Voici un communiqué de presse de « La Ligue des Usagers Culturels » diffusé le 29 octobre 2024
En attendant l’élaboration d’un prochain gouvernement fédéral, l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels» (L.U.C.) voit se concrétiser une promesse qui lui a été faite, à plusieurs reprises durant la dernière législature, par le secrétaire d’État Thomas Dermine.
Pour les musées fédéraux, il s’agit de la reprise de l’essentiel du « Code des Usagers Culturels ». Depuis dix-huit ans (2006), celui-ci doit être appliqué par plus de trois milles opérateurs culturels subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles ( par des musées mais aussi des salles de spectacles, des festivals, des bibliothèques, etc.).
Cette décision a été prise par le Comité de direction de la politique scientifique (BELSPO). Elle va avoir un impact non négligeable sur le quotidien du public culturel. Celui-ci sera obligatoirement mieux informé de ses droits.
Le 25 avril 2024, le cabinet du secrétaire d’État Dermine a expliqué à la L.U.C.: « Nos musées fédéraux savent bien indiquer les devoirs des visiteurs, mais moins leurs droits. Bien entendu, le droit général de la consommation s'applique également au public culturel, mais la question est de le préciser ».
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Déjà en 2007, les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique sont d’accord. |
En septembre 2007 déjà, Michel Draguet, à l’époque directeur général des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), avait marqué son accord par écrit pour reprendre les principes de ce Code.
Cependant il convenait que chaque musée fédéral y souscrive, ce qui a pris beaucoup de temps. C’est désormais le cas. Les sites internet du Musée Magritte, du Musée Oldmasters, du Musée des Instruments de Musique, du Musée D’Art et d’Histoire, etc. donnent depuis peu accès au « Règlement des visiteurs » (les devoirs du public) et à cette nouvelle « Charte des visiteurs » (les droits du public).
Exemples :
- MRBAB : https://fine-arts-museum.be/fr/votre-visite/planifier-sa-visite/reglement-du-visiteur
- Musée d’Art et d’Histoire : https://www.artandhistory.museum/sites/default/files/2024-09/charte_des_visiteurs_2_MRAH.pdf
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À Liège, le Musée de La Boverie indique finalement très clairement (avec photos) à son accueil les œuvres qui ne sont pas momentanément exposées. |
Quatre exemples d’amélioration
Cette « Charte des visiteur » énumère de façon bien plus précise que par le passé toute une série de droits : indication « de tous les tarifs »; diffuser une information ciblée tout particulièrement pour les personnalités à mobilité réduites, malvoyantes ou malentendantes; recevoir dans le mois une réponse «de manière circonstanciée » aux plaintes écrites (donc pas un simple accusé de réception); etc.
En Fédération Wallonie-Bruxelles, divers exemples concrets ont déjà démontré l’utilité de cette mise par écrit des droits des visiteurs.
Suite à une plainte, l’Hôtel Solvay, un majestueux hôtel de maître Art Nouveau, a accepté d’indiquer à son futur public l’interdiction de photographier à l’intérieur de son bâtiment.
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À l’intérieur de l’Hôtel Solvay, il est interdit de photographier. |
Au Musée des Beaux-Arts de Mons, il est, dans les faits, permis de photographier. Pourtant, au dos du ticket et sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué le contraire. Sur le site internet, c’est le silence. Cet acteur culturel a été interpellé et a répondu par ces mots qu’il allait tenir compte de ladite plainte: «C’est aussi grâce aux retours visiteur comme le vôtre que nous pouvons nous améliorer ».
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Au Musées des Beaux-Arts de Mons, sur le comptoir à l’accueil, il est indiqué qu’il est interdit de photographier. |
Plusieurs autres plaintes ont été adressées, avec effets constructifs, à des musées qui pratiquent la gratuité « pour tous » du premier dimanche du mois. Cet avantage n’apparaissait pas dans leur tarification. Or, le public doit être au courant de cette possibilité, avant toute visite, pour avoir le choix entre venir un jour payant ou un jour gratuit.
Ces dernières années, la réduction pour les seniors est passée progressivement d’un âge unique (les plus de 60 ans) à, soit le maintien de cet âge, soit à 65 ans, (ou même à 67 ans comme à BOZAR pendant plusieurs années, redescendu par la suite, grâce à une plainte, à 65 ans). Il convient donc de préciser désormais l’âge choisi par chaque opérateur dans les tarifications. Diverses remarques sur ce point, adressées à différents organisateurs dont un musée leur ont permis de mieux détailler la présentation de cette réduction.
Chefs d’œuvres en voyage
Les textes qui décrivent ces droits des usagers seront-ils interprétés de la même façon chez les opérateurs en Fédération Wallonie-Bruxelles que dans les musées fédéraux?
Qu’en sera-t-il pour le point suivant? « L’organisateur doit fournir aux usagers et usagères – avant le déroulement d’une activité envisagée – l’information la plus complète qui ne comporte pas d’indications ou de représentations susceptibles de les induire en erreur, notamment sur la nature, l’éventuel prix d’accès, la durée, le lieu et la date de l’activité demandée ».
À Liège, plusieurs œuvres maîtresses de Picasso, Gauguin, Ensor ou Chagall qui furent achetées lors de la vente d’art dit « dégénéré » de Lucerne en 1939 quittent régulièrement les cimaises pour être exposées un peu partout dans le monde.
Cette façon de faire est irréprochable, mais à condition d’en avertir les visiteurs avant qu’ils ne s’acquittent de leurs entrées. Ce n’était guère le cas jusqu’au moment où une plainte de la L.U.C. a été adressée à ce sujet au Musée de La Boverie en décembre 2022. Bien rapidement, l’institution a affiché au comptoir, dans son hall d’accueil, un panneau détaillant quelles toiles précises avaient été décrochées dans ses salles d’exposition permanente. Un travail informatif analogue a été réalisé sur son site internet.
Comment au niveau fédéral, le Musée Magritte appliquera-t-il à Bruxelles cette obligation puisqu’elle est reprise dans sa « Charte des visiteurs »?
À de très nombreuses reprises, l’une de ses œuvres parmi les plus médiatisées (catalogues, cartes postales, posters, médias), « L’Empire des Lumières », est retirée de ses cimaises pour rejoindre différentes expositions temporaires, et généralement durant plusieurs mois.
En 2018, du 19 mai au 28 octobre, elle est exposée au Moma de San Francisco sans que l’institution bruxelloise n’en informe ses futurs visiteurs.
Situation aggravante: comble de malchance, une campagne de promotion des musées bruxellois se déroule durant cette période dans les stations du métro (à De Brouckère, Rogier, Bourse, Comte de Flandre, etc.) avec, sur de grandes affiches lumineuses, une reproduction précisément de cette œuvre qui sert habituellement d’emblème au musée.
Un visiteur se verra rembourser son ticket après avoir déposé plainte au Médiateur fédéral.
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Dans les métro, promotion avec « L’Empire des Lumières » alors que la toile n’était pas exposé au Musée Magritte. |
Hélas, le musée n’a pas vraiment tiré leçon de cet incident par la suite. Il est vrai qu’à l’époque, il ne devait pas encore appliquer les principes de cette « Charte des visiteurs ».
Aujourd’hui, la situation a changé. L’information au public va-t-elle s’améliorer, à propos du fait que le même « Empire des Lumières » n’est pas visible actuellement à Bruxelles puisqu’il se contemple jusqu’au 13 janvier 2025 dans l’exposition « Surréalisme » au Centre Pompidou à Paris?
Ce cas est loin d’être unique. Appartenant à une autre de nos institutions fédérales, le Musée d’Art et d’Histoire (anciennement Musée du Cinquantenaire), deux œuvres maîtresses ne furent pas accessibles dans le fond permanent pendant de longues périodes, et le public n’en fut pas informé avant l’achat de son ticket.
Il s’agit de la statuette péruvienne qui a inspiré la BD « L’Oreille cassée » de Hergé et une statue provenant de l’île de Pâques.
Heureusement, les voilà à nouveau exposées. Grâce à cette nouvelle « Charte des visiteurs », on espère que le public sera mieux informé à l’avenir si elles devaient à nouveau s’absenter.
Communiqué de presse de l’asbl « La Ligue des Usagers Culturels » (L.U.C.)
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Deux « stars » du Musée d’Art et d’Histoire: la statuette péruvienne qui a inspiré la BD « L’Oreille cassée » de Hergé ainsi qu’une statue, bien plus grande, provenant de l’île de Pâques. |