dimanche 10 septembre 2023

Comparer les prix culturels: de + en + compliqué

Elle a eu un effet immédiat, notre carte blanche publiée le 5 juillet 2023 dans Le Soir et La Libre, «Pour des préventes pas avant six mois» :
http://la-luc.blogspot.com/2023/09/pour-des-preventes-pas-avant-6-mois-en.html

Le cabinet du ministre des affaires économiques fédéral Dermagne (socialiste) a contacté la L.U.C. très rapidement. Une réflexion est en cours. Peut-être que la législation pourrait ainsi évoluer en faveur des usagers culturels, et ce, avant les prochaines élections.

Pour préparer une prochaine réunion de travail, la L.U.C. a rédigé l’article suivant.

La connaissance du prix est l’une des informations que le consommateur a le droit de découvrir avant tout achat.
Certains vendeurs, et d’autant plus si leur tarification est élevée, ont tout intérêt à préciser ce renseignement le plus tard possible, et surtout quand le candidat acheteur a été mis le plus en appétit via, par exemple, sa découverte du site internet dédié à l’activité en question.
Qu’en est-il dans le secteur culturel? Cette connaissance de la tarification, telle qu’elle est appliquée, nous permet-elle encore de comparer facilement différents prix?

Remplacé par les sponsors?

En fait, au fil des décennies, ces indications de tarification ont progressivement disparu des affiches présentes dans l’espace public au profit de la présentation de plus en plus envahissante sur celles-ci des sigles des sponsors.

Par exemple, la promotion du 45ème festival « Jazz in Marciac », édition 2023 (voir photo), aligne les sigles de 46 mécènes sur un large espace où une tarification détaillée aurait eu toute sa place.

Comptez le nombre de signes de sponsors sur cette affiche!

Mais on peut les lire sur internet…

On mentionnait les prix autrefois? Souvent, et de façon détaillée.
Par exemple, pour l’unique journée de la deuxième édition du festival de Huy « Le Parapluie des Vedettes », le 29 mai 1965, sont annoncés Claude François, Annie Cordy, Dick Rivers, Michèle Torr (chacun avec leur accompagnateur ou leur orchestre), Fernand Raynaud, et une douzaine d’autres artistes ou groupes moins connus. L’affiche indique : « Prix des places: 50, 60, 80, 100, 120, 150 frs ».

On peut remonter aux années 1900 et nombre d’affiches de l’époque témoignent. Année après année, celles du Salon annuel de la Libre Esthétique (arts graphiques - arts plastiques) au musée Moderne (voir photo) indiquent un prix d’entrée à 1 franc ainsi que « le dimanche 50 cents, le jour de l’ouverture 5 francs, carte permanente 10 francs ».

Par la suite, certains organisateurs préférèrent parfois proposer sur leur matériel de promotion un numéro de téléphone où le visiteur potentiel pourra recevoir ces informations tarifaires. S’il s’agit d’un appel surtaxé, cela signifie que la simple connaissance du prix devient alors elle-même une marchandise qui se monnaie.

Dorénavant, on indique sur une affiche l’adresse d’un site internet qui permet d’avoir accès à la tarification. Bien sûr, cela pousse le public à entamer une démarche active. Son espoir d’assister à cette activité culturelle prend ainsi assurance, se renforce. Peut-être, même si le prix est élevé, qu’il l’acceptera plus facilement lorsqu’il le découvrira sur son écran, alors que s’il en avait pris connaissance sur la vitrine ou la porte d’entrée d’un de ses commerces préférés, il aurait tourné les talons illico.

Le fait de comparer des prix est plus aisé sur la voie publique puisque les activités d’organisateurs bien différents s’y côtoient alors que, sur internet, l’usager part à la recherche en général que de ce qui le passionne. S’il s’intéresse aux festivals d’été, il a peu de chance de pouvoir comparer le prix de ce type d’entrées avec, par exemple, celle d’un concert programmé par un petit lieu à chansons ou par une salle de théâtre expérimentale.

Années 1900: on indique même le prix pour le jour de l’ouverture du Salon annuel…

Par exemple, les expos immersives

Exercice pratique : vous vous promenez fin juillet 2023 en rue à Bruxelles. Vous découvrez deux affiches placées l’une à côté de l’autre, parmi d'autres, sur un panneau. Aucune indication de prix (constatez que ces affiches continuent d’exister et donc qu’elles sont vues, les organisateurs n’étant pas irresponsables au point de financer pareille promo si elle n’était pas efficace) .
La première concerne l’exposition immersive internationale consacrée à Van Gogh, et la seconde, celle du Design Museum (voir nos photos).
Via votre ordi ou votre téléphone, vous comparez les prix. Ce n’est qu’à ce moment-là que vous découvrirez de fortes différences.
L’entrée plein tarif pour la première est fixée à 16 euros en semaine, et 18, en week-ends.
Pour la seconde, il y a un prix unique (pour le fond permanents et les expositions temporaires): 10 euros.
D’où l’utilité de pouvoir comparer à nouveau les prix dans l’espace public.

Impossible de découvrir en regardant les affiches que les prix des tickets de l’exposition Van Gogh sont bien plus élevés que ceux du Design Museum.

Les prix chers sont ainsi banalisés

Dès le départ, la tarification de base pour les expos immersives (sans la présence d’œuvres) comme celle sur Van Gogh a été bien plus élevée que le prix habituel d’une entrée pour un musée ou une exposition (avec la présence d’œuvres) ou pour une séance de cinéma dans un complexe commercial (environ 12 euros, en 2023).

Une partie du très vaste public ainsi conquis ne fréquente pas les expositions plus traditionnelles, ignore donc les différences de prix et croit que celui dont il doit s’acquitter correspond aux lois du marché. La quasi impossibilité de comparer lui est donc défavorable.

Le succès parfois foudroyant en terme de fréquentation de ce nouveau type de production peut provenir des campagnes promotionnelles massives que nombre d’autres initiatives culturelles ne peuvent se permettre (sur les réseaux sociaux, par l’affichage en rue, dans les médias).

En général, ces activités disposent en effet de beaucoup de rentrées financières.
Lorsque l’investissement de matériel de base est amorti (notamment les appareillages pour le son, la lumière et les projections), la production de ces spectacles est limitée économiquement car la plupart des thématiques sélectionnées visent surtout des œuvres d’artistes tombées dans le domaine public et aussi parce que nombre de ces activités amortissent bien des frais fixes dans des tournées de type internationale durant plusieurs années (notamment celle sur Van Gogh).

Les populations les moins aisées qui doivent être attentives à toute dépense sont les premières victimes de ces évaporations de mentions de prix, et donc de la possibilité de comparer, un peu comme lorsqu’on fait ses courses alimentaires.
Ne fut-ce que pour soutenir celles-ci, il est indispensable qu’une réflexion sur la comparaison des prix en culture émerge dans nos débats et combats sociaux, économiques et politiques.

 

«Rien n’explique les différences»

Un exercice pratique? La page facebook de « La Ligue des Usagers Culturels » reçoit la plainte suivante de Luc le 30 juillet 2023. Elle est totalement justifiée.

La voici : «Bonjour. Je ne pense pas que l'on se connaisse, mais je vous suis depuis longtemps. Je voudrais vous soumettre quelque chose contre quoi vous luttez depuis longtemps: le prix d'entrée pour certaines activités.
Si vous considérez que ce sujet ne vous concerne pas, excusez-moi le dérangement et faites comme si je ne vous avais pas écrit. Il s'agit de l'activité Bubble Planet qui a lieu pour le moment à Tour & Taxi.
J'ai vu sur le site le prix de l'entrée à 11€ ou 14€. Mais, dès le moment où l'on désire acheter les billets, les prix fluctuent de 16,90€ à 20,90€ en fonction des jours choisis.
Mais rien n'explique pourquoi ces différences. Merci d'avance et bravo pour ce que vous faites afin que la culture soit (vraiment) accessible à tous».

Trois constats accablants

Le 2 août 2023 vers 12H, Nous vérifions les données de cette plainte à partir du site de l’activité dénoncée :
https://feverup.com/m/119964?cp_landing_source=bubbleworld&utm_source=google&utm_campaign=119964_bru&utm_medium=sc&cp_landing_term=cta_tickets&cp_landing=cta_tickets&_gl=1*1mz43yx*_ga*MTY2ODYxMjcyOC4xNjkwOTY5NDIw*_ga_SR98MF4K19*MTY5MDk2OTQyMC4xLjAuMTY5MDk2OTQyMC42MC4wLjA.&_ga=2.107865924.7700087.1690969421-1668612728.1690969420


1 : Dans les «Infos pratiques», on lit en tout et pour tout, concernant la tarification : «Prix: à partir de 10,9€ pour un enfant et 13,90€ pour un adulte».

2 : Dans une seconde rubrique «L’expérience a ouvert ses portes, achète tes billets maintenant» , il est indiqué «Billets pour Bubble Planet à Bruxelles» suivi de «Entrée standard- inclut l’entrée à l’exposition». Les deux phrases sont suivies d’une série de catégories de personnes : adulte, enfant, militaire, etc. Mais sans aucune mention de prix.

3 : Aucune autre information sur les prix et pour tenter d’en savoir plus, il faut cliquer sur le bouton bleu «Réserve ta place».

Là, la seule façon d’en savoir davantage consiste à choisir la journée où on est censé venir. J’opte pour le vendredi 11 août 2023, et apparaissent enfin des prix précis. Pour le ticket adulte, c’est 18,90€.

Dans ce cas de figure, on est en semaine. Ma curiosité me pousse à revenir en arrière pour cliquer sur un jour de week-end (acte que tout usager ne fait pas nécessairement!). Je choisis le dimanche 23 août 2023. Le ticket adulte monte alors à 20,90€.

Je fais une recherche plus approfondie. Je découvre qu’on a intérêt à choisir le lundi 21 août qui, lui, propose 16,90€ pour un ticket adulte. Tous les lundis pratiqueraient cet avantage? Voyons donc un jour de congé légal, le lundi 15 août 2023 : le ticket est remonté à 20,90€ .

4 : J’ai beau chercher, je ne trouve nulle part un prix du ticket pour adulte comme annoncé en bonne place sur le site : «à partir de 13,90€». Les seuls prix découverts au moment d’acheter mon ticket sont, pour les adultes: 16,90€ ; 18,90€ et 20,90€ . On retrouve exactement la même stratégie pour la fixation et l’indication des réductions.

5 : Constatons enfin que l’organisateur ose omettre toute explication du pourquoi de ces fluctuations tarifaires. Quel mépris à l’égard de son si cher public.

Trois propositions

1 : Exiger du pouvoir législatif à un niveau fédéral, et pourquoi pas à un niveau européen, que toute activité culturelle doive proposer une tarification COMPLÈTE et AVANT que l’usager n’ait commencé sa démarche d’acheter un ticket (sélectionner une date s’apparente à la démarche d’acheter un ticket, et donc c’est trop tard).

Cette obligation existe déjà partiellement en Fédération Wallonie Bruxelles. Pour + de 3.000 diffuseurs culturels qui y sont subsidiés. Ceux-ci sont obligés, déjà depuis 2006 (et cette règle a été réaffirmée en décembre 2023), de respecter le Code, dont ses points 2 et 5 : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

2 : Exiger, de la même façon, qu’une tarification complète, si elle utilise l’expression «à partir de … €»  doive obligatoirement terminer la phrase qui contient cette expression par un «et au maximum : …€».

3 : Rappeler que l’une des rares façons de pouvoir se positionner par rapport à l’augmentation des prix culturels est d’appliquer strictement une présentation détaillée des prix car elle rend possible le droit du public à comparer les prix de diverses activités, droit essentiel et tout particulièrement pour les publics les plus précaires qui, eux aussi, doivent pouvoir avoir accès à la culture, et à la diversité de celle-ci.

Pour terminer, constatons que ces propositions d’une réglementation plus précise doivent plaire et être fort utiles aux organisateurs qui respectent leur public. Et ils sont sans doute plus nombreux que beaucoup ne l’imaginent. Nos ministres devraient également être attentifs à eux.



Chez «Buble Planet Expérience», les places pour adultes ont en prix différents selon le jour de votre visite (ici, le vendredi 11 et le dimanche 13). Idem pour les réductions. Mais qui va faire la démarche de choisir plusieurs jours pour découvrir s’il existe des différences? Ces différences doivent pouvoir être connues clairement par l’usager avant que l’organisateur lui demande de proposer son choix de date.

mardi 5 septembre 2023

Pour des préventes pas avant 6 mois en Europe

Fait très rare, la « carte blanche » du président de la L.U.C est parue dans deux quotidiens belges, le 5 juillet 2023.

Dans le journal papier (sur une page et demi) et sur le site de « La Libre » : https://www.lalibre.be/debats/opinions/2023/07/05/face-au-nombre-de-concerts-annules-il-est-temps-de-reglementer-la-prevente-des-evenements-culturels-QU5DNP2LQ5AX3A66GECCPXL3Y4/

Dans« Le Soir », uniquement sur son site:
https://www.lesoir.be/523667/article/2023-07-05/evenements-culturels-pour-une-reglementation-europeenne-en-matiere-de-preventes

Ce texte a une valeur historique. Son dernier paragraphe indique qu’enfin, en 2023, une députée demande au ministre des affaires économiques de réfléchir à limiter la prévente des spectacles à 6 mois.
Celui-ci répond qu’il est disposé à sonder le secteur ainsi que les associations de consommateurs.
Cela n’a peut-être l’air de rien car c’est bien une avancée car il n’a jamais été question de cela jusqu’à présent dans notre monde politique.

Les pages 34 et 35 de « La Libre » du 5 juillet 2023


Déjà il y a dix-sept ans, en 2006, celui qui deviendra plus tard président de la L.U.C., dans un entretien accordé à la revue du Conseil de la Musique revendique une prévente à six mois maximum, alors que les réservations, à l’époque, commençaient jusqu’à treize mois avant le déroulement de l’événement.
Lire ici: http://www.consoloisirs.be/textes/061015acroches.html

Bien entendu, on peut discuter du nombre de mois.
Ces six mois est une mesure moins radicale que certains l’imagineront sûrement . En effet, un chanteur belge de notoriété importante et connu également pour ses combats en faveur des droits des créateurs, Claude Semal, dans un entretien paru récemment, considére que ces six mois sont déjà ce délai trop long (16 juin 2023, dans L’Asymptomatique: https://www.asymptomatique.be/good-luck-la-l-u-c/).

Concernent le pic de 19 mois pour le début de la réservation pour la tournée de Stromae (qui a été ensuite annulée en 2023), le L.U.C. avait traité et dénoncé ce fait  en son temps : http://la-luc.blogspot.com/2022/02/debut-des-preventes-de-en-tot.html

Ces dix-neuf mois concrètement, c’est le fait que vous êtes célibataire, vous ne connaissez pas encore votre futur(e) conjoint(e), vous achetez un ticket… mais vous devrez l’utiliser seul(e) car, entretemps, tous les tickets sont vendus (ou revendus à un prix dissuasif au marché noir de noir), vous vous êtes marié (ou pas) et un deuxième enfant est attendu. Vous me direz que l’autre membre du couple peut garder ce soir-là l’enfant déjà né. Hélas, vous êtes déjà séparés… Fable absurde pour concrétiser l’absurdité d’une telle précocité.

Enfin, n’oublions surtout pas qu’il n’existe aucun manque d’imagination quand il s’agit de faire banquer ses usagers. La vente des tickets peut parfois connaître des règles complémentaires plutôt abjectes.

Voici un rappel historique sans doute pas inutile. La tournée américaine de Michaël Jackson et de ses frères en 1984 fonctionnait sous forme de vente par correspondance par l’achat d’au moins 4 tickets (soit quatre fois 30 dollars).
On ne choisit pas sa place car celle-ci est attribuée par un tirage au sort réalisé par un ordinateur.
La règle prévue, en cas de surchauffe d’affluence, est que les personnes qui n’ont pas la chance de voir leurs tickets attribués seront remboursés deux mois après (ce qui était important à l’époque) mais celles-ci ne toucheront bien entendu pas l’équivalent des intérêts bancaires du placement de leur argent.
Et tout cela pour peut-être voir quoi?
Un spectacle intitulé « Victory » du nom du nouveau 33 tours que Michaël Jackson venait de réaliser avec sa famille, un spectacle dans lequel, malgré son titre, aucune chanson dudit 33 tours n’était programmée.

Voici le texte de cette « Carte blanche »

En Europe, ce sont plus d’un demi-million de spectateurs qui ont été déçus par l’annulation de 46 dates de la tournée « Multitude » de Stromae. Un peu plus tard, également pour des raisons de santé, Céline Dion, Jane Birkin, Lewis Capaldi et Madonna ont fait faux bond.

Il nous revient  tout d'abord de  témoigner de notre empathie à l’égard de ces artistes ainsi qu'aux équipes qu’ils ont choisis pour travailler avec eux, mais il convient aussi de trouver des pistes de solution à long terme pour tenter de réduire tant que possible la cavalcade des annulations ou reports de concerts.

En effet, la situation ne va sans doute pas s’améliorer puisque la pression sur l’organisation des concerts se fait de plus en plus tendue, le monde musical ayant progressivement transféré à ceux-ci la source principale de ses revenus qui naguère était détenue principalement par la vente et la location de supports sonores.

Un piste majeure à investiguer est une régulation au niveau européen des préventes.
Constatons que pour les exemples cités, elles furent des plus hâtives. Notamment un pic de 19 mois pour Stromae.

Cette option pourrait d’ailleurs se coupler avec deux autres mesures à envisager également :
 -  en plus du ticket, rembourser les frais d’hôtel et de transports, ces dépenses connexes devenues obsolètes pour des usagers habitant loin du lieu du concert;
 -  créer un droit pour le public, celui de connaître les causes officielles du non déroulement à la date prévue de l’activité.

 Préventes: de 4 à 19 mois

En 1988, soit il y a trente-cinq ans,  l’un de nos quotidiens trouvait excessive la location de 4 concerts de Pierre Rapsat au Cirque Royal car elle débutait quatre mois avant le déroulement de l’activité. En 2006, des critiques analogues s’élevaient contre 13 mois de réservation.

Plus tôt la réservation commence et plus il y a de raisons à annuler ou reporter.
On s’approche aujourd’hui d’un démarrage des locations deux ans avant l’événement.
Si, pour respecter la liberté de commercer, il n’est pas envisageable d’agir par une règlementation sur l’escalade des prix, par contre, réguler les débuts des préventes devrait s’envisager car il y a, lorsqu’on atteint de tels excès, un obstacle complémentaire qui peut rendre la culture, ce bien pour tous, inaccessible aux moins nantis.

De plus, la prévente de plus en plus tôt constitue une forme de concurrence déloyale de la part de grands organisateurs qui les appliquent car, bien souvent, les organisateurs de plus petite taille, pour leur spectacle se déroulant à la même date, n’ont pas la force de frappe pour une annonce de leur activité au public aussi précoce.

Par ailleurs, il faut convenir que le public a ainsi de moins en moins la possibilité de choisir parmi la diversité culturelle se déployant au cours d’une même journée. Si vous apprenez six mois avant son jour J le déroulement d’une activité régionale qui vous tient encore davantage à cœur, vous ne pourrez y aller, puisque vous avez déjà acquis le ticket souvent bien plus cher du méga spectacle.

Ouvrir si tôt les réservations a une autre conséquence: car elle mène  petit à petit certains organisateurs à ne pas avoir tendance à respecter un autre droit de leur public, celui de connaître le contenu détaillé avant l’achat du service.

Pareille pratique est pourtant susceptible de constituer une pratique commerciale déloyale au sens du Code de droit économique. Par exemple; il n’est pas normal que des festivals d’été distillent au fil des semaines les annonces de la venue de tel ou tel artiste dans leur activité.

Le public doit souvent attendre les derniers jours qui précèdent le festival pour faire leur choix, s’il reste de la place, et, entretemps, certains prix comme ceux des pass auront peut-être augmenté. Ainsi, en culture, prendre connaissance de tous les « ingrédients » peut même donc coûter au public.

Pour la 17ème édition du Tomorrowland (21-30 juillet), les organisateurs ont d’abord réservé la moitié des billets aux festivaliers belges et aux habitants des communes environnantes. Ces billets ont tous été vendus durant la matinée du 28 janvier. Mais l’affiche complète ne sera dévoilée que plus tard dans cette même journée lorsque la réservation internationale commence. Le succès indéniable de ce festival ne justifie pourtant pas le fait que le public qui va y participer n’ait pas le droit de connaître son contenu détaillé avant d’acheter son ticket, ne fut-ce que pour choisir le ou les jours où il préfère s’y rendre.

Pour une règlementation européenne

Une législation européenne pourrait permettre aux usagers culturels de se voir traiter de la même façon, et si possible de la meilleure, quelle que soit le pays où l’activité a lieu.

L’exemple suivant est éloquent. Pour les remboursements liés à l’arrêt de la tournée de Stromae, les acheteurs de tickets pour les concerts bruxellois ont été remboursés dans les jours qui ont suivi l’annonce de l’annulation, sans entreprendre aucune autre formalité. Par contre, en France, le jour de l’annonce de l’annulation de la tournée est envoyé un courriel détaillant tout un processus à mener en 2 semaines pour que leur demande de remboursement soit « valable ». Ce message indique que les «  clients » risquent bien de devoir attendre longtemps leur remboursement. L’inquiétude de certains acheteurs prendra fin un peu moins d’un mois plus tard.

Nous proposons que les droits du public culturel s’invitent dans les programmes des partis politiques pour les prochaines élections européennes et qu’il soit question d’une prévente qui ne débuterait pas plus de 6 mois avant le début de l’activité et à partir du moment où son programme détaillé est public

Interpellé récemment par la députée Sophie Rohonyi (DéFI) sur ce thème au Parlement fédéral , le ministre Pierre-Yves Dermagne a indiqué qu’il  y a une exception culturelle à garantir dans toute une série d’aspects, et notamment celui de l’accessibilité à la culture: « Les consommateurs ne sont sans doute pas toujours suffisamment protégés. Il faut voir ce qui peut être fait à un niveau européen. Je suis disposé à sonder le secteur ainsi que les associations de défense des consommateurs ».

Nous attendons donc que le ministre lance les invitations.



mardi 6 juin 2023

Michel Draguet: Pourquoi un bilan que partiel?

Michel Draguet a dirigé pendant dix-huit ans, de 2005 à 2013, le plus grand ensemble de musées fédéraux belges : actuellement, le musée d’Art Ancien, le musée Fin de Siècle, le musée Magritte, le musée d’Art Moderne (évaporé depuis longtemps), le musée Antoine Wiertz et le musée Constantin Meunier.

Le 25 avril 2023, la presse a annoncé que son mandat s’achève, le 30 avril 2023. Cette décision fait suite à de nombreuses critiques sur les relations avec son personnel qui ont été longuement et à plusieurs reprises détaillés par un grand nombre de nos médias.

Cet aspect d’une gestion est bien entendu capital et il faut également s’intéresser à d’autres aspects du travail de direction puisque ces six musées ne sont pas de simple hangars de rangement mais sont gérés pour que les œuvres soient accessibles au public. Qu’en est-il donc du respect de ce directeur à l’égard de ses visiteurs?

Comme la presse faisait l’impasse sur ce point de vue, la Ligue des Usagers Culturels l’a travaillé à destination des autorités qui veillent aux destinées de nos musées fédéraux et des médias.

Le site de l’hebdomadaire « le Vif »

«Michel Draguet aime-t-il des visiteurs?»

Dès le 22 février 2023, le site du Vif a publié la carte blanche du président de la L.U.C. intitulée «Michel Draguet aime-t-il ses visiteurs?».

Deux exemples y détaillent la façon dont les visiteurs ont été régulièrement malmenés sous ce «règne».

Tout d’abord, il y est question d’un exemple de discrimination de la population active : «L’une des pires atteintes aux droits du public culturel est de l’empêcher de participer structurellement à une activité. C’est le cas des Musées Constantin Meunier et Antoine Wiertz qui appartiennent aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB). La population active – travailleurs et étudiants – ne peut, en raison des horaires pratiqués, visiter ces deux institutions, si ce n’est en rognant sur ses jours de congés légaux. Ces deux musées sont, en effet, fermés tous les week-ends et jours fériées. Du mardi au vendredi, ils sont accessibles de 10h à 17h, mais ils sont clos pendant le temps de midi.
Une pétition «Stop à l’asphyxie des musées Meunier et Wiertz» a été lancée et a recueilli plus de 3 000 signatures: https://www.change.org/p/michel-draguet-stop-à-l-asphyxie-de-musées-constantin-meunier-et-antoine-wiertz
Hélas, la situation n’a pas évolué en près de sept ans. Les éternels arguments relatifs à la «diminution des aides de l’état» et au «manque de gardiens» nous ont bien sûr été opposés, mais c’est le silence qui a accueilli ensuite nos réactions argumentées. Tout débat contradictoire et toute négociation s’avèrent impossibles. Cette situation qui discrimine plus de la moitié de nos concitoyens se poursuit.
Pourtant notre revendication est minimaliste : nous demandons que tous les musées soient obligés de prévoir dans leur horaire mensuel au moins une plage accessible notamment à «population active» (en week-end ou une nocturne).


L’atelier dans la maison où habitait le célèbre peintre et sculpteur Constantin Meunier


Le second exemple détaillé dans cette carte blanche est intitulé «Interdit de dessiner au musée». Il n’est pas exempt, de la part de la direction des MRBAB, de cynisme et de mépris à l’égard des usagers.
« Dès 2012, nous avons relayé la plainte d’une visiteuse qui s’est vue refuser le droit de prendre des notes et de dessiner avec un crayon sur une feuille de papier A4 au Musée Magritte. Cette interdiction ne lui avait pas été signifiée avant qu’elle n’achète son ticket. Il s’agit d’une simple visiteuse et non d’une étudiante en art.

Le refus de rembourser son ticket et la médiatisation de cet incident ont eu pour conséquence la prise de conscience de journalistes français, outrés par ce type d’interdiction qui va à l’encontre de tout travail d’éveil actif et participatif à la culture. Le site Louvre pour tous a réalisé un reportage détaillé sur ce fait: http://www.louvrepourtous.fr/Ces-musees-belges-qui-interdisent,788.html
Avec cette information inédite : «Nous avons contacté la Fondation Magritte, partenaire privilégiée du musée dès sa création… À notre grand étonnement, on nous a répondu personnellement, nous signifiant très clairement au sujet de la prise de notes et de croquis : nous n’avons jamais, et en aucun cas, interdit quoi que ce soit dans un sens ou dans un autre».

Par la suite, le site de l’hebdomadaire culturel français Télérama a dénoncé à son tour l’attitude du Musée Magritte, ce qui fit à ce dernier une bien mauvaise publicité.
Dès le lendemain de cette publication, la presse belge a relayé la plainte. Les MRBAB ont alors annoncé la fin de l’interdiction. Le 4 février 2016, on expliquait, au Musée Magritte, que, désormais, la prise de notes et de photographies par les visiteurs était autorisée, à l’exception de quelques œuvres signalées par le pictogramme d’un appareil photo barré: http://www.louvrepourtous.fr/Le-musee-Magritte-autorise-enfin,795.html

Toutefois, discrètement, les MRBAB ont par la suite mangé leur chapeau. Nous découvrons le pot aux roses en 2021: un visiteur nous écrit pour s’étonner que son enfant s’y est fait interdire de dessiner dans une exposition temporaire. Comme quoi, les avancées sont bien fragiles.
Pourquoi cette interdiction vise seulement le Musée Magritte et les expositions, et non les quatre autres musées des MRBAB ? Peut-être parce qu’ils attirent davantage de public. Il faut donc éviter structurellement tout obstacle qui pourrait ralentir le flot des visiteurs, afin de ne pas restreindre la vente des tickets».

La tribune publiée dans Le Vif se termine par une proposition de solution pour tenter de mettre fin à pareils abus à l’égard des visiteurs : https://www.levif.be/opinions/cartes-blanches/musees-des-beaux-arts-michel-draguet-aime-t-il-ses-visiteurs/?fbclid=IwAR0i3EAnBUJ9HEFztoAeueDneBxkgQB8swU2Ao97YWyiaXUAvWmodyOszyA

Un troisième exemple

Les cartes blanches que publie la presse ne pouvant dépasser un certain nombre de signes, d’autres exemples ne purent y être développés.

Alors, la L.U.C. a fait parvenir aux autorités (le Secrétaire d’État Thomas Dermine et à la direction de BELSPO, Arnaud Vajda), en plus du texte du Vif, un troisième témoignage.

Un article paru dans le quotidien « la Capitale »


Le président de la L.U.C. leur écrit : «Voici une évolution qui me semble contestable du Règlement des Visiteurs des MRBAB. Elle fait suite au remboursement de mon ticket après plus d’une année de plainte aux MRBAB eux-mêmes et suite au recours au Médiateur fédéral pour le fait que les visiteurs ne disposaient pas, avant paiement de leur ticket, d’une annonce précise du fait que des œuvres maîtresses de Magritte de la collection n’étaient pas exposés au Musée Magritte et, de plus, sans en leur citer les titres.


Voici ces deux nouveaux textes du « Règlement des Visiteurs » des MRBAB :

  1. «La fermeture momentanée de certaines salles ou l’absence ponctuelle de certaines oeuvres d’art (en déplacement ou en restauration) ne donne droit ni au remboursement, ni à une réduction du billet d’entrée».

  2. «Si les visiteurs se rendent dans les musées pour voir une œuvre d’art en particulier, les MRBAB leur recommandent vivement de consulter au préalable le site internet sous l’onglet «Collections» afin de s’assurer de la présence de l’œuvre d’art aux musées».

Le 21 juin 2021, RTL TVi diffuse au prime time, dans «Images à l’appui» un reportage sur la résolution de cette plainte : https://www.facebook.com/watch/?v=287572189455953
Inga Rossi-Schrimpf, directrice Collection et Recherche du Musée Magritte, y constate que dix-sept œuvres ont quitté les cimaises de son institution pour être exposées à Paris. Au début de la file des visiteurs qui vont payer leur entrée, un panneau indique qu’on peut demander la liste «complète et détaillée» de celle-ci au comptoir. Dans le reportage, on voit la caissière qui donne la liste à la directrice et un plan rapproché permet au téléspectateur d’observer ce qui lui est présenté comme étant la feuille avec la liste des œuvres manquantes.

Ce reportage est, en fait,  un «suivi» pour voir s’il y a eu une évolution dans la problématique proposée. Voici le reportage initial de RTL TVi qui montrait la situation dans sa phase antérieure. Cette autre séquence de « Images à l’appui » a été diffusée le 1er mars 2019: https://www.facebook.com/imagesalappui/posts/2550633081620735
Le second reportage semble n’être qu’une mise en scène pour la caméra car cette façon de respecter le droit du public à être informé ne sera pas appliqué par la suite de façon généralisée, ce qui était pourtant le but de la plainte et de la longue médiation.

En effet, je vais prouver que ces règles ne sont pas respectées lors de l’absence de la toile «Le calvaire breton» de Gauguin au Musée Fin de Siècle. En fait, cette peinture a été enlevée temporairement des cimaises pour être exposée au Museum Ordrupgaard, du 21 janvier au 9 mai 2022. Cette absence n’était ni indiquée au visiteur qui va payer son ticket à l’accueil, ni à ceux qui préparent leur venue en s’informant sur le site internet des MRBAB sous l’onglet «Collections». Après avoir dû recourir aux services du Médiateur Fédéral, j’ai finalement vu mon ticket être remboursé.

La suite? Le règlement change à nouveau. Son texte ne correspond donc plus au résultat de la médiation… Est-ce normal?

Surtout parce que cette nouvelle « solution » me semble bien plus compliquée, voire aléatoire, pour le visiteur. Il n’est plus question, pour lui, de consulter sur le site, mais il faut écrire ou téléphoner (téléphone ne laissera probablement pas de trace, en cas d’erreur par le personnel).
Pire encore. Quand le visiteur paie son ticket à l’entrée du musée, rien n’y indique plus le fait qu’il peut demander au personnel, au comptoir, la liste des œuvres qui ne sont pas exposées.
D’ailleurs ce dernier point qui semblait être un acquis utile pour le visiteur dans le reportage (fiction?) de RTL TVI n’est même pas mentionné dans le «Règlement des Visiteurs» des MRBAB. Un règlement que pour les devoirs, et rien sur les droits du public?  Mensonge par omission?

Voilà le nouveau texte : «Si les visiteurs se rendent dans les musées pour voir une œuvre d’art en particulier, les musées leur recommandent vivement de contacter au préalable le site conservation et recherche afin de s’assurer de la présence de l’œuvre d’art au musées par e-mail via info@fine-arts-museum.be ou par téléphone au 32(0)2/508.33.53».
Voir l’article 3 du règlement des visiteurs (que j’ai lu le 2 février 2023) : https://fine-arts-museum.be/uploads/pages/files/20220614_reglement_du_visiteur.pdf

Il y a donc actuellement un non respect unilatéral par la Direction des MRBAB du résultat de la médiation menée par le Médiateur Fédéral et qui était pourtant acceptée de part et d’autre.

L’absence de la peinture de Gauguin n’est pas annoncée avant que le visiteur ne paie son entrée, mais bien après.

Sous cloche : l’accueil des visiteurs

Puisque notre association d’usagers n’est pas invitée aux conférences de presse de nos autorités fédérales et ne reçoit pas leurs communiqués de presse (ce qui constitue un problème en soi), la L.U.C. se base donc sur ce que la presse rapporte.

Dans le cas présent, notre analyse repose sur les articles d’Alain Lallemand et de Guy Duplat parus le 25 avril 2023 respectivement dans Le Soir et La Libre, ainsi que les textes de Françoise Baré diffusés par la RTBF, la veille : https://www.rtbf.be/article/michel-draguet-ne-sera-plus-le-directeur-des-musees-royaux-des-beaux-arts-11187479

Dans les commentaires sur l’évaluation faite à propos du travail de Michel Draguet, il est beaucoup question d’attaques au bien être de son personnel, problématique à propos de laquelle il est bien entendu indispensable d’investiguer.
Mais pas un mot sur son rapport aux visiteurs, comme si la L.U.C. n’avait jamais fait part des trois exemples longuement argumentés à nos autorités (lire ci-dessus) et comme si la tribune publiée par Le Vif était passée comme une créance au compte de pertes et profits.

Alors, il est question des visiteurs, mais pas concernant leur accueil. Le Secrétaire d’État Thomas Dermine note : « Sous l’impulsion de Michel Draguet, les musées Royaux ont connu une importante augmentation de nombre de visiteurs ». Aucun résultat précis chiffré ne nous est proposé pour prouver cette assertion.

N’y-a-t-il pas une confusion entre cette «augmentation du nombre ce visiteurs» et une augmentation du nombre de tickets?
Pour rappel, quatre ans après sa nomination, le nombre de tickets a commencé à sensiblement augmenter, et pas nécessairement d’autant, le nombre de visiteurs.
En effet, avant l’ouverture du musée Magritte en 2009, l’ensemble des œuvres d’art ancien et d’art moderne, dont la collection des Magritte, dans tous les bâtiments des MRBAB sis rue de la Régence, se visitaient gratuitement tous les jours, puis avec un seul ticket (à 5 euros à l’époque) pour l’ensemble.

Ensuite, on passe en quelques années de un à trois musées, dans le même lieu, avec des entrées séparées: le musée d’Art Ancien, le musée Magritte, le musée d’Art Moderne (remplacé ensuite par le musée de Fin de Siècle ).
Tout ceci est détaillé ici : http://www.consoloisirs.be/textes/090519carteblanchemagritte.html


Le constat principal réside dans le fait que le souci de l’accueil des visiteurs est à un tel point marginalisé, voir négligé, par nos autorités que, même lorsqu’une association militante et bénévole en démontre plusieurs écueils, il en est fait silence lors de la présentation de bilans au public.

Carte blanche parue dans Le Soir

Gratuité mensuelle: « une politique de droite » !!!

Les gratuités et les tarifications constituent un élément important dans une politique de démocratisation culturelle. Ce thème mérite aussi d’être abordé lors d’un bilan public.

Sur ce thème, le seul moment de débat contradictoire public dans la presse écrite que Michel Draguet a eu avec celui qui deviendra plus tard l’un des fondateurs, puis l’un des présidents de la L.U.C. fut la publication en 2006 par Le Soir de deux interviews faites séparément à propos des gratuités mensuelle « pour tous » dans les musées.

Que veut dire ce « pour tous »?
Pour le responsable des MRBAB, c’est le premier mercredi du mois entre 13H et 17H. Pour que notamment les écoles continuent à payer aussi ce jour-là, de 10H à 13H. Et pour que notre population active (travailleurs et étudiants) ne puisse pas en profiter.

Pour Bernard Hennebert, c’est un jour entier par mois (donc douze jours par an, pas plus) où la population active est d’habitude disponible.

Le Soir du 1er avril 2006 publie donc les déclarations de Michel Draguet sous un titre provocateur, «Sous l’apparence de la gauche, c’est une politique de droite », pointant plus précisément la gratuité du premier dimanche du mois existant en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Voici quelques extraits : «Ce que dit Bernard Hennebert, en fin de compte, c’est: venez vous épanouir gratuitement dans la maison de tous. D’accord, très bien. On ouvre le musée le dimanche, on y organise des actions pédagogiques pour le public, c’est merveilleux. Mais ce n’est pas chiffré (...). L’entrée est à 5 € seulement, et avec ça, les programmes sociaux existent, les programmes d’éducation, de pédagogie (...). Si on m’oblige à ouvrir gratuitement le dimanche, c’est mon meilleur jour de visite qui disparaît. Le « ticketing » du dimanche me permet de financer ces opérations pédagogiques et sociales. De plus, nos visiteurs du dimanche, ce sont des touristes, des Européens, des habitués. Pour eux, 5 € c’est dérisoire (...). Cette gratuité est généreuse, mais aveugle. C’est un libéralisme pur : on ouvre la porte et vient qui veut (...). Ce que je reproche aux tenants du gratuit, c’est que c’est la même formule pour tous. Et je dis que cette formule ne fera que permettre aux coutumiers de la culture de consommer gratuitement. Et pas aux SDF de venir au musée (...). Le tourisme culturel est un fameux enjeu, qui peut rapporter gros, mais qui nécessite des moyens financiers. Et la gratuité empêche d’avoir ces ambitions».

Si l’on comprend bien, il faut empêcher que la gratuité pour tous ne se déroule un jour où la population active peut se déplacer car cela va permettre d’économiser pour financer le tourisme culturel qui coûte cher à mettre en place. Comme si cet objectif était le principal à atteindre pour les MRBAB!
Si les visiteurs du dimanche sont surtout des Européens, des touristes et des habitués, quel aveu d’impuissance ! Les MRBAB semblent donc peu capables de toucher de façon significative la population autochtone, et même avec l’argument d’une journée de gratuité.
Lorsque le directeur reproche que ne soit pas chiffrée la demande de passer à une gratuité mensuelle selon un horaire accessible à la population active, il semble oublier, ce qui n’est pas bien pour un gestionnaire, la liste régulièrement médiatisée des éléments financiers positifs que sous-tend cette évolution : économies dues au fait qu’il n’y a plus d’achat et de contrôle de tickets; promotion possible des expositions temporaires (qui restent payantes) pourquoi pas avec une tarification attractive et auquel serait sensible un public qui, sinon, ne serait jamais venu; dons des visiteurs dans une tirelire présentée de façon attractive et placée à la sortie de l’institution; meilleurs rendements pour le restaurant, le café et le shop (s’ils ne sont pas, hélas, privatisés… ou fermés). Et surtout… création à moyen terme d’un public plus large, prêt à revenir par la suite, et pendant de nombreuses années, aux MRBAB, et ailleurs, les jours payants.
Pour Michel Draguet, en fait, la gratuité ne doit pas exister pour tous. Elle n’est pas un droit. Elle doit faire venir, pour être réussie, les SDF au musée (et, on suppose, les autres publics précarisés).
Ceux-ci viendraient apparemment plus facilement un mercredi qu’un dimanche après-midi ? Dans sa déclaration, il n’en apporte pas la preuve.

N’est pas signalé le fait que certains n’aiment pas montrer patte blanche pour avoir droit à une réduction et qu’une « gratuité pour tous » préserve leur anonymat. -

Enfin, puisque Michel Draguet se lance de façon hasardeuse dans une réflexion « droite-gauche » à sa sauce, il nous apparaît que lorsqu’on analyse en Europe la mise en place de gratuités dans différents pays, elles sont le résultat d’initiatives tant de pouvoirs politiques de gauche que de droite. Tout dépend de quelle gauche ou de quelle droite, d’ailleurs. Et que c’est souvent l’extrême-droite qui revient sur cet avantage lorsqu’elle arrive aux affaires.
Dans cet entretien tel que publié par Le Soir, il y a un grand absent : les résultats détaillés de la gratuité du premier mercredi du mois. Ce qu’elle coûte, ce qu’elle rapporte, son éventuel succès, et auprès de qui. Pourtant, ces sujets-là, on les impose toujours aux défenseurs d’une autre gratuité mensuelle, celle du premier dimanche… Un traitement médiatique inégalitaire ?

À ce propos, voici les résultats d’une enquête fort détaillée sur la fréquentation des premiers dimanche gratuits :
http://www.directionrecherche.cfwb.be/index.php?id=sr_detail&no_cache=1&tx_ttnews%5Btt_news%5D=2077&L=0&cHash=594ce376a3683f4b838714103ca2ea09

Ces déclarations faites en 2006 par Michel Draguet s’opposent donc frontalement aux gratuités mensuelles pour tous.
Dix-sept ans plus tard, il quitte donc les MRBAB et jusqu’à ce moment-là, il a pourtant continué de pratiquer cet avantage, chaque premier mercredi du mois après-midi, à l’inverse d’autres directions consœurs comme celle de cet autre musée fédéral qu’est le Musée Royal d’Afrique Centrale à Tervueren.
Allez donc comprendre!


Une photo prise quand les MRBAB ont daigné organiser une journée de gratuité « pour tous », un jour où la population active ne travaille pas… C’était pour ses 215 ans, le dimanche 27 novembre 2016, et ils ont accueilli 6.852 visiteurs.









samedi 27 mai 2023

Ce «Moustique» qui pique

Il a eu un sacré effet, l’article posté sur notre blog, le 3 avril 2023.
C’est celui qui félicitait la ville de Liège qui a commencé à afficher à l’entrée et à la sortie de ses musées une nouvelle affiche qui détaille les 15 droits du Code du public culturel en Fédération Wallonie Bruxelles: http://la-luc.blogspot.com/2023/04/liege-ressuscite-nos-15-droits.html

En effet, «Moustique» a enquêté sur cette thématique et a publié un article de trois pages de Thomas Depicke intitulé «Exposition des droits», illustré par Kanar, dans son numéro 5.070 du 26 avril 2023 (pages 42 et suivantes).

Ce «Moustique» qui pique est un rendez-vous culturel de qualité depuis de très nombreuses décennies pour ses lecteurs, une référence de sérieux, et donc un lieu d’exposition idéal pour des revendications d’usagers culturels belges.
Pour nos lecteurs de France, on pourrait dire qu’il s’agit à peu près d’un alliage quasi surréaliste de leurs hebdos «Télérama» et «Télé 7 jours».

Moustique a ajouté cet article sur son site au cours du premier week-end de mai 2023. On peut le lire dans son intégralité et gratuitement.
Le titre initial a été modifié et remplacé par: « Les usagers culturels ont des droits : quel est ce Code que personne ne connait? ».
À découvrir (et partager…) ici. Ne vous privez pas!
https://www.moustique.be/culture/2023/05/06/les-usagers-culturels-ont-des-droits-quel-est-ce-code-que-personne-ne-connait-261495

Nourrie par plusieurs révélations de cette enquête, la lettre suivante a ensuite été adressée par la L.U.C. à différents parlementaires de chaque parti démocratique, ceux qui animent la commission « culture » au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles.
Bien entendu, nous vous publierons ultérieurement les éventuels et espérés résultats de cette action de sensibilisation après d’eux.
Voici le texte intégral de cette lettre envoyée le 2 mai 2023.

Quatre questions

Cher parlementaire, vous trouverez ci-dessous en PDF un article courageux paru cette semaine (ce mardi, dernier jour en librairie) dans l’hebdomadaire «Moustique» qui pourrait vous interpeller.

Et nous nous permettons de vous poser 4 questions.
Nous espérons que vous nous y apporterez des réponses détaillées que nous avons l’intention de publier.

Nous aimerions également que ce sujet puisse être abordé par la commission
qui traite de la culture au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles.

«Exposition des droits» est le titre d’une enquête de trois pages réalisée par Thomas Depicker, et publiée dans les pages «Grands formats - L’analyse» de l’hebdomadaire belge «Moustique» du 26 avril 2023.

Sachez que ce n’est qu’une minorité d’opérateurs culturels en Belgique à qui il arrive de ne pas respecter les droits de leur public. Mais elle existe… comme le démontre encore le nouvel article publié sur notre blog, ce 7 avril 2023.
L’un de ces opérateurs , de fort bonne réputation et responsable d’ailleurs de passionnantes activités, prévoit, sans que cela ne choque personne depuis plusieurs années (ce qui devrait également faire réfléchir chacun de nous), dans sa tarification sur son site internet, la possibilité d’infliger lui-même «des amendes » à certains de ses visiteurs. Ce qui nous semble illégal.
http://la-luc.blogspot.com/2023/04/art-nouveau-gaffe-une-amende.html

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions de croire en l’expression de nos sentiments les plus cordiaux.

Bernard Hennebert,
Président de l’asbl « La Ligue des usagers culturels » (L.U.C.)
C’est quoi, la L.U.C.?
http://la-luc.blogspot.com/2018/12/definition-objectifs-et-activites.html


La première page de l’enquête de «Moustique» illustrée par Kanar.

Question 1 : « Poussière » au Ministère de la Culture?

Le sujet du «Code des usagers culturels» revient dans l’actualité.

En effet, la L.U.C. a réussi à apporter la preuve à notre ministre de la culture Bénédicte Linard que celui-ci était tellement devenu inopérant que la Direction Générale de la Culture n’accusait même pas réception d’une plainte qui lui avait été envoyée d’abord par courriel (+ rappel), puis en lettre recommandée à son « Bureau de conciliation », le 22 décembre 2021, au 44, Bd Léopold II à 1080 Bruxelles.

Malgré d’autres rappels bien plus tard, au moment où nous vous écrivons le présent texte (fin avril 2023), la L.U.C. n’a toujours pas été informée du fait que cette plainte aurait été traitée, et comment.

Il s’en est suivi des échanges entre le cabinet de la ministre et les services du Ministère de la Culture ainsi que ceux du Médiateur de Wallonie et de la FWB.

Leurs discussions ont heureusement permis de sauver l’existence même des 15 points concrets mentionnés dans ledit Code. Qui dit « sauver » laisse entendre qu’ils étaient pour le moins menacés. Mais subsistent plusieurs problèmes connexes.

Le résumé liminaire de l’enquête de «Moustique» indique : «Déçu par l’absence de votre œuvre favorite au musée? En tant que visiteur, selon le « Code », vous étiez en droit d’en être informé. Sauf que le « Code » prenait la poussière au ministère de la culture».

Ce Code des usagers culturels existe depuis 2006, comporte 15 points concrets et doit être respecté par plus de 3.000 organismes ou personnes aidés par la FWB, sous peine d’éventuelles sanctions pouvant aller, en cas de récidive, jusqu’à des diminutions de subventions.

Des plaintes sont résolues régulièrement par le simple échange de courriers entre opérateurs et usagers (en annexe 1, pour vous faire une idée concrète, quatre exemples parmi ces plaintes résolues).

Mais lorsque l’accord n’est pas possible entre eux, dans un deuxième temps, l’usager peut s’adresser au Ministère pour un arbitrage, via son Bureau de Conciliation.

Il n’existe pas de bilan du nombre et du contenu des plaintes les plus nombreuses, celles qui se concluent directement par un accord entre opérateurs et usagers.
Par contre, il serait logique que les archives du Ministère de la Culture soient bien plus loquaces en ce qui concerne le déroulement des réunions et des échanges du Bureau de Conciliation, même en gardant un anonymat des différents protagonistes.

L’enquête de l’hebdomadaire constate : «Les lieux culturels de la FWB seraient-ils parfaits? Non. On se rend compte que les inspecteurs prévus pour vérifier le respect du Code n’avaient pas fait grand-chose».

Il serait utile de savoir si, à l’avenir, ces inspecteurs vérifieront, par exemple, si les opérateurs placent bien à l’entrée ET à la sortie de leurs lieux des affiches qui permettent au public de découvrir ses 15 droits (c’est une obligation, selon le point 1 du Code).
Car, hélas, comme le laisse deviner «Moustique», la grande majorité du public ignore tout du contenu du Code, ce qui en atténue fortement l’usage.

Globalement, vous-même et le parti politique que vous représentez, souhaitez-vous concrètement ce « dépoussiérage » (terme utilisé par l’hebdomadaire qui pique)?
Et quels moyens envisagez-vous pour y parvenir, notamment lors de la prochaine législature?

La deuxième page de l’enquête a la bonne idée utile de synthétiser les 15 droits du Code
  
.

Question 2 : Faut-il arrêter à l’avenir les rapports annuels envoyés au Gouvernement?

Il existe bien peu de groupes de pression qui informent des droits du public culturel, à l’inverse de ce qui se passe pour les droits des créateurs, et pourtant les deux types de préoccupations se complètent.  

La Ligue des Usagers culturels est une asbl axée uniquement sur le bénévolat : aucun subside, aucun sponsor, pas de publicité, ni de placement de produit.

Le groupe de travail qui a préparé Le Code a donc trouvé utile d’informer fortement sur ce sujet particulier le gouvernement par le biais d’un rapport annuel préparé et remis CHAQUE ANNÉE au gouvernement par le ministère de la culture et le médiateur.

Selon «Moustique» : «Chaque année (depuis 2006), le ministère et le médiateur de la FWB devaient également remettre un rapport au gouvernement. Il y en a eu, tout au plus, trois. Depuis, plus rien».

Les usagers n’ont pas à eux-mêmes à traiter du fait que c’est le ministre ou/et le médiateur qui est/sont responsables de cette situation problématique. Par contre, sur l’affiche, le point C indique clairement l’existence de ce rapport annuel. Durant combien d’années (plus de 10 ans sans doute), les usagers ont-ils ainsi été mal informés pour le site culture.be, en ce qui concerne ce fait?

La Ligue des Usagers Culturels ne réussit pas actuellement à savoir combien de ces rapports annuels n’ont pas été remis au gouvernement, ni en quelles années. Elle n’a pas non plus accès au contenu de ceux qui ont vraisemblablement existé. Elle suppose que ces rapports indiquent le nombre de plaintes traitées par le Bureau de Conciliation.

Il est utile de constater qu’ici, on en est donc au stade où les usagers culturels n’ont pas connaissance de ce qui s’écrit à leur sujet alors que, paradoxalement, le Code oblige, notamment dans ses points 2 et 3, les opérateurs à respecter davantage le droit du public culturel à être mieux informé.

En 2022, le médiateur a relayé par courriel la déclaration suivante qui lui a été faite par l’AGC : «Le Bureau de Conciliation, prévu par le Code de respect de usagers culturels (2006), n’est actuellement pas actif. En effet, peu, voire pas, de plaintes, ont été déposées dans ce cadre depuis la création du Code».

Le « pas » (qui est faux et nous l’avons déjà démontré à plusieurs reprises) semble afficher un certain cynisme ou un autre sentiment négatif arbitraire dans une lettre pourtant officielle à l’égard de cette thématique des « droits des usagers » qui mérite tant d’être développée. Pourquoi donc l’AGC s’est-elle sentie obligée d’indiquer ce « pas » (qui est faux) au médiateur? C’est une question qu'il nous semble utile de poser.
D’où l’importance de connaître le contenu des (sans doute très rares) rapports annuels remis au gouvernement qui, probablement, indique le nombre réel de plaintes traitées par le Bureau de Conciliation.

D’autre part, un de ces rapports annuels explique-t-il au Gouvernement comment et pourquoi  le Ministère a décidé unilatéralement (à quelle date?) de supprimer ce Bureau de Conciliation (qui est composé à sa création de deux représentants d’associations d’usagers - le CRIOC et La Ligue des Familles - et d’une représentant du Ministère lui-même)?

Quant à nous, nous pouvons prouver que des plaintes ont bel bien été traitées depuis sa création par le Bureau de Conciliation (voir annexe 2).

Le texte complet du Code qui vient d’être réaménagé et envoyé par courriel aux opérateurs à la mi décembre 2023 fait silence sur l’existence de ce rapport annuel. Reste-t-il officiellement d’actualité?

S’il n’existe plus, comment nos autorités politiques seront tenues au courant des (éventuels) problèmes qui se posent aux usagers culturels en FWB?

S’il n’existe plus, c’est sans doute un recul dans le secteur culturel tout entier. Est-ce acceptable?

Les paroles de feu Henry Ingberg, ancien Directeur général de la Culture et Secrétaire général de la Communauté française, qui sont à l’origine de la création du Code, sont-elles devenues désuètes? «Le rapport à l’usager est un véritable enjeu. Jusqu’à présent l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a distorsion par rapport à une amplification des pratiques des loisirs par la collectivité».

A : Dans l’affiche de 2006, le public est informé de l’existence de ce rapport annuel : lire le point C
https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=098da72b12d4c32661de7b1a43adf980e223e601&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/code_usagers.pdf

B : Dans le texte remodelé en décembre 2022, l’annonce de l’existence de ce rapport annuel s’est évaporée :
Voici cette nouvelle présentation : https://www.culture.be/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&hash=585202c32356d68ca00c6a9dc87a53e7df3a5974&file=fileadmin/sites/culture/upload/culture_super_editor/culture_editor/documents/Documents_utiles/Droits_des_usagers_et_publics_de_la_Culture/202211-A3-codeusagers-web.pdf

Quid donc de ces rapport annuels?

Question 3 : Qui va imprimer les 6.000 affiches? Et avec quelle périodicité?

Cette question nous semble majeure pour l’avenir du Code qui vient d’être pérennisé.

En 2006, notre Ministère de la Culture a distribué auprès des diffuseurs des lots d’affiches en couleurs et de grand format (60 x 80 cm).

Déjà en 2007, Guy Duplat écrit de façon quasi prémonitoire dans «La Libre» du 20 janvier: «On sait que ce Code veut mieux protéger les droits des usagers. Alors, tout est-il parfait dans les meilleurs des mondes, ou est-ce un manque d’information des usagers qui ne connaissent pas leurs droits? Ne faut-il pas mieux afficher le Code des usagers à l’entrée des lieux?».

Donc ce journaliste bien connu et respecté par la profession laisse entendre dès 2007 que l’affichage à l’entrée et à la sortie des lieux commence déjà à laisser à désirer.

Contrairement à ce qui avait été clairement annoncé à l’époque par la ministre Fadila Laanan et par le Ministère de la culture lui-même, au cours des seize années qui ont suivi la création de ce Code, aucune nouvelle affiche n’a été conçue, imprimée et diffusée par la Direction Générale de la Culture.

D’ailleurs aucune autre promotion n’a non plus été faite. Par exemple, personne n’a célébré les dix ans de son existence pour en faire un bilan et construire son avenir, comme cela se pratique pour nombre de nouvelles pratiques sociales ou culturelles.

Quels lieux culturels affichent actuellement à l’entrée ET à la sortie de leurs lieux ladite affiche? Or, c’est une obligation.
Quel merveilleux moyen et si peu coûteux pour atteindre, jour après jour, année après année, la population concernée, et notamment sensibiliser régulièrement de ces avancées citoyennes les nouvelles générations des organisateurs et des usagers?

Il n’y a quasi plus aucune affiche pour informer le public dans ces plus de 3.000 lieux concernés. Et depuis de nombreuses années.

La grande majorité de ceux qui doivent appliquer le Code sont dans le même cas: l’ignorance.
«Moustique» donne deux exemples concrets.

1 : «Récemment, le coordinateur d’un grand théâtre bruxellois a réalisé une enquête sur le degré de connaissance du Code par son personnel. Aucun employé n’était au courant de son existence».

2 : «Même son de cloche du côté de Pierre Paquet, directeur des musées pour la ville de Liège. «On ne le savait pas et clairement, ce n’est pas normal. C’est une obligation imposée par la FWB et toutes les institutions culturelles doivent avoir connaissance de ce Code. Mais ça nous avait effectivement échappé (…)
Mais nul n’est censé ignorer la loi, donc on devait le savoir (…)
Cela fait partie d’une démarche louable et si certains estiment cela bénin, nous pas. Le Code est venu formaliser des dispositifs qui existent dans la plupart des musées et rappeler à certains qui n’avaient pas conscience de tous les points à respecter. Notamment l’affichage, qui est probablement le moins bien respecté.
Indiquer au visiteur qu’il peut se plaindre, c’est la moindre des choses.
Pour moi, ce Code ne coûte rien et n’est pas un caillou dans la chaussure des institutions culturelles».

Dans l’envoi par courriel, le 16 décembre 2022, par culture.be , aux opérateurs culturels, de la nouvelle version du Code, aucune indication n’est fournie aux opérateurs sur qui va imprimer ces affiches.
Pourtant le point 1 du Code reste obligatoire : l’organisateur doit « afficher le présent Code en évidence, à l’entrée ET à la sortie de tous les lieux où il accueille les usagers ».

Puisque c’est le silence (un silence bien embarrassant pour les diffuseurs qui ne savent pas ce qu’ils doivent faire : attendre un envoi de l’AGC avec un lot de nouvelles affiches ou s’organiser eux-mêmes pour imprimer l’affiche dans ce grand format et au moins en deux exemplaires), la L.U.C. est partie de l’idée que l’AGC va bientôt imprimer et diffuser ces affiches (comme elle fit en 2006) et a interrogé sur ce sujet le cabinet de la ministre Linard.

Si ce n’était pas le cas, il y aurait un recul significatif sur les droits acquis en 2006 par les usagers, et masqué par le silence à ce propos dans l’envoi du 16 décembre 2022 aux opérateurs.

Or, on l’a vu, le non réimpression d’affiches depuis 2006 a eu des conséquences dévastatrices. Va-t-on en tirer leçon? Apparemment, non. Au contraire.

De plus, maintenant, il faut absolument utiliser d’autres affiches car sur celles de 2066 l’adresse où le public peut déposer plainte est devenue inopérante puisque celle-ci vient de changer, fin 2022.
En 2023, la L.U.C. a déjà détecté deux lieux, à Bruxelles et en Wallonie, où des affiches de 2006 ont été ressorties et réaffichées, trompant ainsi le public avec cette adresse désormais caduque. Pour rappel, le L.U.C. a fait la preuve que le ministère n’accusait même pas réception d’une plainte envoyée en recommandé à cette adresse-là.

Le cabinet de la ministre nous a transmis la réponse suivante, le 13 février 2023 :
« La publication du Code à destination de ses plus de 3000 opérateurs  + de deux affiches pour l’afficher à l’entrée et la sortie de tous les lieux subventionnés est conséquent. Pour le moment, il n’est pas opportun de débloquer un budget (qui ne serait dès lors pas consacré aux politiques de création) ».

Implicitement donc: « Tous les millions d’aides (sans doute insuffisants d’ailleurs) pour la création? Et quasi rien pour les droits du public face à certains excès de notre industrie culturelle… ».
Excès d’ailleurs croissants dans le monde qui nécessitent donc davantage de prévention aux niveaux international, national, régional. Par exemple, que penser, côté musées, des tarifications souvent fort élevées des expositions immersives ou, côté musique, de la tarification dynamique (utilisée notamment par Bruce Springsteen pour sa tournée 2023)?

N’oublions pas que ces excès auront aussi bien souvent des répercussions négatives sur la vie économique de nos créateurs et organisateurs, du moins ceux qui ne sont pas les géants du secteur. Ce qui mènera, en bout de course, à l’appauvrissement probable de la diversité culturelle.

Est-ce à nos plus de 3.000 opérateurs qu’il revient d’organiser et de financer la matérialisation de cette obligation imposée par le ministère (le point 1 du Code, et chaque mot y compte) alors qu’ils ont dû affronter les effets économiques de la pandémie, de la guerre en Ukraine, des évolutions énergétiques et de l’actuelle inflation des prix?

La L.U.C. pense que la Direction générale de la Culture, en fonction de ses objectifs affichés, devrait continuer à coordonner le travail de médiatisation du Code sur le long terme, à l’égard tant des opérateurs que des usagers, d’autant plus qu’elle avait trouvé normal et possible de le faire auparavant.

Il lui semble souhaitable qu’une nouvelle affiche voit le jour non pas seize ans après l’impression de la précédente, mais que, par exemple, elle soit renouvelée tous les deux ans (nous pourrions préférer un  « tous les ans » mais faisons l’effort de ne pas trop charger la barque), pour tout simplement tirer les leçons de ce passé qui a failli passer au bleu ces 15 droits.

Et si elle s’y refuse, elle devrait au moins l’exprimer clairement aux diffuseurs, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Il faut, bien sûr, que les nouvelles affiches n’aient pas la dimension d’un timbre poste. Il convient de respecter l’esprit qui sous-tend le texte du Code. Ces affiches doivent inciter le public à prendre le temps de lire le texte dense qui définit chacun des 15 droits.
Bien entendu, il serait utile non pas de les remplacer par un QR Code mais bien d’y en ajouter un, ce qui n’est pas le cas actuellement.  

Extrait de la page 4 » de l’enquête de « Moustique».

Question 4 : Comment mettre fin à une « portée juridique limitée »?

André-Marie Poncelet, alors Administrateur général de la Culture, nous écrivait déjà le 3 mars 2016: « le Code des usagers a une portée juridique limitée puisque ce texte n’est pas approuvé par un arrêté et n’a donc, en soi, aucune force légale ».

La L.U.C. ne pense pas qu’une initiative au niveau du ministère ou au niveau politique  pour faire évoluer cette situation ait été prise durant les sept années qui ont suivi cette déclaration.

Voilà donc un problème majeur pour tous ceux qui souhaitent qu’on fasse vivre et s’épanouir durablement les droits du public culturel, sur le moyen et le long terme, dans notre Fédération.

Lorsque la L.U.C. a interrogé le cabinet de notre ministre de la culture sur ce sujet, voici la réponse qui lui a été faite le 13 février 2023 : « Cette réflexion devrait avoir lieu au sein du Conseil Supérieur de la Culture qui traite des orientations des politiques culturelles».

Pouvez-vous nous indiquer quel est le pourcentage de personnalités participants à ce Conseil Supérieur de la Culture qui sont des experts des droits des usagers culturels face à certains excès d’une industrialisation de la culture?

Et pour conclure

Pourquoi devrait-il exister en FWB une association d’usagers culturels d’envergure?

La fin de l’enquête de «Moustique» donne la parole sur ce sujet au président de la L.U.C.:

«Il faut inventer une sorte de contre-pouvoir contre les abus d’une trop grande industrialisation de la culture, qui la transforme en simple produit sans supplément d’âme. Ce qui est sain dans la vie sociale, c’est quand il y a Test-Achats, la Ligue des droits humains… Tout cela n’existe pas en culture. À chaque problème, on revient à zéro».

Il est difficile qu’une association d’envergure d’usagers culturels émerge en FWB.

Assez récemment, lorsque l’ancienne Médiathèque de notre Communauté, devenue «PointCulture », se cherchait de nouveaux objectifs, des objectifs novateurs, des objecteurs précurseurs pour la suite de ce siècle, nous avons proposé que l’une de ces évolutions soit justement la création d’un mouvement d’usagers culturels.
Nous avons consacré beaucoup d’énergie dans la préparation d’un dossier envoyé aux différentes instances concernées.
Nous n’avons même pas reçu une réponse écrite détaillée qui aurait, par exemple, démonté notre analyse.
Le débat contradictoire sur ce sujet précis semble, jusqu’à présent, pour le moins inopportun.
S’en rendre compte est peut-être déjà une toute première étape pour avancer.

Conclusion de l’article de «Moustique» en page 44.

ANNEXE 1

Concrètement, quels types de plaintes sont traitées et trouvent des solutions par des échanges entre usagers et opérateurs ?

Selon quelques recherches parcellaires menées par la L.U.C., il apparait que nombre de celles-ci concernent le point 2 du Code qui n’est, en fait, qu’une application à la culture de notre législation économique: avant achat, le vendeur est tenu d'expliquer clairement à l’acheteur ce à quoi il s’oblige et «tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur».

À ce sujet, voici quatre exemples précis qui ont permis d’améliorer l’information des usagers culturels.

  1. Plusieurs plaintes ont été adressées, avec effets constructifs, à des musées qui pratiquent la gratuité «pour tous» du premier dimanche du mois. Cet avantage mensuel «pour tous» n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de celle-ci pour avoir le choix entre venir un jour payant ou un jour gratuit.

  2. Les réductions pour les seniors sont passées progressivement d’un âge unique (les plus de 60 ans) à, soit au maintien à 60 ans, soit 65 ans, ou même 67 ans.
    Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par l’organisateur dans les tarifications. Ce n’était pas le cas ni dans un cinéma, ni dans un musée.
    Des plaintes sur ce point ont permis à ces deux lieux de mieux détailler leurs tarifications. Plus d’info : http://la-luc.blogspot.com/search/label/Plaza%20Cinema
     
  3. Une plainte a été adressée à un théâtre qui proposait une pièce où des comédiens fument sur scène.
    Qu’indique la législation belge? Il est interdit de fumer dans les lieux couverts. Cela devrait donc être, en terme de santé publique, aussi le cas des salles de spectacles mais une dérogation a été donnée par le Ministère des affaires économiques au niveau fédéral afin que des comédiens puissent pratiquer cet acte sur scène, mais à condition que le public en soit informé.
    Un théâtre pris en défaut a tenu compte de la plainte qui lui a été adressée et s’est empressé d’indiquer sur son site, quelques jours avant l’événement : «Nous vous signalons que les interprètes fument sur scène pendant la représentation».
     
  4. Dans tel lieu culturel, il est permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence.
    L’acteur culturel a été interpellé et a répondu par ces mots qu’il allait tenir compte de ladite plainte: «C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer». Voici les détails du déroulement de cette plainte : http://la-luc.blogspot.com/2022/10/y-photos-ou-y-pas-au-bam.html


Bien sûr, les autres points du Code suscitent d’autres réactions.
Il a donc permis, même en étant bien peu médiatisé, de résoudre déjà une série de problèmes mais il ne faut pas s’arrêter là.
La L.U.C. (qui est une asbl régie par le bénévolat et agissant sans subside, ni sponsor, ni publicité) demande que les exemples les plus significatifs de plaintes, abouties ou non, soient médiatisés régulièrement par le ministère tant auprès des organisateurs, des créateurs et du personnel politique que du public, via une newsletter ou avec l’aide des médias, afin que le «mieux vivre ensemble» culturel profite de ces enseignements et puisse plus facilement se généraliser, s’intensifier.

Extrait de la page 44 de «Moustique»

ANNEXE 2

Le Bureau de Conciliation reçoit-il des plaintes ?

Difficile pour le public de se faire une idée car le ministère ne communique pas sur ce sujet, la presse ne « suit » pas cette thématique, et... les personnes qui déposent plainte ne peuvent pas vraiment faire la publicité des résultats de leur action !

Et le président de la L.U.C. d’ailleurs est dans ce cas-là, ayant accepté le contenu du règlement pour voir ses plaintes acceptées d’être traitées par le Bureau de Conciliation.

En effet, les plaignants, s’ils veulent voir leur dossier étudié, doivent renvoyer signé, dans les 20 jours, un formulaire d’adhésion au règlement de 5 pages que lui a fait parvenir par voie postale le ministère.

L’article 7 de celui-ci indique que « les parties respecteront le caractère confidentiel de la conciliation ». De plus, « les membres du Bureau, en ce compris le Secrétariat, sont également soumis à la même obligation de confidentialité ».

L’article 9 prévoit que « l’Administration peut publier l’avis du Bureau sur le site www.culture.be, au plus tôt soixante jours après la date d’envoi de la notification de l’avis aux parties ». Mais... « l’avis publié doit être anonyme ».

Selon nos recherches (pas exhaustives), l’Administration n’a jamais concrétisé cette possibilité.

N’est-il pas curieux de constater que cette obligation de confidentialité et d’anonymat ne soit pas renseignée dans le texte, pourtant si détaillé, présenté sur l’affiche du Code ?
D’une certaine façon, ce faisant, le Ministère n’aurait pas lui-même appliqué l’esprit du point 2 ? À savoir : fournir aux usagers, avant qu’ils ne se décident à déposer plainte, une information la plus complète possible.

Le président de la L.U.C. ne peux donc pas dévoiler ici l’issue donnée aux plaintes qu’il a envoyées et citer les noms des opérateurs concernés. Et pourtant, il y a eu plusieurs  plaintes.

Par contre, il n’a signé aucune clause de confidentialité pour des plaintes émises par de tierces personnes.

Or, il se fait que le secrétariat du Bureau de Conciliation lui-même n’a pas respecté cette confidentialité, en lui envoyant la copie du procès-verbal d’une réunion où ont été traitées plusieurs plaintes, émises par lui-même et par une tierce personne. Au lieu de simplement lui faire parvenir uniquement la partie qui le concernait directement dans ce document !

Il peut donc indiquer ici que, dans au moins ce cas précis, le Bureau de Conciliation a pu aller jusqu’au bout de sa démarche.

Il a donné raison à un usager et sa décision a poussé la direction d’une institution à modifier l’un de ses comportements. Il s’agit d’un musée.

Nous tenons à divulguer ce fait pour démontrer l’efficacité du Code et de la médiation tout-à-fait constructive qui fut menée, en cas avéré de sa non-application.

Le 11 juin 2009, le Bureau de Conciliation a traité ainsi donc la plainte envoyée, le 5 mars 2009, par William M.
Il constate l’infraction suivante : le musée X qui «applique la gratuité, le premier dimanche du mois (et bénéficie pour cela d’une compensation de la Communauté française, Madame la Ministre s’étant engagée auprès de lui à compenser les frais occasionnés par cette même gratuité) n’en informe pas ses visiteurs (ce qui est un manquement au point 5 du Code)».
Il conclut «qu’un défaut d’information existe» et demande au musée de lui fournir «dans les 15 jours les pièces justifiant sa communication de la gratuité, le premier dimanche du mois, en priorité à l’entrée du Musée et sur son site internet, et, dans des délais raisonnables, sur tous ses supports».
Il y a donc matière là, en 2009, pour nourrir un rapport annuel destiné au Gouvernement.




vendredi 7 avril 2023

Art Nouveau: gaffe à une «amende»!

 


Conquérir la suppression d’un mot dans la tarification sur un site internet d’un organisateur culturel peut paraître un détail.
Mais ce mot peut symboliser en six lettres les excès d’une industrialisation à outrance de cette matière dite « à supplément d’âme »: dans le cas présent, un festival de visites d’immeubles Art Nouveaux à Bruxelles.

De quoi s’agit-il concrètement?
Ainsi par un seul mot, une association subsidiée s’arroge depuis plusieurs années déjà le droit de pouvoir donner «une amende», de déterminer unilatéralement le montant de celle-ci et de la facturer à certains de ses usagers, sans autre forme de procès, uniquement selon le libellé de son règlement imposé unilatéralement à son si cher public.
En toute impunité depuis plusieurs années? Dans l’indifférence des pouvoirs publics, de divers confrères de la profession culturelle, de quelques médias censés investiguer, et, hélas, de nous-même. Ne soyons pas manichéen. Heureusement qu’il y a des exceptions et c’est un artiste (dont nous prenons nous-même la décision de le protéger par la préservation de son anonymat afin d’éviter d’éventuelles sarcasmes, voire représailles) qui a tuyauté «La Ligue des Usagers Culturels» (L.U.C.), ce qui a permis à celle-ci de réagir.

Avant son évolution suite à notre plainte, voici le texte de la tarification que la « Ligue des Usagers Culturels » a contesté. Le trait rouge relève de notre initiative, bien sûr.


L’organisateur a répondu dès le lendemain de l’envoi d’une plainte par la L.U.C. et a immédiatement supprimé le mot et la phrase litigieuse qui l’incluait. Excellente et prompte initiative. Mais, si on lit attentivement sa réponse, on n’y trouve aucune excuse, aucune prise de responsabilité et l’aveu implicite d’un amateurisme navrant dans la façon dont était rédigé ce qui se présente au public comme une règle à observer.

En plus, la dernière phrase de son message est un bijou. Il indique que l’asbl n’a « jamais appliqué ce principe ». Quel bel argument! Cela n’enlève rien au fait que le texte a été écrit.
Cela permettrait-il d’imaginer que pareille phrase ne serait publiée pour faire peur? Est-ce le rôle d’un règlement? Ceci nous fait penser à cette autre phrase également illégale par son manque de nuance que d’autres organisateurs culturels osent écrire peut-être avec une intention analogue: « Nous ne remboursons pas et n’échangeons pas ce ticket ».

Voici cette ultime phrase reproduite telle qu’elle nous est parvenue : «Étant donné que nous n'avons jamais appliqué ce principe et que de consulter un avocat spécialisé serait onéreux, nous allons simplement retirer ce terme du site».

Il nous semble que les mécènes, les sponsors et surtout les autorités publiques qui accordent des subsides devraient être beaucoup plus attentifs au libellé des tarifications, et aussi au contenu des règlements à destination du public imposés par les opérateurs qu’ils aident.

Tout ceci n’entame pas la qualité de ces visites guidées «Art Nouveau», ni les efforts du personnel et des bénévoles qui mitonnent cette passionnante activité.
Le blog a publié le présent article après la fin du festival 2023 afin de respecter son déroulement.  

Remercions l’organisateur d’Explore Brussels d’avoir effectué les évolutions de texte dans toutes les langues dans lesquelles cette tarification est affichée sur son site.

Voici notre plainte et la réponse de la direction du Festival Banad.  

La plainte de la L.U.C.

Voici le texte de la plainte adressée le 15 mars 2023 par la L.U.C. à la direction du Festival Banad.

Monsieur, Madame, je me permets de déposer plainte auprès de votre organisation.

Un opérateur culturel peut-il légalement facturer ce qu’il appelle lui-même une « amende » à un client/usager?

Dans le monde culturel de haut vol et subsidié, on est censé connaître le sens des mots et éviter la surenchère verbale, non?

Le Festival BANAD qui se déroule actuellement, et jusqu’au 26 mars 2023, le revendique sur son site internet, ce terme amende.

Cette activité est réalisée avec le partenariat de plusieurs organismes officiels et/ culturels, le plus souvent de grande qualité, ce qui pose encore plus question!

Même donc le plus honorable de notre culture accepte pareille dérégulation…

Il s’agit de l’ARAU, de Pro Vélo, d’Arkadia et de Bruxelles Bavard.

Voici le texte qui pose question: «Réduction de 50% sur le tarif plein pour les étudiants de moins de 26 ans, les étudiants de la VUB et de l'ULB, les détenteurs de la carte Culture ULB, les personnes à mobilité réduite et les demandeurs d’emplois.
Nous avons développé une politique de tarifs réduits afin de rendre les visites d'intérieurs accessibles au plus grand nombre. Si vous réservez au tarif réduit, vous devrez être en mesure de prouver que vous y avez droit. Si vous avez réservé au tarif réduit alors que vous n'y avez pas droit, Explore.Brussels vous facturera la différence ainsi qu’une amende de 50% du montant total de votre commande».

Il faudrait avoir un avis d’un ou de plusieurs avocats sur l’utilisation de ce terme!

L’amende est, de façon globale, une sanction pécuniaire édictée par la loi en matières civile, fiscale, douanière ou pénale, consistant en une somme d'argent payable à l’État. Historiquement, il existait aussi une sanction pécuniaire à caractère disciplinaire infligée par un employeur à son salarié. Elle fut, le siècle dernier, d’abord partiellement prohibée, puis interdite.

Une activité culturelle est-elle un policier, un tribunal… ou le Conseil supérieur de l’audiovisuel (qui, lui, peut infliger des amendes, mais selon un règlement extrêmement strict décidé par le pouvoir politique)?

Mon avis personnel? Je suis pour la légalité, donc je soutiens le fait que le public n’utilise pas un avantage auquel il n’a pas droit. Mais de là à ce qu’un organisateur culturel déclare infliger une amende…

Que l’organisateur demande donc au moment de l’achat ou au contrôle à l’entrée de l’activité elle-même la preuve du droit à une réduction, c’est ce qui se passe habituellement.

Lorsqu’il s’agit d’une activité où le nombre de participants possible est restreint et que c’est complet, il est logique que la solution soit, au constat à l’entrée de l’activité, pour des achats fait sur la toile, l’obligation de payer le complément manquant. Mais ce n’est pas une amende!

L’étape suivante serait le casier judiciaire? De qui se moque-t-on? Du public, tant chéri dans les mots et les intentions affirmées, mais constatez ce type d’outrance dans la pratique quotidienne.

Dans l’attente de vos lire, je vous prie de croire en l’expression de mes sentiments distingués.

La réponse de Explore Brussels


Le 16 mars 2023, Julien Staszewski, Directeur de l’asbl «Explore Brussels» répond (sur le papier à lettre, est également mentionné après la signature : ARAU - Arkadia - Bruxelles Bavard - Pro Velo).

Cher Monsieur, merci pour votre retour et lecture attentive de notre site internet.

Vous avez tout à fait bien saisi la logique de l'idée: l'intention est d'éviter que le public utilise un avantage auquel il n'a pas droit.

Je suis désolé si le terme «amende» vous choque / ne vous semble pas légal. Nous ne l'avons en effet pas fait vérifié par un avocat spécialisé à l'époque où nous avons inscrit cette phrase (lors de la 1ère édition du BANAD de mémoire).

Etant donné que nous n'avons jamais appliqué ce principe et que de consulter un avocat spécialisé serait onéreux, nous alons simplement retirer ce terme du site: : https://www.banad.brussels/fr/infos-pratiques/tarifs

Bien à vous.