, avec effets constructifs, à des musées qui pratiquent la gratuité «pour tous» du premier dimanche du mois. Cet avantage mensuel «pour tous» n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de celle-ci pour avoir le choix entre venir un jour payant ou un jour gratuit.

  2. Les réductions pour les seniors sont passées progressivement d’un âge unique (les plus de 60 ans) à, soit au maintien à 60 ans, soit 65 ans, ou même 67 ans.
    Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par l’organisateur dans les tarifications. Ce n’était pas le cas ni dans un cinéma, ni dans un musée.
    Des plaintes sur ce point ont permis à ces deux lieux de mieux détailler leurs tarifications. Plus d’info : http://la-luc.blogspot.com/search/label/Plaza%20Cinema
     
  3. Une plainte a été adressée à un théâtre qui proposait une pièce où des comédiens fument sur scène.
    Qu’indique la législation belge? Il est interdit de fumer dans les lieux couverts. Cela devrait donc être, en terme de santé publique, aussi le cas des salles de spectacles mais une dérogation a été donnée par le Ministère des affaires économiques au niveau fédéral afin que des comédiens puissent pratiquer cet acte sur scène, mais à condition que le public en soit informé.
    Un théâtre pris en défaut a tenu compte de la plainte qui lui a été adressée et s’est empressé d’indiquer sur son site, quelques jours avant l’événement : «Nous vous signalons que les interprètes fument sur scène pendant la représentation».
     
  4. Dans tel lieu culturel, il est permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence.
    L’acteur culturel a été interpellé et a répondu par ces mots qu’il allait tenir compte de ladite plainte: «C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer». Voici les détails du déroulement de cette plainte : http://la-luc.blogspot.com/2022/10/y-photos-ou-y-pas-au-bam.html


Bien sûr, les autres points du Code suscitent d’autres réactions.
Il a donc permis, même en étant bien peu médiatisé, de résoudre déjà une série de problèmes mais il ne faut pas s’arrêter là.
La L.U.C. (qui est une asbl régie par le bénévolat et agissant sans subside, ni sponsor, ni publicité) demande que les exemples les plus significatifs de plaintes, abouties ou non, soient médiatisés régulièrement par le ministère tant auprès des organisateurs, des créateurs et du personnel politique que du public, via une newsletter ou avec l’aide des médias, afin que le «mieux vivre ensemble» culturel profite de ces enseignements et puisse plus facilement se généraliser, s’intensifier.

Extrait de la page 44 de «Moustique»

ANNEXE 2

Le Bureau de Conciliation reçoit-il des plaintes ?

Difficile pour le public de se faire une idée car le ministère ne communique pas sur ce sujet, la presse ne « suit » pas cette thématique, et... les personnes qui déposent plainte ne peuvent pas vraiment faire la publicité des résultats de leur action !

Et le président de la L.U.C. d’ailleurs est dans ce cas-là, ayant accepté le contenu du règlement pour voir ses plaintes acceptées d’être traitées par le Bureau de Conciliation.

En effet, les plaignants, s’ils veulent voir leur dossier étudié, doivent renvoyer signé, dans les 20 jours, un formulaire d’adhésion au règlement de 5 pages que lui a fait parvenir par voie postale le ministère.

L’article 7 de celui-ci indique que « les parties respecteront le caractère confidentiel de la conciliation ». De plus, « les membres du Bureau, en ce compris le Secrétariat, sont également soumis à la même obligation de confidentialité ».

L’article 9 prévoit que « l’Administration peut publier l’avis du Bureau sur le site www.culture.be, au plus tôt soixante jours après la date d’envoi de la notification de l’avis aux parties ». Mais... « l’avis publié doit être anonyme ».

Selon nos recherches (pas exhaustives), l’Administration n’a jamais concrétisé cette possibilité.

N’est-il pas curieux de constater que cette obligation de confidentialité et d’anonymat ne soit pas renseignée dans le texte, pourtant si détaillé, présenté sur l’affiche du Code ?
D’une certaine façon, ce faisant, le Ministère n’aurait pas lui-même appliqué l’esprit du point 2 ? À savoir : fournir aux usagers, avant qu’ils ne se décident à déposer plainte, une information la plus complète possible.

Le président de la L.U.C. ne peux donc pas dévoiler ici l’issue donnée aux plaintes qu’il a envoyées et citer les noms des opérateurs concernés. Et pourtant, il y a eu plusieurs  plaintes.

Par contre, il n’a signé aucune clause de confidentialité pour des plaintes émises par de tierces personnes.

Or, il se fait que le secrétariat du Bureau de Conciliation lui-même n’a pas respecté cette confidentialité, en lui envoyant la copie du procès-verbal d’une réunion où ont été traitées plusieurs plaintes, émises par lui-même et par une tierce personne. Au lieu de simplement lui faire parvenir uniquement la partie qui le concernait directement dans ce document !

Il peut donc indiquer ici que, dans au moins ce cas précis, le Bureau de Conciliation a pu aller jusqu’au bout de sa démarche.

Il a donné raison à un usager et sa décision a poussé la direction d’une institution à modifier l’un de ses comportements. Il s’agit d’un musée.

Nous tenons à divulguer ce fait pour démontrer l’efficacité du Code et de la médiation tout-à-fait constructive qui fut menée, en cas avéré de sa non-application.

Le 11 juin 2009, le Bureau de Conciliation a traité ainsi donc la plainte envoyée, le 5 mars 2009, par William M.
Il constate l’infraction suivante : le musée X qui «applique la gratuité, le premier dimanche du mois (et bénéficie pour cela d’une compensation de la Communauté française, Madame la Ministre s’étant engagée auprès de lui à compenser les frais occasionnés par cette même gratuité) n’en informe pas ses visiteurs (ce qui est un manquement au point 5 du Code)».
Il conclut «qu’un défaut d’information existe» et demande au musée de lui fournir «dans les 15 jours les pièces justifiant sa communication de la gratuité, le premier dimanche du mois, en priorité à l’entrée du Musée et sur son site internet, et, dans des délais raisonnables, sur tous ses supports».
Il y a donc matière là, en 2009, pour nourrir un rapport annuel destiné au Gouvernement.




lundi 3 avril 2023

Liège ressuscite nos 15 droits culturels du public

Mars 2023 : à Liège, le Musée de la Boverie vient d’afficher à la caisse, dans son hall d’entrée, la nouvelle affiche « Engagements » qui détaille les 15 droits des usagers culturels.
Ainsi, il applique le point 1 du Code que doivent également appliquer plus de 30.000 diffuseurs subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Tous ceux-ci (du centre culturel au festival d’été, en passant par les bibliothèques, les musées, les salles de spectacles, etc.) respectent-ils de façon analogue cette obligation d’affichage qui nous permet de découvrir nos droits de public?

 Le mois de mars 2023 aura été capital pour les usagers culturels en Belgique francophone.

Depuis dix-sept ans, quinze droits pour ceux-ci existent. Ils ont été précisés, le 3 février 2006. Ce jour-là, le « Code de respect des usagers culturels » était adopté par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Ce qui veut dire que, depuis, plus de 3.000 diffuseurs culturels subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles sont obligés d’appliquer chacun des quinze points de ce Code: bibliothèques, salles de spectacles, maisons de la culture, théâtres, cinémas, festivals d’été, concerts, etc.

Étiez-vous au courant?
Un petit exemple concret parmi d’autres: le droit N°7 indique que l’organisateur doit proposer spontanément aux usagers le meilleur tarif qui leur est applicable. Ceci peut paraître normal à beaucoup. Sans doute pas à tout le monde. Et ici, à la différence par rapport à d’autres pays ou régions, c’est que ce n’est pas simplement une possibilité mais bien une obligation.

L’information de l’usager culturel

Le premier point du Code indique notamment que chaque diffuseur doit « afficher le Code en évidence, à l’entrée et à la sortie de tous les lieux où il accueille les usagers ».
C’est un point capital car ce n’est que si on connait ses droits qu’on est attentif à ce qu’ils soient appliqués, et que ces droits vont alors vivre et se développer.
Or, le public culturel, quasi dans le monde entier, n’est pas habitué à avoir des droits…
Il a surtout des devoirs à respecter, et les règlements à destination du public en fourmillent. Voici un de ces règlements particulièrement épicé : https://fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/reglement-du-visiteur

Il est donc original et fort novateur de mettre en place ainsi des « droits » des usagers culturels.
Ceux qui ont préparé ledit Code (des représentants des usagers et des créateurs, des associations de consommateurs, des membres de la Direction Générale de la Culture) furent donc particulièrement attentifs à ce que le public découvre le contenu détaillé de ses droits.

Et pourquoi l’affiche doit-elle se trouver si précisément « à l’entrée ET à la sortie »?
À l’entrée pour que l’usager découvre ses droits dès son arrivée à l’activité, ce qui lui permettra d’être attentif à ce qu’ils soient respectés durant celle-ci.
Et à la sortie, pour le public qui aurait eu affaire à une difficulté. Alors, celui-ci sera bien content de relire les démarches à entreprendre pour la résoudre.

En 2006, le Ministère de la Culture a distribué auprès des diffuseurs des lots d’affiches en couleurs et de grand format (60 x 80 cm).

Le point 1 du Code ajoutait que cette affiche devait aussi être présentée sur les site internet de ces milliers de diffuseurs.

Voici cette affiche de 2006 :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Guy Duplat écrit de façon quasi prémonitoire dans «La Libre» du 20 janvier 2007: «On sait que ce Code veut mieux protéger les droits des usagers. Alors, tout est-il parfait dans les meilleurs des mondes, ou est-ce un manque d’information des usagers qui ne connaissent pas leurs droits? Ne faut-il pas mieux afficher le Code des usagers à l’entrée des lieux?».

Donc ce journaliste bien connu et respecté par la profession laisse entendre dès 2007 que l’affichage à l’entrée et à la sortie des lieux commence à laisser à désirer.

Durant les seize années qui ont suivi la création de ce Code aucune nouvelle affiche n’a été conçue, imprimée et diffusée par la Direction Générale de la Culture.
Aucune autre promotion n’a été faite. Par exemple, personne n’a célébré les dix ans de son existence pour en faire un bilan et construire son avenir, comme cela se pratique pour nombre de nouvelles pratiques sociales ou culturelles.

Enfin, durant tant d’années, aucune évolution n’a été apportée aux quinze points du Code. Et pourtant il existe bien au moins une recherche fort instructive menée par Roland de Bodt.
Pendant près de quatre ans, celui-ci a développé une recherche et en a publié les résultats dans trois numéros de la revue «Repères»: les numéros 8, 9 et 10, publiés en version papier, de l’automne 2018 à l’été 2019, et téléchargeables gratuitement en version numérique : https://opc.cfwb.be/index.php?id=4036 ).
En expert de l’Observatoire des Politiques Culturelles, il y a cherché le bien fondé des 15 points du Code des Usagers culturels et a émis des propositions d’évolution. Dans son inventaire final, il en détaille 54 («Repère» N°10, pages 30 à 29).
C’est un travail préparatoire titanesque pour nous tous. À part un débat qui s’est déroulé à la «Bibliothèque 27 septembre» en sa présence, jusqu’à présent pas grand monde ne s’est emparé de cette somme d’informations et de réflexions.

Il a fallu trois livraisons de «Repères», en 2018 et 2019, pour développer 54 réflexions à propos des 15 points du Code. Quand serviront-elles enfin de base à un travail sur l’évolution et le développement des droits des usagers culturels?

Roland de Bodt, l’auteur de la recherche «Liberté culturelles & droits des usages».

Le Code continue

En 2022, après une longue enquête, la Ligue des Usagers Culturels (L.U.C.) a pu prouver à la Ministre de la Culture Bénédicte Linard qu’une toute petite minorité des diffuseurs et d’usagers connaissaient encore le contenu de ce Code.

S’en est suivi une rencontre (sans la L.U.C.) entre le cabinet de celle-ci, le Médiateur de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Direction générale de la Culture.
Le cabinet de la Ministre a alors confirmé par écrit à la L.U.C., en juillet 2022, que le Code devait poursuivre sa route: «Ce texte, affiché dans de nombreux lieux culturels, donne un source de légitimité aux personnes lésées d’interpeller les organisateurs responsables, afin de régler d’éventuels problèmes. (…) Toucher plus et mieux les populations, les publics, dans leurs diversités et leurs éloignements est la priorité qui mobilise l’AGC, priorité validée par le Gouvernement».

La phrase du regretté Henry Ingberg garde donc ainsi toute son actualité. Celui-ci, lorsqu’il dirigeait notre ministère la culture, donna son feu vert à cette orientation inédite «usagers culturels» et présida à la naissance du Code. La voici : «Le rapport à l’usager est un véritable enjeu. Jusqu’à présent l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a distorsion par rapport à une amplification des pratiques des loisirs par la collectivité».

Mais concrètement, quels types de plaintes sont traitées?
Selon quelques recherches parcellaires menées par la L.U.C., il apparait que nombre de celles-ci concernent le point 2 du Code qui n’est, en fait, qu’une application à la culture de notre législation économique: avant achat, le vendeur est tenu d'expliquer clairement à l’acheteur ce à quoi il s’oblige et «tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur».

À ce sujet, voici quatre exemples précis qui ont permis d’améliorer l’information des usagers culturels.

1: Plusieurs plaintes ont été adressées, avec effets constructifs, à des musées qui pratiquent la gratuité «pour tous» du premier dimanche du mois. Cet avantage mensuel «pour tous» n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de celle-ci pour avoir le choix entre venir un jour payant ou un jour gratuit.

2: Les réductions pour les seniors sont passées progressivement d’un âge unique (les plus de 60 ans) à, soit au maintien à 60 ans, soit 65 ans, ou même 67 ans.
Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par l’organisateur dans les tarifications. Ce n’était pas le cas ni dans un cinéma, ni dans un musée.
Des plaintes sur ce point ont permis à ces deux lieux de mieux détailler leurs tarifications. Plus d’info : http://la-luc.blogspot.com/search/label/Plaza%20Cinema

3: Une plainte a été adressée à un théâtre qui proposait une pièce où des comédiens fument sur scène.
Qu’indique la législation belge? Il est interdit de fumer dans les lieux couverts. Cela devrait donc être, en terme de santé publique, aussi le cas des salles de spectacles mais une dérogation a été donnée par le Ministère des affaires économiques au niveau fédéral afin que des comédiens puissent pratiquer cet acte sur scène, mais à condition que le public en soit informé.
Un théâtre pris en défaut a tenu compte de la plainte qui lui a été adressée et s’est empressé d’indiquer sur son site, quelques jours avant l’événement : «Nous vous signalons que les interprètes fument sur scène pendant la représentation».

Suite à une plainte, en 2021, le Théâtre de Namur a fait évoluer son site en y ajoutant la phrase mise en exergue au bas de la présente illustration.

4: Dans tel lieu culturel, il est permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence.
L’acteur culturel a été interpellé et a répondu par ces mots qu’il allait tenir compte de ladite plainte: «C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer». Voici les détails du déroulement de cette plainte : http://la-luc.blogspot.com/2022/10/y-photos-ou-y-pas-au-bam.html

Bien sûr, les autres points du Code suscitent d’autres réactions. Il a donc permis, même en étant bien peu médiatisé, de résoudre déjà une série de problèmes mais il ne faut pas s’arrêter là. La L.U.C. (qui est une asbl régie par le bénévolat et agissant sans subside, ni sponsor, ni publicité) demande que les exemples les plus significatifs de plaintes, abouties ou non, soient médiatisés régulièrement par le ministère tant auprès des organisateurs, des créateurs et du personnel politique que du public, via une newsletter ou avec l’aide des médias, afin que le «mieux vivre ensemble» culturel profite de ces enseignements et puisse plus facilement se généraliser, s’intensifier.

Ce Code n’est pas du pipeau car les acteurs culturels qui ne le respecteraient pas peuvent encourir diverses sanctions: «S’ils n’en respectent pas les principes, les acteurs culturels reconnus et/ou subventionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui s’engagent à respecter le présent Code pourront être sanctionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles (…) Les sanctions appliquées seront proportionnelles à la gravité et la récurrence des manquements aux engagements (exemples de sanction : suspension temporaire d’une partie de la subvention accordée, suspension temporaire de la totalité de la subvention accordée, diminution de la subvention accordée, résiliation de la convention ou du contrat programme). La Fédération Wallonie-Bruxelles ne sanctionnera les opérateurs culturels défaillants qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre».

Les 15 points du Code intéressent le Fédéral

Les 15 points du Code de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont en passe d’être repris ou adapté au niveau fédéral.
Dès leur mise sur orbite, déjà en 2007, ils ont marqué l’intérêt des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) qui rassemblent le Musée d’Art Ancien, le Musée Fin de Siècle, le Musée d’Art Moderne (fermé «provisoirement» depuis le 1er février 2011), le Musée Magritte, le Musée Meunier et le Musée Wiertz, comme l’indique la lettre que nous publions ici en photo.


D’autre part, dès sa nomination, en tant que Secrétaire d’État chargé notamment de la Politique Scientifique (dont les Musées fédéraux: en plus des MRBAB, ce sont le Musée des Sciences Naturelles, le Musée d’Art et Histoire, le Musée des Instruments de Musique, l’Africa Museum), Thomas Dermine a indiqué à plusieurs reprises par écrit à la L.U.C. sa volonté d’adapter les 15 engagements du Code des usagers culturels aux institutions qui le concerne: http://la-luc.blogspot.com/2020/11/le-secretaire-detat-des-musees-nous.html

Ceci prend un certain temps car il fallut d’abord restructurer BELSPO: https://www.belspo.be
Lorsque cette étape fut franchie, Arnaud Vajda, son nouveau Président du Comité de Direction, a accordé un long entretien à la L.U.C., le 6 février 2023, au cours duquel il a notamment confirmé son intention de concrétiser cette adaptation des 15 points du Code des usagers Culturels.

Le Secrétaire d’État Thomas Dermine souhaite adapter aux musées fédéraux les 15 points du Code de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Comment remédiatiser le Code?

À la mi-décembre 2022, La Direction générale de la Culture a envoyé une instruction aux plus de trois mille diffuseurs qui rappelle qu’ils doivent observer le Code.

Une nouvelle présentation de celui-ci est alors proposée.
Si les 15 points du Code demeurent, le reste du texte a évolué et une nouvelle adresse est indiquée pour le dépôt des plaintes des usagers. Il faut donc oublier l’affiche de 2006 et impérativement utiliser cette nouvelle présentation.

Voici cette nouvelle présentation : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

La bonne volonté du ministère est un fait. Dès que cette nouvelle présentation fut opérationnelle à la mi-décembre 2022 sur le site www.culture.be, la L.U.C. fit plusieurs propositions d’évolution et trois d’entre-elles furent acceptées et mises en place, début mars 2023.

Il serait utile d’ajouter sur cette affiche un QR Code.

Cet e-mail de Direction générale de la Culture omet pourtant d’indiquer aux diffuseurs si elle se charge elle-même d’imprimer et de leur envoyer ces grandes affiches comme elle le fit en 2006. Ce silence cache en fait son souhait de ne plus assumer elle-même cette tâche. Les plus grands diffuseurs peuvent probablement assez facilement imprimer eux-mêmes les grands formats en quelques exemplaires (par exemple en 60 x 80 cm comme ce fut le cas pour la première et seule affiche créée depuis 2006). Mais c’est sans doute bien plus compliqué pour les diffuseurs de plus petite taille. Est-ce à eux qu’il revient d’organiser et de financer la matérialisation de cette obligation alors qu’ils ont dû affronter les effets économiques de la pandémie, de la guerre en Ukraine, des évolutions énergétiques et de l’actuelle inflation des prix?

La L.U.C. pense que la Direction générale de la Culture, en fonction de ses objectifs affichés, devrait continuer à coordonner le travail de médiatisation du Code sur le long terme, d’autant plus qu’elle avait trouvé normal et possible de le faire en 2006.
Il lui semble souhaitable qu’une nouvelle affiche voit le jour non pas seize ans après l’impression de la précédente, mais que, par exemple, elle soit renouvelée tous les deux ans pour tout simplement tirer les leçons de ce passé qui a failli passer au bleu ces 15 droits.
Et si elle s’y refuse, elle devrait au moins l’exprimer clairement aux diffuseurs.

Il faut, bien sûr, que les nouvelles affiches n’aient pas la dimension d’un timbre poste. Il convient de respecter l’esprit qui sous-tend la rédaction du Code. Elles doivent inciter le public à prendre le temps de lire le texte dense qui définit chacun des 15 points.

Le président de « La Ligue des Usagers Culturels » présente l’un des derniers exemplaires de l’affiche de 2006 qui détaille les 15 points du Code ainsi qu’un «mode d’emploi» pour déposer plainte.Celle-ci doit être rapatriée dans ses archives. En effet, il ne faut plus jamais l’exposer car l’adresse pour déposer plainte a entretemps changé. Mais alors ainsi pourquoi la montrer? Pour rappeler sa taille (60 x 80 cm) … afin que des petites sœurs qui vont naître en 2023 soient aussi grandes ! Il faut que les usagers puissent bien lire sans loupe le texte qu’elle est chargée de médiatiser.

 
À Liège, La Boverie a affiché le Code des usagers culturels aussi à la sortie de son institution. Afin que le public, au terme de sa visite, sache où et comment déposer éventuellement plainte.  
C’est le directeur des musées de la ville de Liège, Pierre Paquet, qui a fait parvenir à la L.U.C. cette photo, la suivante ainsi que la première publiée dans cet article. Qu’il en soit remercié.

La ville de Liège commence à agir

La résolution récente en mars 2023 de la plainte adressée par la L.U.C. à un musée de la ville de Liège démontre l’utilité de ce Code. Ici, il s’agissait d’en respecter le point 2.
Voici les échanges de courriels avec la direction du Musée de La Boverie qui ont mené à une solution utile pour bon nombre de visiteurs : http://la-luc.blogspot.com/2023/03/la-boverie-doit-repondre-aux-plaintes.html

Lorsque Pierre Paquet, Directeur des Musées de la ville de Liège, a annoncé cette évolution à la L.U.C., la L.U.C. lui a fait parvenir la lettre suivante :

« Je vous remercie pour votre réaction. Elle vous honore. Nous venons de publier sur notre blog un article détaillé sur cette plainte et son aboutissement. Bien entendu, je vous invite à le diffuser sur vos réseaux.
http://la-luc.blogspot.com/2023/03/la-boverie-doit-repondre-aux-plaintes.html
Vous avez bien compris que le Musée de La Boverie n’est qu’un musée parmi d’autres qui sont sous l’autorité de la ville de Liège.
Pourriez-vous nous indiquer à quelle date ils auront tous mis en place complètement la concrétisation des points 1, 6, 13 et 14 du Code ?
À retrouver ici : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf
Liège serait ainsi sans doute la première ville wallonne à respecter dans ses multiples institutions (il y a aussi les bibliothèques, les salles de spectacle, les cinémas, les centres culturels, etc.) les droits des visiteurs, via ce Code des usagers.
Et pourquoi ne fêteriez-vous pas avec nous pareil événement?  Si vous cherchez des idées pour ceci, on peut en parler! Au plaisir de vous voir réagir».

Ensuite, Pierre Paquet, Directeur des Musées de la ville de Liège, lui répond le 20 mars 2023 en ces termes:

«Vous trouverez ci-joint les vues sur les affichages du Code au Musée de La Boverie.
Nous poursuivons la mise en place pour nos autres sites, en fonction du planning général de travail des collaborateurs, et nous ne manquerons pas de vous tenir informé lorsque ce sera le cas. Des exemplaires de ce code seront également mis à disposition des usagers qui le souhaitent sur nos différents sites. Bien à vous».

Deux « bravos » pour cette plainte au Musée de La Boverie

Remarquons d’abord qu’enfin une institutions culturelle remédiatise la toute nouvelle affiche du Code, et ce, avec ses moyens propres (puisque le Ministère de la Culture n’a pas imprimé lui-même celle-ci jusqu’à présent).

Et d’autre part, il faut constater que le tout nouveau processus pour déposer plainte a bien fonctionné. Ceci demande une explication.

Suite au constat en 2022 de l’état de quasi mort clinique du Code dénoncé par la L.U.C., le cabinet de la Ministre de la culture a organisé une réunion de travail avec le Ministère de la Culture et le Médiateur de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Celle-ci a abouti au maintien des 15 points du Code pour le long terme, mais aussi à un évolution significative de la façon dont le Ministère de la culture traitera les nouvelles plaintes que lui feront parvenir les usagers.

Pour découvrir cette évolution: il suffit de comparer ce qui est mentionné dans la deuxième partie de l’affiche, après l’énoncé des 15 points.

 
Affiche de 2006:
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Affiche de décembre 2022:
https://www.culture.be/index.php?id=5235

Ce qui s’est passé au Musée de La Boverie montre que l’application de ce nouveau fonctionnement est un succès.

Le Code est un atout fondamental pour une amélioration de notre vie culturelle qui devra sans doute de plus en plus lutter non pas contre l’industrialisation de la culture, mais contre des excès de celle-ci, à un niveau régional, national et international.

Pour ne prendre que l’exemple de la musique, est-il normal qu’en quelques décennies, le démarrage de la prévente des tickets de spectacles se fasse de plus en plus tôt? En 1988: 6 à 9 mois pour les spectacles de Pierre Rapsat, de JJ Goldman ou de Michel Sardou. Actuellement: 18 à 21 mois pour ceux de Mylène Farmer ou de Stromae. Est-ce normal lorsque bien de ces activités sont très rapidement sold-out? Qu’en sera-t-il dans quelques années, si aucune régulation ne se met en place?
Ou que penser du développement actuel de la «tarification dynamique» au départ des États-Unis avec un Bruce Springsteen, par exemple?

N’oublions pas que ces évolutions rendent d’abord la culture de moins en moins accessible aux moins nantis d’entre-nous alors qu’elle est un bien essentiel pour tous.

Aussi ce Code en 15 points n’est bien sûr qu’un début. Il faudra le faire fructifier par d’autres mesures afin que le «supplément d’âme» de la culture ne soit jamais menacé mais s’amplifie.

Il est utile que le public lui-même soit attentif au respect de ses droits. Mais pour ce faire, il doit les connaître.

Beaucoup d’organisateurs culturels sont de très bonne volonté et prêts à respecter le mieux possible leurs usagers. À condition d’avoir connaissance notamment du contenu de chacun des points du Code.

Notre ministère de la culture doit donc, selon nous, veiller inlassablement, mois après mois, année après année, et avec imagination, au concret de cette mission d’information, et du public, et des médias, et des plus de trois milles diffuseurs culturels qu’il aide.