lundi 3 avril 2023

Liège ressuscite nos 15 droits culturels du public

Mars 2023 : à Liège, le Musée de la Boverie vient d’afficher à la caisse, dans son hall d’entrée, la nouvelle affiche « Engagements » qui détaille les 15 droits des usagers culturels.
Ainsi, il applique le point 1 du Code que doivent également appliquer plus de 30.000 diffuseurs subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Tous ceux-ci (du centre culturel au festival d’été, en passant par les bibliothèques, les musées, les salles de spectacles, etc.) respectent-ils de façon analogue cette obligation d’affichage qui nous permet de découvrir nos droits de public?

 Le mois de mars 2023 aura été capital pour les usagers culturels en Belgique francophone.

Depuis dix-sept ans, quinze droits pour ceux-ci existent. Ils ont été précisés, le 3 février 2006. Ce jour-là, le « Code de respect des usagers culturels » était adopté par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Ce qui veut dire que, depuis, plus de 3.000 diffuseurs culturels subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles sont obligés d’appliquer chacun des quinze points de ce Code: bibliothèques, salles de spectacles, maisons de la culture, théâtres, cinémas, festivals d’été, concerts, etc.

Étiez-vous au courant?
Un petit exemple concret parmi d’autres: le droit N°7 indique que l’organisateur doit proposer spontanément aux usagers le meilleur tarif qui leur est applicable. Ceci peut paraître normal à beaucoup. Sans doute pas à tout le monde. Et ici, à la différence par rapport à d’autres pays ou régions, c’est que ce n’est pas simplement une possibilité mais bien une obligation.

L’information de l’usager culturel

Le premier point du Code indique notamment que chaque diffuseur doit « afficher le Code en évidence, à l’entrée et à la sortie de tous les lieux où il accueille les usagers ».
C’est un point capital car ce n’est que si on connait ses droits qu’on est attentif à ce qu’ils soient appliqués, et que ces droits vont alors vivre et se développer.
Or, le public culturel, quasi dans le monde entier, n’est pas habitué à avoir des droits…
Il a surtout des devoirs à respecter, et les règlements à destination du public en fourmillent. Voici un de ces règlements particulièrement épicé : https://fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/reglement-du-visiteur

Il est donc original et fort novateur de mettre en place ainsi des « droits » des usagers culturels.
Ceux qui ont préparé ledit Code (des représentants des usagers et des créateurs, des associations de consommateurs, des membres de la Direction Générale de la Culture) furent donc particulièrement attentifs à ce que le public découvre le contenu détaillé de ses droits.

Et pourquoi l’affiche doit-elle se trouver si précisément « à l’entrée ET à la sortie »?
À l’entrée pour que l’usager découvre ses droits dès son arrivée à l’activité, ce qui lui permettra d’être attentif à ce qu’ils soient respectés durant celle-ci.
Et à la sortie, pour le public qui aurait eu affaire à une difficulté. Alors, celui-ci sera bien content de relire les démarches à entreprendre pour la résoudre.

En 2006, le Ministère de la Culture a distribué auprès des diffuseurs des lots d’affiches en couleurs et de grand format (60 x 80 cm).

Le point 1 du Code ajoutait que cette affiche devait aussi être présentée sur les site internet de ces milliers de diffuseurs.

Voici cette affiche de 2006 :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Guy Duplat écrit de façon quasi prémonitoire dans «La Libre» du 20 janvier 2007: «On sait que ce Code veut mieux protéger les droits des usagers. Alors, tout est-il parfait dans les meilleurs des mondes, ou est-ce un manque d’information des usagers qui ne connaissent pas leurs droits? Ne faut-il pas mieux afficher le Code des usagers à l’entrée des lieux?».

Donc ce journaliste bien connu et respecté par la profession laisse entendre dès 2007 que l’affichage à l’entrée et à la sortie des lieux commence à laisser à désirer.

Durant les seize années qui ont suivi la création de ce Code aucune nouvelle affiche n’a été conçue, imprimée et diffusée par la Direction Générale de la Culture.
Aucune autre promotion n’a été faite. Par exemple, personne n’a célébré les dix ans de son existence pour en faire un bilan et construire son avenir, comme cela se pratique pour nombre de nouvelles pratiques sociales ou culturelles.

Enfin, durant tant d’années, aucune évolution n’a été apportée aux quinze points du Code. Et pourtant il existe bien au moins une recherche fort instructive menée par Roland de Bodt.
Pendant près de quatre ans, celui-ci a développé une recherche et en a publié les résultats dans trois numéros de la revue «Repères»: les numéros 8, 9 et 10, publiés en version papier, de l’automne 2018 à l’été 2019, et téléchargeables gratuitement en version numérique : https://opc.cfwb.be/index.php?id=4036 ).
En expert de l’Observatoire des Politiques Culturelles, il y a cherché le bien fondé des 15 points du Code des Usagers culturels et a émis des propositions d’évolution. Dans son inventaire final, il en détaille 54 («Repère» N°10, pages 30 à 29).
C’est un travail préparatoire titanesque pour nous tous. À part un débat qui s’est déroulé à la «Bibliothèque 27 septembre» en sa présence, jusqu’à présent pas grand monde ne s’est emparé de cette somme d’informations et de réflexions.

Il a fallu trois livraisons de «Repères», en 2018 et 2019, pour développer 54 réflexions à propos des 15 points du Code. Quand serviront-elles enfin de base à un travail sur l’évolution et le développement des droits des usagers culturels?

Roland de Bodt, l’auteur de la recherche «Liberté culturelles & droits des usages».

Le Code continue

En 2022, après une longue enquête, la Ligue des Usagers Culturels (L.U.C.) a pu prouver à la Ministre de la Culture Bénédicte Linard qu’une toute petite minorité des diffuseurs et d’usagers connaissaient encore le contenu de ce Code.

S’en est suivi une rencontre (sans la L.U.C.) entre le cabinet de celle-ci, le Médiateur de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Direction générale de la Culture.
Le cabinet de la Ministre a alors confirmé par écrit à la L.U.C., en juillet 2022, que le Code devait poursuivre sa route: «Ce texte, affiché dans de nombreux lieux culturels, donne un source de légitimité aux personnes lésées d’interpeller les organisateurs responsables, afin de régler d’éventuels problèmes. (…) Toucher plus et mieux les populations, les publics, dans leurs diversités et leurs éloignements est la priorité qui mobilise l’AGC, priorité validée par le Gouvernement».

La phrase du regretté Henry Ingberg garde donc ainsi toute son actualité. Celui-ci, lorsqu’il dirigeait notre ministère la culture, donna son feu vert à cette orientation inédite «usagers culturels» et présida à la naissance du Code. La voici : «Le rapport à l’usager est un véritable enjeu. Jusqu’à présent l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a distorsion par rapport à une amplification des pratiques des loisirs par la collectivité».

Mais concrètement, quels types de plaintes sont traitées?
Selon quelques recherches parcellaires menées par la L.U.C., il apparait que nombre de celles-ci concernent le point 2 du Code qui n’est, en fait, qu’une application à la culture de notre législation économique: avant achat, le vendeur est tenu d'expliquer clairement à l’acheteur ce à quoi il s’oblige et «tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur».

À ce sujet, voici quatre exemples précis qui ont permis d’améliorer l’information des usagers culturels.

1: Plusieurs plaintes ont été adressées, avec effets constructifs, à des musées qui pratiquent la gratuité «pour tous» du premier dimanche du mois. Cet avantage mensuel «pour tous» n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de celle-ci pour avoir le choix entre venir un jour payant ou un jour gratuit.

2: Les réductions pour les seniors sont passées progressivement d’un âge unique (les plus de 60 ans) à, soit au maintien à 60 ans, soit 65 ans, ou même 67 ans.
Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par l’organisateur dans les tarifications. Ce n’était pas le cas ni dans un cinéma, ni dans un musée.
Des plaintes sur ce point ont permis à ces deux lieux de mieux détailler leurs tarifications. Plus d’info : http://la-luc.blogspot.com/search/label/Plaza%20Cinema

3: Une plainte a été adressée à un théâtre qui proposait une pièce où des comédiens fument sur scène.
Qu’indique la législation belge? Il est interdit de fumer dans les lieux couverts. Cela devrait donc être, en terme de santé publique, aussi le cas des salles de spectacles mais une dérogation a été donnée par le Ministère des affaires économiques au niveau fédéral afin que des comédiens puissent pratiquer cet acte sur scène, mais à condition que le public en soit informé.
Un théâtre pris en défaut a tenu compte de la plainte qui lui a été adressée et s’est empressé d’indiquer sur son site, quelques jours avant l’événement : «Nous vous signalons que les interprètes fument sur scène pendant la représentation».

Suite à une plainte, en 2021, le Théâtre de Namur a fait évoluer son site en y ajoutant la phrase mise en exergue au bas de la présente illustration.

4: Dans tel lieu culturel, il est permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence.
L’acteur culturel a été interpellé et a répondu par ces mots qu’il allait tenir compte de ladite plainte: «C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer». Voici les détails du déroulement de cette plainte : http://la-luc.blogspot.com/2022/10/y-photos-ou-y-pas-au-bam.html

Bien sûr, les autres points du Code suscitent d’autres réactions. Il a donc permis, même en étant bien peu médiatisé, de résoudre déjà une série de problèmes mais il ne faut pas s’arrêter là. La L.U.C. (qui est une asbl régie par le bénévolat et agissant sans subside, ni sponsor, ni publicité) demande que les exemples les plus significatifs de plaintes, abouties ou non, soient médiatisés régulièrement par le ministère tant auprès des organisateurs, des créateurs et du personnel politique que du public, via une newsletter ou avec l’aide des médias, afin que le «mieux vivre ensemble» culturel profite de ces enseignements et puisse plus facilement se généraliser, s’intensifier.

Ce Code n’est pas du pipeau car les acteurs culturels qui ne le respecteraient pas peuvent encourir diverses sanctions: «S’ils n’en respectent pas les principes, les acteurs culturels reconnus et/ou subventionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui s’engagent à respecter le présent Code pourront être sanctionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles (…) Les sanctions appliquées seront proportionnelles à la gravité et la récurrence des manquements aux engagements (exemples de sanction : suspension temporaire d’une partie de la subvention accordée, suspension temporaire de la totalité de la subvention accordée, diminution de la subvention accordée, résiliation de la convention ou du contrat programme). La Fédération Wallonie-Bruxelles ne sanctionnera les opérateurs culturels défaillants qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre».

Les 15 points du Code intéressent le Fédéral

Les 15 points du Code de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont en passe d’être repris ou adapté au niveau fédéral.
Dès leur mise sur orbite, déjà en 2007, ils ont marqué l’intérêt des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) qui rassemblent le Musée d’Art Ancien, le Musée Fin de Siècle, le Musée d’Art Moderne (fermé «provisoirement» depuis le 1er février 2011), le Musée Magritte, le Musée Meunier et le Musée Wiertz, comme l’indique la lettre que nous publions ici en photo.


D’autre part, dès sa nomination, en tant que Secrétaire d’État chargé notamment de la Politique Scientifique (dont les Musées fédéraux: en plus des MRBAB, ce sont le Musée des Sciences Naturelles, le Musée d’Art et Histoire, le Musée des Instruments de Musique, l’Africa Museum), Thomas Dermine a indiqué à plusieurs reprises par écrit à la L.U.C. sa volonté d’adapter les 15 engagements du Code des usagers culturels aux institutions qui le concerne: http://la-luc.blogspot.com/2020/11/le-secretaire-detat-des-musees-nous.html

Ceci prend un certain temps car il fallut d’abord restructurer BELSPO: https://www.belspo.be
Lorsque cette étape fut franchie, Arnaud Vajda, son nouveau Président du Comité de Direction, a accordé un long entretien à la L.U.C., le 6 février 2023, au cours duquel il a notamment confirmé son intention de concrétiser cette adaptation des 15 points du Code des usagers Culturels.

Le Secrétaire d’État Thomas Dermine souhaite adapter aux musées fédéraux les 15 points du Code de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Comment remédiatiser le Code?

À la mi-décembre 2022, La Direction générale de la Culture a envoyé une instruction aux plus de trois mille diffuseurs qui rappelle qu’ils doivent observer le Code.

Une nouvelle présentation de celui-ci est alors proposée.
Si les 15 points du Code demeurent, le reste du texte a évolué et une nouvelle adresse est indiquée pour le dépôt des plaintes des usagers. Il faut donc oublier l’affiche de 2006 et impérativement utiliser cette nouvelle présentation.

Voici cette nouvelle présentation : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

La bonne volonté du ministère est un fait. Dès que cette nouvelle présentation fut opérationnelle à la mi-décembre 2022 sur le site www.culture.be, la L.U.C. fit plusieurs propositions d’évolution et trois d’entre-elles furent acceptées et mises en place, début mars 2023.

Il serait utile d’ajouter sur cette affiche un QR Code.

Cet e-mail de Direction générale de la Culture omet pourtant d’indiquer aux diffuseurs si elle se charge elle-même d’imprimer et de leur envoyer ces grandes affiches comme elle le fit en 2006. Ce silence cache en fait son souhait de ne plus assumer elle-même cette tâche. Les plus grands diffuseurs peuvent probablement assez facilement imprimer eux-mêmes les grands formats en quelques exemplaires (par exemple en 60 x 80 cm comme ce fut le cas pour la première et seule affiche créée depuis 2006). Mais c’est sans doute bien plus compliqué pour les diffuseurs de plus petite taille. Est-ce à eux qu’il revient d’organiser et de financer la matérialisation de cette obligation alors qu’ils ont dû affronter les effets économiques de la pandémie, de la guerre en Ukraine, des évolutions énergétiques et de l’actuelle inflation des prix?

La L.U.C. pense que la Direction générale de la Culture, en fonction de ses objectifs affichés, devrait continuer à coordonner le travail de médiatisation du Code sur le long terme, d’autant plus qu’elle avait trouvé normal et possible de le faire en 2006.
Il lui semble souhaitable qu’une nouvelle affiche voit le jour non pas seize ans après l’impression de la précédente, mais que, par exemple, elle soit renouvelée tous les deux ans pour tout simplement tirer les leçons de ce passé qui a failli passer au bleu ces 15 droits.
Et si elle s’y refuse, elle devrait au moins l’exprimer clairement aux diffuseurs.

Il faut, bien sûr, que les nouvelles affiches n’aient pas la dimension d’un timbre poste. Il convient de respecter l’esprit qui sous-tend la rédaction du Code. Elles doivent inciter le public à prendre le temps de lire le texte dense qui définit chacun des 15 points.

Le président de « La Ligue des Usagers Culturels » présente l’un des derniers exemplaires de l’affiche de 2006 qui détaille les 15 points du Code ainsi qu’un «mode d’emploi» pour déposer plainte.Celle-ci doit être rapatriée dans ses archives. En effet, il ne faut plus jamais l’exposer car l’adresse pour déposer plainte a entretemps changé. Mais alors ainsi pourquoi la montrer? Pour rappeler sa taille (60 x 80 cm) … afin que des petites sœurs qui vont naître en 2023 soient aussi grandes ! Il faut que les usagers puissent bien lire sans loupe le texte qu’elle est chargée de médiatiser.

 
À Liège, La Boverie a affiché le Code des usagers culturels aussi à la sortie de son institution. Afin que le public, au terme de sa visite, sache où et comment déposer éventuellement plainte.  
C’est le directeur des musées de la ville de Liège, Pierre Paquet, qui a fait parvenir à la L.U.C. cette photo, la suivante ainsi que la première publiée dans cet article. Qu’il en soit remercié.

La ville de Liège commence à agir

La résolution récente en mars 2023 de la plainte adressée par la L.U.C. à un musée de la ville de Liège démontre l’utilité de ce Code. Ici, il s’agissait d’en respecter le point 2.
Voici les échanges de courriels avec la direction du Musée de La Boverie qui ont mené à une solution utile pour bon nombre de visiteurs : http://la-luc.blogspot.com/2023/03/la-boverie-doit-repondre-aux-plaintes.html

Lorsque Pierre Paquet, Directeur des Musées de la ville de Liège, a annoncé cette évolution à la L.U.C., la L.U.C. lui a fait parvenir la lettre suivante :

« Je vous remercie pour votre réaction. Elle vous honore. Nous venons de publier sur notre blog un article détaillé sur cette plainte et son aboutissement. Bien entendu, je vous invite à le diffuser sur vos réseaux.
http://la-luc.blogspot.com/2023/03/la-boverie-doit-repondre-aux-plaintes.html
Vous avez bien compris que le Musée de La Boverie n’est qu’un musée parmi d’autres qui sont sous l’autorité de la ville de Liège.
Pourriez-vous nous indiquer à quelle date ils auront tous mis en place complètement la concrétisation des points 1, 6, 13 et 14 du Code ?
À retrouver ici : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf
Liège serait ainsi sans doute la première ville wallonne à respecter dans ses multiples institutions (il y a aussi les bibliothèques, les salles de spectacle, les cinémas, les centres culturels, etc.) les droits des visiteurs, via ce Code des usagers.
Et pourquoi ne fêteriez-vous pas avec nous pareil événement?  Si vous cherchez des idées pour ceci, on peut en parler! Au plaisir de vous voir réagir».

Ensuite, Pierre Paquet, Directeur des Musées de la ville de Liège, lui répond le 20 mars 2023 en ces termes:

«Vous trouverez ci-joint les vues sur les affichages du Code au Musée de La Boverie.
Nous poursuivons la mise en place pour nos autres sites, en fonction du planning général de travail des collaborateurs, et nous ne manquerons pas de vous tenir informé lorsque ce sera le cas. Des exemplaires de ce code seront également mis à disposition des usagers qui le souhaitent sur nos différents sites. Bien à vous».

Deux « bravos » pour cette plainte au Musée de La Boverie

Remarquons d’abord qu’enfin une institutions culturelle remédiatise la toute nouvelle affiche du Code, et ce, avec ses moyens propres (puisque le Ministère de la Culture n’a pas imprimé lui-même celle-ci jusqu’à présent).

Et d’autre part, il faut constater que le tout nouveau processus pour déposer plainte a bien fonctionné. Ceci demande une explication.

Suite au constat en 2022 de l’état de quasi mort clinique du Code dénoncé par la L.U.C., le cabinet de la Ministre de la culture a organisé une réunion de travail avec le Ministère de la Culture et le Médiateur de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Celle-ci a abouti au maintien des 15 points du Code pour le long terme, mais aussi à un évolution significative de la façon dont le Ministère de la culture traitera les nouvelles plaintes que lui feront parvenir les usagers.

Pour découvrir cette évolution: il suffit de comparer ce qui est mentionné dans la deuxième partie de l’affiche, après l’énoncé des 15 points.

 
Affiche de 2006:
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

Affiche de décembre 2022:
https://www.culture.be/index.php?id=5235

Ce qui s’est passé au Musée de La Boverie montre que l’application de ce nouveau fonctionnement est un succès.

Le Code est un atout fondamental pour une amélioration de notre vie culturelle qui devra sans doute de plus en plus lutter non pas contre l’industrialisation de la culture, mais contre des excès de celle-ci, à un niveau régional, national et international.

Pour ne prendre que l’exemple de la musique, est-il normal qu’en quelques décennies, le démarrage de la prévente des tickets de spectacles se fasse de plus en plus tôt? En 1988: 6 à 9 mois pour les spectacles de Pierre Rapsat, de JJ Goldman ou de Michel Sardou. Actuellement: 18 à 21 mois pour ceux de Mylène Farmer ou de Stromae. Est-ce normal lorsque bien de ces activités sont très rapidement sold-out? Qu’en sera-t-il dans quelques années, si aucune régulation ne se met en place?
Ou que penser du développement actuel de la «tarification dynamique» au départ des États-Unis avec un Bruce Springsteen, par exemple?

N’oublions pas que ces évolutions rendent d’abord la culture de moins en moins accessible aux moins nantis d’entre-nous alors qu’elle est un bien essentiel pour tous.

Aussi ce Code en 15 points n’est bien sûr qu’un début. Il faudra le faire fructifier par d’autres mesures afin que le «supplément d’âme» de la culture ne soit jamais menacé mais s’amplifie.

Il est utile que le public lui-même soit attentif au respect de ses droits. Mais pour ce faire, il doit les connaître.

Beaucoup d’organisateurs culturels sont de très bonne volonté et prêts à respecter le mieux possible leurs usagers. À condition d’avoir connaissance notamment du contenu de chacun des points du Code.

Notre ministère de la culture doit donc, selon nous, veiller inlassablement, mois après mois, année après année, et avec imagination, au concret de cette mission d’information, et du public, et des médias, et des plus de trois milles diffuseurs culturels qu’il aide.



jeudi 16 mars 2023

La Boverie doit répondre aux plaintes


Enfin, la présente plainte a porté ses fruits en mars 2023.
Pour la troisième fois, le Musée de La Boverie était surpris, les doigts dans le pot de confiture, au fil des années, à propos d’une absence d’information, toujours la même, qui pouvait être trompeuse, voire manipulatrice, à l’égard de ses visiteurs.

Heureusement que ceci se passe en Fédération Wallonie-Bruxelles car les organisateurs culturels subsidiés y sont obligés de répondre dans les trente jours de manière circonstanciée aux plaintes écrites des usagers culturels.
C’est le thème du point 15 du Code des Usagers Culturels qui existe depuis 2016 et qui a été rappelée à ceux et celles qui reçoivent des subsides, à la mi-décembre 2022.

Comme la direction du Musée de la Boverie n’avait répondu ni à la plainte, ni à son rappel, le ministère de la culture est intervenu et le lien s’est alors rapidement établi entre ce musée de la ville de Liège et l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.) qui a traité ce dossier.

Et il en ressort que les deux points qu’elle abordait étaient justifiés et que donc, très probablement, La Boverie va évoluer concrètement sur le long terme dans son quotidien, concernant ce sujet.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le débat contradictoire entre usagers, organisateurs et créateurs est donc possible. Pareil fait est si rare dans notre vie collective qu’il mérite d’être souligné, apprécié… et utilisé, et tout particulièrement en faveur du bien commun.

Voici en quatre points (A, B, C, D), l’intégralité des échanges d’e-mails qui ont mené à ces deux changements concrets, utiles à tous les futurs visiteurs.

En espérant que beaucoup d’autres institutions culturelles évoluent de même.

« La famille Soler » de Picasso est un tableau imposant qui est classé « trésor » par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Il est l’une des oeuvres du Musée de La Boverie parmi les plus convoitées pour prêt par les expositions les plus prestigieuses du monde entier.
Si vous désirez voir entièrement ce tableau, regardez cette vidéo : https://www.rtc.be/video/culutre/muse/lige-chefs-d-oeuvre-la-famille-soler_1503041.html
Notre photo ne vous le fait que deviner et pourtant elle ne manque pas d’intérêt.
Elle a été prise de 5 septembre 2010. Ce jour-là, un groupe de visiteurs faisait la fête à la «gratuité du premier dimanche du mois». Or, il était interdit de photographier notamment cette peinture de Picasso. Et donc, en résistance ludique, ce n’est pas une photo de la toile elle-même qui a été prise, mais bien celle de cette bande d’amis qui s’agglutinaient devant.
Lire ici, le dernier paragraphe intitulé «Interdit, ou pas, de photographier» qui détaille cette action symbolique : http://www.consoloisirs.be/dimanches/100905.html

A : LA PLAINTE

Le 15 décembre 2022, est envoyé par le président de la L.U.C. une plainte en deux parties à la direction du Musée La Boverie de Liège :

À l’attention de Monsieur Pierre Paquet, Directeur - Copie à l’échevin de la culture Mehmet Aydogdu

Monsieur le Directeur,

Je me permets de déposer auprès de vous une double plainte concernant la façon dont La Boverie informe ses visiteurs avant qu’ils n’achètent leur ticket.

POINT 1 : Défauts d’information.

Jusqu’au 19 février 2023, plusieurs œuvres maîtresses de La Boverie sont exposées en Suisse au Kunstmuseum Basel, pour l’exposition «La modernité déchirée. Les acquisitions bâloises d'art dégénéré»: celles de Paul Gauguin, James Ensor, Marie Laurencin et Pablo Picasso.

Le 20 novembre 2022, la page de facebook laboverieliege l’a indiqué : «Les œuvres voyagent... Quatre œuvres majeures de la collection du musée, issues de la Vente de Lucerne, ont récemment été décrochées des cimaises liégeoises».

Mais cette information n’est pas suffisante. Nous avons reçu une plainte d’un visiteur qui souhaite conserver l’anonymat, plainte qu’il nous demande de porter ici.

La liste de ces œuvres momentanément non exposées et les noms de leurs auteurs n’est pas présentée aux visiteurs potentiels, ni sur le site du musée, ni dans son hall d’entrée (si possible sur, ou proche du comptoir), et ce, avant que ceux-ci ne paient leur ticket.

Par contre, sur le site du musée, dans le texte « Collection permanente », on découvre durant cette période de prêt des quatre œuvres un texte qui détaille un « moment fort du parcours est consacré aux œuvres achetées lors de la vente de Lucerne (Suisse) en 1939 ». À côté de ce texte, l’onglet très voyant « RÉSERVER » mène à l’achat du ticket, sans aucune annonce des titres de chacune de ces œuvres non accessibles pendant plusieurs mois: https://billetterie.laboverie.com/index-css5-laboverie-pg1.html

Cette double absence d’information au public ne respecte pas notre législation économique qui veut qu’avant achat, le vendeur est tenu d'expliquer clairement à l’acheteur ce à quoi il s’oblige et que «tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur».

D’autre part, elle est également contraire au point 2 du Code des usagers culturels qui s’applique en Fédération Wallonie Bruxelles : «Fournir aux usagers - avant le déroulement de l’activité culturelle envisagée et si l’accès est payant, avant le paiement du billet d’accès - une information la plus complète qui ne porte pas d’indications ou de représentations susceptibles de les induire en erreur, notamment sur la nature, l’éventuel prix d’accès, la durée et la date de l’activité». Code que l’on peut découvrir ici : https://www.culture.be/index.php?id=5235

En Belgique, le Musée Magritte à Bruxelles n’avait pas non plus indiqué explicitement au public avant paiement du ticket les titres des œuvres non exposées momentanément de son fond permanent et il a été obligé par le Médiateur Fédéral de rembourser un ticket à un visiteur qui s’est plaint, suite à un combat de plusieurs années mené par la Ligue des Usagers Culturels (L.U.C.).
Voici le détail des étapes de ce combat :https://www.culture.be/index.php?id=5235

En France, la L.U.C. vient également de gagner un combat analogue. la Fondation Vasarely d’Aix-En-Provence nous écrit, le 2 novembre 2022, en réponse à notre plainte : «Nous avons bien pris en compte votre remarque dés votre premier envoi de mail en inscrivant la mention suivante : Chers visiteurs, l'alvéole n°6 est temporairement fermée pour cause de restauration. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour la gêne occasionnée. Cette mention est visible sur notre affichage tarifaire en billetterie / boutique et apparaît également sur notre site internet : https://www.fondationvasarely.org/horaires-et-tarifs/.».

Il se fait que l’institution culturelle établie à La Boverie, au fil des années, a été déjà prise en défaut à propos de cette thématique à plusieurs reprises (voir annexe 1).

Puisque les fêtes de fin d’années de 2022 approchent, pourriez-vous remédier rapidement à ce double manque (une information écrite à l’accueil pouvant sans doute se concrétiser plus rapidement qu’une évolution du site internet), afin de mieux respecter l’information adéquate de vos futurs visiteurs?

POINT 2 : Où sont les deux affiches obligatoires?

Nous constatons également que La Boverie ne respecte pas actuellement le point 1 du Code : «AFFICHER LE PRÉSENT CODE EN ÉVIDENCE, à l’entrée et à la sortie de tous les lieux où il accueille les usagers et sur son site Internet ».

Vous trouverez ici la liste des 15 points du Code à respecter :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Historiquement, cette place (le point 1) n’a pas été suggérée par hasard par le groupe de travail préparatoire à la rédaction de ce Code. Il avait conscience que ce principe d’affichage était essentiel pour que le public découvre ainsi le contenu de ses droits, car pareille démarche était, et reste d’ailleurs, tout-à-fait inhabituelle pour ce dernier.
Et pourquoi si précisément « à l’entrée et à la sortie »?
À l’entrée pour que l’usager découvre ses droits dès son arrivée à l’activité, ce qui lui permettra d’être attentif à ce qu’ils soient respectés durant celle-ci. Et à la sortie, pour le public qui aurait eu affaire à une difficulté. Alors, celui-ci sera bien content de relire les démarches à entreprendre pour la résoudre.

Pourriez-vous trouver une solution rapidement à cet autre manquement?

ANNEXE :

Il y a donc au moins deux antécédents concernant ce manque d’information du public avant qu’il ne paie soin ticket.

EXEMPLE N°1

Extrait du livre « Les musées aiment-ils le public? » de Bernard Hennebert, publié aux éditions « Couleur livres », sous le sous-titre « Je retiens votre idée… » : http://www.consoloisirs.be/presentation/livre04.html

(…) L’exemple suivant peut induire que, pour certains conservateurs, toute évolution, même limitée par rapport à la problématique que nous venons de soulever, reste inconcevable. Et lorsque des promesses sont faites, elles ne seront pas tenues.

Le Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC) situé dans le Parc de la Boverie à Liège détient neuf toiles de première importance acquises à la vente de Lucerne en 1939. Par son organisation, Hitler voulait voir ce qu’il considérait être « de l’art dégénéré » quitter les musées allemands.
Une œuvre majeure de Picasso ainsi acquise, La famille Soler, datant de 1903, fut notamment présentée à l’exposition Picasso et les Maîtres du 8 octobre 2008 au 2 février 2009 aux Galeries Nationales du Grand Palais à Paris.
Cette peinture, le « clou » du musée, et deux autres, n’étaient pas exposées lors de ma visite du 25 avril 1998. J’envoie la lettre suivante, quatre jours plus tard, à sa conservatrice, Françoise Safin-Crahay : «...C’est votre dépliant qui m’a donné envie de découvrir votre musée. Il reproduit notamment trois œuvres célèbres de votre collection permanente : « Les masques et la mort » de James Ensor, « la famille Soler » de Pablo Picasso et « Le sorcier d’Hiva-Oa » de Paul Gauguin. Hélas, ces toiles n’étaient pas exposées. Je peux comprendre que des peintures ne soient pas présentées temporairement. Par contre, je trouve tout-à-fait incorrect qu’un avis informant le visiteur de ce fait ne lui soit pas accessible avant qu’il ne paie son entrée (50 FB). Voici mes deux questions. Pourriez-vous m’indiquer s’il existe une pratique déontologique qui va dans ce sens, dans votre profession ? Pourriez-vous prendre l’initiative de mettre en place ce type d’information pour vos visiteurs ? Quand ? ».
Cette lettre et son premier rappel, un mois plus tard, restèrent sans réponse. Le 27 juin, je dus donc envoyer un second rappel en recommandé auquel me répondit la conservatrice, le 16 juillet 1998 : « Notre dépliant de présentation est destiné à donner une idée de nos collections mais pas nécessairement de ce qui est exposé. En effet, notre musée conserve plus de 1.000 œuvres dont seulement 100 à 200 sont exposées. Un roulement est effectué dans l’accrochage afin qu’un maximum d’œuvres soient montrées sur une année. De plus, certaines œuvres sont prêtées à des expositions temporaires, ou parties en restauration, ou sont remises en réserve pour faire place à d’autres. Je pense que c’est le cas de tous les musées et je n’ai pas connaissance de règles déontologiques à ce sujet. Je retiens votre idée de signaler l’absence d’œuvres (du moins celles qui sont dans le dépliant qui propose 22 œuvres, au comptoir d’entrée, afin d’éviter toute surprise au visiteur ».
Cinq mois plus tard, j’effectue une visite de contrôle décevante. Je réécris donc à la direction du MAMAC : « Ce 21 novembre, je découvre que vous ne signalez pas au comptoir d’entrée que les toiles suivantes présentées dans votre dépliant ne sont pas exposées : « Le sorcier d’Hiva-Oa » de Paul Gauguin et « La maison bleue » de Chagall. Or, cela fait plusieurs mois que ces deux toiles ne sont plus exposées dans votre musée : la première est présentée à la Fondation Pierre Gianadda de Martigny, du 10 juin au 22 novembre 1998 (cette œuvre illustre d’ailleurs l’affiche de cette exposition), et la seconde peut s’admirer à l’exposition consacrée à Marc Chagall dans la salle Féronstrée à Liège, du 25 septembre au 20 décembre 1998. J’aimerais donc savoir ce que signifie votre expression « je retiens votre idée de signaler... » ».

La conservatrice qui avait mangé son chapeau ne répondra ni à cette lettre, ni à ses deux rappels, le dernier étant à nouveau envoyé en recommandé.
Solide leçon sur le « non droit » absolu de l’usager actif d’un établissement à vocation culturelle. Et sur l’importance de conquérir un simple acquis qui constitue la base indispensable pour tout début de dialogue : le droit pour le public de recevoir une réponse détaillée. A fortiori pour des lettres qui ne se contentent pas d’être plaintives mais qui détaillent des propositions de solutions réalistes et peu onéreuses, utiles pour l’ensemble des visiteurs.

Quant à la problématique concrète soulevée, j’ai eu l’occasion à la mi-juin 2008 de la soumettre publiquement à deux personnalités françaises de premier plan, en participant à « Vive la Culture ! », le Forum du quotidien Libération organisé au Théâtre des Amandiers à Nanterre.
Au cours du débat « Jusqu’où ira le mécénat ? », Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la culture, puis directeur du Château de Versailles, et Françoise Cachin, directrice honoraire des Musées de France, constatèrent que de plus en plus d’œuvres étaient prêtées ou louées à des tierces institutions muséales. À ma question de savoir s’il ne devenait pas évident, dès lors que le public devrait être informé avant d’acheter son ticket de ce qui était réellement exposé, ils constatèrent qu’effectivement il n’était plus adéquat de simplement signaler, comme cela se pratique actuellement, ces décrochages à l’endroit où lesdites œuvres auraient pu être admirées et qu’il faudrait trouver à l’avenir le moyen d’informer, dès le hall d’entrée du musée, de leur accessibilité ou non, au moins pour les œuvres maîtresses.

Encore faudra-t-il passer des déclarations aux actes.

EXEMPLE N°2

Voir ici, le point 14 dans la partie B intitulée « 14 propositions pour le Prix Flop » :
http://la-luc.blogspot.com/2019/01/liste-complete-des-propositions-pour.html

Du 21 décembre 2018 au 18 août 2019 se tient à La Boverie de Liège l’exposition temporaire « Liège. Chefs-d’œuvre » qui se définit comme un voyage inédit à travers «  (…) 200 oeuvres-phares » de la collection du musée des Beaux-Arts de Liège.

À propos du nom «PICASSO» mentionné en deuxième position sur cette affiche, le directeur actuel du Musée de la Boverie : «À l’époque, la direction du musée était autre et nous aurions pu, en effet, privilégier l'ordre alphabétique à l’ordre aléatoire. Nous prenons bonne notre de votre suggestion».
Il s’agit que l’exposition temporaire « Liège. Chefs-d’œuvre » qui s’est déroulée du 21 décembre 2018 au 18 août 2019 à La Boverie de Liège.
Alors que la toile « La famille Soler », l’une des plus connues du musée, ne fut pas exposée pendant une partie de cette exposition, cette affiche est censée faire allusion à une autre toile de Picasso, petite et peu connue, de cette institution.
À quelle toile pensent donc les visiteurs en découvrant cette affiche?
Ceci pose le problème du droit à l’information de l’usager culturel. La communication a pris la place de l’information quasi partout, avec ses dérives.


La promotion (dépliants, affiches, site), propose une liste d’une vingtaine de noms de famille d’artistes exposés, en lettres majuscules. Ceux-ci ne sont pas présentés par ordre alphabétique mais apparemment par ordre d’importance. Le nom de PICASSO figure en deuxième position (après INGRES, et suivi par ENSOR, MONET, GAUGUIN et LÉGER dont les œuvres constituent depuis longtemps les « oeuvres-phares » de l’institution).

Est bien exposée une toute petite toile de Picasso, « Deux têtes », pas du tout mise en évidence puisque placée tout en haut d’un panneau, quasi invisible pour les visiteurs qui mesurent moins de 1m70, à moins qu’ils se promènent avec un escabeau, ce qui est sans doute interdit.

«Deux têtes»: toute petite toile de Picasso acquise par le Musée de La Boverie.

Il ne s’agit bien entendu pas de la fameuse œuvre de Picasso détenue par le musée, l’un de ses « must » célébré depuis son acquisition en 1939 dans tous les guides touristiques : « La Famille Soler ». L’une des toiles maîtresses de l’historique acquisition de la Ville de Liège lors de la vente d’art « dégénéré » (selon les nazis) à Lucerne : https://www.laboverie.com/les-collections/le-musee-des-beaux-arts/historique-des-acquisitions-de-la-ville-de-liege/les-acquisitions-de-la-ville-de-liege

En fait, cette toile n’est pas exposée, du moins durant les premiers mois de l’exposition « Liège. Chefs-d’œuvre » car ce tableau imposant qui est classé « trésor » par la Fédération Wallonie-Bruxelles a été prêté au Musée d’Orsay de Paris pour son exposition « Picasso. Bleu et rose »   (du 18/09/2018 au 06/01/2019).

Il ne s’agit pas ici de critiquer cette absence mais de dénoncer le fait que l’affichage et les dépliants peuvent laisser imaginer que « La Famille Soler » est bien exposée. Plusieurs gardiens de La Boverie ont d’ailleurs confirmé à un visiteur que plusieurs personnes leur avaient demandé où était placée cette toile et avaient regretté son absence.

Ce n’est pas respecter le visiteur que de ne pas placer un avis précis sur cette absence, notamment sur le comptoir à l’entrée, ce qui permet au public d’avoir connaissance du contenu de l’exposition avant d’acheter son ticket.

B : LE RAPPEL … AVEC UN MERCI !

Aucune réponse circonstanciée (et même pas un accusé de réception) n’est adressé dans les 30 jours (comme c’est obligatoire) à la L.U.C.

Le 18 janvier 2023, un premier rappel est envoyé sous la forme suivante.

Monsieur le Directeur,

Je suis très content que vous avez tenu compte concrètement du point 1 de notre plainte envoyée le 15 décembre 2023. Je vous en remercie vivement.

En effet, vous avez affiché à l’entrée un grand panneau avec photos qui indique quelles œuvres de votre collection permanente qui ne sont pas exposées momentanément.

Vous avez détaillé des informations analogues sur votre site, en évidence, avec les photos de quatre de vos œuvres, sur la page d’accueil et dans la rubrique « Votre visite » :
https://www.laboverie.com/les-collections/le-musee-des-beaux-arts/oeuvres-de-la-collection-permanente-actuellement-en-pret

Cependant, je m’étonne que, depuis plus d’un mois, vous n’ayez ni accusé réception, ni répondu à notre lettre. Pourtant le Code des usagers, dans son quinzième point vous y oblige :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Pourriez-vous donc nous répondre, pas pour la forme, mais surtout pour aborder le point 2 de notre plainte pour lequel nous sommes sans réaction de votre part?

C :  FACE AU SILENCE, PLAINTE AU MINISTÈRE

Un mois plus tard, malgré ce rappel envoyé le 18 janviers 2023 (lire ci-dessus), aucune réponse n’est envoyée par la direction du Musée de la Boverie à la L.U.C.

La L.U.C. dépose alors plainte, le 21 février 2023, auprès du «Guichet Culture» de notre Ministère de la Culture, à l’adresse suivante : culture.info@cfwb.be

Le fait de ne pas répondre de façon détaillée à une plainte est grave et l’organisateur qui commet cette infraction peut risquer gros :
« Les sanctions appliquées par la Fédération Wallonie-Bruxelles seront proportionnelles à la gravité et la récurrence des manquements aux engagements. Exemples de sanction : «suspension temporaire d’une partie de la subvention accordée, suspension temporaire de la totalité de la subvention accordée, diminution de la subvention accordée, résiliation de la convention ou du contrat programme. La Fédération Wallonie-Bruxelles ne sanctionnera les opérateurs culturels défaillants qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre».

À l’attention des responsables du « Guichet Culture »

Le 21 février 2023,

Madame, Monsieur,

Je me permets de déposer plainte auprès de vos service comme prévu par la Code des droits des usagers culturels :
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Pierre Paquet, le directeur du Musée de le Boverie de Liège, n’a ni accusé réception, ni répondu de manière circonstanciée, à ma double plainte adressée le 15 décembre 2022, puis à son rappel du 18 janvier 2023.

Ainsi, il ne respecte pas le point 15 du Code.

Je pense qu’il a bien reçu et lu ma lettre du 15 décembre 2022 puisqu’il a partiellement tenu compte d’une partie du contenu de celle-ci.

Pourriez-vous tenter de faire respecter par cet interlocuteur ce droit afin ce que je reçoive une réponse détaillée de sa part sur le deux sujets de ma missive?

Le site internet de La Boverie de Liège affiche le sigle de la Fédération Wallonie-Bruxelles :
https://www.laboverie.com

D : ENFIN, LA RÉPONSE DU MUSÉE « LA BOVERIE »

Le 9 mars 2023, soit une quinzaine de jours après la plainte adressée par la L.U.C. au « Guichet Culture» du Ministère, Pierre Paquet, le Directeur des Musées de la Ville de Liège (dont La Boverie) répond à la L.U.C. :

Monsieur,

Monsieur Jean-Louis Blanchart, Directeur général adjoint du Service général du Patrimoine, nous a bien transmis votre plainte concernant une situation non conforme au musée de La Boverie et le défaut de réponse à vos messages.

Nous sommes vraiment navrés de cette situation car nous mettons toujours un point d'honneur à répondre aussi vite que possible aux nombreux messages que nous recevons via divers canaux, à tout le moins à accuser réception. Un malheureux concours de circonstances fait que nous nous trouvons à vous répondre avec plus de deux mois de retard et nous vous prions d'accepter toutes nos excuses pour ces délais.

Pour répondre spécifiquement à votre plainte et aux remarques antérieures que vous avez formulées, voici ce dont nous souhaitons vous faire part.

Point 1

A : Le prêt de 4 œuvres à Bâle

En attendant de mettre en place le dispositif d'information affiché à l'entrée du musée concernant le prêt momentané de 4 œuvres à Bâle (4 sur les 9 acquises lors de la vente de Lucerne en 1939), il était prévu que les agents d'accueil en informent systématiquement les visiteurs au moment de l'achat du billet d'entrée.
Nous sommes désolés si l'agent a justement oublié de vous signaler ce point lors de votre visite.

Après le départ des œuvres (Picasso, Ensor, Gauguin, Laurencin), l'information a été diffusée via nos réseaux sociaux, le panneau d'information a été placé aux caisses puis l'information précisée sur notre site internet.
Nous reconnaissons que tout cela a pris un peu trop de temps en effet; les équipes en sous-effectif en sont, sinon une excuse, à tout le moins une explication.
Notons toutefois que, des achats de Lucerne, restaient néanmoins aux cimaises d'autres œuvres importantes : Kokoschka, Chagall, Pascin, Liebermann (le dernier, Franz Mark, est une œuvre sur papier, très fragile, et ne peut pas être exposée en permanence).

B : La présentation de la collection permanente sur notre site

Au niveau du site internet, la section consacrée à la collection permanente présente divers articles de fond sur une sélection de la collection. Parmi ces articles, certaines œuvres ont été retirées du musée pour en proposer d’autres.
Toutefois, après réception de votre courrier, nous avons pris bonne note des remarques et avons modifié le texte en conséquence (y compris le texte de présentation au niveau de la billetterie en ligne).


Suite à la plainte de la L.U.C., le Musée de La Boverie a affiché un grand panneau informatif annonçant le décrochage des cimaises de plusieurs toiles de son fond permanent. Il n’est pas possible pour un visiteur qui achète son ticket à la caisse, dans le hall d’entrée, de ne pas, ainsi, en être informé. Bravo!
De plus, le texte de cet avis fait indirectement la promotion de La Boverie puisqu’ainsi le public découvre que ses toiles sont appréciées par d’autres musées.



Ces deux photos ont été prises pendant le week-end des 11 et 12 mars 2023 par deux visiteuses actives liégeoises sensibles au travail de la L.U.C.
Mais ce jour-là, le musée n’avait pas encore placé à l’entrée et à la sortie de son institution (comme il est obligé de le faire) des affiches du «Code des usagers culturels» qui détaillent les 15 droits de ceux-ci. Elles reviendront…
Et les autres musées de la ville de Liège devraient bien sûr agir de même. Ainsi que les centres culturels, les salles de spectacles, les cinémas, les bibliothèques, les festivals d’été, etc. qui sont subsidiées par la Fédération Wallonie-Bruxelles à Liège (et partout ailleurs en Wallonie et à Bruxelles).
Voici cette obligation. C’est le point 1 : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

 

C : Problèmes similaires antérieurs

Concernant les deux plaintes antérieures mentionnées, si elles relèvent le même problème d'information aux visiteurs, l'un de ces incidents remonte à plus de vingt ans, longtemps avant la rénovation du musée. Le fonctionnement du musée a été modifié en profondeur depuis, tant sur le plan architectural qu'au niveau des équipes en place, de la direction et des conservateurs notamment.

Le deuxième point concerne l'exposition "Liège Chefs-d’œuvres" ; en effet, le dépliant y fait mention de Picasso parmi les artistes exposés : "La Famille Soler" étant en prêt au musée d'Orsay en début d'exposition, il a été décidé de mettre en valeur "Les deux têtes", une œuvre exceptionnelle qui venait d'arriver au musée pour un dépôt à long terme et que nous souhaitions mettre en évidence et la faire découvrir aux visiteurs. Il s'agissait donc, pour le musée, d'une œuvre importante.
Le dépliant citait plusieurs artistes de renom présent parmi ces chefs-d‘œuvres de nos collections.
À l'époque la Direction du musée était autre et nous aurions pu, en effet, privilégier l'ordre alphabétique à l’ordre aléatoire. Nous prenons bonne notre de votre suggestion.

 
Point 2 - Le code des usagers culturels

C'est en effet votre courrier qui nous a rappelé ce bon usage. Nous l'avons fait figurer au sein de notre site (onglet "infos pratiques" et il est affiché à l'accueil du musée/(https://www.laboverie.com/votre-visite/code-des-usagers-culturels). Il sera également affiché sur place.

Nous avons donc bel et bien reçu le courrier et tenté dans les plus brefs délais d'accorder une suite à ces remarques pertinentes, malgré le délai très tardif de réponse au mail que nous vous faisons aujourd'hui.

Sachez que nous tenons compte de votre message - comme d'ailleurs de ceux d'autres visiteurs - pour améliorer toujours notre accueil, la valorisation de nos œuvres et notre communication.

En vous remerciant de votre compréhension, veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de notre parfaite considération.

Pierre Paquet, Directeur des musées de la ville de Liège.


mercredi 15 mars 2023

Deux musées d’Aix-En-Provence : durs d’oreille face aux plaintes?

Le 29 avril 2022, j’ai eu l’occasion de visiter deux des plus importantes institutions culturelles d’Aix-En-Provence : le Musée (public) Granet et la Fondation (privée) Vasarely.

Toutes deux ont été les récipiendaires de mes plaintes. Le sujet me semble intéressant car il a fallu de nombreux mois pour tenter de recevoir des réponses claires aux problématiques posées.

Pour sortir d’un embourbement, j’ai dû expliquer à chacun d’eux qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, les acteurs culturels subventionnés étaient obligés d’appliquer une Charte (ou Code) des usagers culturels qui se compose de quinze points concrets.
L’un de ceux-ci me semble essentiel. C’est le quinzième qui les oblige à répondre aux plaintes écrites de manière circonstanciée dans les trente jours.

Et ce qui va se passer à Aix-En Provence me semble le confirme de façon éclairante.

Et si l’un de ces quinze points n’est pas respecté? « Les sanctions appliquées par la Fédération Wallonie-Bruxelles seront proportionnelles à la gravité et la récurrence des manquements aux engagements. Exemples de sanction : « Suspension temporaire d’une partie de la subvention accordée, suspension temporaire de la totalité de la subvention accordée, diminution de la subvention accordée, résiliation de la convention ou du contrat programme. La Fédération Wallonie-Bruxelles ne sanctionnera les opérateurs culturels défaillants qu’après un avertissement et un rappel à l’ordre ».

Cette Charte existe depuis 2006 et elle vient d’être réaffirmée par le Ministère de la culture aux acteurs culturels subsidiés, à la mi-décembre 2022 : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Bien entendu, cette obligation de répondre aux plaintes est essentielle. Elle crée d’une certaine façon l’obligation de dialoguer entre le monde culturel et ses usagers. Essentiel lorsqu’on souhaite une démocratisation de la culture. Et pas que dans les musées, bien sûr.

Pareille obligation, avec sanction possible en cas de non respect, n’existe pas en France. Et le présent article va vous montrer que le législateur de ce nation aurait tout intérêt à reprendre à son compte l’initiative belge francophone.


Le rez-de-chaussée de la Fondation Vasarely est composé principalement de huit très grandes alvéoles qui abritent, chacune, plusieurs immenses toiles de l’artiste

La Fondation Vasarely finit par évoluer

Des œuvres peuvent ne pas être exposées dans des musées pour différentes raisons entièrement justifiées. Il en est parfois de même pour des salles entières dont l’ensemble des trésors restent momentanément inaccessibles.

En 2022, près de sept mois d’échanges écrits avec la Fondation Vasarely d’Aix-En-Provence ont permis une évolution significative en France du droit des usagers à être informés du contenu de ce qu’ils pourront découvrir lors de leur visite, et ce, avant qu’ils n’achètent leur ticket.
Cependant, il a fallu beaucoup d’obstination et ce n’est qu’en fin de parcours que l’évolution constructive apparait, et non pas dès la réception de ma plainte en tant que président de « La Ligue des Usagers Culturels », comme le laisse penser l’ultime réponse de la Fondation.
Il me semble particulièrement intéressant de vous offrir tous les détails de ce long cheminement.

Le 6 mai 2022, j’envoie le courriel suivant à la direction de la Fondation Vasarely d’Aix-En-Provence : « Une bonne quarantaine d’œuvres monumentales sont exposées dans sept salles au rez-de-chaussée de votre institution. Lors de ma visite le 29 avril 2022, notamment la salle 6 est inaccessible pour d’importants travaux. Les projets de restauration sont très bien détaillés sur des panneaux pédagogiques situés à l’intérieur du musée. Hélas, concernant cette série d’œuvres qu’on ne peut admirer, aucun information n’est donnée aux visiteurs avant qu’ils ne paient leur ticket. Rien de précis non plus à ce sujet sur le site internet à la page « tarification » (ni ailleurs). Sur le comptoir, à l’accueil où s’achètent les tickets, il y a bien un « Tarif Billetterie 2022 » fort détaillé mais il ne propose pas cette information. On y trouve aussi de multiples documents comme celui intitulé « à notre aimable clientèle » qui explique que le parking n’est pas surveillé. Tout ceci est bien utile mais l’information sur le fait qu’une salle entière n’est pas accessible constitue également une donnée que le visiteur doit pouvoir connaître avant de s’acquitter du montant de son ticket. Dans tout domaine économique (et il y a un prix d’entrée dans votre musée comme dans nombre d’autres activités culturelles), il est admis, qu’avant achat, le vendeur est tenu d'expliquer clairement à l’acheteur ce à quoi il s’oblige et que tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur. Nous espérons que cette plainte vous sera utile et vous aidera à encore mieux accueillir vos visiteurs dans le respect de leur droit à être informé de façon détaillée. Pour y parvenir, l’évolution à mettre en place ne vous coûtera pas cher et peut se réaliser rapidement. Pourriez-vous réagir à cette demande et nous tenir au courant de vos intentions?».

Sans réponse, j’envoie un premier rappel le 7 juin 2022 auquel il m’est répondu le jour même: « Je vous prie de nous excuser pour ce délais de réponse mais votre mail s'est retrouvé dans les spams. Votre plainte est justifiée car chaque agent est tenu d'informer le visiteur sur les différents espaces d'exposition qu'il sera amené à rencontrer. Il doit aussi lui être précisé que des médiateurs sont disponibles dans certains de nos espaces pour répondre à leurs éventuelles questions. Nous sommes une petite équipe polyvalente et nous mettons tout en œuvre pour faire vivre ce lieu et accueillir le visiteur dans les meilleures conditions possibles (…). Je vous remercie pour cette plainte constructive et je me permets de vous inviter à venir découvrir notre nouvelle exposition (…). N’hésitez donc pas à m'envoyer un mail pour me prévenir de votre venue, je vous laisserai ainsi, une invitation à l’entrée (…) ».

C’est l’alvéole N° 6 de la Fondation Vasarely qui est en travaux et inaccessible au public lors de notre visite.  


Le lendemain, le 8 juin 2022, je réponds : « Je vous remercie pour votre réponse du 7 juin 2022 ainsi que du fait que vous trouviez ma plainte justifiée et constructive. Vous avez constaté que celle-ci ne concerne qu’un élément précis : le droit de vos futurs visiteurs à savoir AVANT qu’ils n’achètent leur ticket (sur internet et à l’accueil de votre musée) qu’une salle entière de votre Fondation est inaccessible. Les médiateurs « disponibles dans certains espaces » que vous me signalez pourront effectivement donner cette information, mais probablement APRÈS que le public ait payé, ce qui n’apporte pas de solution au problème posé, me semble-t-il. Quant à la personne de votre « petite équipe polyvalente » qui est à l’accueil, j’ai constaté, lors de ma visite, qu’elle avait bien d’autres actions à faire et bien d’autres réponses à donner aux nombreuses questions des visiteurs que pour ne pas avoir le temps ou oublier, avant l’achat des ticket, de leur indiquer, si possible dans leur langue (votre Fondation a la chance d’accueillir nombreux visiteurs étrangers) que telle ou telle salle est inaccessible. Voyez-vous d’autres solutions efficaces que d’offrir cette information précise à vos visiteurs par un écrit à placer sur le comptoir ou dans le hall d’entrée ET prévoir une indication sur votre site internet à la page des tarification ou à celle qui permet au public d’acheter son ticket? Si vous avez d’autres solutions, elles m’intéressent bien sûr, et je serais heureux de vous lire à ce sujet. Les deux propositions que je vous ai suggérées ont l’intérêt de ne coûter quasi rien et de pouvoir se concrétiser immédiatement, d’autant plus que la belle saison arrive. Je vous remercie beaucoup pour l’invitation que vous me proposez. Hélas, je ne pourrai pas l’utiliser car j’habite à Bruxelles. Pourriez-vous donc me signaler l’aménagement « constructif et justifié » que j’espère que vous pourrez concrétiser à l’entrée de votre musée dès qu’il sera opérationnel et surtout m’en envoyer une photo libre de droits afin que je puisse illustrer un article destiné à mon public où j’espère pouvoir remercier votre Fondation pour son effort de respecter au maximum le droit de son public à être efficacement informé? (…) ».

Environ trois mois et demi plus tard, toujours sans réponse, le 21 septembre 2022, je me permets d’envoyer un nouveau rappel. À nouveau, plus d’un mois d’attente en vain. Le 24 octobre 2022, j’envoie alors le courriel suivant : « Après plus d’un mois, nous nous permettons de vous envoyer ce deuxième rappel. Il y a parfois une grande différence entre ce qui se passe dans la partie francophone de la Belgique et ce qui se vit en France. Chez nous, les acteurs culturels sont obligés de respecter le « Code de respect des usagers culturels » dont le point 15: « Obligation de répondre de manière circonstanciée aux plaintes écrites des usagers qui lui sont adressées, dans les 30 jours de leur envoi » (https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf). Il m’étonne qu’un Musée de France comme le vôtre ne réponde pas de façon circonstanciée de la même manière à ma présente plainte. Je demeure donc avec détermination (ce qui me semble une attitude citoyenne positive pour le bien de tous) en attente de votre réponse (…) ».

Le 2 novembre 2022, la Fondation réagit enfin : « Cher Monsieur Hennebert, nous avons bien pris en compte votre remarque dès votre premier envoi de mail en inscrivant la mention suivante :
" Chers visiteurs, l'alvéole n°6 est temporairement fermée pour cause de restauration. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour la gêne occasionnée. Cette mention est visible sur notre affichage tarifaire en billetterie / boutique et apparaît également sur notre site internet. En vous souhaitant une agréable journée, bien cordialement ».

Suite à notre plainte, voici l’ajout sur le site de la Fondation Vasarely qui permet au public d’être mieux informé AVANT d’acheter son ticket : le texte intitulé « Informations ».

Le Musée Granet comprend-il les enjeux de la plainte?

Le 5 mai 2022, je contacte le Musée Granet d’Aix-en-Provence pour lui signaler que son ticket est parfait, à part une phrase: « Ce billet ne peut être ni échangé, ni remboursé ». J’ indique notamment : «  (…) J’imagine qu’il s’agit d’un modèle de ticket que se partagent différents acteurs culturels. Ne pourriez-vous pas, suite à ma présente plainte, entamer une discussion concernant son retrait ou une réécriture moins absurde? Grand merci de me tenir au courant du suivi ». Sans accusé de réception, j’envoie un rappel le 7 juin 2022.

Le 11 juin 2022, je reçois une réaction qui ne répond pas vraiment à ma plainte: « Je suis désolée pour ma réponse tardive (…) En ce qui concerne l'échange (des tickets), nous ne pouvons pas, dans la majorité des cas, modifier au bon vouloir des gens leur date ou heure de visite guidée, par exemple, puisqu'ils choisissent eux-mêmes. Nous avons des contraintes de jauges à respecter. En revanche, selon les demandes de changement de dates de billets de visites guidées qui me sont demandées en direct, je réponds parfois favorablement lorsque cela est possible. En ce qui concerne les remboursements, nous sommes soumis aux autorisations du trésor public, les changements d'avis de dernière minute ne faisant pas partie de ces dernières. Par contre nous remboursons aux visiteurs qui achètent leurs billets en caisse, suite à une mauvaise compréhension entre le personnel d'accueil et l'acheteur par exemple. (…) Nous vous remercions pour l'attention que vous avez porté à notre établissement qui s'efforce d'améliorer en permanence l'accueil des ses publics. Nous avons récemment obtenu le label Tourisme et Handicap. Je vous souhaite un agréable Week-End. ».

Je réagis, le 20 juin 2022 : « (…) Votre réponse est intéressante par son honnêteté et sa nuance. Je vous en remercie. Mais elle prouve que vous n’appliquez pas toujours ce texte « Ce billet ne peut être ni échangé, ni remboursé » puisque vous nous citez des exemples concrets de changement et de remboursements. Il est donc trompeur de publier ainsi ce texte sur vos tickets et cela peut induire en erreur certains de vos visiteurs qui auraient des raisons sérieuses pour des demandes d’échange et de remboursement, et, du coup, s’en abstiendront. (À propos donc de la phrase contestée), ne pourriez-vous pas, suite à la présente plainte, entamer une discussion concernant son retrait ou une réécriture moins absurde? Grand merci de me tenir au courant du suivi ».

Cette fois-ci, le musée réagit rapidement. Il m’écrit le 23 juin 2022: « Il me semble a contrario qu'il serait "malhonnête" de ne pas inscrire ces mentions sachant pertinemment que nous ne pouvons pas modifier de manière automatique les dates ou horaires dans le respect de nos contingents (qui d'ailleurs sont mis en place pour le confort de visite des participants). Pour ma part, j'ai effectivement fait des exceptions sur des changements de dates de visites car cela était possible sur ces rares exceptions, et surtout humain à la vue des situations (malaise d'un visiteur et décès de la mère d'une autre personne pour ne citer que ces deux exemples). De manière plus générale, en ce qui concerne notre établissement en tout cas, les gens prévoient de moins en moins leur dates de visite à l'avance, et les réservations restent à la marge en ce qui concerne le public individuel ».


Insatisfait par cette réponse, je réécris, le 29 juin 2022: «Il m’apparait que vous évitez de répondre à la problématique globale que pose ma plainte car vous limitez son champ d’action qu’à des problèmes concrets de changement de dates de visite. Mais un visiteur peut demander un échange ou un remboursement pour de nombreuses autres raisons et vous ne les envisagez pas. Je vous pose donc la question autrement. Si votre institution commet des erreurs ou des fautes que le visiteur peut prouver et qu’il demande à être remboursé, vous n’allez donc jamais le faire? C’est la phrase courte et sans nuance de votre ticket qui le proclame « Ce billet ne peut être ni échangé, ni remboursé ». Il y a pourtant des demandes diverses de remboursements qui peuvent se présenter dans tout musée, et pourquoi pas dans le vôtre? Vous serez d’accord pour dire que la perfection n’est pas de ce monde. (…) Il s’agit donc d’une phrase léonine probablement illégale, même si elle est régulièrement utilisée dans le secteur culturel. D’autant plus qu’elle n’est pas ici assortie de précisions concrètes : « dans tel cas ou dans tel cas, etc. ». Son côté « généraliste» est probablement là pour faire hésiter le visiteur à entreprendre une réclamation d’autant plus qu’il n’est pas prêt à engager des frais d’avocat, vu le prix modéré du ticket. Cette phrase imprimée sèchement, sur tous vos tickets et pendant des années, m’apparaît donc comme irrespectueuse des droits de vos visiteurs, ce qui est problématique pour une institution subventionnée. Pouvez-vous revoir votre positionnement où vous m’indiquez qu'il serait, au contraire,  « malhonnête » de ne pas inscrire ces mentions sur les tickets que vous délivrez? J’attends avec beaucoup d’intérêt votre réponse».

Pas de réponse. J’attends alors la fin des vacances d’été pour envoyer un rappel, le 21 septembre 2022 : « Vos réactions nous paraissent pourtant essentielles car nous étions entré enfin dans la phase concrète décisive de nos échanges ».
Toujours pas de réponse. Donc, j’envoie un nouveau courriel le 24 octobre 2022: «  (…) Il y a parfois une grande différence entre ce qui se passe dans la partie francophone de la Belgique et ce qui se vit en France. Chez nous, les acteurs culturels sont obligés de respecter le « Code de respect des usagers culturels » dont son point 15: « Répondre de manière  circonstanciée aux plaintes écrites des usagers qui lui sont adressées, dans les trente jours de leur envoi » (https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf
). Il m’étonne qu’un Musée de France comme le vôtre ne réponde pas de façon circonstanciée de la même manière à ma plainte. Je demeure donc avec détermination (ce qui me semble une attitude citoyenne positive pour le bien de tous) en attente de votre réponse ».

Je dois bien constater la suite de cette absence d’une réponse circonstanciée et donc, le 16 décembre 2022, j’adresse au Musée Granet ce troisième et ultime rappel : « Nos courriels précédents ont occasionné votre silence. Essayez de me répondre dans le mois. Ensuite, je publierai le compte-rendu dans mon voyage instructif à Aix-En-Provence où j’ai dû faire un suivi sous forme de plaintes pour deux musées, le vôtre et la Fondation Vasarely. Pour cette dernière, l’échange de courriels ne fut pas simple non plus. (Tout ceci) est très instructif sur le non respect des droits des visiteurs, si on ne s’obstine pas à les quémander avec beaucoup d’énergie plusieurs fois. Mais, à l’inverse de ce qui se passe jusqu’à présent avec votre Musée Granet, la fin de l’histoire est positive pour cette Fondation privée. Il y a finalement une véritable avancée en faveur des usagers culturels. J’espère encore qu’il en sera de même pour votre institution, d’autant plus qu’elle est publique ».

Quelques jours plus tard, le 22 décembre 2022, le Musée Granet m’envoie ce courriel bref, avec une nouvelle intéressante… mais qui fait l’impasse sur le contenu même de ma plainte : « Bonjour Monsieur Hennebert, voici une nouvelle information ajoutée à notre billetterie en ligne pour la prochaine exposition en 2023: les billets de visites libre sont échangeables sur demande par mail. Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année. Cordialement. ».

samedi 11 mars 2023

Il pleut. Rembourse-t-on?

Ne pas rembourser si la pièce de théâtre ou le concert s’interrompt après s’être déroulé à moitié?
Cette règle absurde qui consiste pour le public de ne pas avoir droit à découvrir, d’une façon ou d’une autre, l’entièreté d’un spectacle existe, parfois bien installée dans la mentalité de certains organisateurs.

Quand l’activité se déroule à l’extérieur, c’est bien plus fréquent. Dans La Libre du 8 août 2002, AdH note, à propos du Théâtre des Galeries de Bruxelles : « Ceux qui n’ont pas vu 50% du spectacle peuvent assister à la séance de rattrapage. Mais un spectacle vu à 55% est considéré comme vu, et on n’a pas droit au jour de relâche ».

Heureusement, certains responsables de spectacles de théâtre de plein air se sont organisés face à la pluie. Ils prévoient en général, chaque semaine, un ou deux jours de relâche qui peuvent être transformés en journées de remplacement et les spectateurs qui ne seraient pas libres ces jours-là pourront se faire rembourser.

Clarifier ce qui peut prêter à confusion

Mais tout le monde n’agit pas avec autant de mansuétude. Voici une des « Conditions générales de vente » du Théâtre National Wallonie-Bruxelles, à respecter lorsque la météo est à la pluie lors d’un spectacle en plein air : « En cas d’interruption d’une représentation après la première moitié d’un spectacle, les billets ne peuvent être ni repris, ni échangés pour une autre date, ni remboursés ».

Au spectateur qui marque son étonnement car il comprend, à la lecture de ce texte des conditions générales, que cette règle pourrait s’appliquer aussi pour des interruptions de spectacles donnés dans ses salles, la directrice des relations avec les publics explique par courriel, le 28 janvier 2020, qu’il n’en est rien. Puisque cette interpellation de ce spectateur laisse penser que le texte de la règlementation peut donner lieu à confusion, elle veillera « à apporter de la clarté à ces stipulations dans un proche avenir ». Elle indique également: « Sachez qu‘en cas de difficulté éventuelle, nous agissons toujours afin de tenter en priorité de satisfaire la demande des spectateurs, nous avons bien sûr à cœur d’avoir les meilleures relations possibles avec nos publics ».
Il a fallu envoyer plusieurs rappels durant la pandémie de la Covid pour que l’évolution des textes soit effective. Il est vrai qu’il y a eu aussi des changements de personnes au sein du personnel de cette institution et, finalement, un nouveau directeur mis au courant de ce contentieux « textuel » chargea une de ses collaboratrices de prendre à bras le corps le dossier. Le 22 septembre 2022, une solution est trouvée pour que la distinction dans le texte entre spectacles en plein air ou en salle ne supporte plus aucune ambiguïté.

« La formulation nous semblait claire »

Cependant, une nouvelle phrase semble à nouveau imprécise. Il s’agit de : « Dans une telle hypothèse (interruption après la moitié de leur déroulement pour les spectacles donnés en salle), le Théâtre National proposerait une autre date de représentation ou à défaut le remboursement du billet ».
La direction du Théâtre est alors à nouveau questionnée : « Que ce passe-t-il, dans ce cas de figure, si votre théâtre propose effectivement une autre date de représentation et que celle-ci n’agrée pas le spectateur? Par exemple, il a déjà prévu une autre activité à cette date. Ou, touriste, il est reparti entretemps sur ses terres, etc. Cette situation n’est pas prévue dans votre texte. Dans ce cas-là, le spectateur, vous le remboursez ou vous ne le remboursez pas? Nous vous remercions beaucoup pour cette clarification ».

Dès le lendemain, vient la réponse: « Dans une telle hypothèse le Théâtre National Wallonie-Bruxelles proposerait, selon la préférence du spectateur, une autre date de représentation ou le remboursement du billet ». Notre interlocutrice tire ainsi enseignement de ces différents échanges: « Je vous avoue que la formulation me semblait claire et précise (…) Il est toujours intéressant de mettre en contraste ce que nous pensons être évident et la perception qu’en a une personne extérieure à notre maison. C’est de cette manière que nous pouvons évoluer. Je vous souhaite une belle journée ».

D’autres règlements de salles de spectacles ou de musées peuvent poser également question aux usagers.
D’où cette proposition : que tous les organismes culturels qui rédigent pareilles directives qui définissent leurs liens avec leur public (dont bien souvent de nombreuses interdictions ou restrictions) fassent donc vérifier leur copie par des experts des usagers culturels afin de découvrir leurs remarques, pour éventuellement en tenir compte, avant de donner leur feu vert pour publication et mise en application.


jeudi 17 novembre 2022

Notre Banque Nationale préfère l’anglais ?

Voici, en quatre étapes, le suivi d’une plainte de La Ligue des Usagers Culturels concernant principalement l’usage des langues dans une exposition d’Art Contemporain de la Banque Nationale de Belgique se déroulant à Bruxelles :
https://www.nbb-expo.be/index_fr.html#location

Outre l’intérêt du sujet lui-même, le présent article mérite votre lecture car il démontre, une fois de plus, comment certains préfèrent répondre globalement à vos questions, ce qui pour conséquence l’omission de leur avis sur tel ou tel sujet précis.
Il convient alors de persister et de reposer les questions non traitées.
La détermination est une vertu quasi obligatoire lorsque les usagers culturels veulent aborder des débats nouveaux qui les concernent directement.
Et celle-ci, bien souvent, porte ses fruits.


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1 : plainte de la L.U.C. (10 septembre 2022)

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À l’attention de Madame Anne Bambynek, Conservatrice de la Collection d’Art Contemporain de la Banque Nationale de Belgique:

La Banque Nationale de Belgique est un service public fédéral et est donc soumise aux règlementations linguistiques qui ne sont pas du tout respectées, ni dans l’organisation autour de l’exposition « (Un)Common Values », ni dans son parcours lui-même.

AUTOUR DE L’EXPOSITION

A - L’exposition « (Un)Common Values » de la Banque Nationale de Belgique se déroule à Bruxelles, capitale où les langues officielles sont le néerlandais et le français (bien sûr, d’autres langues en plus sont souhaitables, mais de façon facultative), avec la collaboration notamment de Visit.Brussels.

B - Le titre de l’exposition est uniquement en anglais et il s’agit d’un jeu de mots que ne peuvent comprendre que les personnes qui maîtrisent bien cette langue.
Or, il ne s’agit pas d’une activité réservée à un public spécialisé puisque l’affichage est massif dans les rues de Bruxelles. La majorité de ses habitants est-elle ainsi prise en compte?

C - Tous les textes de l’affiche sont en anglais uniquement.

D - Le catalogue de l’exposition consacre ses 76 pages aux illustrations et à des textes en anglais: présentation des œuvres et autres rédactionnels.
Ensuite, la fin de ce livret, sur 18 pages, est dédié aux traductions dans les trois autres langues (néerlandais, français et espagnol, soit environ 6 pages par langue).
Ces pages sont imprimées en tout petits caractères blancs sur fond noir et sans illustration.  

E - Le dépliant promotionnel propose des textes de présentation en quatre langues, mais les renseignements techniques n’y sont proposés qu’en anglais… avec un détail étonnant : les visites guidées prévues en français y sont annoncées uniquement en anglais : « GUIDED TOURS : In French by Arkadia ».
Les présentations en néerlandais, français, anglais et espagnol proposent, chacune, une photo et un texte conséquent. Nous supposons donc que vous aviez l’intention notamment grâce à sa diffusion d’accueillir des visiteurs qui parlent ces diverses langues. Il conviendrait donc de tenir compte du fait que probablement une partie non négligeable d’entre eux ne sont pas polyglottes.

LE PARCOURS DE L’EXPOSITION

F - L’exposition elle-même met en évidence par différents moyens l’anglais.
Les visiteurs qui parlent les trois autres langues, s’ils ne disposent pas de téléphone ou n’ont pas accès à internet, sont largement défavorisés au cours de leur visite.

G - Or, un public important pense qu’une exposition d’art contemporain ne se visite pas sans un minimum de contextualisation. Pour nombre des œuvres présentées, il est indispensable pour le visiteur de connaître les intentions de l’artiste.

H - La personne du gardiennage qui nous a accueilli nous a indiqué que quelques évolutions d’ordre chirurgical avaient été apportées, après les débuts de l’accès de l’exposition au public car de nombreux visiteurs s’étaient irrités de cette façon de procéder.

I - Concrètement, les cartels dans le parcours de l’exposition ne sont proposés qu’en anglais.

J - À côté de chaque œuvre exposée et de son cartel, il y a un QR code qui mène à des informations détaillées mais exclusivement en anglais.

K - À l’entrée de chacune des trois sections de l’exposition, un autre QR code renvoie à la même présentation de toutes les œuvres, uniquement en anglais.

L - Sur les murs eux-mêmes de l’exposition, le panneau de l’introduction générale qui accueille le visiteur est uniquement en anglais. De plus, dans chaque section, l’explication globale de chacune d’elle est imprimée en grand sur les murs également uniquement en anglais.  

M - Des feuilles de papier, déposées peut-être suite aux réclamations dans chaque salle, proposent effectivement des traductions, mais ceci n’a pas du tout l’impact des affichages sur les murs qui ont le monopole de l’anglais et ne proposant pas le détail de chaque œuvre.

NOS CINQ QUESTIONS

1 : La conception initiale de l’exposition (avant un début de prise en compte des multiples réclamations), en ce qui concerne les langues utilisées, correspond-elle à la façon habituelle de la Banque Nationale de Belgique de respecter les participants à ses activités culturelles?

2 : Êtes-vous d’accord sur le fait que les langues officielles à Bruxelles où vous avez organisé un important affichage sont le néerlandais et le français? (bien sûr, d’autres langues utilisées en plus sont les bienvenues mais sont de l’ordre du facultatif).
Comptez-vous tenir compte de ce fait lors de vos activités ultérieures?

3 : Êtes-vous décidée à tenir compte, lors de la mise en place de vos prochaines activités, que vos futurs visiteurs sans téléphone ou n’ayant pas droit à internet ont droit à connaître les mêmes informations que celles que vous fournissez au reste du public que vous y accueillez?

4 : Si vous maintenez votre volonté de privilégier à ce point la langue anglaise, se pose une autre question qui concerne le respect de votre public potentiel.
Puisque vous tentez d’attirer les publics néerlandophones, francophones et hispanophones par le biais d’un dépliant multilingue, ne considérez-vous pas alors qu’il faudrait y indiquer clairement et dans les diverses langues que l’accueil (cartels, textes sur les murs, QR code) est prévu principalement en anglais dans le parcours de l’exposition?

5 : À l’inverse des institutions scientifiques et des musées fédéraux, votre site internet n’indique pas clairement comment le public peut réagir si les réponses que vous donnez à leurs plaintes ne les satisfont pas.
Dans ce cas-là, il peut, dans un deuxième temps, contacter le Médiateur Fédéral. Les autres institutions fédérales signalent ce fait très clairement et communiquent l’adresse à utiliser.
Pourriez-vous ajouter cette information sur votre site?

Dans l’attente de découvrir vos remarques et vos réponses détaillée à chacune de nos cinq questions, nous vous prions d’agréer l’expression de nos sentiments les plus distingués.


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2 : Première réponse de la Conservatrice (20 septembre 2022)

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Monsieur, je tiens à vous remercier sincèrement pour votre intérêt dans notre exposition. Dans votre message du 10 septembre dernier, vous nous avez fait part de votre inquiétude sur le maintien de l’équilibre entre l’anglais et les langues officielles de la Belgique dans le cadre de l’exposition.

Nous comprenons votre préoccupation. Une des raisons pour lesquelles l’anglais est particulièrement présent est en partie justifié par le fait que cette exposition consiste en une collaboration internationale entre deux banques centrales de l’Eurosystème. Il n’en demeure pas moins que la Banque nationale, en tant qu’institution belge, a estimé important, dès le début de la conception de l’exposition, de fournir les textes principaux également dans les langues officielles de notre capitale : le français et le néerlandais. Comme vous le relevez à juste titre, certaines de ces traductions n’ont pas été présentées, d’un point de vue visuel (et d’accessibilité), de la même manière que les textes anglais.

Il importe pour la Banque nationale de Belgique d’être accessible et disponible pour tous les citoyens. Il nous tient donc à cœur d’utiliser correctement les langues nationales et de les mettre en avant de manière équilibrée. L’exposition à laquelle vous faites référence s’est clôturée ce week-end. Il ne nous est dès lors plus possible de mettre en œuvre vos recommandations pour cette exposition, mais nous avons bien pris note de vos remarques et nous ferons notre possible pour offrir un meilleur équilibre dans l’utilisation des langues et dans la visualisation de celles-ci dans les espaces d’exposition lors de nos prochaines initiatives culturelles.

J’espère sincèrement vous avoir donné une réponse satisfaisante et je reste à votre disposition pour toute question ou besoin de clarification supplémentaire.


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3 : Réplique de la L.U.C. (21 septembre 2022)

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Chère Madame, nous avons lu avec grand intérêt vos réponses à nos deux premières questions. Il nous semble que vous pourriez être plus précise concernant les trois dernières questions. Nous vous remercions de nous avoir indiqué que vous restiez à notre disposition pour toute question ou besoin de clarification supplémentaire. Nous nous permettons donc de vous reformuler ici nos questions 3 à 5 en attendant vos réponses plus précises.

À propos de la question 3 : Êtes-vous décidée à tenir compte, lors de la mise en place de vos prochaines activités, que vos futurs visiteurs sans téléphone ou n’ayant pas droit à internet ont droit à connaître les mêmes informations que celles que vous fournissez au reste du public que vous y accueillez?
À propos de la question 4 : Si vous maintenez votre volonté de privilégier à ce point la langue anglaise, se pose une autre question qui concerne le respect de votre public potentiel.

Puisque vous tentez d’attirer les publics néerlandophones, francophones et hispanophones par le biais d’un dépliant multilingue, ne considérez-vous pas alors qu’il faudrait y indiquer clairement et dans les diverses langues que l’accueil (cartels, textes sur les murs, QR code) est prévu principalement en anglais dans le parcours de l’exposition?

Il s’agit donc ici, pour la présente exposition terminée,  mais surtout pour vos initiatives prochaines, de s’interroger sur les droits du public à être informé correctement avant qu’il ne se décide à vous rendre visite.

Voici, pour être encore plus précis, des extraits d’une plainte adressée le 21 août 2012 au musée de L’Hermitage d’Amsterdam. VOIR ANNEXE.

À propos de la question 5 : À l’inverse des institutions scientifiques et des musées fédéraux, votre site internet n’indique pas clairement comment le public peut réagir si les réponses que vous donnez à leurs plaintes ne les satisfont pas. Dans ce cas-là, il peut, dans un deuxième temps, contacter le Médiateur Fédéral. Les autres institutions fédérales signalent ce fait très clairement et communiquent l’adresse à utiliser.
Pourriez-vous ajouter cette information sur votre site?

Veuillez agréer, Madame la Conservatrice, l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

ANNEXE
Voici des extraits d’une plainte sur une thématique assez proche adressée par courriel le 21 août 2012 au musée de L’Hermitage d’Amsterdam.

«  (…) Votre musée s’intéresse au public francophone et pense pouvoir le capter puisqu’il diffuse un dépliant de présentation dans cette langue. D’autre part, il a également conçu une version en français pour l’audioguide (dont la location coûte au visiteur 4 euros, en plus du droit d’entrée à 15 euros).

Il ne suffit pas d’attirer des visiteurs, il convient aussi de bien les accueillir et de leur faciliter la tâche dans la compréhension de l’exposition.

Mais... à l’inverse d’autres langues comme le néerlandais, l’anglais, etc., qui disposent également de dépliants et d’audioguides spécifiques, le français n’est pas utilisé dans vos cartels, c'est-à-dire les panneaux qui commentent les différentes œuvres exposées dans votre exposition « Impressionism".

Ne trouvez-vous pas qu’une des nombreuses informations utiles dont le public devrait pouvoir disposer avant d’acheter son ticket serait ici, en l’occurrence, de savoir dans quelles langues sont traduits les cartels de l’exposition?

Cela ne vous coûtera aucun euro de le mentionner dans vos dépliants, sur votre site internet et sur un panneau indicatif au comptoir dans l’entrée du musée.

Cette information préalable à l’achat du ticket ne vous semble-t-elle pas un nouveau droit sur lequel devrait pouvoir compter vos visiteurs? ».

 
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4 : Deuxième réponse de la Conservatrice (29 septembre 2022)

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Monsieur, nous vous invitons à prendre connaissance ci-dessous des éclaircissements que nous apportons à vos autres questions.

Question n° 3 : Notre ambition était et restera toujours de fournir au grand public suffisamment d’informations générales et utiles concernant nos activités culturelles. Lors de l’exposition qui vient de se clôturer, cet objectif a été atteint grâce à la mise à la disposition du public d’un catalogue exhaustif (gratuit) et à l’affichage sur les murs de textes explicatifs. Le fait de proposer un complément d’informations facultatif par la voie de codes QR, qui est un équivalent gratuit et très accessible aux audio-guides souvent fournis contre paiement par d’autres musées, ne signifie en rien que nous tentons sciemment de priver certains visiteurs d’informations. Il s’agit purement et simplement d’une technique qui permet d’assurer un équilibre entre, d’une part, les informations essentielles qui sont fournies clairement (et gracieusement) et, d’autre part, des renseignements contextuels complémentaires qui ne sont pas suffisamment essentiels pour figurer dans le catalogue. Cette technique est largement utilisée dans les musées et les institutions culturelles et nous ne pouvons pas garantir que nous n’y aurons plus recours à l’avenir. Les visiteurs qui ne disposent pas d’un smartphone ou d’une connexion internet ont par ailleurs toujours la possibilité de bénéficier d’une visite guidée tout au long du parcours.

Question n° 4 : Comme vous avez pu le déduire de notre réponse du 20 septembre dernier, nous veillerons, pour l’organisation de nos prochaines activités culturelles, à proposer un meilleur équilibre dans l’utilisation des langues. La prémisse de votre quatrième question (« privilégier la langue anglaise ») n’est donc pas correcte et cette question n’est, de ce fait, pas pertinente.

Question n° 5 : Le Médiateur fédéral est – conformément au mandat créé à cet effet par la loi du 22 mars 1995 – compétent pour examiner les réclamations visant le fonctionnement des services publics fédéraux (SPF). La Banque nationale de Belgique n’est pas un service public fédéral mais est une banque centrale indépendante dotée du statut de société anonyme. À ce titre, le Médiateur fédéral n’a aucune compétence d’arbitrage sur elle. Voilà pourquoi aucune référence à ce dernier ne figure sur notre site internet. Il n’en demeure pas moins que les plaintes et les suggestions qui sont adressées à la Banque nationale de Belgique retiennent toute son attention. Preuve en est que nous prenons le temps d’apporter une réponse complète et motivée à vos doléances.

Nous pensons avoir ainsi répondu de manière exhaustive à toutes vos questions.

mercredi 5 octobre 2022

«Y a photos» ou «y a pas» au BAM

Le Musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) est une institution culturelle wallonne qui programme avec une régularité étonnante de prestigieuses expositions temporaires. De Keith Haring (en 2009) à Joan Miro (du 7 octobre 2022 au 8 janvier 2023).

Habituellement, les musées qui proposent la gratuité du premier dimanche du mois gardent l’entrée payante pour leurs expositions temporaires. Ce n’est pas le cas pour le BAM, et même pour des événements aussi prestigieux que celle qui fut consacrée à Vincent Van Gogh en 2015. Voici un reportage chaleureux sur cette belle « pratique » :
http://www.consoloisirs.be/dimanches/090802.html

Mais la perfection n’est pas de ce monde, et c’est pourquoi il faut toujours des contre pouvoirs à aux aguets. Ainsi, une visite en 2022 de l’exposition consacrée au peintre Anto-Carte a révélé des lacunes dans l’information destinée au public concernant son droit, ou non, à photographier.

Présentation par le BAM de cette exposition :
https://www.bam.mons.be/events/exposition-anto-carte-de-terre-et-de-ciel


Notre plainte pimentée

Voici le texte de la plainte de La Ligue des Usagers Culturels qui a été envoyée au BAM le 5 juillet 2022. Il a fallu ensuite adresser un rappel, le 9 août 2022.

« (…) Comment mal informer le visiteur!

  1. - Le ticket d’une activité culturelle, c’est notre contrat. Y sont indiquées les règles à observer dont nous avons ainsi connaissance au moment de notre paiement. Cela nous oblige et cela oblige l’organisateur. Sur le ticket que j’ai reçu, ce 3 juillet 2022, au BAM, le Musée des Beaux-Arts de Mons, il est indiqué au point 5 qu’il est interdit de photographier.

  2. - Sur le comptoir d’accueil, il y a trois petites vignettes en métal dont une confirme au visiteur cette interdiction.
     
  3. - Dans le dépliant prolixe (la place n’y manque pas…), il n’y a aucune information à ce sujet.
     
  4. - Pourtant, dans le hall d’accueil du BAM, sur la porte qui mène aux salles, on découvre un avis complètement différent: une simple feuille de papier intitulée «Règles» où, parmi d’autres indications, on découvre la phrase «Photos: OK !» suivie d’une parenthèse (Flash:No!) et … cette parenthèse est biffée.
     
  5. - Enfin, cette info « photos permises » n’est pas indiquée sur le site internet du musée.
     
  6. - À ma sortie du musée, je demande ce qu’il en est à la personne qui coordonne l’accueil. Elle me répond : « On peut photographier. D’ailleurs, avec les téléphones, il est quasi impossible de faire respecter le contraire ».

Voilà bien des années maintenant qu’on utilise nos téléphones pour photographier. Il faudra attendre encore combien d’années pour que les règles du jeu soient clairement indiquées, et d’une seule manière, pour simplement respecter le droit du visiteur à être correctement informé?
En tous les cas, qu'on ne vienne pas nous dire que l'info du visiteur est une priorité. Mais pour certains, ce simple droit à l'info, en culture, est un détail, une broutille, et que je couperais les cheveux en quatre.
Pouvez-vous m'indiquer à quelle date vous aurez rectifié ces informations fausses sur vos différents supports et sur votre ticket?

Au plaisir de vous lire. Et bravo pour votre expo courageuse et très instructive sur Anto-Carte (un sujet pas simple pour faire venir le public)».



Deux indications (en fait, fausses) qui indiquent que l’on ne peut pas photographier : au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil.

 

Deux réponses constructives

La plainte de La Ligue des Usagers Culturels a suscité deux réponses.
Voilà donc une longue attente bien récompensée. Et, comme vous allez le découvrir, tout-à-fait positivement.

D’abord, le 10 août 2022,Alexandre Boitsios, notamment responsable des gardiens de patrimoine et des agents d’accueil, nous répond :
« Une mise à jour complète des informations et pictogrammes par rapport aux prises de vue a été effectuée. Pour votre complète information, les photos sont autorisées mais sans flash dans un souci de conservation des œuvres. Les personnes compétentes par rapport aux impressions au dos des tickets ont été informées et elles font le nécessaire pour éviter toute confusion. Je vous souhaite beaucoup de succès pour votre ASBL et je vous prie d'agréer mes cordiales salutations ».

Le 12 août 2022, une réponse complémentaire est apportée par Laurence Herman du Service du médiateur culturel :
« Merci pour votre mail et pour vos remarques. C'est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer.
Sachez que vos remarques ont bien été prises en compte. Nous avons fait le nécessaire pour que la communication à l'accueil du BAM soit uniformisée (photo possible mais sans flash) et visible pour les visiteurs. Les agents d'accueil ont également bien été à nouveau sensibilisés pour annoncer la possibilité de prendre des photos dans les salles.
Par rapport au dépliant et au site internet, le service communication a fait le choix de ne pas indiquer cette information sur ces supports. En fonction des expositions présentées, nous pourrions avoir une modification de l'information et la mise à jour pourrait ne pas être faite en temps et en heure, ce qui donnerait une fausse information aux visiteurs. Il s'agit donc d'un choix de notre part ».

Dans le hall d’accueil du BAM, sur la porte qui mène aux salles, on découvre un avis qui permet au visiteur de photographier: une simple feuille de papier intitulée «Règles» où, parmi d’autres indications, on découvre la phrase «Photos: OK !» suivie d’une parenthèse (Flash:No!) et … cette parenthèse est biffée.